Attentats en France : Les responsables sont politiques, par Cédric Mas

Billet invité.

Le succès du jihadisme auprès des jeunes Français a des raisons profondes liées à l’échec de notre modèle occidental : aussi prompt à renier les valeurs qu’il proclame, qu’incapable d’offrir un espoir de succès et de réalisation pour ceux que la nature ou la naissance n’a pas suffisamment gâtés. Comme cela a été encore rappelé hier : « ce qui fait le lit du djihadisme, c’est le déni de la démocratie ».

Pour autant, chaque attentat ou opération jihadiste (qu’elle ressorte d’un jihadisme structurel – organisé par un réseau coordonné – ou opportuniste – « jihadisation » de conflits personnels) reste un échec de nos services de sécurité et de renseignement.

Et les responsabilités de cet échec sont à rechercher chez nos hommes politiques, nos dirigeants qui depuis 15 ans nous « vendent » des lois sécuritaires qui n’ont fait que renforcer nos ennemis et désorganiser nos moyens.

Si l’on analyse les parcours des auteurs des derniers attentats réussis :

– Mohammed Merah

– Chérif et Saïd Kouachi

– Amedy Coulibaly

– Yassin Salhi

On découvre systématiquement des manques de nos services de renseignement, en particulier pour Merah (qui aurait pu être identifié dès la première attaque) et pour Salhi (fiche « S » annulée en 2008).

Pour la plupart, on constate que lorsque les surveillances ont été réellement exercées, elles se sont révélées incapables de percer les tactiques de dissimulation pourtant connues et théorisées au sein de la sphère jihadiste (la taqiya des salafistes).

L’analyse de ces échecs (sur la base de ce qui a été rendu public) montre deux séries de problèmes :

– un problème structurel qui réside dans la prédominance des moyens techniques sur les moyens humains : les moyens extraordinaires et dangereux mis à la disposition des services de renseignement par la nouvelle loi renseignement restent dans le domaine de la technologie. Or à quoi va servir ces collectes de données sur de grandes échelles et sans réel contrôle (malgré les affirmations mensongères des thuriféraires de cette loi) s’il n’y a pas les moyens humains (analystes, experts, etc.) pour les exploiter ?

En ce sens la responsabilité du gouvernement actuel est totale en ce qu’il exploite les attentats commis en janvier et en juin 2015 pour promouvoir une législation liberticide et inefficace (en quoi la nouvelle loi aurait-elle pu éviter l’attentat commis avant-hier en Isère ?).

– un problème conjoncturel : la fusion des RG et de la DST décidée par le Président Sarkozy dès septembre 2007 et menée par ses proches en 2008 a été source d’une désorganisation complète, d’une confusion, d’une perte de compétences clés, et d’un retard sur le suivi des phénomènes jihadistes pourtant de plus en plus menaçants : la fiche « S » de Salhi a été annulée en 2008, le non-suivi de Coulibaly (qui a tout de même été personnellement en contact en 2009 avec le Président de la République alors qu’il était déjà radicalisé) sont des faits qui sont la conséquence directe de cette fusion désastreuse pour notre sécurité publique.

La responsabilité de l’opposition actuelle est totale, et leurs déclarations et critiques perdent toute légitimité quant on sait que pour satisfaire les désirs irrationnels de leur chef (qui voulait notamment se venger des menées de certaines officines à l’époque de la « guerre des chefs » Villepin-Sarkozy), ils ont fait perdre à nos services au moins 2 années dans le suivi des menaces intérieures.

Or, 2 années, c’est justement le temps d’apparition d’un nouvelle génération de ces jihadistes , celle qui passe aujourd’hui à l’action.

Et l’avenir se révèle sombre …

Vu le temps que nous mettons à payer les fautes politiques du précédent quinquennat, combien d’années subirons-nous les conséquences de celles commises par le gouvernement actuel ?

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