LE TEMPS QU’IL FAIT LE 23 OCTOBRE 2015 – (retranscription)

Retranscription de Le temps qu’il fait le 23 octobre 2015. Merci à Olivier Brouwer !

Bonjour, nous sommes le vendredi 23 octobre 2015. Et, vous verrez, le ton de cette vidéo est différent de celui des autres. Bon, j’ai déjà fait des vidéos où j’ai un ton grave, mais ici, j’aurai un autre ton : j’aurai un ton militant. Si vous avez regardé les vidéos que j’ai publiées, les centaines de vidéos que j’ai publiées ici le vendredi, le ton militant, ce n’est pas ce que je fais d’habitude. Je ne crois même pas avoir jamais utilisé le mot « militant » dans une vidéo.

Et pourquoi je le fais ? Eh bien, c’est parce qu’il est en train de se passer quelque chose. Nous sommes en train de gagner. Nous sommes en train de gagner. Bon, pas à grande échelle, sur des petits points, mais nous sommes en train de gagner. Il est en train de se passer quelque chose qui est une bonne chose : c’est le fait que, par exemple, Madame Margrethe Vestager, qui est Commissaire Européen à la Concurrence – et, vous le savez, on n’attend pas des miracles du côté de ces gens-là, d’habitude – elle est en train de marquer des points contre les havres fiscaux. Voilà. Elle est en train de marquer des points parce qu’elle est en train d’attaquer les compagnies qui profitent des havres fiscaux, et en particulier à l’intérieur de la zone Euro. Et elle a épinglé en particulier la compagnie Fiat-Chrysler et la compagnie Starbucks pour la manière dont leur imposition est traitée par les Pays-Bas et par le Luxembourg. Alors, c’est une très bonne chose. Elle est en train de faire comme on avait fait avec Al Capone, c’est-à-dire : on n’avait pas pu le prendre la main dans le sac dans des actes de gangstérisme, et du coup, on a essayé de l’épingler pour fraude fiscale. Elle est en train d’attaquer les havres fiscaux pour subventionnement illégal de certaines compagnies. Elle considère que c’est une manière de donner de l’argent à ces compagnies, que de ne pas les taxer comme elles devraient l’être dans les pays où, en fait, elles font leurs opérations. C’est une très bonne approche. Elle utilise aussi la question des prix de transfert. Les prix de transfert, c’est ce qui permet à une compagnie de comptabiliser ses différents coûts de la manière qui est optimale à son point de vue, d’optimisation fiscale, de payer le moins possible. Par exemple, dans le cas de Starbucks, vous l’avez peut-être vu, eh bien, on comptabilisait l’utilisation du café à partir du prix qui existe dans le pays où le prix du café est le plus élevé. Ça permet, voilà, de mettre des pertes à l’endroit où il n’y en a pas.

Et l’autre élément qui vient en parallèle, c’est la manière dont la presse financière américaine et britannique, le Financial Times et le Wall Street Journal saluent la publication du livre de Gabriel Zucman qui s’appelle : « La richesse cachée des nations ». Et là, il est en train de se passer avec ce livre de Zucman la même chose qui s’est passée avec le livre de Piketty et la même chose, je vous l’annonce, qui aura lieu pour mon bouquin sur Keynes, c’est-à-dire qu’un livre publié en français n’a aucun succès, passe complètement inaperçu dans la presse francophone, mais dès qu’il est traduit en anglais, eh bien, voilà, ça fait la première page des journaux parce que, eh bien parce qu’il se passe autre chose à partir de la traduction anglaise. Et c’est ce qui arrive, heureusement, je dirais, pour le livre de Zucman. Il est publié en français en 2013, passe complètement inaperçu. Ça a été, je vous le rappelle, le sort du bouquin de Piketty également quand il a été publié à l’origine en français, et qu’on a dit pis que pendre ou on l’a, plus simplement encore, ignoré en France, mais dès que ça a été traduit, ça a fait la une des journaux anglo-saxons.

Que dit Zucman ? Eh bien, c’est une attaque en règle en particulier contre le Luxembourg. Il nous montre qu’il y a sept mille milliards, il y a 7 000 000 000 000 de dollars qui sont cachés dans les paradis fiscaux ; il montre que ça représente pour les pays, en perte d’impôts [annuels], deux cents milliards de dollars – faites le calcul à partir de l’Euro, c’est juste un tout petit peu moins – et on en parle ! Ça fait les manchettes dans la presse anglo-saxonne, très bons comptes-rendus du livre de Zucman, très bonne analyse du cas du Luxembourg dans le Financial Times.

Alors, je viens de parler de mon livre, je veux dire, en deux mots, mais je vais ajouter la chose suivante. La première, je vais répéter ce que je viens de dire : n’attendez pas que le livre soit traduit en anglais (ça prend un an, deux ans, etc.) pour le lire, pour croire que c’est quelque chose d’important. Je n’écris pas des livres comme ça pour le plaisir d’écrire des livres. C’est relativement pénible, ça prend beaucoup de temps, ça demande beaucoup d’efforts. Dans le cas de Keynes, ça a demandé beaucoup de lecture – ce n’est pas des lectures désagréables, bon, voilà – mais moi je n’écris pas ces livres-là pour le plaisir, je n’écris pas pour gagner de l’argent. Avec des livres comme ça, on ne gagne pas suffisamment d’argent. Si ! Quand ça devient numéro 1 dans le classement du New York Times, oui, peut-être qu’à ce moment-là, on gagne suffisamment d’argent pour vivre. En tout cas, ce n’est pas pour ça que je le fais. Pourquoi est-ce que je le fais ? Je le fais pour vous donner une boîte à outils. Pour que quand vous m’écrivez – et vous êtes nombreux, parce qu’il y a quand même, je dois bien le dire, il y a quand même pas mal de mollassons geignards parmi les lecteurs du blog de Paul Jorion – pour que quand vous m’écrivez : « Mon beau-frère m’a dit que les Grecs, eh bien, c’est tous des feignants, ou bien qu’on est submergés par les réfugiés et j’ai pas su quoi lui répondre », eh bien, Monsieur, ou Madame, au lieu d’écrire des commentaires sur mon blog à partir de lectures inexistantes, parce que vous ne lisez pas, vous avez le sentiment que vos intuitions sont géniales et que donc, vous pouvez en parler comme ça, non ! Moi, je fais ça pour vous donner des boîtes à outils. Non seulement des boîtes à outils, mais aussi des munitions. Mes livres, c’est un outil – et je vais employer ce mot que je n’emploie jamais – c’est un outil militant. C’est pour que vous y trouviez quelque chose, pour que vous puissiez répondre à votre crétin de voisin ou de beau-frère. C’est pour ça que je le fais. Alors, quand on me dit : « Qu’est-ce qu’on peut faire ? », eh bien, moi, ce que je fais, j’écris des trucs, j’en parle dans des vidéos, je les écris, mais je les écris pour que vous puissiez les lire ! Alors, utilisez ça et n’attendez pas, dans le cas de mon bouquin, n’attendez pas qu’il soit à la une du New York Times, du Wall Street Journal ou du Financial Times ! Lisez-le maintenant ! Vous avez la possibilité de le faire. Si vous comprenez ce que je dis, c’est que vous comprenez le français et vous pouvez le lire en français. Lire ! Lire un livre. Oui, je sais, c’est difficile, ça ne se fait plus, mais faites-le, faites-le ! Et si vous ne le faites pas, eh bien, faites une autre chose : si vous connaissez quelqu’un qui sait lire, achetez-lui le bouquin et donnez-le lui. Voilà. Et quand lui, il l’aura fini, il pourra vous le re-préter.

Bon, je n’avais rien d’autre à dire aujourd’hui, mais vous verrez, vous avez compris : pourquoi est-ce que je suis un petit peu, je dirais, un peu plus combatif ? Eh bien, je suis combatif, eh bien, parce qu’on n’a pas eu beaucoup de victoires depuis 2009. Et là, nous commençons à gagner sur quelques plans. Sur des toutes petites choses, mais ce n’est pas une mauvaise chose. Je vous parlerai une autre fois de ce qu’on appelle le « gold-plating », le « placage-or ». Parce que le placage-or, c’est aussi, en fait, ce sont des victoires que nous sommes en train de marquer. Je vous expliquerai pourquoi, mais bon, je ne peux pas mettre ça ici à l’intérieur de cette vidéo.

[Alors, bon, en terminant, je voulais dire la chose suivante : je suis bourré d’anti-histaminiques parce que j’ai une réaction très allergique, violente, à quelque chose, et malheureusement, eh bien, ça pèse sur mon attention. J’aurais voulu parler de ce que je viens de dire en pouvant me concentrer un peu davantage, mais malheureusement, là, il y a un médicament qui m’empêche de le faire.]

Voilà. Allez, à bientôt !

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