Richard Ferrand : milieux hostiles, et milieux favorables à l’enrichissement familial, par Vincent Rey

Billet invité.

Qu’il y ait ou non quelque chose d’illégal dans ce que l’on reproche à Richard Ferrand, c’est ce que déterminera la justice. En attendant, on ne peut qu’être atterré par les actes de M. Ferrand lorsqu’il était Directeur Général des Mutuelles de Bretagne. La Société Civile Immobilière SACA, dont M. Ferrand semble avoir favorisé l’émergence, a incontestablement fleuri sur un terreau très fertile. Les gens qui sont dans les affaires ne sont pas dupes : lorsqu’elles sont aussi faciles, aussi bénéfiques, c’est que les conditions de concurrence ont été faussées, ou que l’on en détenait les deux bouts.

Quels sont ces actes ?

Selon Le Monde, M. Ferrand, alors président des Mutuelles de Bretagne, aurait signé de sa main le 23 décembre 2010 un compromis de vente pour un ensemble de locaux situés au centre de Brest, en y mettant 2 réserves :

1 / Qu’une SCI (Société Civile Immobilière) devait se créer, pour prendre possession de ces locaux.

2 / Qu’un bail devait être signé entre cette SCI, et les Mutuelles de Bretagne , dont il était alors le Directeur Général.

Cette SCI se crée effectivement le 28 mars 2011, lorsque Mme Doucen remporte l’appel d’offre lancé par les Mutuelles de Bretagne. M. Ferrand a donc en quelque sorte « réservé » l’affaire. La SCI au capital de 100 € (1) se nomme SACA, elle est détenue à 99% par Mme Doucen, et à 1% par la fille de Mme Doucen et de M. Ferrand.

L’opération immobilière n’a comporté qu’un risque minime. En effet, l’achat des locaux et la création de la SCI a succédé au choix des Mutuelles de Bretagne, en faveur du projet de Mme Doucen. Par ailleurs, le bail signé entre les Mutuelles de Bretagne et la SCI SACA assurait la perception des loyers pendant des années. Enfin, pour couronner le tout, si l’offre de Mme Doucen était la moins chère, les Mutuelles de Bretagne s’engageaient à effectuer 184.000 € de travaux.

Une très belle affaire de location, détenue par une SCI toute nouvelle, qu’un simple quidam, muni d’une calculette, des chiffres de la banque et du montant des loyers aurait pu faire, dans des conditions de risque aussi favorables. Cette belle opportunité, Mme Doucen a su la saisir, grâce aux conseils précieux que lui fournissait M Ferrand, ce que vient prouver la signature de ce dernier sur le compromis de vente. On remarque aussi que Mme Doucen a remporté cet appel d’offre à une date à laquelle elle agissait en tant qu’avocate, ce qui a priori ne lui conférait aucune expérience en matière de gestion immobilière.

Alors non, on n’en fait pas trop avec l’« affaire » Ferrand (2). Et M. Ferrand, devenu ministre, a beau clamer haut et fort qu’il n’est pas un « faux cul » (3), on ne peut avoir confiance en de tels personnages pour s’occuper des affaires de l’État. Leur cupidité est trop manifeste, leur impartialité trop endommagée, pour qu’on puisse les laisser sur un fauteuil de ministre. Comme François Fillon avec « 2F Conseil », M. Ferrand estime peut-être en son for intérieur qu’il ne doit sa position qu’à son mérite personnel, et que cela lui ouvre des droits, pour offrir de telles facilités de revenus, comme jadis on pouvait offrir une charge. Mais non : il n’y a plus d’aristocrates dans ce pays. Et Mme Doucen pouvait bien continuer à gagner sa vie comme avocate, un métier connu pour être assez lucratif, plutôt que de toucher une rente à bon compte, de la part des Mutuelles de Bretagne.

Un grand nombre de citoyens, dont les oreilles restent malheureusement éloignées de bonnes affaires comme celle-là, gagne sa vie ou cherche un emploi dans des conditions précaires, participe courageusement à des entretiens d’embauche. Un milieu souvent hostile et déshumanisant, où règne souvent l’arbitraire, et que l’on sait peu propice à l’enrichissement familial.

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