L’avenir de la Grèce… et le nôtre

Voici donc que l’avenir européen redevient passionnant. Des élections législatives auront lieu en Grèce fin janvier, conséquence de l’impossibilité de nommer dans cette nation un nouveau président de la république, et le parti de gauche authentique (je veux dire par là « digne de ce nom ») Syriza en est aujourd’hui le favori.

En Espagne, le parti Podemos, né dans le sillage du mouvement des Indignados, a lui aussi le vent en poupe.

Si bien que la question se pose avec acuité : pourquoi est-ce en France l’extrême-droite qui tire les marrons du feu, alors que l’histoire prouve qu’au moment où les décisions cruciales doivent être prises, l’extrême-droite se mue immanquablement en chien de garde du système capitaliste aux abois ?

Quand les milieux d’affaire allemands dirent à Hitler : « Maintenant tu mets la pédale douce sur l’anticapitalisme et on est derrière toi ! », l’homme éminemment réaliste qu’il était s’est couché comme un toutou. Finis aussitôt les dithyrambes à un Ordre Économique véritablement Nouveau ! Gottfried Feder en sait quelque chose : théoricien entre tous de l’anticapitalisme et, au sommet de sa carrière authentique mentor d’Hitler, il finira au rang beaucoup moins prestigieux de… professeur d’école technique.

Oui, dans sa politique du « ratisser large », le FN a pu en France confisquer la quasi-totalité des thèmes véritablement de gauche, le PS ayant abandonné toute prétention de les revendiquer pour lui.

Pourquoi cette « anomalie-France » ?

Deux raisons à cela selon moi.

La première : l’erreur stratégique insigne du Parti de gauche de s’allier au PC.

La fin de l’empire soviétique, dans le déshonneur de bureaucratie, KGB, apparatchiks, goulag et compagnie, fait de tout PC un « has-been » dont l’image handicape comme un boulet stalinien tout allié éventuel.

Seconde raison : il y a dans l’éventail révolutionnaire un certain nombre de profils envisageables et il s’agit de choisir le bon.

Passons pudiquement sur le profil « Danton », mangeant à tous les râteliers, « révolutionnaire » peut-être mais surtout agent double, agent triple : du moment qu’il y a du pognon à faire. Il y a ensuite le profil « Robespierre », incorruptible sans doute, mais « politique » encore, au mauvais sens du terme dans le profil bas lors de l’affaire Cécile Renault (Dieu ait son âme !). Souhaitons bonne chance à Pablo Iglesias Turrion de Podemos jusqu’à plus ample informé ! Il y a ensuite le profil « Saint-Just ». Archange ! Solaire ! L’être humain dans sa robe de gala ! Vas-y Tsipras, pour leur montrer qu’autre chose est possible ! Et puis il y a enfin le profil « Père Duchesne », autrement dit Jacques-René Hébert, haut en couleurs et toujours le juron aux lèvres : sa « grande colère contre les jean-foutre » en permanence en bandoulière !

Le problème du Père Duchesne et de ses invectives « plus vite que son ombre » – qui est ce à quoi la France a seulement droit – est qu’il fait sourire sans doute, par ses imprécations, mais personne n’ira jamais voter pour lui !

P.S. : Essayons en Belgique, avec Hart boven Hard et Tout autre Chose, de tirer de tout ceci les justes leçons qui s’imposent.

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