Qui vient nous parler d’écologie ?, par Marie-Paule Nougaret

Billet invité.
Le premier chapitre de la série de Paul Jorion, De l’anthropologie à la guerre civile numérique, m’a consolée de n’avoir pas aimé lire Claude Lévi-Strauss. Je gardais un souvenir frustré de La Pensée Sauvage; que j’avais d’ailleurs revendue – malgré sa jolie couverture botanique, cause de mon achat – dès que je l’ai finie.

J’étais jeune et révoltée, peu éduquée au sens universitaire et encore moins en philosophie – ce qui, à Paris, représentait une faute grave – mais aussi contaminée par la pensée pro-amérindienne pour avoir vécu en Californie dans un milieu où on lisait beaucoup.

On pouvait facilement comparer l’état de la forêt du Pacifique, que les blancs ne hantaient que depuis cent ans, avec la végétation du Bas Languedoc classique où j’avais grandi.

foret du pacifique

Forêt du Pacifique, vieux fond d’écran Apple

Je n’aurais pas su le formuler, mais pour moi Lévi-Strauss ne respectait pas cette pensée sauvage qu’il décrivait.

C’est de l’inspiration californienne, hippie si vous voulez, orientée par un amérindianisme (ne pas laisser de trace), autant que par les philosophies orientales (karma), débarquées à San Francisco, par le Pacifique, qu’est née la contre-culture écologique, en un temps de guerre au Vietnam.

Quand des bonzes se faisaient brûler vifs. Quand des garçons de dix huit ans tirés au sort, devaient aller guerroyer en Asie sitôt le bac’ reçu, et préféraient monter à pied par les Rocheuses, avec un matériel très minimum, comme un Indien, pendant deux mois, après s’être entraînés l’hiver, pour rejoindre le Canada.

Dans les deux cas, culture amérindienne, vue par les blancs surtout, d’accord, mais aussi par quelques auteurs indigènes, et culture bouddhique, mais aussi dans l’expérience psychédélique, comme du reste dans l’alchimie du moyen-âge, ou mieux, de la renaissance, tout geste importe, tout maillon de la chaîne écologique compte et tout se tient.

En face, la théorie de la domination, la dialectique pro-marxiste, brillantissime (et elle le reste), annexe désormais l’écologie.

Mais j’ai beau écouter les philosophes français et les politiciens, tous aujourd’hui soucieux de notre habitat terrestre, je n’en entends pas un qui intègre cette manière de voir.

S’il ne s’agit que de se plaindre de la destruction, de l’impact de la déforestation sur le climat, par exemple, Platon le faisait déjà très bien.

Cependant nous avons changé d’ère, non seulement par la mécanique quantique, mais surtout en biologie.

La découverte de la symbiose entre les plantes et les champignons, au cours des années 70, nous a véritablement introduits dans un monde magique où tout se tient.

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