CELA NE FAIT QUE COMMENCER… par François Leclerc

Billet invité.

Le référendum grec aura bien lieu dans une semaine, le Parlement l’a décidé ainsi, et Alexis Tsipras a appelé à y voter « non », afin que la Grèce bénéficie d’une position de négociation plus forte. Le Conseil des gouverneurs de la BCE examine la situation et une nouvelle réunion de l’Eurogroupe a été convoquée pour cet après midi, signe que tous les boulons sont loin d’être vissés. Hier, il avait fallu longtemps attendre le point de presse de Jeroen Dijsselbloem, qui est arrivé très en retard.

Au titre des curiosités anecdotiques, on relèvera que ce dernier a justifié que l’Eurogroupe puisse exclure l’un de ses membres de sa réunion par le fait qu’il était un organisme « informel » de l’Union européenne. Seul l’Ecofin, qui regroupe tous les ministres de celle-ci est en effet une de ses institutions. Ce qui revient à reconnaître qu’un organisme informel joue le rôle déterminant que l’on peut constater…

L’Eurogroupe a donc planché sur un plan « B » destiné à assurer la stabilisation de la zone euro, après qu’il a été clamé sur tous les toits la catastrophe que représenterait une sortie de la Grèce de celle-ci. Wolfgang Schäuble a affirmé que la zone euro « va tout faire pour éviter tout risque de contagion », tandis que Michel Sapin a confirmé que le destin de la Grèce est de rester dans la zone euro, nuance ! Traduisant le sentiment ambiant, le ministre des finances autrichien a déclaré qu’un « Grexit » (une sortie de la Grèce) est presque inévitable. Fait de mesures défensives, le plan « B » des créanciers européens est orphelin d’un volet, car il fait l’impasse sur ce qui pourrait se passer, une fois la crise cantonnée à la Grèce. Il y a encore beaucoup de travail dans le camp des créanciers afin de maintenir la fiction d’un front uni. Se mouillant, le premier ministre français Manuel Valls a estimé que la BCE « ne pouvait pas couper les vivres » aux Grecs…

La BCE a aujourd’hui le choix entre deux options : faire monter les enchères afin de tuer le référendum – un objectif qui n’a toujours pas été atteint – en décidant de couper les vivres aux banques grecques, ou trouver un palliatif, en augmentant la décote sur le collatéral que les banques grecques doivent fournir en garantie. Dans le premier cas, le gouvernement grec sera vite contraint à procéder à la fermeture des banques ou à l’instauration d’un contrôle des transferts de capitaux. Mais, en déclarant les banques grecques non solvables pour justifier la suppression des aides de liquidité d’urgence (ELA), le Mécanisme de surveillance unique (MSU) mis en place par la BCE prendra la responsabilité d’un rebondissement de la crise, celle-ci ayant bloqué le reversement des intérêts sur les titres grecs en sa possession qui permettraient de les renforcer. La BCE est juge et partie.

On retiendrait alors que les décisions prises afin d’empêcher un référendum populaire auraient été prises par un organisme européen informel et une institution sur laquelle aucun contrôle démocratique ne peut s’exercer…

Côté propagande, il est tenté de faire valoir qu’Alexis Tsipras a unilatéralement rompu les négociations. Pour accréditer cette fable, Jeroen Dijsselbloem a présenté l’ultimatum qui avait été adressé aux Grecs par Angela Merkel et François Hollande – une offre « extraordinairement généreuse », selon celle-ci – comme étant « une offre avec des flexibilités et des compromis ». Ce n’est pas ce qui avait été retenu le Financial Times, qui suit au plus près les péripéties de l’affrontement, et qui a titré à cette occasion : « Merkel dit à Tsipras qu’il n’y a pas d’alternative à l’offre des créanciers ».

Côté pare-feux, la BCE est au centre du dispositif afin de contenir la hausse des taux sur le marché obligataires, pouvant si nécessaire actionner son programme OMT d’achat de titres souverains depuis que la Cour européenne de justice l’a déclaré valide. Rendez-vous lundi, à l’heure d’ouverture des marchés.

Quid du second volet du plan « B » ? Dominique Strauss Kahn, l’ancien directeur général du FMI, a mis les pieds dans le plat. Il a proposé dès hier un arrêt des hostilités et de consentir « une très large extension de la maturité et même une réduction nominale massive de sa dette à l’égard des institutions publiques » – et non du FMI – avec comme contrepartie l’arrêt de tout niveau financement de l’Union européenne ou du FMI. Cela rejoint les propositions de l’équipe de Syriza qui a toujours fait avoir qu’elle ne voulait pas de troisième plan de sauvetage.

Selon lui, les Grecs seront amenés par eux-mêmes à faire « des choix budgétaires difficiles » afin de promouvoir une réforme fiscale, de mener une bataille « contre l’oligarchie, les intérêts privés et la lourdeur de l’appareil d’État », et à en choisir les moyens sans contrainte extérieure. Les banques grecques devraient être recapitalisées en utilisant les fonds existants à cet effet mais bloqués.

Il n’y a pire introduction à un débat qui devra tôt ou tard avoir lieu.

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