À FUKUSHIMA, LES ROBOTS MEURENT AUSSI, par François Leclerc

Billet invité.

Les comparatifs se sont installés dans nos habitudes en toutes occasions. Et cela fait longtemps que leur champ déborde nos centres d’intérêt de consommateurs, afin de nous aider à choisir notre voiture par exemple, et qu’ils prétendent nous diriger vers tel ou tel hôpital ou établissement d’enseignement en raison de leurs performances ! En comparant nos performances avec celles des robots, nous avons depuis franchi une nouvelle étape avec à l’horizon la singularité, ce moment décisif du développement de l’intelligence artificielle où le progrès lui sera exclusivement attribuable.

Ce long détour était nécessaire pour en venir à la catastrophe de Fukushima, avec laquelle aucune comparaison ne peut être tenue, mais qui montre que même les robots connaissent des limites malgré leur plus grande capacité de résistance, ayant d’ailleurs ce dernier caractère en commun avec les humains (une bien faible consolation).

L’expérience en a été faite à l’occasion d’une récente incursion d’un robot blindé aux effets des radiations intenses dans le fond du réacteur numéro 2 de la centrale. Pour démontrer le niveau de protection de ce blindage, il a été précisé que des humains ayant pénétré dans des zones où une telle radioactivité régnerait mourraient immédiatement : la limite officielle d’exposition est pour eux de 20MsV par an, et il a été mesuré à cette occasion 530.000 mSv/h. Même le robot en question ne pouvait survivre bien longtemps, sous peine de rejoindre dans leurs postures figées ses prédécesseurs moins blindés lors de précédentes incursions à moindre risque !

Une conclusion s’est imposée à Tepco, l’opérateur chargé du démantèlement de la centrale après avoir eu la responsabilité de son exploitation. Ses prévisions en terme de coût de l’extraction du corium étaient sérieusement à revoir ! Et, puisqu’il faut rassurer avec des chiffres en accréditant ainsi l’idée fausse que l’on saura comment procéder, le ministère de l’économie, du commerce et de l’industrie (Meti) annonce que le démantèlement des réacteurs coûtera dorénavant au minimum 8 trillions de yen (66 milliards d’euros), soit quatre fois le montant initialement estimé.

Une autre conclusion devait être tirée, sur laquelle l’opérateur est resté plus discret. Un tel niveau d’activité radiologique suppose qu’une partie du corium n’est pas immergé dans l’eau de refroidissement qui est en permanence déversée. Mais ces mêmes injections d’eau sont polluées au contact du corium et ne sont arrêtées par aucun obstacle, ce qui a pour conséquence que la nappe phréatique située sous la centrale – une excellente idée de localisation, soit dit en passant – est à son tour intensément polluée. Les particules radioactives qui n’ont pas pu s’échapper par en dessus se répandent par en dessous. Soit, d’après Tepco, 300 mètres cubes d’eau hautement contaminée par jour.

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