Réfugiés : L’EUROPE SOUS SON PLUS BEAU JOUR, par François Leclerc

Billet invité.

Au départ des côtes libyennes, la deuxième grande route vers l’Europe empruntée par les réfugiés désormais presque sous contrôle, c’est au tour du sort des frontières intérieures à la zone de libre-circulation de Schengen de venir sur le tapis. Il y a urgence, car les autorisations provisoires de leur rétablissement délivrées par la Commission arrivent à échéance le 11 novembre prochain. Celle-ci a averti qu’elles ne pouvaient pas être renouvelées.

En Libye, la reconversion dans la lutte contre l’immigration clandestine de l’ancien baron de son trafic, Ahmad Dabbashi dit Al-Ammou (l’Oncle), n’est plus une simple hypothèse. Sur la base des nombreuses informations convergentes parues dans la presse mondiale, le parti radical italien a porté plainte auprès du parquet de Rome à propos des accords que le gouvernement italien est fortement soupçonné avoir passé avec lui. Une simple question d’argent, cinq millions d’euros est-il avancé. À ce prix, ce serait dommage de s’en priver.

Que ce soit en Turquie ou en Libye, les autorités européennes ne sont pas regardantes sur leurs interlocuteurs. Avec cette circonstance aggravante, dans le cas de la Libye, que les réfugiés sont condamnés à un sort qualifié d’« incarnation de la plus extrême cruauté » par Joanne Liu, la présidente internationale de MSF. « Les gens sont tout simplement traités comme des marchandises prêtes à être exploitées », a-t-elle ajouté dans sa lettre ouverte aux gouvernements européens qu’elle a traités de « complices » lors de sa conférence de presse.

En Hongrie, les autorités européennes ferment également les yeux, ignorant les inquiétudes exprimées par le Haut-commissaire de l’ONU aux réfugiés, Filippo Grandi, à propos du régime de « détention » appliqué aux demandeurs d’asile qui sont autorisés à entrer au compte-gouttes dans le pays. « Demander l’asile n’est pas un crime » a-t-il déclaré sans plus d’effet sur la poursuite de leur détention dans les deux camps existants.

La Commission est néanmoins prête à examiner une demande d’aide de Budapest, qui lui a demandé 400 millions d’euros, argumentant que cela représente la moitié des sommes déjà dépensées pour protéger la frontière extérieure de l’Union européenne. Après avoir fermement refusé de financer la construction de clôtures, la Commission fermera-t-elle les yeux sur la destination présumée de ces fonds, si elle les accorde ? Pour mémoire, le premier ministre Viktor Orban a déjà fait construire une clôture de barbelés sur les 175 km de la frontière avec la Serbie, puis sur la majeure partie de celle avec la Croatie. Une deuxième clôture sécurisée a depuis été achevée cette année à la frontière serbe.

Devant la demande pressante des représentants de six pays européens, le commissaire chargé des Affaires intérieures, Dimitris Avramopoulos, a reconnu que « le code frontières de Schengen n’est peut-être pas suffisamment adapté pour faire face aux nouveaux défis sécuritaires ». La France, l’Allemagne, l’Autriche, le Danemark et la Norvège demandent en effet l’assouplissement des règles des rétablissements de contrôles aux frontières intérieures de la zone Schengen. Arguant que les règles actuelles sont trop rigides face à la montée de la menace terroriste, dont ils se servent comme prétexte, ils demandent que la période maximale de leur réintroduction soit portée à deux ans, et exceptionnellement à quatre ans. La révision de la Convention de Dublin s’annonce difficile et il faut lui donner du temps…

Encore une grande avancée de l’Europe.

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