« Interstellar », ou la scission de l’espèce, par Un Belge

Billet invité.

Au delà de ses qualités et de ses faiblesses cinématographiques, Interstellar (2014) est un film qui vaut le détour pour l’élan qui l’anime, et qu’il communique au spectateur. Quel est cet élan ? La volonté farouche, voire forcenée, de transmettre le flambeau de la vie (et de l’amour, et de la connaissance) aux générations à venir, même quand tout semble perdu. Un leitmotiv poétique emprunté au grand Dylan Thomas scande ce grand combat : « Do not go gentle into that good night – N’entre pas consentant dans cette bonne nuit, Le vieil âge devrait brûler et s’emporter à la chute du jour ; Rager, s’enrager contre la mort de la lumière. »

Filiation et transmission sont placées au cœur du destin des personnages principaux : dans un sens (d’un astronaute vers sa fille) et dans l’autre (d’une autre astronaute vers son père). Les paradoxes temporels liés à la Relativité rendent réversible et d’autant plus indissoluble l’alliance scellée entre le géniteur et sa descendance. Au gré du montage, les décisions prises dans le passé et dans l’avenir finissent par se répondre et n’en constituer qu’une seule : le choix, toujours et en tout lieu, de ne pas se résigner à l’anéantissement.

On notera au passage, dans cette ode à la transmission de la vie, l’absence des mères (pourtant les premières concernées). A quoi attribuer ce choix scénaristique ? D’une part, au fait qu’il s’agit d’un film de guerriers (au sens noble du terme) et de conquérants : Interstellar exalte le pionnier… et roule l’agriculteur dans la poussière de sa terre devenue stérile. Cooper, le héros central, n’aime pas l’agriculture et se morfond dans sa ferme avant de renouer avec sa carrière de pilote à la NASA. Que viendrait faire la mère de ses enfants dans cette galère intergalactique ? D’autre part, le film parle implicitement de l’abandon de la mère : celle qui décède et celle (la Terre) qu’on quitte.

Car oui, dans Interstellar, film résolument yang, la survie de l’espèce passe par l’aventure spatiale (et mathématique). Tout est suspendu à la résolution d’une équation qui donnera la clé du voyage interstellaire vers de nouvelles planètes habitables. La « mission spatiale de la dernière chance » comporte un Plan A et un Plan B, mais tous deux partent du principe qu’il faut abandonner le Vaisseau-Terre.

Lucidité ou délire ? Dans plusieurs de ses livres, Paul Jorion décrit la scission de communautés devenues trop « exigeantes » pour leur environnement. Certains villages africains, par exemple, se scindent lorsqu’ils en viennent à épuiser la « carrying capacity » (capacité de charge) de leur territoire. Deux clans se forment autour de deux chefs charismatiques : une partie émigre, l’autre reste. Le territoire redevient vivable (dans le meilleur des cas) pour ceux qui sont restés, cependant que les migrants découvrent (toujours dans le meilleur des cas) leur Terre Promise.

De même chez les marins bretons observés par Jorion sur l’île de Houat : les équipages composés de frères se scindent lorsque ceux-ci fondent des familles qui s’agrandissent et finissent par réclamer pour vivre des « rentrées » auxquelles un seul bateau ne peut pourvoir. Conflits et bagarres entre frères s’accentuent, alors que ceux-ci s’entendaient très bien sur le bateau de leur père, lorsque le produit de la pêche suffisait à les nourrir tous. Quand la rupture est consommée, l’équipage des frères se scinde, l’un d’entre eux intégrant (ou acquérant) un autre bateau et un autre équipage.

Il en va de même pour l’humanité toute entière à notre époque : c’est la scission de l’espèce qui est à l’ordre du jour, puisque nous excédons désormais largement la « carrying capacity » de la planète toute entière. Non pas parce que les pauvres font trop d’enfants (comme l’affirment des eugénistes déguisés en amoureux de la nature) mais parce que l’anéantissement de la planète se poursuit à grande vitesse, conformément au logiciel capitaliste.

Cette fuite en avant nous placera tôt ou tard, dans la situation d’un équipage poussé à bout, dont une partie songera de plus en plus sérieusement à quitter le Globe. On peut d’ailleurs voir dans les  conquêtes spatiales du XXe siècle une première expression inconsciente de ce dessein. Interstellar est évidemment porté  par la même interrogation lancinante : « Et si nous commencions à envisager concrètement la migration ultime ? »

Cette interrogation crève l’écran avec d’autant plus d’inventivité et de brio qu’elle s’est emparée, pour toucher le grand public, d’un réalisateur et de studios américains, dépositaires d’une mythologie increvable. Le tropisme de « scission de l’espèce » trouve ainsi un vecteur idéal dans le récit fondateur des pionniers du Nouveau Monde. Avec Interstellar, les Etats-Unis se repassent une fois de plus le grand film de leurs glorieuses origines. Et la NASA de repartir à l’assaut d’une Nouvelle Frontière, c’est-à-dire d’une Nouvelle Amérique, la précédente agonisant sous les cendres et la pollution.

Ainsi, le vaisseau « Endurance » d’Interstellar, c’est la caravelle, le chariot ou la locomotive du futur. Et le Lazare du titanesque « Projet Lazarus » de la NASA, c’est bien-sûr l’Amérique elle-même, mettant en scène sa propre résurrection : l’Amérique renaissant de la poussière, l’Amérique redécouvrant l’Amérique, à l’identique évidemment, sans s’interroger plus qu’il n’est convenable sur ses valeurs fondatrices. Quant au poème de Dylan Thomas déjà cité (« Do not go gentle into that good night »), peut-être sonne-t-il finalement moins comme un appel de l’Homme à l’Homme, que comme une injonction de l’Amérique à l’Amérique.

Au final, on l’aura compris, Interstellar apparaît comme un grand film américain. « Grand film », parce qu’il réveille chez le spectateur ce qu’il y a de meilleur en lui : son ardeur à œuvrer de toutes ses forces, même quand tout semble perdu, pour que la vie triomphe et se transmette à ceux qui viendront après nous. « Américain » parce que cet élan salvateur se transmet, comme d’habitude outre Atlantique, en empruntant la forme éculée d’une épopée de colons, résolus à planter leur drapeau sur une nouvelle planète (si possible riche en hydrocarbures) dès lors que l’ancienne est bonne pour la poubelle.

Lors d’une conférence de presse, le réalisateur Christopher Nolan déclarait « J’adorel’exploration spatiale, c’est le sommet de l’ambition » (La Libre Culture, 05/11/2014) Nous voilà prévenus : il faudra patienter quelques années encore avant qu’Hollywood produise un film du même calibre sur ce qui peut être sauvé ici même, sur la planète dont nous avons hérité (ou qui a hérité de nous) pour le meilleur et pour le pire… en acceptant de revoir nos logiciels.

D’ici-là, que faire ?  A mon avis, trois choses. D’abord, il faut courir voir Interstellar, pour en prendre plein les yeux et les oreilles, et pour se donner du cœur au ventre. Ensuite, il faut revenir sur Terre et lire « Les limites à la croissance » (le rapport du Club de Rome de 1973, réédité, augmenté et traduit récemment en français). Enfin, il faut délaisser un moment les livres et les écrans pour s’intéresser à l’homme et à la femme qui respirent à côté de soi ou de l’autre côté de la rue.

Alors il pourra redevenir exaltant d’œuvrer avec ardeur, non pas à la résurrection d’une nation ou d’une religion mythique, mais à la réparation d’une planète réelle : non pas « de l’autre côté des étoiles », mais ici et maintenant, devant nos yeux et sous nos pieds.

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108 réflexions sur « « Interstellar », ou la scission de l’espèce, par Un Belge »

  1. ça n’est pas mon petit doigt , mais le petit prince , qui disait avec Saint Ex :

     » l’avenir , tu n’as pas à le prévoir , mais à le permettre  » .

    1. En cela le futur du petit prince ( et le mien ) est très différent de celui de la pub de la caisse d’épargne ,pour laquelle le futur qui se prépare dès à présent , c’est la retraite !

  2. Et pour le permettre : ne surtout pas perdre ses maîtres. (…)
    Prenez soin de vous précieux Paul ! Un grand merci amical, ça ne mange pas de pain (et quand bien même…), merci !

  3. Alors il pourra redevenir exaltant d’œuvrer avec ardeur, non pas à la résurrection d’une nation ou d’une religion mythique, mais à la réparation d’une planète réelle : non pas « de l’autre côté des étoiles », mais ici et maintenant, devant nos yeux et sous nos pieds.

    Nous sommes d’accord. La phrase de Busoni :

    Je ne connais qu’une chose qui soit pire que de s’opposer à la nouveauté, c’est de foncer dedans tête baissée.

    1. « Je ne connais qu’une chose qui soit pire que de s’opposer à la nouveauté, c’est de foncer dedans tête baissée.  »

      Areva?

  4. Pensée : assurance-survie de l’espèce. Contre la pensée unique : assurance-vie des clans ou des quelques 140 multinationales.

  5. bémol sur les « eugenistes deguisés en amoureux de la nature » quand même, au risque de froisser quelques susceptibilités, la premiere catégorie a toujours été un sous ensemble probablement pas majoritaire mais tout sauf négligeable de la seconde, le nier ne les fera pas disparaitre par enchantement

    1. Il s’agit pour Un Belge, j’en suis pratiquement certain, de dénoncer les habits neufs écologistes d’une très vieille extrême-droite qui tente une fois de plus de nous vendre sa soupe froide élitiste-eugéniste au prétexte, non plus cette fois de nous protéger des « classes dangereuses » mais de sauver la planète.

      1. Le 30 novembre , les suisses se prononceront sur le texte dit  » Ecopop », qui propose de limiter l’immigration à0,2% pour limiter la « surpopulation » …et protéger l’environnement . C’est le résultat d’une drôle d’alliance entre une association écolo-radicale ( Ecopop , dont ce sont éloignées toutes les formations « vertes ») et l’extrême droite xénophobe .

        Cette initiative Ecopop s’intitule officiellement  » Halte à la surpopulation-Oui à la préservation durale des ressources naturelles » .
        Elle veut donc « ramener le solde migratoire annuel en Suisse à 0,2% de la population permanente » .
        Et le texte comporte une deuxième mesure à laquelle beaucoup trouvent des relents néo-colonialistes : « attribuer 10% de l’aide au développement suisse pour promouvoir la planification familiale volontaire » , soit , en clair , le contrôle des naissances dans les pays pauvres ….

      2. @ Vigneron

        Gazprom étant Gazprom, on les imagine mal préférer Bruxelles, les élites belges étant complètement inféodées aux services de renseignement US (dans la colonisation qui ne dit pas son nom, on doit être à peu près au même niveau que le Japon, ce qui n’est pas peu dire). Il n’y a qu’à regarder leur politique d’achats de bons du trésor pour s’en convaincre. Je me demande comment Mr Colmant peut bien expliquer cette anomalie…

        Par conséquent, ce n’est pas parce-qu’ils n’aiment pas l’Europe, mais parce qu-ils n’aiment pas les élites US (et je ne vois pas comment on pourrait leur reprocher… c’est un sentiment partagé par l’immense majorité des habitants de cette planète victime de leurs agissements) qu’ils préfèrent la Suisse à la Belgique.

        Pour ce qui est de l’eugénisme, ce genre de croyance se fonde sur des prémisses indépendantes des croyances quant au meilleur mode de régime politique. Bien évidemment, on peut avoir des régimes dictatoriaux non eugénistes et l’inverse également (je pense aussi à l’eugénisme libéral, privé, permettant aux parents d’opérer une pré-sélection des caractères qui devront être possédés par leurs enfants).

        Bien souvent, l’eugenisme n’est rien d’autre que le produit « naturel » de tout un tas de prémisses nécessaires ou contingentes à l’écologie comme programme politique (ideal d »’harmonie » comme refus de tout ce qui est bordelique, désordonné, bigarré, »mal rangé », accent mis sur la survie du groupe dans une perspective mi malthusienne mi darwinienne, ou au contraire sur la survie de « Gaia » au détriment des humains porteurs de tous les maux, amour de la pureté comme de ce qui est « naturel » et « sain » et à préserver de toute « souillure », etc). L eugénisme se porte bien, relayé par tout un tas de croyances qui n’ont rien à voir avec celles de la vieilles extrême droite, laquelle peut bien entendu instrumentaliser la chose.

    2. @ rototo

      Paul, ci-dessus, résume parfaitement ma pensée. Tout « amoureux de la nature » n’est pas eugéniste, évidemment. En revanche, l’eugéniste contemporain a souvent beau jeu de se draper dans le manteau vert de l’écologiste éclairé. C’est un déguisement efficace pour attirer à lui les âmes sensibles. Naturellement, dans un cénacle anarcho-capitaliste, le même eugéniste n’a plus besoin de ce déguisement-là.

      Vous suggérez que « la première catégorie (les eugénistes) a toujours été un sous ensemble (…) tout sauf négligeable de la seconde (les amoureux de la nature) ». C’est possible… et peut-être pourriez-vous en dire plus sur les expériences concrètes qui vous amènent à dire cela. Vous aurez en tout cas compris qu’il n’entre pas dans mes intentions de discréditer en bloc « les amoureux de la nature » (formule du reste volontairement vague et désuète).

      1. Question. Lord Keynes, inestimable eugéniste s’il en fut, enfilerait-il aujourd’hui l’habit vert de Robin des bois ?

      2. ce que je conteste, c’est la dimension « habits neufs ». L’extreme droite a toujours préféré les arbres aux hommes pour dire très vite, on va quand meme pas faire semblant de découvrir maintenant que « le retour à la nature » et toute la bibeloterie paienne sont des classiques de l’extreme droite depuis des siecles , non ? Je confonds pas avec Thoreau, mais c’est pas le cas de tout le monde ^^ . Alors il y a des flux et reflux evidemment, et je comprends bien que ces dernieres années avec la fille Le Pen, le filet de peche de la recup est balancé sur une surface impressionnante, m’enfin, pour la nouveauté on repassera…

        Quant à mon intention en rien cachée, elle est simplement de pointer que les écologistes sont des mouvements politiques comme les autres, mélange standard de militants sincères, idiots utiles et opportunistes, pas pire mais certainement pas meilleurs que les autres par une espece de pensée magique qui les exonererait au nom de ses propres préférences . Ni aujourd’hui pas plus qu’au 19eme siecle

      3. S’il revenait il serait toujours Lord, non ?
        Et puis c’est en 42 que Churchill le fait Lord. Et en 43 seulement qu’il se décide à démissionner de sa vice-présidence de la Ligue malthusienne. Brave Malthus, vilain Bentham.

        1. Il faut lire son texte sur Malthus, qui est un texte consacré à Malthus comme seul économiste défendant à son époque une politique de la demande. C’est à ce titre là que Keynes en fait son prédécesseur.

          « S’il revenait, il serait toujours Lord, non ? »

          Je ne sais pas, on manque de jurisprudence sur des cas de ce type.

      4. @ Rototo

        Il me semble qu’on s’égare… Je rappelle ma phrase :

        Nous excédons désormais largement la « carrying capacity » de la planète toute entière. Non pas parce que les pauvres font trop d’enfants (comme l’affirment des eugénistes déguisés en amoureux de la nature) mais parce que l’anéantissement de la planète se poursuit à grande vitesse, conformément au logiciel capitaliste.

        Je ne vois pas où vous avez vu un éloge sans nuance des écolos.

        Par ailleurs, effectivement, « le retour à la nature » et toute la bibeloterie paienne sont des classiques de l’extreme droite (disons d’une certaine barbarie) depuis des siecles ». Vous semblez ne pas voir que je pointe un phénomène différent de celui-là (et plus récent) : la dénonciation de « problèmes démographiques insurmontables » pour éviter de mettre en cause le logiciel capitaliste qui est le véritable coeur du problème. Une manoeuvre de diversion bien orchestrée, qui n’a rien à voir avec un post-néo-paganisme primaire.

        1. Les propos de ce Balthasar Glättli sont excellents, c’est ce que je disais tout à l’heure :

          Il s’agit pour Un Belge, j’en suis pratiquement certain, de dénoncer les habits neufs écologistes d’une très vieille extrême-droite qui tente une fois de plus de nous vendre sa soupe froide élitiste-eugéniste au prétexte, non plus cette fois de nous protéger des « classes dangereuses » mais de sauver la planète.

          Ceci dit, un bémol, quand il écrit :

          L’histoire montre que les milieux qui propageaient des idées eugénistes et malthusiennes de contrôle des naissances ont trouvé une nouvelle résonance dans l’écologie, dès la naissance du mouvement, dans les années 1960-70 aux Etats-Unis.

          « … dès la naissance du mouvement, dans les années 1960-70 aux Etats-Unis » ? De quoi parle-t-il ? Je ne vois absolument pas à quoi il fait allusion.

      5. Glättli m’envoie le texte suivant, comme contribution au débat :

        La Terre, vaisseau spatial ou la Suisse, radeau de sauvetage ?

        Par Balthasar Glättli

        S’agit-il simplement de xénophobes qui tentent d’infiltrer le mouvement écologique par la droite ou le mouvement écologique lui-meÌ‚me compte-t-il en son sein des tendances et des positions qui placent une politique antihumaniste sur le devant de la sceÌ€ne ? Voilà la question à laquelle nous avons tenté de répondre, nous, les auteurs du livre « Die unheimlichen Ökologen » (D’inquiétants écologistes). Cet ouvrage est un premier récit succinct, à propos de l’enqueÌ‚te menée par ses auteurs sur les racines d’un mouvement, et pas n’importe lequel, leur propre mouvement. « Le revers de la surabondance est la superfluité de l’eÌ‚tre humain ». Ilja Troyanow résume ainsi sa critique de la politique démographique, formulée dans son essai « Der überflüssige Mensch » (L’eÌ‚tre humain superflu). Mais qui, quelle histoire et quel courant de pensée se cachent derrieÌ€re cette politique démographique ?

        Young White Academic Males

        Ils sont jeunes, ils sont blancs, ils sont diploÌ‚més et ils sont pour la plupart de sexe masculin. Les premiers membres de Zero Population Growth (ZPG) ne sont pas de ceux qui ont eu la vie dure pendant leur jeunesse. Durant les années 1970, ils embrassent des carrieÌ€res florissantes aux Etats-Unis, ouÌ€ ils vivent dans la prospérité jusqu’à ce que les masses croissantes de pauvres du tiers-monde déclenchent soudainement des crises alimentaires mondiales, déreÌ€glent le climat ou se laissent tenter à sacrifier leur vie sans valeur dans des guerres par procuration en tant que réservistes de l’armée soviétique, au nom de la victoire d’un socialisme bien réel.

        Fondée en 1968 par Paul Ehrlich, biologiste et auteur du pamphlet « La bombe P », l’organisation ZPG se bat aujourd’hui encore (depuis 2002 sous le nom de Population Connection) contre ce qu’elle appelle l’« explosion démographique ». Aujourd’hui encore, cette lutte est menée au nom de la protection de l’environnement – et depuis peu également au nom de l’émancipation des femmes. Les arguments de politique démographique avancés par Population Connection se distinguent avant tout par leur caracteÌ€re scientifique et donc apparemment neutre, tout comme ceux défendus par les représentants de l’association suisse écologie et population (Ecopop).

        Le pouvoir ensorcelant des formules

        Les membres d’Ecopop ne jurent que par la formule magique de Paul Ehrlich I=PxAxT. Rares sont leurs publications ouÌ€ n’est évoquée au moins une fois la sainte Trinité : population (P), richesse (A=affluence) et technologie (T), dont le produit correspond à l’influence (I=impact) des eÌ‚tres humains sur l’environnement. Rares les tables-rondes ou les discussions avec des sympathisants de l’initiative ouÌ€ cette formule n’est pas mentionnée. D’ailleurs, dans l’absolu, elle n’est pas erronée ! Mais elle ne constitue pas pour autant une clé d’analyse censée de la réalité ; clé qui nous permettrait, en tant que société, de tirer des conclusions justes et utiles.

        Pourquoi ? La cécité idéologique des apologistes d’Ecopop transparaiÌ‚t au niveau meÌ‚me de la formule, comme le montre clairement Marcel Hänggi dans sa contribution à notre livre
        « D’inquiétants écologistes ».Un exemple simple : la mobilité. Bien suÌ‚r, il existe un lien entre la mobilité et la consommation d’énergie, de meÌ‚me qu’entre la consommation d’énergie et l’impact environnemental. Bien suÌ‚r, l’impact environnemental mondial correspond mathématiquement au produit du nombre de personnes qui sont mobiles par le nombre moyen de kilomeÌ€tres parcourus et par la quantité de CO2 générée par la technique moyenne utilisée pour se déplacer. Cependant, cela ne nous avance pas plus que si l’on répondait à la

        question de la richesse dans le monde en indiquant la fortune moyenne par habitant sur Terre. En effet, l’information capitale, à savoir qu’1 % de la population mondiale posseÌ€de plus de 40 % de la fortune mondiale tandis que 50 % de cette population ne cumulent ensemble pas meÌ‚me 1 % de cette richesse (selon Shaxson/Christensens/Mathiason 2012, ces chiffres sont meÌ‚me loin de représenter l’inégalité réelle de la situation, car ces treÌ€s grosses fortunes dissimulent leurs capitaux dans des niches fiscales), est compleÌ€tement noyée dans l’indication de la moyenne.

        A coÌ‚té des quelques rares milliers de jet-setteurs de la finance qui parcourent chaque semaine le monde en avion, les millions de personnes qui, dans les pays industrialisés, prennent leur voiture tous les jours pour aller travailler font figure de parangons verts. Quant aux milliards de personnes qui se déplacent pieds nus, en sandales ou peut-eÌ‚tre à vélo, leur impact global sur la mobilité mondiale est, malgré leur multitude, tout à fait dérisoire. Ce raisonnement s’applique aussi à la consommation d’énergie : chaque jour, la ville de New York consomme à elle seule autant d’électricité que l’ensemble de la population d’Afrique subsaharienne, l’Afrique du Sud mise à part. DeÌ€s lors, quiconque occulte la question de l’égalité ou de l’inégalité est incapable de décrire ou de régler les probleÌ€mes environnementaux de façon appropriée.

        Comme un sentiment intime de surpopulation

        Comment un scientifique de la trempe de P. Ehrlich, qui ne manipule théoriquement pas les formules comme de simples arguments fallacieux, en est-il arrivé à en simplifier une au point de la dénaturer purement et simplement ? L’introduction de son bestseller nous livre un intrigant début de réponse à cette question. Il y est en effet décrit avec une limpidité éloquente quelles sont les motivations à la source de toutes ses formules et évocations de catastrophes : « La bombe P » de Paul Ehrlich commence par un tableau apocalyptique de sa crainte lorsque sa famille et lui traversent en taxi un quartier miséreux de New Dehli. Voici l’extrait dans son intégralité :

        « Voici longtemps que, sur le plan intellectuel, j’avais pris la mesure de l’explosion démographique; il m’a fallu attendre une certaine nuit d’été à Delhi, voici deux ans, pour avoir le sentiment de l’avoir vecue. Je rentrais avec ma femme et ma fille à l’hoÌ‚tel, dans un taxi vétuste, dont les sieÌ€ges étaient infestés de puces. Seule la seconde vitesse fonctionnait. Comme nous traversions au pas la ville, nous pénétraÌ‚mes dans une zone misérable et surpeuplée. La temperature dépassait 40° et l’air n’était plus que poussieÌ€re et fumée. Les rues étaient grouillantes d’hommes. Des hommes qui mangeaient, des hommes qui se lavaient, des hommes qui dormaient. Des hommes qui se rendaient visite, qui discutaient, qui juraient. Des hommes qui tendaient leurs mains à travers la feneÌ‚tre du taxi pour mendier. Des hommes qui déféquaient et urinaient. Des hommes qui s’agrippaient aux autobus. Des hommes qui récupéraient leur bétail. Des hommes, des hommes, des hommes, des hommes. Dans notre enclave lente et klaxonnante, nous avancions dans un enfer de poussieÌ€re, de bruit, de chaleur, de feux de camp. Reverrions-nous jamais notre hoÌ‚tel ? Tous trois nous étions à vrai dire effrayés, car il semblait que n’importe quoi puÌ‚t arriver ; mais il n’en était rien, bien entendu. Les familiers de l’Inde riront de notre réaction. Qu’étions-nous apreÌ€s tout sinon des touristes surprivilégiés, inhabitués aux sceÌ€nes et aux sons de l’lnde? Cela se peut, il n’empeche que c’est depuis cette nuit-là que j’ai le sentiment intime de ce qu’est la surpopulation. » (Ehrlich, 1-2)

        Le « sentiment intime de surpopulation » se réveÌ€le ici au moyen de la crainte, pour des touristes occidentaux dans un quartier miséreux, de ne pas arriver sains et saufs à bon port dans leur hoÌ‚tel. Une pointe d’autocritique apparait dans l’avant-dernieÌ€re phrase…, mais est

        immédiatement balayée par le sentiment qui fait irruption. Un sentiment qui met le doigt sur ce que dissimule la formule. En effet, quiconque parle de « trop de gens » ne pense généralement pas à soi-meÌ‚me ni à ses propres enfants. Les gens en trop, ce sont toujours les autres. Des hommes, des hommes, des hommes, des hommes.

        Tous pareils, tous différents ?

        Le mouvement écologique moderne, né aux Etats-Unis vers la fin des années 1960, s’est également imposé graÌ‚ce à une image marquante : l’icoÌ‚ne d’un vaisseau spatial Terre solitaire, naviguant dans le noir de l’univers. Celle-ci a d’ailleurs donné lieu à une révolution copernicienne à l’envers : « la Terre, qui n’était depuis Copernic qu’une planeÌ€te parmi d’autres, est redevenue un objet unique dans l’univers, à la fois beau et fragile » (J. Radkau, 324, c’est nous qui traduisons).

        Alors que dans l’Europe d’apreÌ€s-guerre, l’on se souvient surtout des décennies qui ont suivi la Seconde guerre mondiale, marquées par une croissance record, comme d’une période de miracle économique, c’est aux Etats-Unis que sont apparus en premier les effets négatifs de cette croissance économique incessante. Et c’est à ce moment que P. Ehrlich a établi un lien direct entre croissance démographique et crise environnementale : « trop de voitures, trop d’usines, trop de produits phytosanitaires, de plus en plus de traiÌ‚nées de condensation, manque d’installations de traitement des eaux usées, manque d’eau, trop de dioxyde de carbone : toute une série de probleÌ€mes que l’on peut aisément imputer à une population trop importante »

        Voilà exactement l’argumentaire avancé aujourd’hui par les partisans de l’initiative Ecopop, suivant scrupuleusement la tradition du premier rapport sur les limites de la croissance publié par le Club of Rome, lui-meÌ‚me élaboré sur la base d’un modeÌ€le mathématique qui résumait les différents modes de vie et systeÌ€mes économiques à de simples valeurs moyennes mondiales. Les « inquiétants écologistes » ne font pas mieux : dans leur analyse, ils commencent à tort par mettre tous les habitants de la planeÌ€te au meÌ‚me niveau, comme des milliers de fourmis dans une seule et meÌ‚me fourmilieÌ€re, avant de les traiter ensuite différemment. Il s’agit de protéger son propre ilot de prospérité, de défendre ses propres standards de vie et donc de repousser les étrangers et de réguler leur natalité. En effet, les partisans de cette idéologie savent bien que leur propre mode de vie n’est pas applicable au monde entier.

        A l’inverse, une écologie émancipatrice s’éleÌ€ve précisément contre cette répartition inégale et cette injustice, qui ne se refleÌ€tent pas uniquement sur le plan économique mais aussi sur ceux de la consommation des ressources naturelles et de l’exposition aux risques de catastrophes environnementales – une écologie qui revendique une politique proÌ‚nant l’égalité entre tous les eÌ‚tres humains, en exigeant une solidarité et un partage équitable des biens communs et des ressources naturelles dans le monde.

        Culturalisme justifié écologiquement

        L’effroi monte encore d’un cran lorsque des courants de pensée écologiques sont croisés avec la théorie de la nouvelle droite. Alain de Benoist, qui en est à l’origine, s’éloigne d’un racisme basé sur la supériorité raciale et croit davantage à des systeÌ€mes locaux formant des ensembles unis dont l’organisation stable et ordonnée est menacée par l’extérieur. Selon cette idéologie, le peuple et la race ou en l’occurrence la culture sont naturellement liés, sur le plan géographique, à un pays, à une région et à une patrie donnés. La devise ne s’intitule donc plus « Vive les Aryens » mais « La Suisse aux Suisses et l’Afrique aux Africains ». En revanche, la « lutte contre toute forme de métissage » demeure.

        Ainsi, libérée de la fixation « non scientifique » sur le sang et l’héritage génétique, la pensée anti-égalitaire – l’idée d’une unité naturelle entre un peuple et une terre – refait surface sous les traits du culturalisme, une sorte de « racisme sans races ». De meÌ‚me qu’en son temps le racisme classique, le culturalisme est à la fois un outil d’analyse, une méthodologie et une justification. En lieu et place de la lutte des races surgit la lutte des cultures. En guise de justification théorique sont avancés des connaissances sur la nature de l’appartenance ou de la non-appartenance et sur la nécessité naturelle de cette distinction, tandis que sur le plan de l’application politique et pratique de cette doctrine, des faits erronés préétablis concernant la « réalité » naturelle mais non encore réalisée sont activement adaptés, souvent avec violence. Le culturalisme fabrique ainsi le mode de vie qu’il entend protéger. En termes de justificatif d’exclusion, la supériorité raciale, considérée comme obsoleÌ€te, se voit donc reléguée au second plan au profit d’un comportement culturaliste ou nationaliste, érigé en comportement « naturel ».

        D’ouÌ€ viendra la libération ?

        Pour libérer la pensée des errements de la politique démographique, il suffit à chacun et chacune de se demander de façon critique quels aspects renferme le terme de
        « population ». Libérer de leur exploitation concreÌ€te les eÌ‚tres humains et la nature constitue en revanche un défi politique colossal. Une chose en tout cas semble certaine : la libération des eÌ‚tres humains est indissociablement liée à celle de la nature.

        La question de savoir quel type de société et quel modeÌ€le économique nous souhaitons pour atteindre cet objectif est cruciale. Certes, il nous est possible de gagner un peu de temps graÌ‚ce à des solutions techniques, mais celles-ci ne permettront de surmonter, meÌ‚me avec les bonnes structures politiques de soutien, ni les contradictions liées à la suraccumulation ni l’absence de perspectives d’une croissance économique unidimensionnelle.

        Aujourd’hui, le capitalisme consumériste ne se contente pas de produire une surabondance de biens et de déchets qui met en péril les ressources naturelles, il transforme en outre toutes les personnes qui ne jouent pas un roÌ‚le suffisamment important en tant que forces productives ou consommateurs économiquement exploitables en « personnes superflues ». De façon tout aussi inhumaine et aussi mensongeÌ€re que Malthus entendait combattre la pauvreté en éliminant les pauvres, les écologistes qui s’appuient sur la politique démographique cherchent ainsi à vaincre les probleÌ€mes découlant de la surabondance en éliminant ces « personnes superflues ».

        L’auteur

        Balthasar Glättli, 1972, Conseiller national depuis 2011 et président du groupe des verts. De 2003 à 2010 il était secrétaire général de l’ONG Solidarité sans frontieÌ€res. Il est co-auteur du livre

        Glättli, Balthasar / Pierre-Alain Niklaus: Die unheimlichen Ökologen. Sind zu viele Menschen das Problem? Rotpunktverlag, 2014, 176 Seiten, Fr. 25,00 (eBook: Fr. 15); http://www.unheimliche-oekologen.ch

        Litérature citée et recommandée :

        Barnett, Larry D. (1971): « Zero Population Growth, Inc.“, BioScience 21/14, S. 759–765.

        Birg, Herwig (1991): Der Konflikt zwischen Spaceship Ethics und Lifeboat Ethics und die Verantwortung der Bevölkerungstheorie für die Humanökologie, Bd. 40, Dokumentationen, Informationen, Meinungen, pub.uni-bielefeld.de/publication/1783025

        Ehrlich, Paul R. (1972): La Bombe P, Paris(?): Fayard/Collection Les Amis de la Terre.

        Geden, Oliver (1996): Rechte Ökologie: Umweltschutz zwischen Emanzipation und Faschismus, Antifa Edition, Berlin: Elefanten Press.

        Glättli, Balthasar und Pierre-Alain Niklaus (2014): Die unheimlichen Ökologen: Sind zuviele Menschen das Problem?, Zürich: Rotpunktverlag.

        Hafner, Urs (2013): «Überzählig sind immer die Anderen»: Interview mit Shalini Randeria, Neue Zürcher Zeitung vom 29.4.2013, http://www.nzz.ch/wissen/bildung/ueberzaehlig-sind-immer- die-anderen-1.18072764

        Heim, Susanne und Ulrike Schaz (1996): Berechnung und Beschwörung: Überbevölkerung – Kritik einer Debatte, Berlin: Verlag der Buchläden Schwarze Risse/Rote Strasse.

        Jahn, Thomas und Peter Wehling (1991): Ökologie von rechts. Nationalismus und Umweltschutz bei der Neuen Rechten und den »Republikanern«, Frankfurt am Main, New York: Campus.

        Le Bras, Hervé (1998): Le démon des origines. Démographie et extreÌ‚me droite, La Tour d’Aigues: éditions de l’Aube.

        Le Bras, Hervé (2009): Vie et mort de la population mondiale, Paris: Editions Le Pommier.

        Mackensen, Rainer und Jürgen Reulecke (Hrsg.) (2005): Das Konstrukt «Bevölkerung» vor, im und nach dem «Dritten Reich», 1. Aufl., Wiesbaden: VS Verlag für Sozialwissenschaften.

        oekom e.V. (Hrsg.) (2012): Ökologie von rechts: braune Umweltschützer auf Stimmenfang, Bd. 131, Politische Ökologie, München: oekom Verlag.

        Piketty, Thomas (2014): Capital in the twenty-first century, Cambridge Massachusetts: The Belknap Press of Harvard University Press.

        Radkau, Joachim (2011): Die Ära der Ökologie : eine Weltgeschichte, München: Beck.

        Schulze, Annett und Thorsten Schäfer (2012): Zur Re-Biologisierung der Gesellschaft: menschenfeindliche Konstruktionen im Ökologischen und im Sozialen, 1. Aufl., Aschaffenburg: Alibri.

        Shaxson, Nicholas, John Christensen und Nick Mathiason (2012): Ungleichheit: Mehr als die Hälfte bleibt im Verborgenen, Tax Justice
        network, http://www.taxjustice.net/cms/upload/pdf/Deutsch/TJN2012_UngleichheitOffshore.pdf

        Trojanow, Ilija (2013): Der überflüssige Mensch, Unruhe bewahren, Residenz.

      6. Tout ça est extrêmement intéressant.
        Pour nourrir le dossier à propos du Rapport du Club de Rome (rarement lu in extenso et jusqu’au bout, semble-t-il) :

        « La production de céréales par habitant a connu un pic vers 1985 et n’a fait que baisser lentement depuis. Nous disposons cependant d’assez de nourriture, du moins en théorie, pour nourrir correctement tous les humains. La quantité totale de céréales produites dans le monde en 2000 aurait permis à 8 milliards d’individus de vivre avec le minimum vital (…) Si l’on y ajoute la production annuelle de tubercules, de légumes, de fruits, de poisson et de produits issus d’animaux élevés sur pâturage et non au grain, on a assez pour fournir aux 6 milliards d’habitants du début du XXIe siècle une alimentation saine et variée » (Les limites à la Croissance, Trad. 2012, pp. 103-104)

        Et aussi (par exemple) :

        « Nous avons besoin de créativité pour échapper à l’idée réductrice selon laquelle certains « créent » des emplois pour d’autres, et de cette autre idée encore plus réductrice qui veut que la main d’oeuvre se réduise à des coûts qu’il faut supprimer. Il nous faut un système économique qui utilise et encourage les contributions de chacun, qui répartisse de façon équitable le travail, le temps libre et la production économique et qui n’abandonne pas sur le bord de la route ceux qui, pour des raisons temporaires ou structurelles, ne peuvent pas travailler. » (Ibid. p. 367)

      7. En début 1973 , René Dumont dans  » l’utopie ou la mort  » , consacrait un chapitre au sujet de  » l’explosion démographique » . Son entame était ( page 47 ) : « Croissance zéro de la population mondiale dès que possible: les riches d’abord! » .

        Ses propositions d’alors ( pas piquées des vers pour certaines) , derrière cette entame de bonne conscience ( les allemands , consciemment ou pas , ont été de bons élèves , et sans doute pas pour préserver la planète !) , laissaient en fait entier le débat entre mesures plus ou moins autoritaires ( le moins étant l’arrêt des encouragements à la procréation , de type allocations familiales après le deuxième enfant ) , et la fiscalité sur les riches pour que les pauvres devenus plus riches et plus en état de se « réaliser » , aient moins tendance à se « rassurer  » ou « ‘assurer » par la procréation .

      8. Une chose en tout cas semble certaine : la libération des eÌ‚tres humains est indissociablement liée à celle de la nature.

        wat betekent dat ??

        Restant au ras des pâquerettes, je comprend que selon M Balthasar Glättli si 10.000 pauvres brûlent une forêt, cette forêt est ‘libérée’, si un riche y bâti son palais, elle est détruite.
        Nous sommes dans l’émotif et le verbiage, pas dans le rationnel.
        Ceci dit, l’extrême droite (d’accord avec la ‘religion féroce’) a toujours été nataliste.

      9. @Hadrien :

        Je ne sais pas si c’est l’émotion ,le verbiage ou le rationnel , mais j’ai beau me casser le cul , je ne vois pas comment ,partant de la phrase incriminée, on peut en arriver à l’illustration que vous en donnez .

      10. Bonjour un belge,
        Celui qui veut contester une idée, doit parfois contester également la méthode qui a imposée l’idée. C’est à dire la fin qui justifie les moyens.
        Je rappelle dans les faits, le choix de la méthode : « la science est une activité essentiellement humaine, non l’accumulation mécanique, automatique d’informations objectives qui conduirait, grâce aux lois de la logique, à des conclusions inévitables (une information diffuse dans la forme mais infuse dans le fond ?). Par conséquent, les nouvelles connaissances de l’objet d’étude ne viennent pas directement de l’observation ni de l’expérience (l’empirisme), mais des jugements logiques dans le cadre d’une théorie donnée (une alchimie) ou nouvellement développée ». Tout est dit….
        Alors, êtes-vous certain de bien comprendre ce qui est entendu et sous entendu dans les écrits que vous nous fournissez ? Vous ne voyez donc pas le matérialisme dialectique à l’oeuvre. J’aime bien la deuxième partie, c’est vendeur….Surtout le combat de l’idée qui s’impose sans doute d’elle même. La solution économique se situe sérieusement où, en fait ? Peut-être dans le « ajoutons » ou dans le « disposons ». J’ai malgré tout un léger doute sur la notion de « nous ».
        Cdlt

      11. @Hadrien :

        On notera que relativement à la natalité , la position de l’extrême droite ( natalité endogène, nation et droit du sang ) , est appelée à être confrontée (mondialisme , économie de marché , relations internationales , aidant ), à des contradictions qui expliquent peut être que l’UDC suisse ne part pas comme un seul homme dans l’appui à l’initiative évoquée .

      12. Bonsoir,
        Le sommet de l’inconscience et de l’inconsistance : parce qu’oser dire que « dans l’absolu », l’équation citée n’est pas erronée ? Aurions nous découvert la boule de cristal ? C’est rendre statique (présent) le dynamique (l’avenir). Cela revient à faire la promotion de l’idéologie (mais d’essayer de s’en soustraire) sans définir correctement la composition des variables avec la signification de tous les paramètres (au passage, il veut donc les rendre immuables dans l’équation). Où est donc passé la transparence des brevets et des technologies qui sont frappés par le secret ? Alors, nous retrouvons la même rhétorique sur la mobilité : bien sûr…mais… ? Est-ce le centre de la problématique ou plutôt l’apologie d’une conception du mondialisme (à ne pas confondre avec la mondialisation). Si l’on permettait déjà aux peuples de disposer d’eux mêmes en leur donnant le savoir technologique nécessaire. De même; nous savons que la spéculation sur les matières premières est la source des famines.
        « Pour libérer la pensée des errements de la politique démographique, il suffit à chacun et chacune de se demander de façon critique quels aspects renferme le terme de « population » ». Sans l’équation, c’était presque ma phrase préférée (celle d’une incompréhension). Nous faisons comme si l’ingénierie sociale n’existait pas….
        Hadrien, vous avez bien entendu le concept de libération. Cette phrase peut signifier tout et son contraire : Libérer la nature de l’être humain et/ou libérer l’être humain de la nature, ou encore libérer l’un, c’est libérer l’autre. Mais de quoi ? Et dans quel sens ? Quelle est donc la nature de cette liaison ? C’est le résultat d’une culture de l’image poussée à son paroxysme. La récolte de ce que l’on sème….
        L’image a voulu prendre la place du son dans l’ordre des choses. Le visuel permet la représentation mais ne propose pas de solutions. L’esthétisme perd de ses attributs pour ne laisser que la surface des choses. Nous sommes par conséquent dans le descriptif (comme peut l’être une loi), modèle d’impuissance, et plus personne n’entend (écoute). C’est le relatif absolu. Comment réconcilier la science physique et la science quantique ? Rendre déjà au son, sa place pour la mélodie….
        Enfin, lorsque l’écologie devient une politique (la récupération) et non plus un comportement, il ne faut pas s’étonner du résultat.
        Cdlt

      13. @ Un Belge
        20 novembre 2014 à 14:37
        La première chose est de mettre fin au gaspillage de nourriture.
        Je ne pense pas qu’on puisse y arriver sans
        -l’interdiction de la spéculation
        -l’abolition de la rente de la propriété privée
        -la relocalisation de toute l’économie
        -l’introduction du revenu de base
        -la stimulation d’activités riches en sobriété énergétique.

  6. Alors il pourra redevenir exaltant d’œuvrer avec ardeur, non pas à la résurrection d’une nation ou d’une religion mythique, mais à la réparation d’une planète réelle

    Pour être exact, la difficulté n’est pas tellement de réparer la planète.
    C’est surtout de retirer le pouvoir économique à ceux qui empêchent qu’on s’y mette, préférant, eux, la course folle à son anéantissement car pendant ce temps là,… ils en profitent.
    C’est pas exaltant, c’est rageant.

    1. Bonsoir Dominique,
      Oui, parce qu’à la vitesse de l’être, cela laisse du temps à l’humanité, ou pas ? A la vitesse de la lumière, ils peuvent aussi accélérer la fin des générations à venir. Nous pouvons dire que c’est également une forme de religion fondée sur un mythe (la lecture de l’avenir). L’univers aurait donc bien trouvé son nouveau centre : l’homme guerrier (Cosmos 99 vs Louis Pasteur).
      Et sauf erreur de ma part, le club de Rome (cf financement) évite de penser autrement les processus de production, de distribution et donc la conception de l’échange, du commerce (et par voie de conséquence, la propriété des biens et services par la finance), c’est à dire de l’économie. Il ne parle que de ressources et de la population mondiale ? Donc, une forme de darwinisme social….
      Rappel : Le magazine « Nature » du 24 septembre 2014 annonce la découverte par Lei Chen d’un organisme multicellulaire de plus de 600 millions d’années. Moralité : les extrémistes évolutionnistes (racisme scientifique) perdent leur récolte comme l’ont perdue en leur temps, les extrémistes religieux. Libre à chacun de juger toujours avec modération.
      Info : Etant véritablement amoureux du progrès, les plastiques et le CO2 sont déjà les nouvelles sources d’énergies innovantes (au delà de l’expérimentation)…
      Ccl : La mort ? Après les temps existentiels (conscience/inconscience), retour de la conscience au temps essentiel (le sens et entendement).
      Cdlt
      ps : Je regarderai le film conseillé (merci à mr Jorion) parce que j’aime la science « fiction ». Attention, mr Jorion, ne vous faites pas abuser (vous savez qu’il y a feu de tout bois en ce moment)…

    2. @ Dominique Gagnot

      Oui. Mais nous sommes également très forts pour nous empêcher nous-mêmes de nous y mettre. C’est l’un des mérites d’ « Interstellar » que de nous donner un bon coup de pied là où le dos ressemble à la lune (comme disait Brassens).

    3. @ Dominique Gagnot 19 novembre 2014 à 19:24

      Je crains que votre obsession anti élites économiques vous aveugle. C’est tellement facile de dire que c’est à cause des riches que tout va mal !
      Êtes-vous bien certain que si l’on accordait un pouvoir d’achat égal pour tous les individus, cela règlerait le problème ?

      Je pense qu’au lieu de freiner l’épuisement de la planète, cela l’accélèrerait au contraire.

      Au bout de peu de temps, les plus avides de consommation seraient à sec et pleureraient misère auprès des vertueux capitalistes qui continueraient à «économiser » par réflexe. Cela aurait pour ces derniers, le double intérêt d’épargner la planète tout en leur permettant d’investir dans des moyens et des produits plus compétitifs vers lesquels se jetteraient, en premiers, les moins argentés et les plus avides de consommation.

      Ceux-là seraient les petits poisons de l’histoire, quand les premiers seraient des poseurs de filets.

      http://www.pauljorion.com/blog/2010/07/04/la-pension-comme-salaire-continue-solution-aux-impasses-dans-lesquelles-sont-aujourdhui-le-travail-et-linvestissement-par-bernard-friot/#comment-95198

      Puis de nouveaux cycles repartiraient jusqu’à l’épuisement ultime. A moins que l’espèce finisse par comprendre et qu’elle se scinde en deux, celle qui ne pense qu’à consommer disparaissant, pour ne laisser survivre que les plus économes.

      C’est peut être ce qui a amené la disparition des néanderthaliens et a conduit à 40.000 ans de croissance ensuite.

    4. À Dominique Gagnot

      « Pour être exact, la difficulté n’est pas tellement de réparer la planète. »

      Quand j’entends que de gigantesques pays pratiquent leurs révolutions industrielles maintenant, cette affirmation me fait tristement sourire.
      Séparer l’acquisition de confort du niveau de richesse ? Ou quoi ? Leurs prouver que le confort (que nous avons si durement acquis ahaha) est indigne ou moins possible?…

      1. A l’introduction de la conférence de Rio en 1992, un pays industrialisé prend la parole :

        – Cette conférence est organisée pour que les pays émergents profitent de nos bonnes et mauvaises expériences, afin qu’il ne rencontrent pas demain, les problèmes que nous avons aujourd’hui…

        Le représentant du Bangladesh lui coupe la parole :

        – Monsieur, nous avons hate d’avoir les mêmes problèmes que vous !

        …..

      2. Et la sobriété énergétique dans une société inégalitaire comme la notre,

        C’est l’augmentation du nombre de pauvres, Point.

        Un beau projet !

        …. ça ne peut pas être abordé sans le reste.

  7. « Car oui, dans Interstellar, film résolument yang, la survie de l’espèce passe par l’aventure spatiale (et mathématique). »

    Thom: « En permettant la construction de structures mentales qui simulent de plus en plus exactement les structures et les forces du monde extérieur -ainsi que la structure même de l’esprit-, l’activité mathématique se place dans le droit fil de l’évolution. C’est le jeu signifiant par excellence, par lequel l’homme se délivre des servitudes biologiques qui pèsent sur son langage et sa pensée et s’assure les meilleures chances de survie pour l’humanité. »

    1. Bonjour Basic Rabbit,
      Il y a chez le mathématicien une activité dont le trait essentiel est de le « libérer » de la dépendance à ses sens biologiques. Il construit une idéalité, celle ci est multipliée, elle génère alors automatiquement des relations. Ces relations deviennent alors les nouveaux objets de son activité.
      Ce sont de nouvelles idéalités et la suite continue. Le mathématicien de construit un monde automatiquement à partir de l’ idéalité qu’ il a choisie originairement. Le point : c’ est plus compliqué qu’ il n’ y parait.
      Les presocratiques étaient les premiers physiciens : leur point originaire, leur monisme pour reprendre votre terme, au lieu des dieux décrits par Homere, passa aux entités physiques (l’ eau pour Thalès de Milet , l’ air pour Anaximène, les atomes inséccables pour leucippe et democrite..).
      Puis d’ autres ont mis au centre de leur système des entités intelligibles : le vide, l’ infini, la matière originelle (arythmiston), l’ Un (Logos) pour Heraclite , l’ Etre pour Parmenide.
      Ensuite , des variantes avec un ou plusieurs éléments physiques et une ou plusieurs relations (4 elements et amour/haine pour empédocle ).

      L’ activité du mathématicien quand il fait usage de son langage est intéressante parce qu’ elle dévoile ce qu’ on fait avec le langage en général. On ne fait pas que du bruit, on fait quelque chose, on s’ affaire à construire un monde.
      Pendant ce temps là, il y a des choses qu’ on ne fait pas, et c’ est ainsi que le monde peut se construire (sans nous?).
      A mon avis, il faut être présent à ce qu’ on fait. Etre, c’ est au minimum être présent à ce qu’ on fait.
      Ci apres un article au sujet des objets mathématiques selon Maurice Caveing, et un autre traitant de la philosophie du concept selon Jean Cavaillès mentor de Maurice Caveing.
      Les deux articles s’ éclairent .

      http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/rhs_0151-4105_2006_num_59_2_4591_t12_0347_0000_167#
      http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/rhs_0151-4105_1987_num_40_1_4485

      1. Bonjour Tigue

        J’ai parcouru très rapidement les deux « Persée »: Hymne à l’algèbre et au formalisme: Hilbert, etc.
        Pour replacer dans un contexte général: « on pense parce qu’on parle »: algèbre, discret, « on parle parce qu’on pense/rêve »: géométrie, continu. Rétroactions, balancement de l’histoire. Discret, réductionnisme vs continu, holisme.

        Petit résumé de l’histoire des mathématiques dans le but de revenir au monde « réel ».

        Les mathématiques post-galiléennes sont réductionnistes: priorité à l’atome mathématique qu’est le nombre entier. Point culminant avec Hilbert. Théorie des ensembles (dont l’atome est l’ensemble vide!): l’objet (=l’ensemble), caractérisé en « extension » par ses éléments (axiome d’extensionnalité) précède ontologiquement les relations entre ensembles (qui, dans ce cadre, ne sont que des ensembles). Pour moi à ranger au musée des mathématiques: le cadre ensembliste (qui est celui des éléments de Bourbaki -à ranger également au musée) n’a produit quasiment aucun résultat nouveau (seul un théorème de Dehornoy en théorie des tresses). Théorie des catégories: les relations sont ontologiquement premières et les objets seconds (un objet se découvrant en « intension » par les relations qu’il a avec les autres objets de la catégorie).
        Petite aparté: André Weil, l’un des fondateurs de Bourbaki, bien connu des anthropologues Lévi-Straussiens (donc structuralistes), a refusé à Grothendieck une rédaction « catégorique » d’un chapitre des « éléments ». La suite a donné raison à Grothendieck (qui a, entre autres, résolu une célèbre conjecture du dit Weil avec son attirail catégorique).

        Après ce bref aperçu historique, retour au réel. Il est pour moi clair que ces mathématiques algébriques ont profondément influencé les sciences dures, et, par contagion, ont pénétré le mode de penser « mainstream » contemporain: le réductionnisme conduit inéluctablement au « tout informatique », expression la plus réduite du réductionnisme (0,1!). A force de « penser parce qu’on parle », voilà où on arrive inéluctablement: à un monde de robots complètement déconnectés du réel! Voilà pourquoi je fais inlassablement du prosélytisme pour l’oeuvre de Thom sur ce blog;

        L’approche de Thom est radicalement opposée: c’est un penseur du continu (le premier, dit-il, depuis Aristote): « on parle parce qu’on pense/rêve ». Pour lui l’existence du continu apparaît comme une donnée primordiale car c’est par elle que s’opère la jonction entre la description langagière d’Aristote et la description mathématisée de la Physique post-galiléenne.

        Dans « Les mathématiques modernes: une erreur pédagogique et philosophique? » (entre autres) il argumente contre les mathématiques formalistes de Hilbert (point de vue que semble défendre Cavaillès): « il y a un immense fossé entre la pensée « naturelle », le bon sens, et cette logique mathématisée, artificielle, qui a pris naissance avec Boole et qui s’est imposée par la suite comme parangon de la rigueur avec le formalisme et l’axiomatique hilbertienne. » Il n’est guère plus tendre avec la théorie des catégories: « Je n’inciterai pas mes lecteurs à étudier cette théorie […] extérieurement assez terrifiante. »

        Il voit le mathématicien comme un perpétuel nouveau-né qui babille devant la nature. Et avertit:
        « Seuls ceux qui savent écouter la réponse de Mère Nature pourront ultérieurement commencer à engager un dialogue avec Elle. Les autres bourdonneront dans le vide ».

        Pour illustrer ce qui précède je termine par un extrait d’un article « Sur le problème de l’innovation » jadis paru dans l’EU.

        « Au fond, en mathématiques, tout sort de l’itération obstinée et stupide de l’opération n->n+1 (addition de 1). Cette générativité, dûment qualifiée (rendue porteuse de qualités) engendre le monoïde libre des « mots » engendrés par un alphabet fini. C’est là le « chaos » primitif d’où vont naître toutes les structures intéressantes de l’algèbre. Tout se passe alors comme si le flot de la combinatoire libre du monoïde venait en quelque sorte « s’enrouler » autour de figures intéressantes par leurs propriétés globales (cet enroulement conduit à des « identifications -présentées par les « axiomes »). On peut parler, dans certaines théories d’une sorte d’émergence des structures. Les plus typiques sont celles des singularités de fonctions et celles de groupes de Lie simples -émergences d’ailleurs assez mystérieusement liées.
        Ce même processus d’émergence est à l’oeuvre en biologie la raison qui fait que certaines combinaisons de molécules présentent des propriétés combinatoires remarquables de croissance et de self-réplication est l’un des mystères les plus profonds de la biologie. »

        Vous écrivez:
        « Il y a chez le mathématicien une activité dont le trait essentiel est de le « libérer » de la dépendance à ses sens biologiques. »
        La citation ci-dessus de Thom (écoute de la « Mère Nature ») et l’extrait de l’EU montrent qu’au contraire il faut garder le contact, rester moniste, …, sauf à bourdonner dans le vide.
        Thom répète fréquemment: « il faut se mettre dans la peau des choses ».

      2. Bonsoir Basic Rabbit,

        Voir p20 du 2 eme document , où l’ auteur rapporte l opposition de Cavaillès au Dogmatisme (abstraction devenue une fin plutôt qu’ un moyen)

        « C’est que ces constructions de concepts sont « propres à devenir le support » de théories mathématiques nouvelles comme l’écrit Van der Waerden, en faisant l’éloge de Emmy Noether. Celle-ci ayant du reste partagé avec J. Herbrand et Claude Chevalley le privilège d’avoir compté dans la vie intellectuelle de Cavailles, il est intéressant de rapporter ici le portrait que nous en a donné Van der Waerden :

        « La maxime qui a constamment guidé Emmy Noether pourrait être formulée de la manière suivante : toutes les relations entre nombres, fonctions et opérations ne deviennent absolument claires, capables de généralisation et vraiment fécondes que lorsqu’elles sont libérées de leurs objets particuliers et réduites à des rapports généraux de concepts. Cette thèse (…) constituait un principe fondamental de sa pensée. Elle ne pouvait s’assimiler et retravailler aucun énoncé ni aucune démonstration avant de les avoir saisis abstraitement et rendus absolument clairs à l’œil de l’esprit. Elle ne pouvait penser que par concepts, non par formules, et en cela résidait sa force. Car elle était ainsi contrainte par sa propre façon d’être d’inventer les constructions de concepts propres à devenir le support des théories mathématiques » (46).  »

        La begriffliche Maihematik, comme l’a baptisée P. S. Alexan- droff, dont on peut faire remonter la tradition en Allemagne à Bernhard Bolzano, à Hermann Grassmann et à Richard Dedekind que Cavaillès a lus et commentés (47) apparaît donc vers 1930 comme une véritable doctrine mathématique, source de lumière, certes, sur l’organisation et l’unité du savoir, mais source aussi de progrès. Après les travaux, alors tout récents, de Ernst Steinitz, de Emil Artin et de Emmy Noether, force était de reconnaître l’extraordinaire fécondité de la méthode conceptuelle de Hilbert. Cavaillès a, du reste, particulièrement réfléchi sur cette méthode de Hilbert. Il a lu dans Axiomalisches Denken qu’une théorie n’est rien d’autre que « l’établissement d’une certaine charpente de concepts » permettant une mise en ordre des faits (48). Et il sait les derniers succès de telles mises en ordre et de telles fabri cations de concepts. Comme il l’écrit, « c’est l’essor de la théorie des corps en algèbre à la suite des travaux de Dedekind et de Steinitz. C’est en analyse la libération de ce « style des e », dont parle Chevalley (…), c’est la théorie des espaces abstraits (…) » (49). Il est vrai que Cavaillès a été très séduit par la problématique du fondement des mathématiques. Et que celle-ci est étrangère aux algébristes de 1930, qui sont des working mathematicians au sens strict, et qui, en tant que tels, ont totalement ignoré le rôle fonda teur que Hilbert a cru, un moment, pouvoir conférer à l’axiomatique. Dans « la mathématique des algébristes », l’axiomatique a exclus ivement un rôle heuristique. Mutation dont Hermann Weyl a pris clairement acte en écrivant dès 1935 que la méthode pour « éclairer ou approfondir les fondements » s’était transformée en « instr ument de la recherche mathématique concrète » (50). Mais Cavaillès, attentif par ailleurs à la position intuitionniste au point d’être allé à Rotterdam montrer sa thèse principale à Brouwer et à Heyting (51), n’a pas manqué de réserves vis-à-vis d’une position trop dogmatique pour reconnaître la souplesse des processus effectifs de découverte, et pour laquelle « axiomatisation et formalisation ne sont plus moments d’une dialectique créatrice mais des uniformes obligatoires » (52). Il va même jusqu’à rendre ce dogmatisme responsable de 1′ « exagération » dans les difficultés de la théorie des ensembles : « réellement, il n’y a, dit-il, que celles qui proviennent du mélange entre spéculation philosophique et raisonnements mathématiques et celles, normales, que provoquent les insuffisances techniques ».

        Puis p. 24 ce qui est exposé ressemble aux propos de Thom que vous rapportez sur le processus créatif ( Monoide) :

        « En tout état de cause, c’est au développement de l’algèbre abstraite, autant qu’à Husserl, que Cavaillès emprunte les procédés distingués l’un comme « thématisation » (59), l’autre comme « idéalisation » (60), et qui deviendront, dans Sur la logique et la théorie de la science, des «propriétés constitutives de l’essence de la pensée » (p. 27). Les pages sur le « paradigme », dans cet ouvrage (Paris, puf, 1960, p. 27-30), demeureraient fort difficiles si on n’y reconnaissait les effets de l’adjonction d’éléments idéaux : suppression de singularité, dissociation entre objet particulier de la première intuition et objet général, « dissociation libératrice de sens », source de pluralité dans l’unité formelle et origine de « ces promotions mathématiques » successives auxquelles nous devons chaque fois de nouveaux objets. C’est le vertige de la création qu’atteste la polymorphie fusant d’un « unique enchaînement rationnel », et se donnant, sur un autre registre, comme « fuite indéfinie vers le sens qui, dégagé grâce au décor intelligible et de lui fabriqué, s’échappe aussitôt « comme dans un rêve » et par là même pose son originalité ». L’idéalisation c’est le passage, nécessairement progressif, étalé sur une certaine « longueur d’enchaînement », de l’acte – additionner des nombres entiers, par exemple – au sens – additionner sans spécification d’individus – de la « liaison-acte » à la « liaison-type ». D’où son autre nom « paradigme ». La « thématisation », elle, « prend pour départ l’enchaînement saisi cette fois dans son vol, trajectoire qui se mue en sens. La pensée ne va plus vers le terme créé mais part de la façon de créer pour en donner le principe par une abstraction de même nature que l’autre, mais dirigée transversalement » (p. 30). Ce deuxième processus est conditionné par le premier. Car, dans le passage de l’acte au sens apparaît une dualité : entre le sens d’une opération en tant qu’elle est opérée et son sens en tant qu’opérante.
        Ce n’ est plus seulement ce passage de l’acte au sens qui retient l’intérêt, mais le comment de ce passage ; non plus le résultat en tant que résultat, si général soit-il devenu, mais les modes de sa génération. Et pour reprendre un exemple simple, non plus l’addition indiffé rente aux nombres, l’addition abstraite livrée par le procès longi tudinal d’idéalisation, mais les lois d’associativité et de commu- tativité. Ou, pour invoquer l’histoire de la logique, non plus écrire le système de tous les formalismes possibles – solution que Cavaillès attribue aussi bien à Frege qu’à Dedekind (p. 33) – , mais dresser l’ensemble des syntaxes de tous les systèmes formels – projet commun, selon Cavaillès, à Carnap et à Tarski. « 

      3. Bonsoir Tigue

        Merci pour cette longue réponse et content de voir que vous vous intéressez aux mathématiques. Mais je ne comprends pas pourquoi vous vous focalisez uniquement sur cette période des mathématiques « allemandes » ni, en fait, où vous voulez en venir.

        Moi, ce qui m’intéresse, ce sont les rapports entre mathématique et réalité. Ainsi je trouve fascinantes les analogies différenciation cellulaire/différentiation des fonctions, développement embryonnaire/développement de Taylor, germes biologiques/germes de fonctions différentiables, analogies à la base des modèles biologiques de Thom.

        Je trouve également fascinant le rapport entre les catastrophes de Thom, les solides platoniciens et les modèles récents en physique théorique (théorie exceptionnellement simple du Tout de Garrett Lisi). Platon aurait-il raison? Cf. « Leçons de mathématiques contemporaines à l’IRCAM » d’Yves André, chapitre 5, dispo sur le net.

      4. Bonjour Tigue,

        Je suppose que votre dernier commentaire est dans le fil de « abstraire n’est pas mentir ».

        « Emmy Noether ne pouvait penser que par concepts, non par formules. »
        On peut, je crois, répartir les mathématicien(ne)s en deux catégories: les inventeurs/découvreurs de concepts (Noether) et les inventeurs/découvreurs de formules (Fourier, Parseval). Les inventeurs/découvreurs de formules ont proliféré à la suite de la découverte de la formule magique de Newton (hypotheses non fingo). Peut-être peut-on voir avec les mathématiques « allemandes » dont vous parlez la véritable naissance d’une pensée mathématique autonome (en lien avec l’idéalisme philosophique allemand?)?

        « axiomatisation et formalisation ne sont plus moments d’une dialectique créatrice mais des uniformes obligatoires. »
        Je crois que cette évolution n’est pas propre aux mathématiques: le cadre est nécessaire à la réflexion, la pensée se réfléchissant sur le bord du cadre. Il se crée au début une dialectique créatrice entre la pensée et le cadre puis, inéluctablement, on finit dans une routine qui ne cesse que par l’invention/découverte d’un nouveau cadre.
        En mathématiques le cadre « théorie des ensembles » a, je crois, donné tout ce qu’il avait à donner (c’est-à-dire pas grand chose!), remplacé par le cadre « théorie des catégories », actuellement en pleine phase de créativité (sous la vigoureuse impulsion de Grothendieck), cadre « algébrique » que je trouve parfaitement adapté au structuralisme « classique », à la Hjelmslev: « Une structure est « une entité de dépendances internes ».
        Thom propose un nouveau cadre, un cadre « géométrique » qui permet d’aborder d’un point de vue moniste le « tout change » d’Héraclite et le « rien ne change » de Parménide. Un nouveau structuralisme, un véritable changement de paradigme. Une véritablement nouvelle vision du monde qui me donne des raisons d’espérer.

    2. Basic, grande nouvelle: t’es (officiellement) sélectionné pour le championnat intercontinental de pourravage trollatique, catégorie super-mouche thomienno-bruitiste.
      Les bookmakers londoniens comme hongkongais te donnent gagnant à 1 contre 1. Normal, tu seras tout seul sur le ring.

      1. @ vigneron

        « Normal, tu seras tout seul sur le ring. »

        J’essaie de faire monter d’autres lecteurs de ce blog sur le ring. Pourquoi pas vous?

        Je me permets de citer Marc Peltier:
        « Je suis très reconnaissant à BasicRabbit d’avoir attiré mon attention sur René Thom, et je suis très loin d’avoir épuisé les bénéfices de l’ébranlement intellectuel qui en est résulté pour moi. […]
        Thom n’est pas seulement un mathématicien spécialisé en topologie, il fait partie des intellectuels qui proposent un paradigme radical (à la racine). Or, je suis de ceux qui mesurent leur [celui des intellectuels] progrès au nombre de fois où ils ont eu l’occasion de changer de paradigme… »

        Einstein: « Le monde que nous avons créé est le résultat de notre niveau de réflexion, mais les problèmes qu’il engendre ne sauraient être résolus à ce même niveau. »

        Le monde post-galiléen est un monde construit sous l’hypothèse réductionniste, un monde dans lequel, sans surprise, le nombre est roi (on commence par tenter de compter les atomes…). Nombre qui rend compte (avec une déraisonnable précision selon le physicien E. Wigner) des lois quantitatives de la physique. Cadre dans lequel Einstein a évolué.
        Cette vision numérique du monde bute sur les problèmes posés par les sciences « molles », qualitatives, les sciences humaines, qui ne se laissent pas réduire (c’est le cas de le dire!) au nombre. La « science » économique et la « science » politique en sont, pour moi, les exemples les plus frappants.

        Thom propose une autre vision, un changement de paradigme, un cadre nouveau qui permet une dialectique créatrice en sciences humaines et en biologie. Pour moi une bouffée d’oxygène, une raison d’espérer en ces temps où elles ne sont pas nombreuses.

  8. Il faut régler une douleur. Jamais une fois pour toute.
    Grâce à Baudelaire, elle émerge toujours et encore cette vieille salope.
    Et sur la terre jette Dieu !

    Abel et Caïn
    I
    Race d’Abel, dors, bois et mange;
    Dieu te sourit complaisamment.
    Race de Caïn, dans la fange
    Rampe et meurs misérablement.
    Race d’Abel, ton sacrifice
    Flatte le nez du Séraphin!
    Race de Caïn, ton supplice
    Aura-t-il jamais une fin?
    Race d’Abel, vois tes semailles
    Et ton bétail venir à bien;
    Race de Caïn, tes entrailles
    Hurlent la faim comme un vieux chien.
    Race d’Abel, chauffe ton ventre
    À ton foyer patriarcal;
    Race de Caïn, dans ton antre
    Tremble de froid, pauvre chacal!
    Race d’Abel, aime et pullule!
    Ton or fait aussi des petits.
    Race de Caïn, coeur qui brûle,
    Prends garde à ces grands appétits.
    Race d’Abel, tu croîs et broutes
    Comme les punaises des bois!
    Race de Caïn, sur les routes
    Traîne ta famille aux abois.
    II
    Ah! race d’Abel, ta charogne
    Engraissera le sol fumant!
    Race de Caïn, ta besogne
    N’est pas faite suffisamment;
    Race d’Abel, voici ta honte:
    Le fer est vaincu par l’épieu!
    Race de Caïn, au ciel monte,
    Et sur la terre jette Dieu!

  9. Ce passage du rapport de l’enquête publique du parlement wallon sur le pic pétrolier que je suis en train d’étudier, est très préoccupant et reflète certainement ce partage impossible de la terre.
    Ceci dit les états importateurs ont la très bonne carte de la sobriété énergétique à jouer et donc à explorer. L’objectif étant de consommer 10 fois moins d’énergie dans l’avenir le plus proche possible.
    Il y en a qui s’y mettent.

  10. ‘Fuck Earth!’
    Un article intéressant sur la (les) visions d’Elon Musk – Ce milliardaire Américain qui veut envoyer les humains coloniser Mars. Un peu -beaucoup- influencé par son idéologie capitaliste et élitiste: Dans son projet,les premiers colonisateurs devront payer leur transport a un demi million de dollars chacun…L’article vaut néanmoins le détour pour illustrer l’eugénisme dénoncé plus haut mais aussi le reste de vigueur et d’optimisme du capitalisme américain, toujours a la recherche de solutions « Ça va plus marcher ici sur terre,allons ailleurs! ».
    Il reste une question qui me ‘turlupine’ aussi: Pourquoi ne voyons nous pas des traces de vie dans l’univers qui nous est accessible?
    Elon Musk interview

    1. « He can preach. He says we are doomed if we stay here. He says we will suffer fire and brimstone, and even extinction. He says we should go with him, to that darkest and most treacherous of shores. He promises a miracle. »

      C’est bien ça. Emergence confirmée de figures charismatiques visant à convaincre une part croissante de l’équipage humain de changer de navire…

    2. Ouais, au lieu d’aller d’essayer de terraformer Mars, il serait quand moins bien plus simple d’arrêter de dé-terraformer la Terre !

  11. Je vous suggère d’aller voir le dernier film français de SF à savoir « LUCY ». Vous y trouverez certainement de quoi vous satisfaire et c’est d’ailleurs un immense succès commercial, le vide sidéral y est d’ailleurs omniprésent mais pas dans la mise en scène.

    Par conséquent, jeter le rapport du Club de Rome de 1973, vous ne pourrez rien en faire, n’aller pas voir « Interstellar » pour en prendre plein les yeux et les oreilles et encore moins pour vous donner du cœur au ventre, ne devenez pas agriculteur même bio, si vous n’aimez pas ça. 😉

  12. Olivier Brouwer
    15 novembre 2014 à 21:17
    Accepteriez-vous de développer ce que vous entendez par « bien construire sa vie » ? Je vous en serais très reconnaissant.

    Bonjour,
    Et, désolé pour « ce saut de page » un peu cavalier en provenance du premier post d’Olivier Brouwer sur le même sujet…Je viens seulement de découvrir sa question suite à ma réaction à son billet.
    En espérant qu’il trouvera ma réponse ici puisque les commentaires pour son billet sont maintenant clos.
    Réponse:
    La question que vous me posez me laisse penser que vous cherchez une réponse précise et reproductible pour chacun ( et éventuellement pour vous-même?). Je vous répondrai donc que pour « bien construire sa vie » il y a autant de méthodes différentes que d’individu sur la planète!
    Donc plutôt que développer au risque de vous ennuyer, je préfère résumer, car sinon il faudrait alors aussi évoquer les exemples de ceux qui, pour leur entourage, ont parfaitement réussi leur vie, mais qui pensent le contraire, ainsi que de ceux dont l’entourage pense qu’ils l’ont loupée, et qui eux aussi pensent le contraire! La relativité est partout.
    Le problème est que la réponse n’existe pas, et c’est très bien comme ça.
    Les hommes naissent libres et inégaux, mais ils ont tous le choix d’orienter leur vie au mieux
    en gardant à l’esprit qu’il n’ont qu’une seule vie et que contrairement à ce que pense beaucoup, en cas d’erreur on ne repart jamais à zéro, mais souvent au dessous de zéro.
    Et c’est vous et personne d’autre qui placez le zéro sur l’échelle de votre existence et qui décidez dans quel sens est l’infiniment positif.
    Alors regardez le paysage et faîtes votre choix, vous êtes le seul (ou en tout cas le premier) responsable de ce qui vous arrive.
    Les réponses que vous cherchez ne sont pas dans les films, elles vous crèvent les yeux partout autour de vous, et vous le savez fort bien, puisque vous dites vous même que vous avez tout compris maintenant et que si vous l’oubliez, vous ne serez pas dupe de cet oubli.
    En réalité vous craignez peut-être de ne rien avoir compris du tout et vous vous réservez la possibilité de changer de cap au prochain film un peu moralisateur! Arrêtez! On sait que les Amerloques font ça très bien! Là non plus il ne faut pas être dupe!
    C’est uniquement une question de volonté (et d’exigence personnelle) de vivre suivant des principes qu’on croit supérieurs à sa propre existence! Si cette volonté vous fait défaut , Elle est néanmoins en vous-même, il faut simplement un peu de foi (en soi et en tout ce que vous voudrez de supérieur) .
    En quelques mots : regarder au fond de soi-même, bien choisir, se faire confiance, douter, mais bien garder le cap. Et surtout se foutre éperdument de ceux qui vous disent que « c’est dans l’autre sens, hé, pauvre con! ».
    Vous partirez seul, sans doute, mais il vous faudra bientôt choisir parmi ceux qui vous suivront (car on suit toujours quelqu’un qui sait où il va) et savoir éviter les croisières princières comme celle où s’est fait embarquer P.Jorion « au débotté comme remplaçant », au risque de servir de faire valoir à une poignée de flatteurs conventionnels repus et suffisants…Mais je me trompe peut-être encore!
    Hélas, je crains que ma réponse ne vous satisfasse pas, et après tout vous avez certainement raison, peut-être que ça ne marche que pour moi et mes proches!
    Désolé Olivier, et bonne chance quand-même.
    J’aurai quand même essayé de vous répondre le plus sincèrement possible, même si je n’ai vraiment rien de plus transcendant à transmettre…
    A plus, amicalement, Eric.

    1. Est ce que vous chercher aussi des réponses ici ?

      Sur la « volonté « et les « choix » , la réponse de Paul Jorion ( et la mienne à la longue ) est plus prudente que votre « exigence personnelle » .

      Je retiendrai : « regarder autour de soi  » et « regarder au fond de soi  » ( si possible pas en même temps , car le strabisme divergent peut faire qu’à défaut de se casser le cul , on se casse la gueule ).

      1. Ce strabisme divergeant, ce ne serait pas le dualisme, par hasard ? C’est peut-être pour ça que ce navet hollywoodien se casse la gueule de partout, après tout. Il veut nous refaire une énième version de l’exode mythique vers la terre promise où tout baigne dans l’Amour Transcendantal alors que la première était déjà un navet politique dont on n’arrête pas de payer les conséquences tellement on y a cru.

      2. Je ne me hasarderai pas trop sur cette assimilation , mais entre divergence , scission et dualisme , il y a des affinités .

    2. Merci Torpedo pour cette réponse qui est (pour une fois, j’espère pas la dernière) autre chose qu’un « Whouaf, je m’esclaffe ! »

      Je ne vais pas tout commenter, mais juste vous dire que vous vous trompez complètement sur mon compte. Si vous lisez mes interventions, vous découvrirez que j’ai un cerveau et que j’essaye de l’utiliser du mieux que je peux. Et non, si la MGM fait un film sur le suicide de masse, je n’irai pas me suicider. D’ailleurs, je n’irai pas le voir.

      Je regarde en moi, je regarde autour de moi, mais je me laisse aussi enseigner par des « fictions ». Parce que si l’histoire est « pas vraie » (ce que tout le monde sait dès le départ), les sensations, les sentiments et les relations entre les protagonistes peuvent nous rejoindre. « Un Belge » a très bien synthétisé en quoi ce film-ci nous rejoint : « Interstellar (2014) est un film qui vaut le détour pour l’élan qui l’anime, et qu’il communique au spectateur. Quel est cet élan ? La volonté farouche, voire forcenée, de transmettre le flambeau de la vie (et de l’amour, et de la connaissance) aux générations à venir, même quand tout semble perdu. »

      Car je n’ai pas qu’un cerveau, j’ai aussi un corps, et ce corps peut ressentir des choses. Je ne « recherche » pas des « réponses » – c’est là, principalement, où vous vous trompez – je cherche à ressentir des choses qui vont m’aider à avancer. Et je vous invite à faire de même.

      1. Bonjour Olivier,
        Et merci pour cette réponse.
        Rassurez-vous, j’avais bien compris, mais j’adore un peu de provocation, ça vous a une tendance à modérer les emballements instantanés…
        Je vous rappelle que je n’ai pas encore vu le film…
        Et je ne doute ni de son intérêt ni que vous ayez bien un cerveau en bon ordre de marche!
        Quand au « strabisme divergeant » de Joannessy, j’ajouterai que regarder autour de soi et aussi en soi-même permet à mon sens de marcher droit.
        Amicalement, Eric.

  13. J’ai beaucoup aimé la survie de l’espèce, ça m’a fait du bien (carrément mieux qu’un anti-dépresseur même si je ne prends pas d’anti-dépresseurs, soit façon de dire)

    « Interstellar », que peut-être un jour je verrai, je ne sais pas mais, présentement je crois que je vais attendre, plutôt poursuivre d’ économiser le cinéma et préférer de garder mes maigres sous dont j’investis comme je veux, pour pouvoir offrir un autre album de la survie de l’espèce à l’occasion des meilleurs vœux pour la nouvelle année.

  14. Et après tout cela une jeune femme m’écrit, en réaction à ce billet :

    « Oui, l’absence de maternité (jusqu’à la colonisation par « ovules cryogénisés » de la
    solution B, ultra-technicité pour relancer l’espèce…mais pour quelle qualité de vie,
    quelle « Vie » ?).

    ET AUSSI L’ABSENCE TOTALE D’ANIMAUX dans ce film :
    pas le moindre oiseau, chien, chat ou cheval etc…en vue !
    Tout ne tourne qu’autour de la sauvegarde possible des « humains », comme si on pouvait
    sortir notre espèce de son biotope et la détacher complétement de ce que, jusqu’à preuve
    du contraire, elle demeure pourtant : une espèce animale 😉 »

    1. Ben c’est vrai qu’y faudrait arriver avec nos milliards de bactéries commensales, (2000 espèces dont seulement 500 répertoriées).
      Ca sera du commentpropre, dites donc !

      1. Si on veut essayer de comprendre ce que c’est que ce truc étrange que la vie , il y a effectivement plus à apprendre des bactéries que de l’homme .

    2. quelle « Vie » ?

      Avec ou sans guillemets, avec ou sans majuscule, l’affaire est entendue, point d’interrogation.

    3. pour l’abscence d’animaux C’est juste de la segmentation de parts de marché made in Paramount, les animaux ont déjà été pris par Noé (film catastrophe dans tous les sens du terme ^^ ) .

  15. Interstellar, c’est la fuite en avant après avoir atteint le point de non-retour environnemental entrainant l’épuisement des ressources.
    Avatar, sensiblement la même démarche après l’épuisement des ressources sur terre on va piller d’autres planètes, cependant même si c’est une fiction, Avatar montre que les Na’vi le peuple occupant la planète, avait apprit à vivre en équilibre avec les écosystèmes de ce monde en respectant les règles de la biodynamique ce que sur terre les humains n’ont pas encore assumer et apprit.
    Ces règles sont cependant incontournable, comme il est essentiel à un avion de respecter les lois de l’aérodynamique pour voler, règles qui sont pourtant très simple et qui repose sur la forme concave du dessous des ailes.
    Les lois de la biodynamique sont aussi très simple et malgré tout l’humain va tenter de toute les manières possibles de marcher de travers avant d’adopter la bonne façon de faire qui est à porter de main très simple sans innovation spectaculaire autre qu’une évolution de la conscience.

    simple à porter.

  16. Dans ce voyage à la recherche du trou intergalactique perdu, il faut aussi ajouter à l’absence de la figure maternelle que la thématique filiation transmission est complétée par le décollage d’une banque de sperme congelée aux confins d’une gestation par autrui, à la réflexion bien incertaine, dans le plan A.

    Le plan B résultant d’une jeunesse retrouvée pour notre ami Cooper, cela nous laisse certes le secret espoir de prolonger d’autant la vie éternelle en comptant sur le meilleur des nôtres et ses aventureux souvenirs. Mais en C il ne restera donc plus que la carte du Dr Brand à jouer afin de refermer la parenthèse romantique.

    Le film a du souffle mais les frères Nolan laissent effectivement la porte ouverte à la technicité mythologico-religieuse des Musk, Kurzweil, etc… sans s’attarder sur une réalité bien plus terre à terre.

    1. « le film parle implicitement de l’abandon de la mère : celle qui décède et celle (la Terre) qu’on quitte. »
      « tous deux partent du principe qu’il faut abandonner le Vaisseau-Terre. »

      Ils embarquent des hommes, des ovules congelés et des ventres porteurs ?
      Je n’ai toujours pas vu le film.

    2. A la réflexion, ça ressemble furieusement aux postures de Jean-Maxence Granier !

      Plan A : on refait tout à l’identique, on prend les mêmes et on recommence… mais ailleurs, forcément (et dans une planète bien gavée d’hydrocarbures, de préférence).

      Plan B : on refait tout comme au plan A, mais pas avec les mêmes, et ça prend quand même plus de temps et d’énergie…

      Plan C : « le système survit mais uniquement parce qu’il subit une authentique métamorphose », qui est celle vécue par Cooper, « associée » à celle du Dr Brand, « hypothèse romantique » du nouveau « couple originel ».

      Plan D : Rien ne se passe et tout va à vau-l’eau.

      Il est à noter que dans ce contexte, on a un invariant : la vieille planète poubelle est irrécupérable, et ses habitants, condamnés. Ce qui correspond de fait à la « vraie » posture D de Granier !

      1. Plan E : on corrige ce qu’on doit et ce qu’on peut , pour se donner le temps ( peut être d’un plan A …dans quelques siècles ou millénaires )

        Plan F : on n’a rien compris au film ( le vrai qui n’en est pas un ) , et tout ça est bien mystérieux .

      2. @Juan

        Relisez Granier : les quatre postures couvrent tout le spectre des possibilités. Le film se place uniquement dans la posture D de Granier. Et dans ce cas, le film propose à nouveau une subdivision. C’est ce que j’ai voulu dire (pas assez explicitement, visiblement).

        Votre plan E (si je vous comprends bien parce que là je ne suis plus sûr de rien), c’est le B de Granier. Et le F… No comment.

        La seule évolution souhaitable selon moi est la C de Granier : l’humanité, ou une proportion suffisamment « critique » d’entre elle, finit par comprendre quelque chose et une réforme en profondeur du système est possible. On n’y est pas ! Pas encore en tout cas ! C’est pour ça que Paul Jorion et quelques autres « se cassent le cul ».

      3. Pas tout à fait .

        Le plan E que j’évoquais , c’est plutôt un plan C , qui n’appartiendrait pas à Cooper , tel qu’on nous le présente , peut être à Jorion et à ses compagnon( ne?) s de croisière , mais je préfèrerai qu’il appartienne à l’équipage du bateau .

        Le plan F n’est incompatible avec aucun de tous les autres .

      4. Plus y’a de plans moins on a de chances de choisir le mieux adapté à la situation. C’est pour ça que depuis des lustres, un coup bien monté repose sur trois plans répondant à trois hypothèses : la plus favorable, la plus probable et la plus dangereuse. C’est vieux comme la guerre, ce truc.

  17. A l’opposé de beaucoup, j’ai perçu « Interstellar » comme un scénario pessimiste, voir même défaitiste, de notre avenir. En effet, comme rien n’a été fait pour respecter les équilibres écologiques, le film commence par une humanité dans l’impasse et appelée à disparaître.

    Et puis, arrivent une poignée d’héros qui trouvent une solution ‘miracle’ pour sauver l’humanité.

    J’en retire l’impression qu’on peut continuer, car il y aura toujours une solution pour nous sauver de notre bêtise. Je rapproche cette impression de certains courants qui sont convaincus qu’on trouvera une solution ‘just on time’.

      1. La solution proposée dans le film n’a pas en soi d’importance. De mon point de vue, elle est complètement loufoque, même si c’est de la SF.

        Ce qui m’a paru important c’est qu’il y aurait ‘une‘ solution ‘miracle’ .

        L’impression que je retire du film est donc qu’on peut continuer comme on fait, car l’humanité trouvera bien le moyen de s’en sortir. Personnellement, je n’aime pas cette vue qu’on retrouve dans certains courants de pensée qui justifient le pillage systématique de la planète.

      2. Je comprends mieux , mais contrairement à un Belge et vous , je n’ai pas été convaincu par le film , en dépit de tous ses artifices , que la solution mise en épopée dramatique en soit une , même mythique .

    1. La solution n’en est pas une: Il est fortement suggéré en fin du film que le « trou de ver » a été généré par les descendants des humains. Sans le trou de ver, les humains disparaissent. Donc si les humains disparaissent, ils n’ont pas de descendants capables de générer le « trou de ver » Qui est le héros salvateur ? Albator ? Bruce Willis? Non: un bête paradoxe temporel ! une soi disant solution qui est cause d’elle même, « causa sui », comme toute bonne transcendance qui se respecte. L’humanité sauvée par un paradoxe temporel ? Personne n’y croit. C’est en cela que la bonne science-fiction est à la fois terriblement pessimiste et magnifiquement ironique (K Dick, Lem…)

  18. Qu’est ce qui produit le plus d’énergie : la scission ( la fission ) ou la fusion ?

    En matière capitaliste , il semble que l’orientation soit plutôt la fusion du patrimoine , et la fission des acteurs économiques .

    La scission élitiste ( transhumaniste ? ) s’accompagne et s’appuie sur de nombreuses scissions concernant tous domaines ( éducation , accès au savoir , santé à deux vitesses , alimentation à deux vitesses , web à deux vitesses , logement à deux vitesses , villes à deux vitesses , monde à deux vitesses , information à deux vitesses , transports à deux vitesses ….)

    Comme c’est le rôle de la démocratie que de garder tout le monde dans le même vaisseau , on comprend que lorsqu’elle est malade , le champ soit libre pour la ligne de plus grande pente du capitalisme et des névroses de possession .

    Sans autre issue que le cannibalisme extrême et la mort par arrêt de l’arbitre .

    PS : pour le web à deux vitesses , les suisses ( encore eux , on ne se demande pas pourquoi ) veulent se placer , via Genève ( où le web est né par le CERN ) , comme capitale de la « régulation » de l’internet de demain . Depuis deux jours, à l’invitation de la  » Genova Internet Platform » , de nombreux  » experts » et acteurs de premier plan échangent leurs vues sur  » les enjeux d’avenir pour la gouvernance de l’internet » , à l’Organisation mondiale de la météo (OMM) .Parmi les personnalités présentes , il y a notamment Fadi Chehadé , président de l’ICANN, l’organisme qui distribue les noms de domaine.

  19. « Mais la tavernière s’adressa à lui : Gilgames, Pourquoi donc rôdes-tu, Gilgames ? La vie-sans-fin que tu recherches, tu ne la trouveras jamais. Quand les dieux ont créé les hommes, ils leur ont assigné la mort, se réservant l’immortalité, à eux seuls ! Toi, plutôt, remplis toi la panse, Demeure en gaieté, jour et nuit, Fais quotidiennement la fête ; Danse et amuse-toi Jour et nuit, Accoutre-toi d’habits bien propres, Lave-toi, Baigne-toi, Regarde tendrement ton petit qui te tient par la main, Et fais le bohneur de ta femme serrée contre toi, Car telle est l’unique perspective des hommes »,
    disait la tavernière du bout du monde à Gilgames, 3000 ans avant notre ère, dans deux fragments cunéiformes conservés à Berlin et au British Museum (traduction de Jean Bottéro).
    Ceci n’est pas un appel à renoncer au voyage, mais c’est le rappel du but de tout voyage éventuel.

    1. Toi, plutôt, remplis toi la panse, Demeure en gaieté, jour et nuit, Fais quotidiennement la fête ; Danse et amuse-toi Jour et nuit, Accoutre-toi d’habits bien propres, Lave-toi, Baigne-toi,

      C’est du sumérien ? pas du Patrick Topaloff ?
      Carpe diem, 5 000 ans qu’on l’écoute la tavernière.

  20. Interstellar : film de la désespérance.
    Film parfaitement représentatif de l’humeur monde occidental actuel.
    Film exemplaire du manque de moyen et de l’inefficience de l’Hollywood actuel (comparez à l’Armée des douze singes) et par extension des USA.

    1. Subotai, pas que Hollywood, 2010 il y a eu Melancholia le film de Lars von Trier, un occidental lui aussi, mais tendance Kierkegaard. Mélancholia ou comment faire du désespoir un motif de beauté et de bonté. Ou comment une soirée de mariage pour riches dans un cadre somptueux avec en toile de fond l’approche menaçante d’une planète géante, bleue, tiens tiens, provoque la mélancolie puis la révolte de Justine la mariée, une révolte qui mute en serein désespoir, et finalement pousse à l’accomplissement d’une ultime action pour conjurer la peur qui s’est emparée de sa soeur, et préserver les rêves d’un enfant. Le désespoir non pas ce qu’il faut éviter, mais ce qui sauve, on est aux antipodes d’Hollywood !
      Dans le film il est rapporté que les scientifiques ont prévu, d’après leurs calculs, que Melancholia s’approchera de la Terre puis s’éloignera. Le beau frère de Justine la mariée, homme richissime et raisonnable est confiant. Manque de ‘chance’, au lendemain de la soirée de mariage qui a tourné au fiasco, après le départ et du patron puis du mari avec lequel l’amour s’avère impossible, il apparaît que la planète géante fonce droit sur la Terre. La certitude de la fin du monde est acquise, aucun scénario alternatif en vue. Pourtant c’est paradoxalement la vie qui triomphe parce que les sentiments humains ne s’opposent plus à la raison, ne sont plus les jouets de la raison mais deviennent les révélateurs et les catalyseurs d’une action toujours possible, quand bien même tout semble perdu.
      Le film ne le dit pas, mais il donne à penser que si les scientifiques se sont trompés dans leurs calculs c’est peut-être qu’ils partaient de fausses prémisses, tout comme l’actuelle prétendue science économique participe du soliton, cette vague scélérate qui balaiera tout si ne vient pas le sursaut salvateur. Une dynamique d’affect, qui sait !

      1. Une planète d’un bleu incontestable, pas rose, ni vert, ni rose bleu, bleu pâle, presque bleu layette, que l’on voit s’éloigner puis se rapprocher à travers un simple petit outil improvisé avec un bâton et un fil de fer par l’enfant-pas-peur qui veut voir quand le père veut savoir, le père qui se suicide par raison perdue parce qu’il a vu, l’héroïne inconnue et l’amour énergie inconditionnelle du désespoir.
        J’ai vu ce film la semaine dernière à la télé.
        En vous lisant PYD et en ayant vu Melancholia, puisque nous sommes notre propre prédateur, puisque nous avons créé nous même notre planète bleu finance asexué, j’ai l’idée que le cerveau collectif, c’est une vraie prémisse pour ce qui concerne l’analyse du désespoir, mais que le corps collectif, c’est peut-être la prémisse capable d’exalter l’énergie du désespoir pour la survie des espèces.

        Le vaisseau d’Interstellar, il est blanc, noir, sans couleur, gris, bleu ? Intuitivement je devine qu’il n’est pas rose.

      2. @ PYD

        « cette vague scélérate qui balaiera tout si ne vient pas le sursaut salvateur. Une dynamique d’affect, qui sait ! »

        Je crois que le potentiel humain est considérable, de niveau 8 dans une échelle allant de 1 à 8. Je situe le pragmatisme anglo-saxon (et sarkoziste!), forme conceptualisée d’un certain retour à l’animalité, au niveau 2. Il y a de la marge!
        C’est dans les périodes de crise qu’on essaie de passer au cran supérieur pour trouver le sursaut salvateur. Nous sommes actuellement privés de quelque chose d’essentiel qui nous empêche d’accomplir ce pourquoi nous sommes programmés: la survie de notre espèce. Soyons optimistes: c’est le choc affectif de cette privation qui va nous faire passer au niveau 3 (au moins) et nous permettre de surmonter la crise.

  21. La source de la nouvelle énergie pour résoudre les problèmes de l’humanité.
    University of Verona published note on Bill Gates visit to Frascati:Translation from Italian:

    “Bill Gates, founder of Microsoft, Monday, November 17th was on a visit to the laboratories of the Centre ENEA Frascati, recognized for excellence in nuclear fusion research. To welcome Frederico Testa, ENEA commissioner and director of the Department of Business Administration of the University.

    Gates, accompanied by Head and scientists of the center, wanted to find out the research activities of the institute in the field of low energy nuclear reaction, LENR, better known as “cold fusion, (fusione fredda)”. The center ENEA Frascati is, in fact, considered to excellence in the world in this area. Thanks also to the presence of scientists among the most qualified in the field of cold fusion such as Vittorio Violante. This is why the United States has involved ENEA, the only non-US agency, a research program of great scientific importance in the field of LENR.”

    1. Un nourrisson fragile, en danger de mort, s’il est aimé, s’accroche à la vie, il peut survivre.
      Le même nourrisson, si des soignants (ou parents) ne le nourrissent pas d’amour, renonce, meurt rapidement.
      Ce vital actif jusqu’à l’inconditionnel cesserait de l’être par la croissance et la maturité acquise pendant l’enfance, l’adolescence, l’âge adulte, la vieillesse parce qu’il ne se matérialise pas dans un verre ou une assiette, parce qu’on ne le voit pas, parce qu’on ne veut pas le voir, parce qu’en le voyant brutalement, on est susceptible d’en perdre sa raison et mourir ?
      Ce vital ridicularisé en données vulgaires perturbatrices de raisonnement en chœur ou en réseau, n’existe pas parce que non mis en équation ?
      Une espèce carencée par son déni d’une de ses nourritures vitales, s’affaiblit mortellement. Sans cette nourriture, fragilisée à l’extrême, peut-elle survivre ?

    2. « la nouvelle énergie pour résoudre les problèmes de l’humanité »

      Ne croyez vous pas que « les problèmes » viennent notamment du fait
      Que nous avons TROP d’énergie à notre disposition.

      (Rappel : L’énergie dont nous disposons caractérise l’échelle à laquelle
      Nous pouvons modifier notre environnement…que restera-t-il si
      Nous mettons la main sur une source d’énergie sans limite ? )

      1. @ Thomas
        Une source d’énergie sans limite n’existe pas.
        Mais rassurez-vous, on peut déjà faire beaucoup, et complètement sur notre planète, avec une source d’énergie limitée dès l’instant que la connerie, l’égoïsme et la volonté de pouvoir restent illimités chez les djihadistes du billet vert.

        Sinon, vous avez raison : Nous ne sommes pas sobres en énergie ! On en boit trop. Bien plus que le plus grand alcoolique arrive à picoler de sa vinasse. Nous sommes des malades.

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