Lettre ouverte aux initiateurs de notreprimaire.fr, par Michel Leis

Billet invité.

Vous avez en janvier lancé l’initiative « d’une grande primaire des gauches et des écologistes », une vraie bouffée d’air frais dans un monde politique sclérosé par des enjeux de pouvoir. Vous appeliez de vos vœux à un débat avec du « contenu, des idées, des échanges exigeants (…) Elle est l’opportunité de refonder notre démocratie ».

Ceux qui aujourd’hui aspirent à voir représenter les valeurs de gauche aux élections présidentielles de 2017 savent qu’une telle confrontation d’idées est indispensable, qu’elle ne peut être confisquée par les instances de tel ou tel parti. Thomas Piketty rappelait dans une récente tribune combien cette grande explication était nécessaire.

Force est de constater que les possibilités de voir cette primaire se réaliser diminuent de jour en jour. Jean-Luc Mélenchon a écarté début février l’idée d’y participer. La semaine dernière, le PS a posé des conditions sur le calendrier des primaires qui rendent difficiles, voire impossible la désignation d’un candidat et la tenue d’un débat sur le fond. On ne peut que déplorer ces manœuvres qui relèvent de la politique d’appareil et d’une volonté de se maintenir au pouvoir à tout prix. C’est une manière de faire de la politique dont les Français ne veulent plus. À ceux qui avaient encore quelques illusions, Manuel Valls se déclare contre cette initiative et clame que Hollande est le candidat légitime pour 2017, sans autre forme de débat. Le tir de barrage s’accélère pour torpiller votre initiative.

Le sort en est donc jeté. Il y aura quoiqu’il arrive une candidature de l’aile droite du PS, et une multiplication des candidatures à la gauche de la gauche, portant les espoirs illusoires de quelques partis. La partie est-elle donc perdue d’avance ?

Non ! Il est plus que jamais indispensable d’avoir une candidature portant les valeurs de la gauche et des propositions issues d’un grand débat d’idées. Si une dynamique s’établit autour d’un quatrième candidat, à même de défendre avec talent et compétence un programme alternatif, alors la victoire est encore possible.

Tous les jours, des signes se multiplient et montrent combien les partis, enfermés dans leur discours, sont devenus incapables de porter des projets alternatifs. La Loi Travail cristallise aujourd’hui ce refus. Un récent sondage montrait combien les Français ne faisaient plus confiance aux partis traditionnels pour répondre aux problèmes du chômage. C’est aujourd’hui des propositions nouvelles qu’il faut faire émerger et défendre face aux discours obsolètes des partis. Le repli et l’exclusion contre la compétitivité ou la « modernité », la fin de l’austérité comme alternative censée ramener une croissance qui ne crée pourtant plus beaucoup d’emplois, tous ces éléments ne suffisent plus à nourrir un débat.

La dynamique que vous avez lancée avec votre projet ne doit pas s’arrêter, mais par la force des choses, elle doit changer de cadre et de nature. Vous le déplorez sûrement, nous le déplorons avec vous.

Il est temps d’avoir un candidat pour organiser le débat et en être le porte-parole. Si plusieurs candidatures se manifestent, le processus de désignation ne peut plus de toute façon être qualifié de primaire des gauches. Il faut passer cette étape rapidement. Une initiative, aussi bonne soit-elle doit avoir un porte-parole reconnu et incontestable. Et dans l’état actuel de la vie politique française, une candidature hors des partis pourrait être une bouffée d’air frais bienvenue.

De même, il faut aussi acter le fait que la grande explication ne pourra avoir lieu dans le cadre d’une primaire des gauches. La bataille se jouera programme contre bilan, droite contre gauche, propositions issues d’une réflexion collective contre des mesures dictées par l’idéologie. La dynamique que vous avez créée doit être maintenue, elle doit déboucher rapidement sur la construction d’un programme ambitieux et réaliste. Les réunions que vous avez organisées pour défendre votre projet peuvent et doivent porter ce nouveau débat.

N’attendez plus ! Il faut passer à l’étape suivante. Préparer la bataille de 2017 nécessite du temps. Nous ne pouvons laisser la maîtrise du temps à des individus ou des partis uniquement préoccupés par le maintien au pouvoir ou des enjeux d’appareil.

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