LE MOMENT CHARNIÈRE, par François Leclerc

Billet invité.

Jean-Claude Juncker a mordu la poussière ayant fait campagne pour le « oui », c’est au tour de François Hollande d’entrer en lice pour éviter que la Grèce ne sorte de l’euro, comme il l’a défendu. En a-t-il la détermination ?

Tenant le sort du système bancaire entre ses mains, le Conseil des gouverneurs de la BCE va aujourd’hui tirer en premier. Dans l’attente de la rencontre d’Angela Merkel et de François Hollande de ce soir, ainsi que du sommet de demain, il devrait trouver une formule permettant de gagner du temps, mais celui-ci est très compté. L’introduction d’une monnaie type IOU (« I owe you, je vous dois » [*]) ne va pas pouvoir être longtemps retardée devant la proche pénurie des billets en euros alimentant les distributeurs.

Michel Sapin, qui déclare attendre les propositions des Grecs, explique ce matin qu’aucune solution n’est possible sans une conversation « en profondeur » entre les dirigeants allemand et français. C’est le moins que l’on puisse dire, à lire les déclarations allemandes incendiaires. Il a ajouté que « le niveau des liquidités d’urgence » ne peut pas baisser. À Athènes, Yanis Varoufakis a démissionné afin de donner un signal d’apaisement, tout le monde dans l’attente du nom de son remplaçant. Les rencontres de ce matin d’Alexis Tsirpas avec les partis politiques grecs ont alimenté la rumeur d’un projet de constitution d’un gouvernement national.

Taboue pour les Allemands, pas taboue pour les Français, la question de la dette demeure, le FMI ayant depuis lancé un pavé dans la mare. Il aurait été fait pression sur celui-ci pour qu’il ne publie pas l’étude qui donne désormais du grain à moudre au gouvernement grec.

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[*] « … une situation provisoire d’utilisation de reconnaissances de dettes que le gouvernement peut faire circuler. Comme les banques sont fermées, les échanges extérieurs avec d’autres pays se font toujours en euros, parce qu’il n’y a pas d’autre moyen, et à l’intérieur de la Grèce on travaille avec de la reconnaissance de dettes. Ça a déjà existé, en Californie par exemple, il y a quelques années au moment où l’Etat de Californie était en cessation de paiement. Ce sont l’équivalent des lettres de change, des obligations. On peut les acheter, les revendre, ça a une valeur marchande. »

Tv5Monde, Paul Jorion – Sortie de l’euro de la Grèce : quels scénarios ?, le 29 juin 2015

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