LE TEMPS QU’IL FAIT LE 27 JANVIER 2017 (Votez Hamon !) – Retranscription

Retranscription de Le temps qu’il fait le 27 janvier 2017. Merci à Marianne Oppitz !

Bonjour, nous sommes le vendredi 27 janvier 2017. Vous le savez peut-être mais il y a un petit groupe qui s’appelle « Les Amis du Blog de Paul Jorion » qui rassemble essentiellement des gens qui ont contribué des billets, et qui continuent de le faire, au blog. Et, en ce moment, il y a un débat qui fait rage parmi ces personnes. Il faut bien le dire, il y a une grande masse qui ne dit pas grand-chose ou qui regarde, qui regarde ce qui se passe et puis, il y a en qui sont « vocals » comme on dit en anglais : il y en a qui s’expriment parfois avec véhémence et là, je vais vous dire, il y a plusieurs positions qui se dégagent et c’est toujours par rapport aux élections présidentielles en France. Il y a des gens qui sont pour l’abstention, qui considèrent que, voilà, rapidement dit : « élections piège à cons » et il ne faut pas se mêler de ce truc là d’une manière ou d’une autre, les choses vont se résoudre mais pas par ce moyen là, pas par le moyen d’une élection présidentielle. Il y a un petit groupe qui est en faveur de Monsieur Mélenchon et qui dit : « Il faudrait… son processus est un processus plus radical que ce qu’on entend par ailleurs et c’est cela qu’il faudrait soutenir ! » Et puis il y a des gens qui s’engagent dans la discussion qui a lieu en ce moment à propos des primaires du Parti socialiste et des gens qui soutiennent Monsieur Hamon. Il n’y a pas, – à ma connaissance – qui que ce soit qui soutienne, parmi les Amis du Blog de Paul Jorion, qui soutienne – en tout cas ils ne se sont pas exprimés – Monsieur Fillon, Madame Le Pen, Monsieur Macron ou Monsieur Valls. Voilà !

Et si tout ça ne se manifeste pas par des billets, ou de manière extrêmement minime, c’est essentiellement, je crois, parce que je ne pense pas personnellement, et je l’ai déjà dit à plusieurs occasions, que Monsieur Mélenchon puisse faire une différence. J’ai l’impression que Monsieur Mélenchon a atteint, depuis bien des années, un maximum d’à peu près 15 % des électeurs qui pourraient voter pour lui. Je ne veux pas entrer dans les détails du pourquoi, pourquoi c’est le cas.

Et puis, il y a des gens qui se prononcent… voilà ! il y a des gens qui se voudraient se prononcer pour Hamon et qui savent que je suis opposé au produit phare de Monsieur Hamon et qui est le revenu universel, le revenu de base. Et là, j’ai eu récemment l’occasion d’exprimer, dans les pages du « Monde », mon opinion. C’était prévu pour les Pages économiques, et puis, comme le débat faisait un peu rage, on a mis ça dans un débat, en compagnie, en particulier, de Monsieur Van Parijs qui s’exprime depuis plusieurs années en fonction de cela : du revenu universel. Mon opinion, là-dessus, vous la savez, je l’ai exprimée, c’est que voilà, le monde de la finance que je connais bien, j’y ai travaillé pendant 18 ans, il s’est déjà dit à différents moments (rires) que ce n’était peut-être pas une bonne idée de me faire entrer, non pas que j’allais faire ce dont on me soupçonnait de faire : qu’un jour je ferais un livre qui s’appellerait « L’anthropologie des banquiers », mais j’ai appris beaucoup de choses qu’on ne dit pas ailleurs qu’à l’intérieur des banques et puis, moi j’en parle ouvertement !

Et alors cette idée qu’on pourrait dégager 480 milliards, en France, de le distribuer aux gens et que le milieu de la finance serait là à regarder en sifflotant, en se disant : « Tiens, c’est très intéressant mais cela ne nous concerne pas particulièrement ! », cette idée là, ça dépasse mon imagination (rires). S’il y a 480 milliards qui sont à distribuer, la finance ne voudra le partager avec personne, elle voudra ça pour elle ! Et là, je vous le dis – c’est 18 ans d’expérience dans ce milieu financier – ce ne sont pas des gens qui font des cadeaux, ce ne sont pas des gens qui regardent les choses comme ça. Vous vous souvenez de l’affaire du Pacte de responsabilité ? (rires) – je ris toujours parce que ça s’appelait «  Pacte de responsabilité », responsabilité de quoi ? C’était plutôt « irresponsabilité du gouvernement » ! Les homme d’affaires ont dit : « Donnez-nous plein de milliards et on va créer autant d’emplois que vous allez donner des milliards ! ». Vous avez peut-être vu, là, j’ai fait une chronique aussitôt pour « Le Monde », pour le journal « Le Monde », en disant : il n’y a pas de mécanisme connu qui transformerait des cadeaux faits au grands chefs d’entreprises, qui transformerait ça en emplois : « Il n’y a pas de mécanisme connu ! ».

Bon, qu’est-ce qui s’est passé quelques semaines plus tard ? Monsieur Gattaz, à la tête du Medef, a dit : « Des emplois ? (rires) mais vous voulez rigoler ! On aurait dit : ‘On va faire du nougat avec ça !’, vous l’auriez cru aussi ! Quels gogos ! comment vous avez pu croire ça ? ». Et, pareil dans ce cas-ci : on va distribuer 480 milliards. Ce qui pourrait se passer au mieux, c’est que la finance permette au monde de la consommation d’en prendre une petite partie. Mais je dirais, voilà, c’est au mieux.

Alors, pour moi, voilà, j’ai dit tout à l’heure : « élections – piège à cons » , c’est l’opinion de certains, et là, l’attrape-gogos, l’attrape-couillons dans toute sa splendeur, pour moi c’est cette idée de Revenu universel. On va donner de l’argent. On va le donner aux gens qui en ont besoin, très bien, parfait ! On va le donner à des gens qui n’en ont pas besoin, alors qu’est-ce qu’ils vont en faire ? Ils vont le dépenser d’une manière ou d’une autre, et on les aidera du côté de la finance et du côté du milieu de la consommation – du consumérisme – on les aidera à le dépenser.

Ça coûtera très cher à la communauté et je ne sais pas pourquoi on donnerait cet argent là à ces personnes là. Il y a une variante, ce qu’on appelle l’impôt négatif. Ce n’est pas parce que c’est Monsieur Milton Friedman qui a inventé ça, je dirais que les pires imbéciles peuvent avoir une bonne idée de temps en tant, ou les pires crapules, je dirais plutôt dans son cas. Bon, ça c’est une bonne idée, que « les gens qui n’ont pas assez, eh bien, qu’on le leur donne ! » Mais tout ça, encore, tout ça, vous l’avez compris, ça se situe dans le monde des emplâtres sur une jambe de bois.

Comment cela se fait que les gens qui ont besoin de l’argent ne l’aient pas ? C’est ça le problème qu’il faudrait, un jour, résoudre et pas toujours dans une logique redistributive. Et ceux qui estiment qu’ils n’en bénéficient pas et qui sont les gens qui ont du pouvoir vont toujours empêcher que ça se passe. Alors, voilà !

Alors, sur cette question, sur cette question des élections présidentielles en France, on me demande ce que j’en pense. Alors, je pense la chose suivante, c’est que effectivement, effectivement, on n’a pas vraiment, parmi les gens qui se présentent, on n’a pas des gens qui présentent ceux qu’il faudrait. Par exemple, pour remplacer cette idée de Revenu universel par quelque chose qui échapperait, qui pourrait échapper entièrement au monde de la finance, qui pourrait échapper entièrement au monde du consumérisme : assurer la gratuité sur l’indispensable. Euh… on a essayé à une époque de le faire sur la santé – c’est en vie de liquidation. On a essayé de le faire sur l’éducation nationale et c’est en voie de liquidation aussi. Mais d’abord, il faudrait restaurer la gratuité dans le domaine de la santé, puis, dans celui de l’éducation et puis, on pourrait l’assurer dans bien d’autres endroits comme celui du transport, comme celui d’une alimentation de base nécessaire, etc. etc. Ça peut se faire ! Aux États-Unis, il y a un grand système de coupons et les gens vont, voilà, comme avec des chèques-restaurant. Si la communauté estime qu’ils font ce qu’ils peuvent pour avoir à manger, eux-mêmes, et qu’ils n’y arrivent pas pour des raisons de structures, eh bien, on aide les gens à manger. La gratuité, à mon avis, c’est protéger contre la prédation éventuelle du… « éventuelle » enfin bon (rires) ! du milieu de la finance et de la consommation. Donc, voilà ! Je pourrais, je pourrais soutenir Monsieur Hamon, sauf que son idée phare, ça me paraît, excusez-moi l’expression, ça me paraît un attrape-couillons dans toute sa dimension. Voilà !

Alors, qu’est-ce qu’il faut faire ? Je vais terminer quand même là-dessus. Euh… moi, je crois personnellement, je crois que le fait que l’on considère que les enjeux sont ailleurs que dans le domaine parlementaire, que dans les présidentielles et dans les choses comme ça, cela ne veut pas dire qu’il faut se désintéresser absolument de ce qui se passe de l’autre côté. Il peut toujours, voilà, y avoir des surprises.

Il peut y avoir des surprises et il n’y a pas de raison de rester chez soi en grommelant si on peut pousser les choses un petit peu dans la bonne direction, en allant voter dimanche. Alors, si moi j’étais Français – ce qui n’est pas le cas – j’irais voter pour Monsieur Hamon. J’irais voter pour Monsieur Hamon, et puis, en espérant qu’il se retrouve au premier tour et puis en espérant qu’il va au 2ème tour. Et pendant tout ce temps là, je dirais, je continuerais de répéter ma critique de ses mesures phare et des autres, en espérant qu’on en tiendra compte, qu’on tiendra compte de ce que je peux dire.

Alors, vous me demandez mon avis, et bien moi j’irais voter, j’irais voter dimanche, après-demain et, j’irais voter pour Monsieur Hamon. C’est mieux, à mon avis, que de ne rien faire du tout. Hmm… voilà et on verra par la suite. Ça ne peut pas faire de tort, ça ne peut pas faire de tort que Monsieur Hamon se retrouve au premier tour et qu’il l’emporte au premier tour, et qu’il l’emporte, éventuellement, au second.

Est-ce que cela résoudra tous les problèmes ? Non. Est-ce que ça veut dire que le Revenu universel de base est une bonne idée en soi ? Je ne le crois pas personnellement, je crois qu’il y a de bien meilleures solutions aux problèmes qui se posent.

Enfin, voilà, si vous vouliez connaître mon opinion eh bien, là voilà et bonne chance. Et il fait un peu plus chaud, bien qu’il pleuve, mais allez votez pour Monsieur Hamon. Voilà, très bien ! Allez, à bientôt.

Partager :