LE TEMPS DE LA POLITIQUE EST REVENU, par François Leclerc

Billet invité.

Cette année, la crise politique européenne va s’exprimer dans toute sa dimension. Du Nord au Sud, les consultations électorales qui en sont une des occasions ne vont pas manquer, et celles qui vont se dérouler en Grèce, au Portugal, au Royaume-Uni et en Espagne vont être suivies de particulièrement près, en attendant les échéances françaises et italiennes qui suivront.

Le rejet et l’affaiblissement des partis de gouvernement s’approfondit, expression du refus de leurs politiques, ce qu’elles ont en commun ayant tendance à l’emporter dans l’opinion sur ce qui les différencie. Mais le vide politique qui est ainsi apparu a été comblé de manière hétéroclite, amalgamé dédaigneusement par les élites de la politique sous le terme de populisme. Suivant les pays, certains partis et mouvements s’inscrivent dans une perspective européenne, tandis que d’autres s’affirment europhobes. Ne pas confondre.

Continuer de donner une onction démocratique à une politique qui ne s’en embarrasse pas, va impliquer la création, là où cela est possible et par défaut, de coalitions des partis de gouvernement, aucun d’entre eux ne pouvant plus à lui seul s’imposer. La Grèce, l’Espagne et le Portugal pourront être tous les trois dans ce cas, ainsi que le Royaume-Uni, l’alternance se heurtant en Écosse à la montée des nationalistes au détriment des travaillistes.

Les mouvements régionalistes expriment également leur poussée en Catalogne, et peut-être à nouveau demain dans le Nord de l’Italie (la « Padanie »). A défaut de se reconnaître dans une politique européenne alternative – que Syriza et Podemos tentent de construire – les tentations ne manquent pas de se replier pour vivre à une autre échelle supposée plus accueillante. Et quand elles ne sont pas régionales, elles sont nationales. Rejet et repli procèdent d’un même mouvement.

Désormais installé par le plus puissant parti, celui de la peur, un climat anxiogène favorise des courants xénophobes et racistes affirmés. Sans toujours aller aussi loin, de profonds mouvements d’opinion qui ne trouvent pas d’autre issue pour s’exprimer permettent toutes les manipulations. La monnaie commune devenue un problème et non plus une solution, s’en libérer est ressenti comme une aspiration à la liberté. Hors de portée, les institutions européennes sont non sans raison dénoncées comme étant les gardiennes de la politique d’austérité et de remise en cause de l’Etat providence, du bien-être comme disent plus justement les anglo-saxons. Les dirigeants politiques apparaissent comme représentants d’une oligarchie régnante et non plus des citoyens.

Dans la grande confusion et le désarroi qui se sont installés, des points d’appui sont recherchés et des solutions autoritaires pourraient être trouvées. De surcroît, les éléments ne manquent pas qui permettent de décrire les contours d’une société de surveillance et de contrôle social sur la piste des déviances. L’innovation technologique n’est plus nécessairement synonyme d’un progrès dont la marche en avant serait irrésistible, l’avenir n’est plus radieux par construction.

L’apparition de mouvements porteurs de nouvelles aspirations devient un enjeu principal. Restant très inégale, celle-ci suppose une double rupture, avec les formes désuètes de l’action politique, ainsi qu’avec des visions qui s’obstinent à perpétuer un cadre oppressif et inégalitaire au nom d’une nature humaine de pacotille. Elle s’appuie sur l’émergence de pratiques sociales qui préfigurent une alternative fragile, qui restent marginales bien que s’inscrivant dans l’air du temps. La politique, c’est la vie dans la Cité, ce qui implique de trouver d’autres manières d’en profiter, porteuses de la force de l’exemple et s’inscrivant dans le cadre du développement des biens communs dépassant ceux de la propriété privée et étatique, qui sont devenus étriqués. C’est ce long chemin qu’emprunte son renouveau, l’affaire de tous et non pas de professionnels.

Dans l’immédiat, il n’est pas interdit de faire à notre tour un peu de politique, afin de ne pas laisser Syriza et Podemos seuls dans leurs coins de l’Europe.

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