Bruno Iksil : ce qui s’est vraiment passé (XI) Tout le contraire d’une perte

Billet invité. Ouvert aux commentaires. P.J. : j’ouvrirai bien entendu volontiers les colonnes du blog à d’autres acteurs de cette affaire s’ils le souhaitent.

3 – la banque a fait beaucoup d’argent. C’est tout le contraire d’une perte

The Economist – fin septembre 2013 : « Quand c’est l’amende qui est un crime »…

Quel est le bilan économique de l’opération pour JP Morgan ? Un rapport détaillé sera prochainement publié sur le site web car il semble que cette question soit clef. En effet, on parle de manipulation, de pertes, de profits, de scandale, de trading, de milliards de dollars…. Et comme dans tout bon roman policier le mobile du « crime » désigne tout naturellement son auteur. Pour l’heure la banque se présente en victime d’un événement qu’elle a passablement alimenté par son ambigüité mûrement réfléchie.

JP Morgan a fait son mea culpa en septembre-octobre 2013 mais glissa au passage quelques contre-vérités notamment sur l’impact financier et sur les auteurs de la manipulation de marché. Ce faisant la banque ne fit pas la lumière sur les responsabilités des dirigeants à titre individuel quant à la manipulation des médias et du public. Carl Levin, l’homme qui présida la commission d’enquête sénatoriale américaine, fut très explicite à cet égard le 19 septembre 2013 alors que la banque fait vœu de repentir et que les autorités clament victoire : « La taille des pénalités témoigne du grand dommage que des paris sur dérivés de crédit peuvent causer, et c’est important. Cependant, le problème de la désinformation des investisseurs dans son intégralité est visiblement absent des conclusions de la SEC [Securities and Exchange Commission : le régulateur américain du marché des titres] et de l’accord conclu par la SEC. Notre enquête PSI a montré que les hauts dirigeants ont fait des déclarations inexactes qui ont désinformé les investisseurs et le public au moment où le désastre de la Baleine de Londres se déployait. D’autres poursuites civiles et criminelles en dehors de cet accord continuent. Il est donc encore temps de déterminer les responsabilités sur le sujet. »

Le très renommé et très libéral « The Economist » titra en septembre 2013 à propos de la transaction passée entre les autorités et JP Morgan dans l’affaire de la « Baleine de Londres » : « Quand c’est l’amende qui est un crime ».

Quand c’est l’amende qui est un crime. Pour la punir des pertes de la Baleine de Londres, la banque perdra encore davantage

[…] En coulisse, d’autres régulateurs sont en train de négocier [avec la banque] des amendes encore plus lourdes… […] Il serait surprenant que l’une des justifications des amendes mentionnées dans leurs attendus portait sur d’autres points que ceux déjà soulevés par JP Morgan. Il y a peu de chances que soit mentionné le fait que nul n’a souffert de ces pertes si ce n’est JP Morgan Chase elle-même, alors que la banque continuait de générer des profits record.

Tout ceci soulève la question de savoir si le fait de perdre de l’argent est devenu en soi un crime – et si telle serait la bonne approche. Dans des circonstances ordinaires, ce serait à JP Morgan Chase de défendre ce point de vue, mais les grandes banques américaines sont désormais de plus en plus soumises à des réglementations très générales et très vagues. Il est clair que la banque avait peu de marge de manoeuvre sinon négocier. En plus du cas de la Baleine, elle a récemment fait l’objet d’une séries d’autres enquêtes.

De nombreux concurrents de JP Morgan Chase affirment en privé que les actions menées contre la banque sont moins le châtiment d’authentiques délits qui auraient été commis qu’une punition infligée à M. Dimon pour son empressement à critiquer le déluge de réglementations en les qualifiant de contre-productives. Il y a ensuite, disent-ils, la capacité de la banque à régler de lourdes amendes. Si tel est le cas, ce sont ces amendes en vérité qui sont un crime. »

Qui est le méchant de l’histoire, s’interroge donc « The Economist », qui met le doigt sur une difficulté relative aux amendes infligées et sur le caractère incomplet des « justifications » qui sont apportées. Ne pourrait-on résumer ainsi : « pourquoi concevoir des lois dont la mise en application serait inéquitable ? ».

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2 réflexions sur « Bruno Iksil : ce qui s’est vraiment passé (XI) Tout le contraire d’une perte »

  1. C’est vrai ca! Ou JP Morgan Chase va t-il trouver l’argent pour payer ces « amendes record »? Aller va,je paris que la baleine a une petite reserve…

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