LES LIMITES DE LA STRATÉGIE DE TENSION, par François Leclerc

Billet invité.

Au terme de l’interminable spectacle qui nous a été imposé, un coup de théâtre serait-il en passe d’intervenir ? L’agence Bloomberg annonce qu’Angela Merkel serait prête à avaliser un compromis, ferait son affaire de l’opposition des députés de son parti, et le justifierait auprès de l’opinion publique allemande. Elle ne s’opposerait pas à un « accord technique » intervenant au sein du « Groupe de Bruxelles », accord qui cependant reste encore à trouver.

« Nous allons voir si des possibilités de discussion se dégagent » avait commenté hier la chancelière, décidée à planter le décor du dernier acte. Avec François Hollande, qui a déclaré parler « le même langage », elle entend préparer un accord politique lors du sommet de Riga de jeudi et vendredi, car « nous devons faire en sorte que des progrès notables soient faits ». S’inscrivant dans le cadre des négociations qui se poursuivent à marche forcée au sein du « Groupe de Bruxelles », Jeroen Dijsselbloem avait précisé que l’Eurogroupe sera convoqué dès qu’un accord sera trouvé, « pour en discuter d’un point de vue politique ». Politique, le grand mot est lâché. Le président de l’Eurogroupe l’a déjà utilisé pour expliquer qu’une décote sur la dette grecque n’était pas concevable.

Un brouillard entoure ces négociations et il est vain de vouloir le dissiper. Tout au plus croit-on savoir, après consultation des sources disponibles, qu’un accord serait intervenu à propos de l’objectif d’excédent budgétaire de cette année, ramené à 1 %, que la relance du programme de privatisation se poursuivrait, et que les discussions sur la hausse de la TVA sont en cours. Les possibilités de retraite anticipées seraient limitées, mais Athènes tiendrait bon à propos des coupes dans les retraites et les salaires et de la réforme de la législation du travail. Il faut attendre la suite des discussions, qui va déborder sur la semaine prochaine. Alexis Tsipras aurait parallèlement entamé une discussion marathon avec le groupe parlementaire de Syriza, qui porte à la fois sur les négociations en cours et le travail parlementaire à venir ; elle sera suivie d’une réunion au niveau du parti, en raison du refus de certains parlementaires de voter l’accord qui pourrait se présenter.

L’édifice est très fragile et rien ne garantit qu’il tiendra debout. Alexis Tsipras entend également soulever la question de la dette, sans attendre le démarrage de négociations détaillées, qui pourraient débuter en septembre, laissant pendant le problème des échéances avec la BCE de l’été. Car s’il n’est ultérieurement offert au gouvernement grec que la couverture de ses remboursements, même rééchelonnés, en l’assortissant d’objectifs d’excédents budgétaires minorés mais toujours aussi peu réalistes, quelle raison aurait-il de participer à une cavalerie financière effectuée sur le dos des Grecs ? Comment, dans ces conditions, le gouvernement grec pourrait-il relancer sur de nouvelles bases l’économie, sans moyens et dans le cadre d’une profonde crise sociale qui ne va pas être soulagée ?

Depuis la victoire de Syriza, trois objectifs politiques ont été poursuivis par les autorités européennes. Faire rentrer dans le rang des rebelles dont les projets faisaient écho dans d’autres pays dont l’Espagne ; trouver un nouveau camouflage pour accréditer le remboursement de la dette grecque ; et appliquer un programme européen de mesures néo-libérales mettant en cause l’État providence, au prétexte de réformes des archaïsmes. Tout le reste n’a été qu’habillage destiné à manipuler l’opinion publique européenne, l’expression d’une stratégie de pression et d’asphyxie destinée à faire avaliser par le nouveau gouvernement des mesures contraires à son programme électoral. Afin de respecter le verdict démocratique formellement tout en semant le désarroi. Voilà en quoi consiste l’art de gouverner d’aujourd’hui, en attendant la suite.

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