Retranscription – « Nous nous débarrassons du travail de manière massive », le 7 juillet 2014

Retranscription – VentsContraires.net – Paul Jorion : « Nous nous débarrassons du travail de manière massive », le 7 juillet 2014. Merci à Marianne Oppitz !

Fin de l’emploi ! Fin du travail ! Ce qui se passe, essentiellement, c’est que depuis que nous sommes là, nous essayons de nous libérer du travail. Essentiellement parce qu’il y a beaucoup de travail qui est du travail dangereux, du travail qui est épuisant et du travail qui est fastidieux et nous avons inventé des machines pour nous libérer du travail. Et ce qui s’est fait récemment – essentiellement à partir des années 70 – c’est que nous avons inventé une machine, l’ordinateur personnel, qui nous permet de nous débarrasser du travail de manière absolument massive et ce processus est en train d’avoir lieu.

D’une part, le travail manuel disparaît parce que nous inventons des robots qui nous permettent de nous passer du travail manuel : ce sont des machines qui travaillent 24h sur 24. On nous a dit il y a quelques années qu’on n’arriverait jamais à faire des yeux pour un robot, etc. Il y avait un problème effectivement mais on est parvenu à le résoudre et, maintenant, pour des gestes même extrêmement précis, on peut apprendre à un robot à les faire, non seulement en programmant le robot mais, en lui montrant ce qu’il faut faire et il le refait parfaitement.

Alors, il y a des structures dans lesquelles il faut encore combiner un travail d’hommes ou de femmes et de robot, mais [le remplacement] est en train de [se] faire. Et on imaginait – dans les années 50 – on imaginait que ce serait les tâches d’ordre manuel qui allaient disparaître de cette manière. Mais, on n’imaginait pas qu’on allait inventer une chose qu’on appelle le logiciel et qui allait remplacer la plupart des tâches intellectuelles.

Et il y a encore une illusion qui existe que plus une tâche intellectuelle nous paraît – à nous – difficile, plus il sera difficile de la remplacer par un robot et, là, il y a deux illusions. La première c’est que ce qui nous paraît des très tâches difficiles, ce sont des tâches qui en général mettent en jeu ce qu’on appelle des algorithmes, c’est-à-dire des procédures mathématiques ou logiques assez compliquées et, en fait, ça, c’est la choses la plus facile à rédiger dans un programme parce que ça ressemble aux langages de programmation que nous avons.

La deuxième illusion, c’était que des tâches qui semblent extrêmement précises et donc, qui demandent un très long apprentissage, qu’on n’allait pas pouvoir les reproduire sur un logiciel. Or, ces tâches en question, sont des tâches en général, qui sont extrêmement bien rémunérées et par conséquent, ça paraît logique d’un point de vue de rationalité économique, en fait, de mettre pas mal d’argent pour essayer de remplacer ces tâches. Et, il s’est fait que moi, personnellement, tout au début des années 90, j’ai fait partie de la première génération de gens à qui on a dit : « Les traders sont des gens extrêmement bien payés parce qu’ils acquièrent un savoir intuitif. Est-ce qu’on peut faire des programmes pour les remplacer ? » Et, là, ça coûtait cher, je dirais, de faire cela mais cela valait la peine parce que ce sont des gens qu’on payait extrêmement bien et, par conséquent, le jeu en valait la chandelle.

Alors, voilà ! Des tâches intellectuelles qui nous paraissent peu remplaçables, en fait, le seront très très facilement. Il y a déjà des tests qui sont faits sur la plupart des diagnostics faits par des médecins : la machine le fait mieux. Les tâches qui nous paraissent demander la plus grande expertise, qui nous paraissent les plus difficiles, sont en fait souvent des problèmes extrêmement simples à résoudre du point de vue de la programmation.

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