Yoda impatient : Le « trou de ver » du chercheur mûr, par Timiota

Billet invité. Ouvert aux commentaires.

La sagesse vient-elle au chercheur qui parvient à la cinquantaine ? Peut-il enfin, libéré des questions de carrière, faire son « maître Yoda », utiliser son expertise pour explorer enfin à fond ce qu’il maîtrise si bien ? C’est ce qui semblerait le mieux dans une majorité de cas. Mais, oublions même les financements et considérons seulement la récompense en termes de reconnaissance scientifique : je veux parler du fameux « facteur h ».

Pour ceux qui ne connaissent pas le « facteur h » ou Hirsch factor, voyez l’explication qu’en offre Wikipedia.

Dans une bonne carrière scientifique, ce facteur avoisine 40 typiquement à l’âge mûr : 6 à 12 papiers par an dans la période prolifique (33-50 ans en très gros), soit en tout un package de 150+/-50 dont les 40 meilleurs seront cités plus de 40 fois. Arrivé à ce niveau, le risque de stationner est grand : même avec de l’excellent travail, notre chercheur n’est cité que par ses collègues mondiaux aux thèmes proches : ça laisse le h au niveau 40 car il n’y a pas vraiment plus de 10-20 labos pour le citer, chacun 1 ou 2 fois, tout ça dépasse rarement 30-35 citations au bout de 3 ans, puis ça n’augmente plus. Donc les papiers du « bon chercheur » vont faire dans l’histogramme de la bibliométrie un bourrelet de nombre de citations N sous le fameux seuil h.

Et que vous le vouliez ou non, cela vous ramène un sentiment de demi-échec.

Contre cela, ou bien pour d’autres ambitions, il faut en quelque sorte chercher un « trou de ver » dans l’espace scientifique. C’est ce qu’explique à merveille le chimiste de l’ARN James R. Williamson dans ce texte : My h-index Turns 40 : My Midlife

En effet, la principale façon honorable de casser la baraque consiste alors à changer de sujet. Et ce malgré la super-expertise qui fait qu’on est un des rares qui était sûr de bien faire avancer le sujet qu’on va lâcher. Donc on se lance sur un sujet porté par une communauté plus large, en espérant faire un « gros coup » (5 papiers cités > 45 fois !) au bout de quelques années, mais en devant ramer pour renouveler son fonds de commerce après la transition.

Ce n’est pas très productif collectivement de renoncer ainsi au « bon artisanat », en quelque sorte, et ce qui remplace est un « gros coup » voulu comme tel, pas forcément très pérenne. On va en gros essayer de coloniser une autre planète scientifique, on en ramène « un lot de h » qui permet de se shooter, mais il n’est pas évident qu’on aide tout le monde. Certes il faut des fertilisations croisées entend-on ici ou là. N’est-il pas plus logique de laisser humblement les plus jeunes s’approprier ces champs croisés plutôt que d’y faire une rapide « injection-fracturation » qui rapporte juste à court-terme ? Cela demande de construire des réciprocités plus complexes, où l’expert mûr qui prend un autre risque, celui de s’encroûter, doit pouvoir métaboliser aussi les savoirs transversaux émergents autour de son domaine.

Cette rapide analyse suggère que dans des domaines aussi variés que l’agriculture ou l’organisation de la recherche ou encore l’extraction du carbone fossile, les inspirations que nous pouvons prendre d’Interstellar sont utiles, pour la Leia, ou le Luke autant que pour le Yoda qui est en nous.

Cela peut aussi être un modèle pour faire percoler et essaimer les idées du Blog, …avis aux Leiamateures et Yodamateurs!

11Shares

37 réflexions sur « Yoda impatient : Le « trou de ver » du chercheur mûr, par Timiota »

    1. @M Lambotte

      « N’est-ce pas De Gaule qui avait dit en visitant un centre de recherche: Ici, je ne vois que des chercheurs mais où sont donc les trouveurs? »

      on les cherche…..

  1. Quelques menus problèmes:

    1/ obligation de publier des articles « pour publier »
    Alors qu’en sciences humaines (+ philosophie), seul un ouvrage complet permet de développer sérieusement une idée, tout en clarifiant au maximum ses propres prémisses.
    On se retrouve avec des micro-variantes de micro-variantes de théories alors que ce qu’on cherche, ce sont des découvertes de rupture, non incrémentales!

    2/ hyperspecialisation: le jeune chercheur qui ne le fait pas ne fera pas de carrière car il n’aura aucune spécialité qui lui soit assignable dans l’espace académique.
    Du coup on se spécialise sur un truc « à la mode » au moment où on est jeune chercheur, ou sur un truc « pour lequel il y a un espace professionnel vacant à remplir », ou encore sur un truc qui plait à celui qui attribue les postes (pourquoi ne pas faire sa these sur l’oeuvre de son propre directeur de recherche? Ou sur ce qui est proche de l’ideologie politique et des valeurs qui lui tiennent à coeur? etc.).
    Parce-qu’on ironise toujours sur le mec qui fait sa thèse sur « le chevalier du lac en l’an 1000 », sujet qui n’intéresse personne à part le chercheur « qui se fait plaisir en finançant à bon compte son violon d’Ingres sur le dos de la communauté », mais on devrait tout autant ironiser sur des sujets type « consentement sexuel et le règlement intérieur dans les universités de la Ivy League »…

    3/ au final, on passe entre 25 et 50 pour-cents de son temps à lever des fonds, et pas à faire ce qu’on sait faire de mieux.
    Ce qui implique également qu’on ne cherche pas sur ce qu’on veut ou qu’on trouve soit-même vraiment important: c’est le financeur et le labo qui décident de ce qui est selon eux interessant ou pas (et ce qui est intéressant se limite aux marottes personnelles du boss, à ce qui est « à la mode » parce que ça fera grimper la réputation du labo, à ce qui permet aujourd’hui de lever des fonds plus facilement – et à ce qui permettra demain d’en lever encore plus -, ou à ce qui permet à l’entreprise/administration/armée d’augmenter ses dividendes/son efficience/ son efficacité opérationnelle réelle ou supposée.
    Résultat: les chercheurs en SH finissent par travailler au renforcement du pouvoir des maîtres.
    On devrait dire « collaborer ».

    4/ on passe donc X pour-cents de son temps à expliquer aux autres ce qu’on a trouvé (quand on fait une vraie trouvaille), et c’est donc autant de temps de perdu pour la recherche. C’est le principe des articles… bouffer du temps pour rien… mais on n’y peut rien faut bien justifier son salaire..
    Alors qu’un chercheur authentique n’a tout simplement pas le temps d’expliquer ce qu’il fait. Le chercheur d’aujourd’hui fait l’inverse: dès qu’il troue un micro-truc inutile pour la recherche (ce qui aura servi de référence dans l’histoire de l’humanité) mais exploitable dans un plan de carrière, il fait un article de n pages! Un article par micro-progrès, donc…

    Résultat: on met beaucoup beaucoup plus longtemps a être en situation de pouvoir découvrir quelque chose d’important. Et à 55 ans on atteint le niveau de maîtrise et de profondeur qu’on aurait du atteindre à 35 si on n’avait pas autant perdu/gâché son temps (en fait on ne l’atteint pas car même à quantité de connaissances explicites/tacites identique les capacités de traitement des données et de créativité ont baissé).

    A ce compte là je comprend les chercheurs qui vont taffer dans la finance. Quitte à passer sa vie à ne pas trouver et à ne pas donner le meilleur de soi-même, autant zapper et faire de l’argent.
    La bonne approche est celle de Laborit: dire m… à la recherche institutionnelle, et s’assurer de ses propres revenus via son propre combo entreprise/labo de recherche (ou société de conseil/recherche-action dans le champs des SH).

    1. Oui, il parait que même pour une revue comme Science, le facteur d’impact MEDIAN (et non celui qui est publié par ISI Reuters etc, à savoir le facteur d’impact MOYEN, en l’occurence environ 30 pour Science) est de …
      0 !
      La moitié des articles même dans Science ne seront jamais cité, ce sont les autres qui font grimper la moyenne à 30 !!

    2. Je souscris pleinement à votre analyse, ce qui incite d’ailleurs à prendre un peu de recul quant à un certain « consensus » concernant le climat (oups! sujet sensible, avis au modérateur)

  2. La science quantifiante quantifiée! C’était à prévoir. 🙂
    Pythagore! Sors de ce ver! Fais-toi papillon et DEGAGE! 🙂 🙂

    Alors que les chercheurs scientifiques commencent lentement à quitter le quantitatif pour faire du qualitatif (pas forcément de qualité, c’est la quantité qui décide du chèque de fin de mois), les larbins du système ont, eux, décidé de les noter (et de les payer) quantitativement. Toujours en retard d’un métro, ce système (et ses bras armés, l’économie et la finance)!

  3. Un chercheur trouve toujours quelque chose. La question essentielle est celle de l’impact, de la qualité de ce qu’il trouve. Jusqu’à présent, il n’existe pas de bonne mesure de la qualité des publications d’un chercheur.

    1. IL faut que je trouve le lien d’un bonhomme qui propose une alternaive « common » à la spoliation actuel par les éditeurs scientifiques (Elsevier etc.) qui essayent d’avoir le beurre, l’argent du beurre, et le sourire du crémier…
      Si qqn voit déjà de quoi je parle ?

  4. Contrairement au principe d’isolation des paramètres il est difficile d’envisager le travail du chercheur indépendamment et des financements et du facteur mode. La publication d’un papier de façon visible dépend tellement du comité de lecture après avoir dépendu violemment du financement du projet. Cette notion de facteur h me paraît un tantinet abstrait…
    Ce qui n’empêchera pas la réutilisation, parfois des années plus tard d’une « trouvaille » qui n’avait pas suscité lors de sa publication plus d’enthousiasme que ça. Ainsi va le facteur h…

  5. L’inconvénient de cette méthode d’évaluation des chercheurs par la bibliométrie est la quête de « gros coups » qui font le « buzz » au détriment d’un travail sérieux sur le long terme. Qu’importe que les résultats soient finalement invalidés cinq ans plus tard puisque le « crédit citation » est engrangé (ainsi que généralement un poste pour le jeune chercheur ou une promotion pour l’ancien).

    1. Bonne question. Danss les années 1970 Grothendieck obtient un poste de professeur associé au Collège de France où, plutôt que d’enseigner les mathématiques – ce qu’on attend de lui – il dispense un cours intitulé « Faut-il continuer la recherche scientifique ?¹ ». Son affectation n’est pas renouvelée, une majorité de professeurs du Collège de France ayant voté contre, une première dans l’histoire de la vénérable institution.

      Jadis les amphis portaient des noms de savants considérés comme illustres (ou au moins représentatifs d’une époque). Maintenant les amphis s’appellent GAN ou TOTAL et les crédits de recherche sont à quémander directement auprès des banquiers.

      Ceci dit l’IHES, le Princeton français, a démarré et vécu très longtemps avec des capitaux exclusivement privés. En maths les têtes d’affiche étaient, pour moi, incontestablement Grothendieck (là dès l’origine) et Thom, arrivé peu après¹. Quand même un exemple (ou un contre-exemple, c’est selon) à méditer!

      http://fr.wikipedia.org/wiki/Institut_des_hautes_%C3%A9tudes_scientifiques

      1: Pour moi Grothendieck fait partie des plus grands mathématiciens de tous les temps, tel Galois. Thom reconnaissait très volontiers la supériorité de son collègue.

  6. Bon c’est complètement hors-sujet, mais je tenais à dire que je trouve les nouveaux smileys bien plus chaleureux ! Merci.
    😮 Mais d’où cela vient …?

  7. A Michel LAMBOTTE

    Je crois que la phrase exacte de DE GAULLE était : « on trouve des chercheurs mais on cherche des trouveurs. »

    Le Général de Gaulle n’avait pas que des qualités, entre autres il était souvent assez méprisant comme lorsqu’il a dit à Serge RAVANEL qui faisait défiler ses résistants (mal vêtus, ) devant lui : vous êtes à la tête d’une armée de gueux….

    1. Merci, c’est bien cette phrase là que je cherchais et grâce à vous je l’ai trouvée (pour rester dans le même canevas)
      Ceci dit, je n’ai aucune vénération pour le Général de Gaule, je l’estime à sa juste valeur, c’est un homme comme un autre qui a marqué son temps parce qu’il se trouvait à un endroit précis à un moment précis avec des qualités précises.

      1. Mon expérience personnelle me dit que Jacques Brel avait raison, on construit ses rêves jusqu’à l’âge de 17 ans et on passe sa vie à chercher à les réaliser, même si on n’y arrive jamais.
        Donc oui nous cherchons tous quelque chose sans savoir à l’avance ce qui l’en adviendra.

  8. Qu’est ce qui pousse un chercheur à chercher ?

    Ceux qui « trouvent » , où et que cherchent ils ?

    Que signifie  » trouver » dans ce billet ( étymologiquement « composer un air ou un poème ») ?

    Quid du combat historique recherche publique vs recherche privée , recherche fondamentale vs recherche appliquée ?

    J’attends le commentaire de Vigneron sur le modèle Interstellar appliqué à l’agriculture .

  9. Je découvre votre jolie et ahurissante démonstration de cette mécanique de l’absurde qui guette les savants prêts à adhérer à la magie des indicateurs sociologiques bricolés.
    Des savants qui, il est vrai, à en croire certains des travaux de Robert K Merton cherchent à s’évaluer davantage que leurs contemporains par la renommée plutôt que par l’argent.

    Hirsch aurait-il anticipé pour lui même ce que vous dites ?
    Physicien, il se serait dit en 2005 vers ses 52 ans: « je vais prendre un trou de ver et m’improviser psychosociologue ou sociologue de la connaissance et hop: je bricole un facteur H qui va faire parler de moi, même si je n’ai aucune expérience avérée dans le terrain de la construction d’indicateurs sociométriques et aucun background théorique pour les transférer dans le cadre d’une sociologie de la connaissance dont j’ignore tout. » Et merveille: 10 ans après on en parle encore ! 🙂

    Car pour le fond, cet indicateur de Hirsch me fait penser à la phrase attribuée (sans preuves, je pense) à Bill Gates

    « Measuring software productivity by lines of code is like measuring progress on an airplane by how much it weighs. » (Mesurer la productivité logicielle par le nombre de lignes de code est comme mesurer les progrès d’un avion par le poids qu’il pèse.)

    Dans le monde des développeurs, on débat de la pertinence littérale de cette phrase pour l’évaluation des programmeurs. Pour les autres, c’est seulement une métaphore.
    Mais si nous y réfléchissons en amateur : on pressent tout de même que le poids de l’engin volant est une information tantôt utile tantôt inutile pour choisir un moyen de s’envoler. Retiendrons-nous les mêmes critères si l’on cherche : à transporter de lourdes charges, à emmener peu ou beaucoup de passagers simultanément, à affronter avec stabilité des intempéries, à résister et échapper à certains projectiles militaires, à être attentif à sa consommation de carburant ou non, à être rapide et performant ou à être sur fiable et à l’épreuve de multiples pannes.
    Bref cela n’a pas vraiment de sens d’appliquer le même critère « productiviste » à un planeur monoplace, à un avion-cargo ou à un ballon-sonde !
    A transposer la métaphore dans un autre domaine, on sent par exemple aussi que cela n’a pas vraiment de sens du juger les chansons de Georges Brassens en fonction du nombre et de la richesse des instruments symphoniques mobilisés pour les enregistrer.

    J’écris tout cela en ayant l’impression d’enfoncer des portes ouvertes, d’aller de lapalissades en lapalissades. Mais grâce à vous, je constate que des savants sans doute respectables ne pressentent pas spontanément qu’en matière de sciences, le mode de diffusion varie selon la discipline. Un indicateur simplet ne peut convenir à tous. Car selon qu’on entreprend une synthèse généraliste (type méta-recherche et recension) ou une recherche hyper spécialisée ponctuelle, l’impact et les citations seront différents. Et un papier bâti sur base d’une grosse erreur ou d’une grosse fraude (cf Affaire Lyssenko) sera peut-être souvent cité, d’abord comme trouvaille puis comme exemple à ne pas suivre, etc., etc. Parce que non ! il n’y a pas un composant « bon côté » ou « côté obscur de la force » 🙂 dans la formule magique du facteur H !

    Grand merci pour nous fournir ce nouvel exemple de recours abusif aux mathématiques qui permet de faire passer pour naturelles des pratiques et des valeurs qui sont purement culturelles, conventionnelles, liées à une mode, ou à un rapport de forces social ou économique (ou simplement férocement doctrinaires) !
    Mais moi qui ne suis pas « un savant », je trouve inquiétant que des scientifiques se fourvoient à ce point, eux qui devraient par tradition et par éthique se montrer collectivement plus que sceptiques face à l’absence de raisonnement qui sous-tend un indicateur pareil.
    La science s’est construite sur base de la philosophie, en un champ aux normes et aux critères d’évaluation autonomes aux pouvoirs religieux, politiques et économiques. Cela ne signifie pas que les vérités savantes soient le pur produit de ces normes. Les travaux des épistémologues et historiens des sciences concluent amplement à une lutte des places dans chaque champ scientifique, lutte qui influence ces normes autant que les orientations et les perspectives, mais qui filtre aussi les pressions politiques et économiques.

    Alors, sale coup supplémentaire pour l’autonomie relative du champ scientifique que cet indicateur de Hirsch dont j’ignorais tout avant de vous lire, un indicateur qui contribuera à dissoudre un peu plus les valeurs positives du champ scientifique par l’importation massive de normes venues des sphères économiques, politiques ou médiatiques (rentabilité, indicateurs de productivité, injonctions économiques, notoriété médiatique)

    1. +1.

      Le lamarckisme était le dogme d’état sous Staline (cf. Lyssenko) car l’évolution devait être lamarckienne pour coller au dogme communiste.

      Le néo-darwinisme était dogme d’état sous Hitler (cf. la barrière de Weismann) car il devait en être ainsi pour coller au dogme (culte du chef, pureté de la race, etc.).

      Thom est lamarckien¹.

      1: et donc moi aussi, bien entendu. 🙂

      1. @ Guy Leboutte

        Thom: « La classe engendre ses prédicats comme le germe engendre les organes de l’animal. Il ne fait guère de doute (à mes yeux) que c’est là l’unique façon de théoriser ce qu’est la Logique naturelle. »

        La logique qui sous-tend votre « donc » (et le mien 🙂 ) est-elle naturelle? PJ soutient qu’elle est inventée.

    2. Oui, on cherche d’autres indicateurs « objectifs », mais on ne sait pas fabriquer « de la reconnaissance » sainement en local, cela a dérivé souvent.

      Les hormones que les plantes utilisent pour savoir où elles vont démarrer un nouveau rameau/bourgeon (techniquement : un méristème), c’est à peu près ce qu’il nous faudrait. Parce qu’il n’y pas de valeur ajoutée allant de soi pour le fait d’être « suivi », (un peu niveau Twitter) donc cité. Des gens qui trouvent des façons opportunistes de réinventer la roue, on commence à en trouver un peu, c’est un signe inquiétant de plus.

      Sinon mon impression générale était aussi de faire un parallèle avec lesTrentes glorieuses comme Piketty nous les raconte : quelques décennies où ça se passe bien, après qu’on ait tué un monstre (les fâchismes et les premiers capitalistes), en deux petites guerres mondiales, comme dirait Jeanne Favret Saada (« Comment produire une crise mondiale en douze petits dessins », son excellent ouvrage).

      De la même façon, il y a d’abord un fond continu qui s’accèlère bien entendu à la révolution industrielle pour cause d’énergie fossile disponible (mais avec des réserves, voir Pomeranz, la Grande divergence, la Chine n’est pas larguée avant 1840, 100 ans après les débuts anglais de la chose, rappelons qu’on s’éclaira longtemps à l’huile de baleine –le spermaceti– du « renouvelable » en principe) . Et sur ce fond nous avons eu quelques décennies de progrès médical +transport marquant entre 1910 et 1980, où l’essentiel des choses d’aujourd’hui « utiles » ont été trouvées : le gros des médocs notamment (c’est depuis ~1980 que les big pharma ont fait dériver le système), le gros des technos semiconducteurs (le CMOS, l’optoélectronique aux Bell Labs : le CCD, les lasers…) et fibre optique, l’énergie nucléaire façon un peu trop quck and dirty, les moteurs électriques de qualité, etc.

      Et depuis, la technique et la science progressent, c’est indéniable, mais rongés par bien des côtés : les big pharma qui font tourner des machines à chercher des molécules « brute force » (0 intelligence, des robots font un million de tests et on trie), l’électronique reste en loi de Moore, mais seule la télé est passée en numérique, la radio (qui pour moi représente davantage le havre de nos vies, la télé étant victime de trop grand « feedbacks », et servant à calmer la populace éloignées dans les pavillons de banlieue) est restée en analogique, ce qui affaiblit ses contenus potentiels qui ne sont pas très loin de l’internet pourtant, mutatis mutandis) , le nucléaire qui montre splendidement qu’il n’en avait pas beaucoup dans les tripes, même dans le pays qui a construit 54 réacteurs sans cata en 30 ans, etc.

      Piketty montre, pour mémoire que les 30 glorieuses sont un cas isolé, avant et après, le capital reprend le dessus. et une bonne partie des illusions politiques depuis 1975 sont venues de la prolongation naïve de l’état d’esprit « tout va s’améliorer » des Trente Glorieuses…. ( j’essaye un emoticon, puisqu’il parait que ça marche -:) )

    3. Pour moi les choses sont simples! Les comptables on besoin de pouvoir mesurer le travail des programmeurs (j’en ai connu un qui travaillant en freelance etait payé au nombre d’instructions machine contenues dans ses programmes alors qu’un autre, plus subtilement, utilisait la durée des coups de téléphone de ses clients comme base de calcul de ses devis.) De même les dirigeants ont besoin de mesurer le travail des chercheurs puisque leurs salaires et autres coûts font désormais partie des investissements productifs.

      Le montant des sommes recueillies par les candidats aux primaires US sert à évaluer ces candidats et peut-être se décidera-t’on un jour à indiquer sur leur cartel le prix des oeuvres exposées dans les musées. La liste des choses qu’on prend l’habitude de mesurer semble sans fin.

      1. Le problème est qu’on prend vite l’habitude (collective) d’utliser des mesures qui ont une signification réelle sans plus tenir compte de cette signification.

        Dans le cas du nombre de citations d’articles non seulement l’utilisation qu’on en fait était contestable dès le départ mais en plus cette utilisation a influé fortement sur la chose mesurée (citations de complaisance, revues bidon, etc, etc, etc.)

        L’habitude qui a été prise de mesurer l’importance des oeuvres d’art grâce à leur prix de vente a profondément influencé ce prix de vente. Le prix atteint par certains tirages photographiques a été un élément décisif pour faire entrer ces tirages dans la catégorie des oeuvres d’art reconnues. Dans ce cas ça fonctionne à l’envers puisqu’on passe de « c’est une oeuvre d’art reconnue comme importante donc ça coute cher » à « c’est une une oeuvre d’art qui coûte cher donc elle doit être reconnue comme importante ». Les photos de Cartier-Bresson ont influencé beaucoup de photographes indépendamment de leurs prix mais actuellement beaucoup de photographes sont influencés par le prix qu’atteignent les oeuvres de certains de leurs confrères encore vivants. Chercher à faire un parallèle entre la panique qui en résulte et la recherche scientifique ne serait peut-être pas depourvu de sens.

        Autrement dit: quelles sont les règles du marché de la recherche scientifique?

      2. @gl
        « La liste des choses qu’on prend l’habitude de mesurer semble sans fin. »

        entièrement d’accord, une vraie monomanie !

      3. @Timiota :

        Et si le « local » change en fonction de la nature des choses mesurées même « réciprocables » ?

        C’est un peu l’énigme irrésolue de la distribution des compétences territoriales , ou du passage du  » local » communal à l’internationale des anarchistes ( tout aussi irrésolu ) .

  10. « Qu’est ce qui pousse un chercheur à chercher ? »

    Thom: « Dès qu’il fabrique un oeuf, un organisme vivant a le projet de coloniser l’espace et le temps: il se soustrait au « hic et nunc ». La fonction essentielle de l’intelligence humaine, simuler les lois, les structures du monde extérieur n’est guère que le prolongement -ou l’explication- de ce dessein primitif.
    Il n’est peut-être pas absurde de voir dans les démarches les plus élaborées du psychisme humain -par exemple la découverte mathématique- un prolongement direct de ce mécanisme de création symbolique. En effet, en explorant une nouvelle théorie, en « bricolant » sur ce nouveau matériel, le mathématicien peut parfois percevoir une expression A -ou une relation- qui revient sous sa plume avec une insistance gênante; il sera alors tenté d’introduire un nouveau symbole pour condenser cette expression en une seule, et reprendre ainsi le calcul sur de nouvelles bases. Cette simple procédure peut parfois conduire au succès; plus souvent il aura idée des expressions nouvelles à condenser, des nouvelles figures à construire et à nommer en suspectant « a priori » leurs propriétés. Introduire un nouveau symbole c’est, en jetant une lettre sur le papier, favoriser le déchirement, l’exfoliation du champ sémantique qui sera le support du nouvel actant, et libérer ainsi la démarche mentale de présences obsessionnelles qui l’entravent. »

  11. Vous tapez  » normes d’optimisation » sur votre navigateur de recherches préféré ( qui est lui même optimisé ) et vous aurez assez vite l’illustration que les normes qui ont explosé sont les normes  » économiques » au bénéfice de cette « recherche d’optimisation » qui a pollué jusqu’aux mathématiques ( dites appliquées) , et supprimer largement plus « d’emplois » que le système n’en demande en création .

    Pour les normes politiques , à part la Constitution et les lois et règlements qui devraient modestement se contenter d’en découler , je ne vois pas ce que c’est .

  12. Je n’ai pas été enthousiasmé par le contenu du lien que vous donnez: j’y vois des costard/tailleur frais émoulus d’une école de commerce « se lancer sur un créneau qu’ils prévoient porteur ».

    Ceci dit j’ai bien aimé l’article Wiki http://fr.wikipedia.org/wiki/Symbiose

    Je pense que c’est à verser au dossier « Penser l’économie autrement », de même que
    « La thermodynamique des transitions économiques » de F. Roddier
    https://www.youtube.com/watch?v=5-qap1cQhGA

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.