La mort « avant l’heure », questions suite aux articles sur le livre de O’Connell, par Arnaud Castex

Billet invité. Ouvert aux commentaires.

Il est désormais plus rare de nos jours, dans nos sociétés relativement prospères et dites développées, de rencontrer la mort « avant l’heure ».

« Avant l’heure » s’entendant comme avant le moment ou la mort nous semble « normale », comme à un âge avancé. Si les secours interviennent à temps, un terme médical comme « thérapeutique maximale » est employé.

Avoir frôlé ou vécu l’épreuve de la mort « avant l’heure » (particulièrement celle des enfants), pour les proches de la victime, c’est avoir ressenti cet effondrement intérieur qui vous troue, ce désespoir qui vous ferait vendre votre âme, cette absurdité du sens de la vie qui saigne dans chaque seconde pour celui qui attend ou qui devra continuer après « ça ».

Quand la mort est conjurée, comment oublier la force et la violence de l’Espoir, la formidable puissance de la technologie et de la science déployées sous vos yeux jusqu’à la ré-animation et la convalescence. Et de recevoir une pure bienveillance de vos semblables.

Si les éprouvés de « la mort avant l’heure » sont rares, la population n’a-t-elle jamais vu, dans une œuvre de fiction ou un reportage, ces victimes plus instrumentées et assistées humainement, mécaniquement ou électroniquement, qu’aucun « soldat augmenté » ne le sera jamais ?

Comment expliquer des lors ce type de sentence : « la technologie (est) un instrument maléfique de la perversité humaine, au service du pouvoir et de l’argent et de la guerre » ? Affirmation aussi vaine et manichéenne que celle d’une possibilité, par le transhumanisme, de surmonter le dilemme nodal de la vie, à savoir la mort des innocents, des êtres aimés, ou la sienne.

Cette expérience de la « mort avant l’heure » on peut la partager, mais elle ne peut être « ressentie ».

Mais ce qui pousse à dire de la technologie qu’elle est un instrument maléfique, est-ce le découragement, l’absence initiale de l’acceptation de notre condition  psychologique (limitation de la « volonté », prévalence des affects, angoisse existentielle initiale) et biologique (notre corps s’use, nous souffrons et nous mourons) ? Acceptation qui n’est pas assez formatée dans les esprits par la civilisation ?

Quelles expériences de la vie ont eu Aubrey de Grey ou Max More ?

Ont-ils lu Mary Shelley ou Katsuhiro Otomo ?

Il y a 100.000 ans nous vivions dans des cavernes et nous avons à peu prés le même cerveau qu’à cette époque.

La faiblesse de l’homme face à l’argent, au pouvoir, à la lâcheté, ne sont pas à démontrer mais notre espèce n’est elle que cela ?

O’Connell changerait-il sur la technologie, s’il avait rencontré le terme de « thérapeutique maximale » ?

Son livre nous propose-t-il autre chose que des platitudes et une plongée dans ce transhumanisme dont les promoteurs cèdent à l’illusion, bien humaine, d’un corps parfait, d’un « code parfait », tels de puérils pythagoriciens sociopathes qui s’ignorent ?

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3 réflexions au sujet de « La mort « avant l’heure », questions suite aux articles sur le livre de O’Connell, par Arnaud Castex »

  1. Je n’ai pas lu le livre, mais ne faut-il pas voir dans cette contestation de la technologie, le même mouvement initial que dans la contestation du politique ? : notre angoisse, devant le constat que nous sommes impuissants, à remettre en cause un modèle économique délétère…
    Faute de localiser le sniper qui nous tiret dessus, on répond par un feu nourri tous azimuts, sans y croire vraiment, en tirant dans le tas dans toutes les directions. Et alors tout y passe : le nucléaire, les nanotechnologies, les bio-technologies, mais aussi les arabes, les députés, les musulmans, les accords commerciaux, les G20, les Illuminatis…le complot juif…

  2. La mort la fin ou un passage? En fonction de votre réponse vous vous ouvrez ou vous vous fermez au monde.
    Pour moi la mort est le symétrique de la naissance pas de la fécondation alors y-a-t’il une grossesse après la mort ?une grossesse pour une autre vie? ou simplement la vie qui se déroule comme nos jours et nos nuit dans cette vie visible? je ne veux surtout rien affirmer tant les réponses à ces questions sont du domaine de la foi, de nos foi personnelles sur le sens que l’on donne à la vie. Et tout ceci n’enlève rien à la douleur de cette épreuve….ou expérience? Et si l’on admet que cela puisse être une expérience ,quelle en est sa nature?
    Pour finir sur une note plus concrète connaissez-vous le livre du docteur Jean-Jacques Charbonnier « LES 7 BONNES RAISONS DE CROIRE A L’AU-DELA » c’est un ancien urgentiste qui a vécu et a été confident d’expérience de mort imminente.
    Ça n’a pas l’air mais ce sujet est très politique tant il peut être la source de nos changement de prise de conscience sur l’avenir du monde.

  3. Voilà bientôt 27 ans que mon fils est mort accidentellement. Je l’aimais comme j’aime sa sœur. Beaucoup. Et pas un jour ne passe sans qu’il me manque. Longtemps je me suis promené, ou plutôt j’ai erré entre deux mondes. Celui de la mort où il était allé et celui de la vie dans laquelle ma fille continuait à exister, à se construire et dans lequel, un jour ma petite fille à son tour était arrivée. Ignorant si j’étais mort ou si j’étais vivant.
    Et puis la conscience de mon appartenance au monde des vivants, à la race des êtres humains qui portent la vie auprès de toutes les autres espèces animales m’est advenue comme une évidence. La conscience que j’occupais une place dans le vaste réseau des écosystèmes. Une place singulière avec sa logique et sa durée. Dans la nature, nous vivons et nous mourons. Certains vivent plus longtemps que les autres; certains meurent plus tôt que les autres. Certains sont dépendants, handicapés, fragiles, faibles ; certains ne peuvent pas procréer. L’entière disparité de l’espèce humaine.qui pense, qui comprend et envisage la place qu’elle occupe. Qui peut décider du sens qu’elle donne à sa vie.
    C’est de notre vie qu’il faut faire qu’elle chose. C’est ainsi qu’il convient d’éduquer les enfants. A être libre et à accepter qui l’on est. Notre réalité poétique. Savoir qu’une vie peut être brève nous engage à vivre chaque instant comme une éternité. Nous invite à vivre sobrement, à aimer ce qui vit, à vouloir pour tous la paix, à refuser de dominer, à créer, à apprendre et à transmettre. La technologie soulage mon corps dans les tâches épuisantes mais en aucun cas ne m’aide à vivre et à trouver le bonheur. Je refuse qu’elle insinue ( ou que l’on insinue ) sa complexité de machine dans la biosphère. Notre mort est de l’humus pour le reste de l’humanité. Nous laissons sur cette terre des traces dont l’influence nous dépasse.
    Vouloir prolonger une vie au-delà de ce qui me paraît donc raisonnable, une vie qui faiblit, qui ralentit, qui va manquer, n’est-ce pas ne penser qu’à soi et ne pas considérer que l’autre que l’on peut perdre, que l’on va perdre dispose de sa vie et qu’il est seul juge de sa logique et de ce qu’il en fait. Même brièvement.
    A quoi pourrait bien nous servir de vivre 120 ans si l’on bavait pendant les cinquante dernières années, si l’on reproduisait jour après jour un quotidien lassant ou pénible, si notre vie s’ajoutait aux dépenses non soutenables ? Si nulle trace originale de notre passage n’était donnée à voir dans le plus petit des recoins de l’Univers ?
    Notre mort ne peut être qu’une transmission. Elle achève et honore notre vie.

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