LA POLITIQUE DU PIRE, par Franck Richez

Billet invité.

A propos des deux livres de Jean-Claude MICHEA : L’empire du moindre mal (EM) et La double pensée (DP) [1].

Cette présentation de deux livres de Jean-Claude Michéa obéit à une double préoccupation. Tout d’abord, montrer l’actualité de ces ouvrages parus en 2007 et 2008, c’est pourquoi je m’autorise à évoquer des évènements récents qui corroborent les analyses de l’auteur. Ensuite, je prends le parti d’aborder l’essayiste comme un lecteur avisé et critique de Marx. Partant de son concept d’alternance unique, je mets progressivement en relief plutôt qu’une homogénéité, la complémentarité effective de la droite et de la gauche, pour finir par m’interroger avec lui sur les causes de la désaffection de l’électorat populaire envers cette dernière.

I- L’ « Alternance unique » : un concept piégé.

À l’heure où de moins en moins se laissent encore abuser par la fausse opposition droite/gauche, les études de Jean-Claude Michéa permettent d’avancer d’un pas supplémentaire dans l’analyse sans céder à des simplifications insidieuses.

Car, si le mirage d’un choix réel a pu servir un temps à fourvoyer le peuple, c’est indéniablement aujourd’hui l’illusion d’une uniformité du paysage politique qui nous berne. Deux inconvénients concomitants en résultent, tout d’abord celui du désinvestissement de la vie démocratique par lequel le peuple se voit confisquer le pouvoir par une caste d’ambidextres. Mais aussi l’aggravation de la situation sociale qui est subie comme une fatalité à deux branches : « l’alternance unique » (D.P. p. 65). De sorte que privés de leur liberté de choisir et préparés au pire vécu comme destin programmé, les citoyens abandonnent leur droit de suivi de l’investiture usurpée à la faveur de cette perversion de la démocratie dopée par une surenchère de promesses mensongères. [2]

Cependant, Jean-Claude Michéa soutient que si l’opposition droite/gauche est bien caduque à l’aune d’une allégeance consensuelle au capitalisme, les libéraux des deux bords ne mènent pas pour autant une même politique. C’est tout l’objet de son travail que de dépasser cette apparente contradiction et de démasquer la gauche dans sa prétention à constituer une alternative. Car, si le jeu de la droite (qui œuvre de façon décomplexée sur le plan économique) est transparent, son travail nous est précieux pour déceler en quoi, sous couvert de progressisme, la gauche concourt tout aussi efficacement à l’extension du Marché. Ainsi, le mérite des contributions de ce penseur consiste en la manifestation des véritables lignes de forces, de leur rapport nourricier à l’égard de la dynamique du capitalisme. Il s’agit de provoquer une prise de conscience afin de déduire de cet état de fait le positionnement citoyen indispensable au réinvestissement de la zone sinistrée démocratique.

A ce titre, l’auteur examine la notion de « pensée unique » pour y déceler une « dualité interne » qui ne cesse de la travailler (D.P. pp. 11-13). Car, si au sein de ce magma, s’insinue le lieu commun qui fait de l’échange le paradigme du lien social entre les hommes, versant d’un libéralisme économique débridé, on y décèle également une poussée qui, sous couvert d’un prétendu progrès, décompose « une à une, toutes les structures élémentaires de la société traditionnelle (la famille, le village, le quartier, etc…) qui avaient été jusqu’ici la principale condition de possibilité anthropologique du sens commun et de la moralité populaire (…) » (D.P. pp. 216-217). Ainsi, au nom de pseudo-libertés, derrière le masque d’un libéralisme sociétal ou culturel, les « progressistes » liquident-ils ce qui reste de sens éthique et traquent les derniers invariants anthropologiques.

Cette apparente contradiction d’une gauche (libertaire-progressiste) qui fait le jeu du capital se dissipe aisément. Pour mesurer à quel point elle épouse d’ailleurs la logique libérale, Jean-Claude Michéa rappelle opportunément la mise en garde formulée dans le Manifeste du parti communiste. D’après Marx, en effet, le plein essor du système capitaliste implique nécessairement que « tous les rapports sociaux figés et couverts de rouille, avec leur cortège d’idées antiques et vénérables se dissolvent ; [que] ceux qui les remplacent vieillissent avant d’avoir pu s’ossifier ; [que] tout ce qui avait solidité et permanence s’en aille en fumée et que tout ce qui était sacré soit profané. » [3]

II- L’apport complémentaire de la gauche à la droite capitaliste.

Il importe toutefois de ne pas perdre de vue que les réformes engagées par cette gauche libérale se déploient dans deux directions solidaires et nécessaires au parachèvement du capitalisme. Tout d’abord, ses représentants qui s’annoncent comme des libérateurs, sous prétexte de « briser les résistances culturelles au changement, qui trouvent généralement leur fondements dans les “archaïsmes” toujours dangereux de la tradition, ou encore dans les avantages injustement acquis lors des luttes antérieures (…) de la classe ouvrière et de ses différents alliés » (E.M. p. 94), reviennent sur les acquis sociaux. [4] Outre le cas des retraites, parlons de la fin du CDI votée par le Sénat, du sort fait à notre système de protection sociale ou encore de la destruction programmée de l’école publique diligentée par Peillon et ses continuateurs. (A) Simultanément et en parallèle, comme annoncé par Marx, on assiste à un travail de démantèlement des « montages patriarcaux », de filiation et plus largement des liens familiaux. Il s’agit d’« organiser scientifiquement l’humanité » (E.M. p. 68) afin de délester l’individu consommateur de tout attachement ou investissement contrariant les relations marchandes. [5] (B)

Pour un peuple comme le nôtre, atteint du syndrome de l’essuie-glace, les conséquences de cet agencement de la coalition droite/gauche sont dramatiques car le capitalisme y trouve l’opportunité de son plein déploiement. Lorsque la gauche liquide avec la tradition les structures de la parenté, elle éradique ce qui résistait encore à l’essor du capitalisme, aux derniers liens non monnayables, aux valeurs non négociables et à la dignité humaine comme cran d’arrêt à l’expansion de la logique du Marché. (C) En faisant sauter ces digues elle prépare le tsunami du tout-marchandise et jette les prémisses d’une anthropologie où ce que Jean-Claude Michéa appelle, après Orwell, la « common decency » n’a plus sa place. (D)

La gauche défriche de nouveaux champs pour le capitalisme. D’ailleurs, récemment, à propos de la loi sur le mariage pour tous, Pierre Bergé, visionnaire, a bien mis en lumière l’apparition d’un nouveau marché dans lesquelles les femmes enceintes seront les ouvrières de demain et les enfants leurs objets de marchandises. [6] Lorsque Marx affirmait que « (…) la grande industrie détruit tout lien pour le prolétaire et transforme les enfants en simples objets de commerce », il parlait de façon imagée, ainsi s’empressait-il d’ajouter « en simples instruments de travail ». L’avenir nous promet de considérer littéralement les enfants comme simples objets de commerce et non plus susceptibles de créer une plus-value par l’intermédiaire de leur travail. Bref, à la faveur de cette avancée, l’objet de la transaction à venir ne sera plus la force de travail de l’enfant mais bien sa propre personne.

Sans nul doute, l’œuvre de Jean-Claude Michéa livre les clés pour mettre à jour le manège des « deux grands Partis du Capital » (D.P. p. 236) et déceler leur complémentarité. Par une étude détaillée de la dialectique entre le Droit (libéral/libertaire) et le Marché, l’auteur expose sans concession le mode de prédation capitaliste dont chaque conquête juridique concourt à l’expansion de la zone d’emprise commerciale. (E) Jean-Claude Michéa doit être lu par ceux qui s’opposent au capitalisme mais n’ont pas encore pris conscience du trouble jeu de la gauche libérale. Le patronat, lui, a saisi depuis longtemps que cette gauche est une de ses meilleures alliées. Souvenons-nous de Laurence Parisot qui, soucieuse de maintenir une concurrence au sein des ouvriers et préserver un vivier de main-d’œuvre bon marché entonnait volontiers le discours de cette gauche désorientée: « Restons un pays ouvert, qui tire profit du métissage. » [7] Ainsi taclait-elle la droite conservatrice alors que celle-ci menaçait de prendre des mesures que la gauche-marxiste, lorsqu’elle se préoccupait encore des travailleurs, préconisait il y a déjà plus de 30 ans…

Non seulement, en effet, Marchais appelait de façon raisonnable et mesurée à changer notre politique en matière d’immigration : « En raison de la présence en France de près de quatre millions et demi de travailleurs immigrés et de membres de leur famille, la poursuite de l’immigration pose aujourd’hui de graves problèmes (…) Je précise bien : Il faut stopper l’immigration officielle et clandestine mais non chasser les travailleurs immigrés déjà présents en France, comme l’a fait le chancelier allemand Helmut Schmidt en Allemagne fédérale. » [8] Mais il le faisait d’autant plus sereinement qu’il dénonçait l’indécence partagée par les gouvernants et ce patronat faussement xénophile : « Quant aux patrons et au gouvernement français, ils recourent à l’immigration massive, comme on pratiquait autrefois la traite des Noirs, pour se procurer une main d’œuvre d’esclaves modernes surexploitée et sous-payée. Cette main d’œuvre leur permet de réaliser des profits plus gros et d’exercer une pression plus forte sur les salaires, les conditions de travail et de vie, les droits de l’ensemble des travailleurs de France, immigrés ou non. »

III-La trahison de la gauche.

Mais, de nos jours, tandis que la droite-capitaliste, à l’œil avisé, sait déceler sous leur parure de folklore ses alliés inattendus, la gauche qui a tourné depuis longtemps le dos aux travailleurs se prosterne devant les capitalistes, une main tendue vers les parasites du bas. C’est à perdre en son cœur le sens du travail et de ses valeurs coextensives (dont l’effort et le mérite ne sont pas les moindres) qu’elle commet deux erreurs dont on ne sait laquelle est la plus tragique : ne plus savoir qui sont ses vrais ennemis, ne plus savoir où sont ses vrais amis…

Jean-Claude Michéa prend acte de ce glissement fatal (F). Et pourtant, là encore visionnaire, Marx nous avait mis en garde contre ce qu’il appelait avec Engels le lumpenproletariat : « cette lie d’individus déchus de toutes les classes qui a son quartier général dans les grandes villes est, de tous les alliés possibles, le pire. Cette racaille est parfaitement vénale et inopportune. Lorsque les ouvriers français portèrent sur leur maison, pendant les révolutions, l’inscription mort aux voleurs, et qu’ils en fusillèrent même certains, ce n’était certes pas par enthousiasme pour la propriété, mais bien avec la conscience qu’il fallait avant tout se débarrasser de cette engeance. » [9]

D’ailleurs, la clairvoyance de Marx allait même plus loin puisqu’il proclamait en 1850 la parenté des deux idoles de la gauche d’aujourd’hui : « L’aristocratie financière, dans son mode de gain comme dans ses jouissances, n’est pas autre chose que la résurrection du lumpenprolétariat dans les sommets de la société bourgeoise. » [10] Mais s’il faut voir dans cette allégeance aux ennemis du travail une raison majeure du reniement de la gauche par son électorat populaire, il parait tout aussi crucial de ne pas omettre que le marxisme a pu également concourir à l’exaspération des prolétaires du fait de son ambivalence vis-à-vis des traditions.

Car bien que certaines valeurs traditionnelles, notamment par la dimension sacrée qui leur est rattachée, constituaient pour Marx, des points de résistance à l’essor du capitalisme, il n’en demeure pas moins que le marxisme les a fermement condamnées pour préférer au lien social dont elles étaient porteuses l’union transnationale des prolétaires. Aussi, Orwell émettait-il en 1936 un constat d’une actualité troublante : « Que dire des millions de gens qui ne sont pas des capitalistes, qui, sur le plan matériel n’ont rien à attendre du fascisme, qui, bien souvent s’en rendent parfaitement compte mais qui pourtant sont fascistes ? De toute évidence, leur choix est purement idéologique. S’ils se sont jetés dans les bras du fascisme, c’est uniquement parce que le communisme s’est attaqué, ou a paru s’attaquer, à des valeurs (patriotisme, religion) qui ont des racines plus profondes que la raison économique. En ce sens, il est parfaitement exact que le communisme fait le lit du fascisme. » [11]

L’œuvre de Jean-Claude Michéa livre donc une réflexion féconde sur la politique actuelle et nous aiguille pour discerner en quoi pourrait consister la véritable altérité du capitalisme. Loin de constituer son autre, cette course de relais entre la droite et la gauche, les « deux faces opposées du ruban de Möbius libéral »  [12], dynamise son essor et, à ce titre, caractérise plutôt la politique du pire. Le chemin sur lequel nous entraine l’essayiste est constellé d’auteurs clés qu’il nous faut redécouvrir pour nous montrer à la hauteur du défi. Or, à l’image de Marx et d’Orwell, ces penseurs peuvent s’avérer fort différents, et de fait son écriture progresse dialectiquement sur leurs tensions en mobilisant le meilleur de chacun. Dernier enseignement décisif du philosophe : nous inviter à discerner en quoi l’histoire parait bégayer. En effet, tout ne se passe-t-il pas comme si les adversaires du capitalisme, après avoir suivi la gauche dans son opposition avouée à la finance et au Marché, devant le saccage des traditions, des acquis sociaux s’en détournent de nouveau au nom de cette décence commune pour rester fidèle à leur combat mais aussi à ce qu’ils sont ?

  • L’école républicaine, dans sa mission nationale d’assurer le même service pour tous, à l’instar des acquis sociaux, présente un point de butée à la boulimie du mercantilisme. La réforme Peillon doit être décryptée comme conçue pour brader l’école. Par l’ingérence du périscolaire (sur des temps qui ne sont pas uniformisés au niveau national) et des activités mises en place dans l’école (notamment dans des salles de classe qui ne sont ainsi plus dévolues aux apprentissages !) Peillon fait entrer dans l’école le cheval de Troie du marché. Progressivement, à la faveur de la confusion nourrie entre le scolaire et le périscolaire d’une part ainsi qu’entre enseignants et intervenants municipaux d’autre part c’est l’école dans son ensemble qui sera placée sous la coupe de l’offre et de la demande jusqu’à l’éclatement d’un enseignement national. C’est donc tout naturellement que le groupe Total (qu’on ne suspectera pas de faire passer le profit avant « l’intérêt de l’enfant » si cher à Peillon) investissait, dès 2013, 4 millions d’euros pour financer la réforme des rythmes scolaires.
  • Jean-Claude Michéa pointe l’enjeu anthropologique au travers d’un concept qu’il emprunte à Jean-Claude Milner. [13] Ainsi met-il en garde contre une humanité « qui en aurait fini avec la quadruplicité, c’est-à-dire avec la différence des sexes et des générations » (D.P. p. 150, note). La quadruplicité est en effet attaquée de façon rigoureuse et minutieuse. S’agissant de son axe diachronique (parent/enfant), sur fond de destruction des montages patriarcaux, l’entreprise d’ « aliénation » portée par « les industries combinées du divertissement, de la publicité et du mensonge médiatique » (D. P. p. 119) aboutit à l’infantilisation des adultes (E.M. p. 175 note 1) ; infantilisation dont le pendant est la subversion de l’autorité parentale qui se traduit par la prise de pouvoir des enfants, soit qu’ils « surveillent » leur « correction écologique » (D. P. 121, note), relaient la collecte des sacs de riz à convoyer dans les pays fraichement bombardés ou boostent la consommation de leurs parents : « (…) dans les pays occidentaux, près de 70 % des achats opérés par les ménages le sont sous la pression morale et psychologique de leurs propres enfants. » (D. P. p. 121).

L’axe synchronique (homme/femme) est lui aussi sapé méthodiquement, syntaxiquement, pourrait-on dire, soit en genre et en nombre. En genre : avec le mariage homosexuel bien sûr ; mais aussi en nombre puisqu’on doit s’attendre avec le droit libéral à voir « étendre l’union (…) aux trios ou aux quartés de parents, comme ça se négocie déjà en Californie » [14]. Faire donc jouer le 3 et le 4 contre le 2 du couple, mais aussi, encore plus fort pour, cette fois, complètement vider de toute sémantique les termes « union, mariage… » : le 1, soit « se marier avec soi-même » comme a déjà pu le faire une américaine. [15]

Comment ne pas penser ici à ce passage de 1984, dans lequel Orwell indique qu’il s’agit de « tailler le langage jusqu’à l’os ». Par la suppression des mots, le crime de pensée devient impossible faute de vecteur sémantique pour l’exprimer.

  • Au nom de la liberté de l’individu, les libéraux allemands réclament par exemple le « droit d’avoir des relations cannibales entre adultes consentants (affaire Bernd Jürgen Brandes, printemps 2001) ; ou encore le droit au mariage entre frère et sœur (l’avocat libéral Endrik Wilhem plaidant l’abolition de l’article 173 du Code pénal allemand qui punit l’inceste, au prétexte que cet interdit n’est qu’une “survivance folklorique de l’histoire “) ». (E.M. p. 98, note).
  • J’aborde ici Jean-Claude Michéa comme un lecteur de Marx mais les références à Orwell et Mauss sont elles aussi omniprésentes et auraient donc pu constituer d’autres entrées de choix. L’influence d’Orwell appert à deux niveaux. Tout d’abord, Michéa, lecteur de 1984, sait localiser les dérives totalitaires des gouvernants, il pointe le curseur sur des signes qui, loin d’être anodins, témoignent de ce que le peuple est congédié du pouvoir, par une perversion de la démocratie. Or, le signe par excellence de l’avènement de la tyrannie, comme y insistait déjà Platon [16], est une falsification du langage (Voir note B). L’essayiste mobilise ensuite Orwell pour sa conception de la « décence commune », creuset de vertus élémentaires et traditionnelles telles que la générosité, l’honnêteté, la loyauté, la bienveillance, l’esprit d’entraide… « (…) vertus auxquelles les gens ordinaires (…) attachent de toute évidence beaucoup plus de sens que les intellectuels des classes possédantes. » (D.P. p. 48). Il ne s’agit bien sûr pas d’opposer radicalement les gens ordinaires et les autres en insinuant que ces derniers seraient a priori dépourvus de cette « décence commune ». Jean-Claude Michéa prend d’ailleurs cette critique à contre-pied : « Plus on s’élève dans la hiérarchie sociale (c’est-à-dire plus on devient riche ou célèbre) et plus la pratique des vertus humaines devient difficile, voire impossible. » (D.P. pp. 26-27). Pour l’auteur, la « décence commune » est à distinguer des constructions métaphysiques libérales (D.P. p. 24 ; p. 88), elle incarne la résistance du petit peuple, sa seule arme contre la froide logique du Marché [17]. Mauss est quant à lui notamment mis à contribution pour témoigner de l’enracinement, soit du caractère traditionnel des vertus composant la décence commune : « (…) on pourrait [les] ramener, sans trop en forcer le sens, à ces capacités psychologiques, morales et culturelles de donner, recevoir et rendre dont Mauss a établi dans l’Essai sur le don qu’elle constituaient le sol fondateur des relations humaines. » (D.P. p. 47).
  • Parmi les retours de bâton tragiques des avancées progressistes, on peut citer l’exemple de la prostitution. Grande victoire des libéraux allemands : sa reconnaissance en tant que « métier comme un autre » ! Quelles conséquences ? Des ouvrières allemandes en fin de droits sommées d’accepter l’offre d’emploi d’un Eros Center afin de ne pas être radiées… En effet, puisqu’il s’agit d’un métier comme un autre, au nom de quoi seraient-elles en droit de décliner cette offre ? (E.M. pp. 60-61). Enfin, comme tout travail digne de ce nom, le plus vieux métier du monde se doit de bénéficier d’une formation sur mesure. C’est ainsi que, dans le sud de l’Espagne, on s’est appliqué à « ouvrir des écoles privées de prostitution destinées à permettre aux jeunes chômeuses de tirer un parti plus rationnel de leurs compétences inemployées. » [18]
  • Il ne suffit plus aujourd’hui de prendre acte du glissement de la gauche qui a totalement écarté la notion de mérite tant à l’école que dans la société. Encore faut-il remarquer que dans ce naufrage, l’acharnement mis à défendre les individus parait inversement proportionnel à leur mérite respectif. C’est ce travers que souligne Jean-Claude Michéa : « (…) la figure du travailleur immigré (qui exerçait encore un rôle rédempteur majeur dans la « Gauche prolétarienne » a progressivement cédé la place à celle de l’immigré clandestin ou du « sans papier »), devenue l’unique figure messianique autorisée dans le catéchisme des « nouvelles radicalités parisiennes. » (D.P. p. 55).

En effet, dans la défense de « l’immigré clandestin, du sans papier » (et non plus du « travailleur immigré ») disparait la dimension travail tandis qu’affleure conjointement avec la notion de clandestinité l’aspect délictuel. Au-delà de la question de l’immigration on voit bien que la gauche a perdu ses électeurs prolétaires (des travailleurs honnêtes issus de l’immigration ou non) parce qu’elle les a doublement trahis en entretenant et même encourageant le farniente et le parasitisme social d’une part et en soignant d’autre part les délinquants à la faveur d’une déconstruction de l’ordre social et d’un mépris, voire d’une suspicion affichée envers ses représentants, le tout agrémenté d’un laxisme judiciaire fardé de la « culture de l’excuse ». [19]

A première vue, Jean-Claude Michéa parait suivre Marx dans son établissement d’une analogie stricte entre aristocratie financière et lumpenprolétariat : « Le délinquant moderne (…) revendique avec cohérence la froide logique de l’économie pour “dépouiller” et achever de détruire les communautés et les quartiers dont il est issu.» [20] Néanmoins, au fil de son analyse, il s’en détache pour exhumer davantage qu’un isomorphisme structural. En effet, loin d’œuvrer selon une trajectoire simplement parallèle à celle du capitalisme, les délinquants n’en sont pas déconnectés et agissent plutôt tels des ambassadeurs de son idéologie dans les zones encore rétives à la loi du Marché. De sorte que, avec la récupération ou plutôt l’intégration de la criminalité, il s’agit de « recycler à l’usage des périphéries du système, la pratique et l’imaginaire qui en définissent le centre et le sommet. » [21]

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[1] Editions Champs, respectivement 2007 et 2008.

[2] L’alternance unique est à ce titre caractérisée ailleurs par l’auteur comme un « “combat” savamment mis en scène par les médias officiels (…)» Cf., Jean-Claude Michéa : Le complexe d’Orphée. La gauche, les gens ordinaires et la religion du progrès, p. 328, Champs, 2014.

[3] Sauf indication contraire, toutes les citations de Marx sont extraites du Manifeste du parti communiste, éditions Le temps des cerises, 1995.

[4] Jean-Claude Michéa : Impasse Adam Smith. Brèves remarques sur l’impossibilité de dépasser le capitalisme sur sa gauche, Champs, 2006, p. 11 : « (…) la simple exigence de conserver un emploi stable et digne dans un environnement à peu près humain, de disposer de revenus presque décents, d’une vieillesse protégée, de quelques soins gratuits, voire de quelques plages de repos méritées – tout cela, déclare-t-on à présent, constitue autant de caprices inacceptables, puisque contraires aux lois de l’économie. »

[5] La gauche libérale parachève à cet égard le travail de la bourgeoisie qui, écrivait Marx, « a déchiré le voile de sentimentalité qui recouvrait les relations familiales et les a réduites à n’être que de simples rapports d’argent. »

[6] Le Figaro (16/12/2012) : « Nous ne pouvons pas faire de distinction dans les droits, que ce soit la PMA, la GPA ou l’adoption. Moi, je suis pour toutes les libertés. Louer son ventre pour faire un enfant ou louer ses bras pour travailler à l’usine, quelle différence ? »

[7] Le Monde (17/04/2011) : ” Immigration, prime salariale : les critiques de Mme Parisot.”

www.fichier-pdf.fr/2011/04/18/laurence-parisot-le-monde/‎

[8] L’Humanité (6/01/1981) : ” Georges Marchais répond au recteur de la mosquée de Paris “.

[9] Engels : La guerre des paysans en Allemagne, préface, éditions sociales, 1974.

[10] Marx : Les luttes de classe en France, éditions sociales, 1984.

[11] Orwell : Le quai de Wigan, seconde partie, chapitre 13, éditions 10/18, 2000. Bien qu’en germe dans ces deux ouvrages, cette critique de Marx sous les auspices d’Orwell sera pleinement articulée dans Le complexe d’Orphée. La gauche, les gens ordinaires et la religion du progrès, op.cit., pp. 241-247.

[12] Jean-Claude Michéa : Le complexe d’Orphée. La gauche, les gens ordinaires et la religion du progrès, op.cit., pp. 328-329.

[13] Jean-Claude Milner, Les penchants criminels de l’Europe démocratique, p. 119 : « La quadruplicité masculin/féminin/parent/enfant, voilà ce qui désigne aussi bien l’expression sereine “de génération en génération” que la question troublée “que dirai-je à mon enfant ? “».

[14] Laurent Obertone, La France orange mécanique, éditions Ring, p. 174.

[15] Pierre Legendre : Vues éparses. Entretiens radiophoniques avec Philippe PETIT, Mille et une nuits, 2009, p. 37 : « Je constate que nous sommes dans l’idéal de ce que quelqu’un, au Pays-Bas, tout récemment, a exprimé sous les espèces de “The me-society”, la société-moi. Dans le sens suivant : une personne – et alors c’est à l’étude, on en parle et les juristes s’en mêlent-, une personne s’est mariée récemment avec elle-même ! Voilà un exemple typique de ce que produit cette désymbolisation de masse, cette cruauté d’un style nouveau, que j’appelle la caserne libertaire, libérale-libertaire parce que tout ça se tient ».

[16] Franck Richez : “Le Gorgias de Platon : Tension ultime entre l’œuvre du philosophe et du rhéteur”, Kairos, n° 27, 2006, Presses Universitaires du Mirail, pp. 257-273.

[17] Orwell écrit : « Mon principal motif d’espoir pour l’avenir tient au fait que les gens ordinaires sont toujours restés fidèles à leur code moral. » Cf., Essais, articles, lettres, volume 1, éditions Ivrea, p. 663 (lettre à Humphry House du 11 avril 1940).

[18] Jean-Claude Michéa : Les mystères de la gauche. De l’idéal des lumières au triomphe du capitalisme absolu, Climats, 2013, pp. 117-118.

[19] Jean-Claude Michéa : Les mystères de la gauche. De l’idéal des lumières au triomphe du capitalisme absolu, op.cit., p. 100 : « (…) le libéralisme culturel finit toujours par trouver son point d’appui épistémologique privilégié (…) dans l’idéologie du déterminisme intégral (l’idée par exemple que la délinquance ou l’échec scolaire ne constituent rien d’autre qu’un effet mécanique du” milieu social” – effet qui ne saurait donc engager en rien la responsabilité concrète des sujets). On reconnaitra sans peine, dans cette vieille théorie bourgeoise de l’homme machine, l’axe de travail quotidien de la sociologie d’Etat et de la pédagogie libérale – ainsi, bien sûr, que le fondement métaphysique ultime de la “culture de l’excuse “, de ” l’idéologie victimaire ” et du relativisme culturel ».

[20] Cf., Jean-Claude Michéa : “La caillera et son intégration”, in L’enseignement de l’ignorance, Climats, 2006, pp. 79-85.

[21] Idem.

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40 réflexions sur « LA POLITIQUE DU PIRE, par Franck Richez »

  1. Michéa dit des choses intéressantes sur la droite et la gauche, et dans “Impasse Adam Smith – impossibilité de dépasser le capitalisme sur sa gauche” il expose que la droite et la gauche appartiennent à la même matrice des Lumières de l’avènement de la bourgeoisie. Je ne crois pas que Marx ni Proudhon se soient jamais dit “de gauche”.

    Mais pour isoler ou définir des valeurs “traditionnelles” tournées vers l’avenir, du moins pour le Michéa de cet article où s’observent 8 occurrences des mots “tradition” ou “traditionnel”, je reste sur ma faim. La religion? Le patriotisme? Y a du boulot.

    Pour ce qui est des immigrés clandestins et sans-papiers, effectivement ils n’arrivent plus en tant que “travailleurs” dans un contrat d’Etat à Etat comme on l’a vu jusqu’au milieu des années 70. Alain Badiou aussi veut parler des sans-papiers comme d'”ouvriers”, afin, on ne le voit que trop, de les faire entrer dans des schémas d’une époque où ils n’existaient pas en tant que réalité sociale signifiante. Ce n’est pas parce que les sans-papiers sont le seul personnage nouveau de l’époque, en littérature ou dans les films, qu’il faut rejeter le terme avec l’eau du néo-libéralisme!

    Une critique de l’attachement de l’ouvrier à sa condition, sa fierté d’en être malgré qu’il n’y soit que pour générer un profit (sans lequel son “contrat” de travail, qui est un faux contrat par défaut de liberté des deux parties, n’existerait pas), ou de son respect pour la hiérarchie, n’est pas non plus un point fort chez Marx. Les partis ouvriers et les syndicats ont reproduit avec enthousiasme la structure pyramidale hiérarchique, dans laquelle on peut voir en germe l’échec de la révolution de 1917. Et aujourd’hui, on parle de grèves sauvages, parce qu’une grève, ça doit être domestiqué.

    Et en 1980, André Gorz a mis quelques points sur les i dans son Adieux au prolétariat, qui est une critique émancipatrice (pour ne pas dire “de gauche”) du projet marxiste, où déjà il faisait une place au précariat, devenu depuis massif, un fait nouveau assez loin de la classe ouvrière du XIXe siècle.

    1. La « catégorie » des sans-papiers, comme d’ailleurs les mouvements de défense des sans-papiers, a plus de 40 ans. Dès 72, avant donc la fin officielle des trente glorioleuses, avant les mouvements ouvriers immigrés Penarroya ou Sonacotra, avec les lois Fontanet-Marcellin, on parle déjà des sans-papiers.
      J’étais niard mais j’me souviens parfaitement de la situation des Marocains de Sidi Slimane ou Meknes exploités dans les vignes et les vergers du libournais au bergeracois… Les ratonnades aussi…

  2. Merci de ce boulot. Votre article a le mérite de secouer les cocos-tiers autour desquels le levo et le dextro gyre prennent de la graine. Faut oser sur ce blog citer Marchais et implicitement rappeler l’affaire dite du « bulldozer de Vitry » !. L’anticommunisme comme beaucoup d’anti, dans sa négativité passe à trappe la sérieuse difficulté d’épurer l’aire sémantique de ce à quoi il s’oppose, ici donc le communisme : au fait kesako ? Le maître des lieux s’est récemment embrouillé à ne pas réussir du premier coup à qualifier Keynes d’anticommuniste farouche. Ben y a quoi se transformer en anticommuniste farouche, au su d’une partie de ce qui a été accompli au nom du communisme, ce qui ne règle rien des visions d’avenirs qu’ont eu des penseurs du 19ème et du 20ème embarqués avec ce terme polysémique. Cette référence est à ma lecture d’autant plus présente, par son absence textuelle. Votre lecture de Michea que je suppose fidèle, le rend attrayant pour certaines analyses (j’acquiesce sur le lumpenprolétariat) mais pas sur d’autres, puisque je ne souscris pas à son analyse de décomposition des « structures élémentaires de la société traditionnelle ». Je doute que seuls les rapports de production capitalistes comme tels, soient la cause du chambardement en cours de la famille. Il y a bien entendu les effets depuis la première guerre mondiale suivi de la révolution d’Octobre de la mise au travail salarié des femmes et leur indépendance financière depuis mieux acquise, mais aussi l’effet du droit à la parole, et quand quelqu’un arrive à l’ouvrir, ça a toujours des conséquences, sur lui-même comme sur les autres. La testostérone comme le capitalisme ne sauraient saturer ce sujet, et quand à « tailler le langage jusqu’à l’os » nous ne vivons pas à l’époque de Klemperer et de la Lingua Tertii Imperii. La loi Gayssot et ses suites visant à interdire des gros mots ne tient pas forcément d’une limite à la liberté démocratique d’expression (comme j’ai cru comprendre que Chomsky le comprenait) mais comme à un rappel d’y mettre les formes, ce que tout parent respectable enseigne à ses moutards pour les former au vivre ensemble.

    1. “Le maître des lieux s’est récemment embrouillé à ne pas réussir du premier coup à qualifier Keynes d’anticommuniste farouche.”

      J’espère que vous plaisantez ! J’ai corrigé un journaliste qui avait transformé mes propos enregistrés :

      “… et on le sait, Keynes était un anti-communiste farouche”

      en

      “… et on le saurait si Keynes était un anti-communiste farouche”

      croyant probablement rectifier mes propos !

      1. Non, je ne plaisantais pas ! j’avais le souvenir
        1/ d’avoir lu votre billet avant la correction et d’avoir été surpris du « on le saurait »
        2/ puis d’avoir lu la correction et d’avoir conclu que quelque chose vous avait échappé, puisque j’imagine que les auteurs relisent toujours avant publication !
        3/ Vous et moi aurons la vie sauve, on ne va plus au bûcher pour blasphème.

        Plutôt qu’une politique du pire, une politique du dire !

      2. “… puisque j’imagine que les auteurs relisent toujours avant publication”

        100% des journalistes auteurs d’entretiens vous disent : “Je vous enverrai ma retranscription avant publication”, 2% le font.

      3. Comme quoi 98% des journalistes manquent de correcteurs comme de corrections…et que vous n’êtes pas un journaliste !

  3. Passionnante réflexion sur l’état de nos esprits, et d’abord sur l’état des esprits de ceux qui prétendent nous gouverner.
    Nous sommes, ils sont, très fiers d’être raisonnables et rationnels et pourtant ils ne le sont, nous ne le sommes, que si peu…

    Sans doute est-ce ailleurs chez Michéa mais il n’en est pas question ici : nos relations avec les autres pays. C’est bien de lutter contre la soumission au Marché chez nous, mais si c’est pour se voiler la face sur le sort de tous ceux qui, à travers le monde, en souffrent encore bien plus que nous, à quoi bon ?

      1. Pt’ain Clouscard, tu lis de drôles de trucs toi ! (T’serais pas un peu dingo ?)

        Bon le sous Michéa donne du Sot Rat Lien, tiens comme c’est bizarre… (Y a des mots qui ne passent pas le filtre automatique sinon hop poubelle illico). Les chiens ne font pas des chats, mais les loups libres et vifs donnent aussi des chiens consanguins et malades. Seul Paul Jorion sait pourquoi il a collé ce texte sur son blog. Je sais qu’il n’y a que des pointures prompts à tout analyser et qui ont déjà tout compris, sauf moi, car moi je ne vois pas. Je donne ma langue au chat !

      2. Saillie dérisoire Vigneron. Cherche plutôt du côté de Lasch, à moins que ce dernier soit également du sous Clouscard.

      3. “Pt’ain Clouscard, tu lis de drôles de trucs toi ! (T’serais pas un peu dingo ?)
        Bon le sous Michéa donne du Sot Rat Lien, tiens comme c’est bizarre… (Y a des mots qui ne passent pas le filtre automatique sinon hop poubelle illico). Les chiens ne font pas des chats, mais les loups libres et vifs donnent aussi des chiens consanguins et malades. Seul Paul Jorion sait pourquoi il a collé ce texte sur son blog. Je sais qu’il n’y a que des pointures prompts à tout analyser et qui ont déjà tout compris, sauf moi, car moi je ne vois pas. Je donne ma langue au chat ! ”

        tu n’es pas le cloclo qui a publié a 20;45 un commentaire …
        LOL, toi, t’as pas compris a qui tu as affaire mon cher

  4. Des ouvrières allemandes en fin de droits sommées d’accepter l’offre d’emploi d’un Eros Center afin de ne pas être radiées…

    Montrez nous des preuves. C’est trop facile sinon. Ça ne me rappelle que trop les délires répandus au moment de la coupe du monde de foot en Allemagne…

      1. Plus qu’insuffisant oui, c’est le moins qu’on puisse dire.
        Apparemment la rumeur daterait de février 2005, c’est tout c’que j’ai…

  5. Merci pour ce billet
    JC Michéa fait un boulot remarquable dans la lignée (par ex) de Castoriadis (cf La culture de l’égoïsme, postface de Michéa)

    JC Michéa donne pas mal d’exemples (parfois extrêmes) de la dérive libérale et marchande.
    Et Il est à la fois amusant et consternant de constater par exemple dans l’actualité quotidienne combien la classe dirigeante (aujourd’hui la “gauche”) sait manier sans vergogne le double langage, et feindre la plus vive indignation devant les conséquences des règles et des lois qu’elle a elle-même gravé dans la marbre
    Je pense par exemple au “Golden Hello” de 4 millions d’euros du nouveau patron de Sanofi, et aux milliards escamotés au fisc par les Mc Do et autres Amazon via leurs montages Luxembourgeois.
    Et de nous dire d’un air navré, bah oui c’est légal (tu m’étonnes), mais ce n’est pas très moral !

    “L’impasse politique dans laquelle nous nous trouvons de nos jours ressemble beaucoup à l’univers de Michel Houellebecq….De fait, nous n’avons jamais été aussi lucides quant aux nuisances de la logique libérale,…, mais jamais cependant notre sentiment d’impuissance collective n’a été aussi profond et pathétique”
    in JC Michéa Le complexe d’Orphée, p 161
    L’effet cliquet sans doute.

    1. Les faibles ne pleurent pas plus que les forts.
      Et ceux qui souffrent le plus, vous ne les entendrais jamais, car vos oreilles leurs sont fermées …
      Entre les deux, co-existe des hommes et des femmes qui savent parfaitement pourquoi on les veut plus que d’autres dans de grands groupes ….

      Vous parlez de morale, je serais curieux de savoir ce que signifie morale pour vous .. LOL

      Apparemment le règne de la médiocratie, c’est avant tout graver dans la loi ce qu’on aimerait que les autres fassent pour nous = aucun respect de la vie d’autrui en somme / et de sa manière d’appréhender la vie, le travail et les bonheurs / malheurs qui en découlent.
      Vous ne valez pas plus que ceux que vous critiquer, c’est un fait.

      Mais après tout, l’ignorance c’est d’oublier qu’on l’est tous … et peut être que je ne vous pas bien compris.

  6. Ceux que vous condamnez M. Jorion, ce sont les personnes talentueuses ( pour ne pas dire éveillées ).
    Car, sans le vouloir, vous affirmez de manière implicite que le travail de tous est égal.
    Or si temps permet travail ( qui donne argent qui lui même vaut du temps ),
    alors vous estimez que le temps de chacun est égal … A mon avis, c’est une erreur. Enfin cette réflexion n’engage que moi …

    La première des libertés à mon avis est de pouvoir choisir son temps; et partant de ce fondement, je crois qu’il faut respecter ceux qui veulent offrir du temps aux autres ( que cela soit de manière étendue comme un Einstein, un Descartes ou de manière restreinte comme un Grouès ou un Colucci), mais également ceux qui veulent s’offrir du bon temps après avoir durement travailler ( vous savez, ceux qui charbonne comme des chiens ).

    M. Jorion, j’apprécie ce que vous écrivez mais je ne partage pas toutes vos opinions.
    Quoiqu’il en soit, je reste curieux de connaitre le modèle de société, complet, auquel vous pensez ( et je sais que vous cherchez une équation “sociétale” moderne ).

      1. Non, c’était la première fois que je publiais un commentaire sur votre blog.

        M. Jorion, je travaille avec des citoyens de tout horizon, j’ai été balayeur, pas longtemps certes, j’ai été cuisto dans un bouiboui en bretagne, certes pas longtemps, j’ai été standartiste de camping, j’ai été photographe de mariage, j’ai été 1er assistant real sur des courts métrages, j’ai été régisseur sur des plateau de tournage, j’ai été plongeur dans un resto hype ( job bien payé je trouve pour un plongeur ), …. et j’en passe /// j’ai donné des cours de planche à voile, j’ai été développeur, j’ai été commercial d’app web et mobile, j’ai choisis d’entreprendre afin d’avoir les méthodes de travail et d’utiliser les technologies qui me semblaient plus modernes que d’autres et qui permettaient à mes associés/collaborateurs/stagiaires d’être heureux; un jour plus que de critiquer la politique, et de pleurer dans mon coin, j’ai décider d’entreprendre un projet politique que je considérais comme essentiel et novateur,
        bref
        M. Jorion, j’ai appris une seul chose : tous parlent de générosité mais peu tendent la main; ce dont la France, pour ne parler que de mon pays, a besoin c’est d’un modèle de société équilibré qui respecte les aspirations de chacun.
        Si éveillé vous êtes, alors acceptez la méchanceté, car la gentillesse, on ne la voit que rarement, après tout “elle n’est que naturelle” et cela quelque soient les classes sociales, quelque soient les pays ..

        Un jour la France sera votre, elle sera mienne, elle sera libre et son modèle de société sera équilibré.

  7. Pour les questions sociétales, le mariage homosexuel est et sera certainement la seule réussite de la gauche gouvernementale. Hollande a bien présicé au lendemain du vote de cette loi:”tout maintenant doit être consacré à ce qui est l’essentiel, c’est à dire la réussite économique de notre pays et la cohésion nationale” Donc fermons la parenthèse de ce divertissement et reprenons le fil de notre programme néolibéral. Michéa semble bien conservateur face aux évolutions en cours. La famille s’est “figée” au 19e siècle par l’ordre bourgeois dominant. Le divorce et l’égalité des droits de enfants naturels ont constitué le début du dégel. Reconnaitre l’égalité des droits pour tous les couples par le mariage est une base de l’égalité républicaine. Michéa semble regretter le pariarcat à l’ancienne. Il faut se réveiller, il existe de nouveaux modes d’expression de l’autorité, de nouveaux types de relations familiales multiformes, une recherche de relations sociales non marchandes. Bref, on croirait entendre un décliniste. De plus à propos de la gauche gouvernementale, le virage néolibéral s’est amorcé en 1983 et la suite on la connait. Tout le paysage politique a glissé vers la droite. La gauche se doit de retrouver les mots pour recréer un peuple de gauche.

    1. Michéa semble bien conservateur face aux évolutions en cours

      Ça c’est vous qui le dites, et puis ce n’est pas parce que ça se fait que c’est bien
      Je n’aime pas le mot conservateur quand il est connoté négativement et qu’il ferme la discussion.
      Comme contre-exemple le musée de Mossoul était gardé par des conservateurs et aujourd’hui il n’en reste plus rien par le marteau et la moulinette des “réformateurs”.
      Ce que dit Michéa c’est que l’ordre néolibéral ne cesse de s’affranchir des “obstacles” que la common decency oppose encore au règne du tout marchandise. Aujourd’hui des pubs sur des culs de bus pour encourager l’adultère, demain la drogue en vente en hypermarché.

  8. Encore un billet critique d’un auteur marxiste sur ce blog! Définitivement, le ralliement des “gauchistes”, c’est pour demain! Surtout derrière Keynes, grand révolutionnaire!

    1. L’amitié grecque entre Marx et Engels est encore totalement tabou et réservée à de très rares initiés. Elle vaut pourtant celle de Schäuble et Varoufakis non ?

      1. On dira dorénavant : guerre aux cons, paix aux trous-du-cul. C’est encore une chance que nous soyons personnellement trop vieux pour avoir à craindre de payer de notre personne la victoire de ce parti.

        Lettre de Engels à Marx de… 1869 (si si, ça s’invente pas…).

  9. “une gauche (libertaire-progressiste) qui fait le jeu du capital se dissipe aisément”

    Le néolibéralisme, une forme sauvage du capitalisme, a pu trouver son adhésion auprès du peuple et une partie de l’élite de gauche en promulguant la liberté individuelle, d’une part, et la solidarité, de l’autre… Or, trop de “liberté” et trop de “solidarité” (surtout quand celles-çi cachent un but mercantiliste et stratégique pour une minorité…) tuent non seulement la liberté et une solidarité sincère entre individus et nations(voir exemples article), mais met aussi en cause toutes les valeurs culturelles, morales… acquises pour le plus grand nombre au cours de son Histoire.
    A nous de dénoncer l’hypocrisie et l’agenda caché de ceux qui veulent mettre en place (européaniser-globaliser) ce système.

  10. “les prolétaires n’ont pas de frontières, ils n’ont que des chaînes…” Petit “détail” de la pensée internationaliste de Marx que Jorion, autant que Michea semblent avoir laissé de côté. La “common decency” fait effectivement partie de ces valeurs que le développement du capitalisme fait disparaitre. Son dépassement n’est pas un retour en arrière aux “valeurs” disparues mais l’émergence d’une solidarité nouvelle reposant sur le socle du bien public. Michea est parfaitement compatible avec la pensée souverainiste d’un Sapir, d’un Todd ou de Marianne (tous partisans de la sortie de l’euro), pas Marx.

    1. “Éloge de la frontière”, Régis Debray

      Marx ne connaissait pas l’euro et la troïka.
      Marx n’est pas Dieu à qui l’on peut faire dire tout et son contraire

  11. Bonjour. Je suis ravi que l’on évoque si longuement le travail de M. Michea que j’apprécie au plus haut point, et que l’on montre la “gauche moderne” pour ce qu’elle est. Je veux simplement remarquer que les évolutions en Europe sont une adaptation de la modernité à la sauce anglo-saxonne, et que, comme toujours, la puissance dominante joue à la fois sur les registres économiques, militaires, sociologiques culturels, etc… L’Angleterre du XIXe siècle exerçait déjà ce type de leadership après 1815, les Etats Unis ont pris le relais. Gageons que le succès de l’Allemagne nazie aurait induit d’autres adhésions, d’autres comportements. Nos élites sont des papillons irrésistiblement attirés par le fric, les honneurs et la suivisme des idéologies dominantes de l’heure. Peut-il en être autrement dans un état moderne fortement structuré, soucieux de sa continuité et des intérêts qu’il représente réellement? De Gaule serait-il parvenu au pouvoir sans la tragédie de la défaite? J’en doute fort. Cordialement.

  12. Est-ce-que vous ne pourriez pas activer la certification des pseudos? On a souvent l’impression de manipulations et de ruses plus ou moins avouables dans les fils de commentaires… et je pense que l’intérêt du blog en pâtit. Peut-être avez-vus déjà traité le sujet, mais j’ai délaissé votre lecture pour cette raison il y a déjà pas mal de temps.

    1. ??? Il n’y a aucune ruse ou manipulation dans les commentaires, juste une vérification préalable pour filtrer les commentaires violents, insultants, renvoyant vers des sites extrémistes, faisant l’apologie du terrorisme, etc. Tout simplement parce que la responsabilité de l’éditeur du blog peut être engagée.

      C’est cela qui vous dérange, qu’il n’y ait pas assez de commentaires de ce genre ?

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