LE TEMPS QU’IL FAIT LE 20 OCTOBRE 2017 – Retranscription

Retranscription de Le temps qu’il fait le 20 octobre 2017. Merci à Marianne Oppitz et Pascale Duclaud.

Bonjour, nous sommes le vendredi 20 octobre 2017 et j’avais commencé ma vidéo (rires) et c’était… comment dire ? c’était un tel gâchis que je la recommence ! Qu’est-ce qui m’est arrivé ? Il m’est arrivé des choses qui m’arrivent parfois quand je commence ma vidéo : j’ai plein de choses à dire et elles interfèrent un peu trop dans ma pensée. Je pense à Lucien Tesnière, le linguiste, qui disait que nous avons beaucoup de mal déjà à faire des phrases parce qu’il y a plusieurs idées : il y a des petits ballons, il appelait ça des « stemma » qui se bousculent dans notre tête et nous essayons de passer ça sous le rouleau compresseur pour en tirer une phrase qui sorte à l’arrivée. Voilà ! Beaucoup de dimensions qui finalement doivent se résoudre dans ce parcours linéaire qui est… qui va du début d’une phrase à la fin d’une phrase, d’une phrase à la fin d’un paragraphe et du début d’un exposé à la fin. Et qu’est-ce qui m’avait distrait au moment où j’allais commencer ? C’est que je voulais vous parler des bonnes question et j’avais été déraillé entièrement par une vision de ce que j’ai fait hier soir.

Ce que j’ai fait hier soir, c’est quelque chose que je fais souvent, c’est que quand quelqu’un est mort dans la journée, j’y pense et puis, j’ai envie de faire mon petit autel, ma petite piété (rires). Donc, hier soir, je voulais voir un film avec Danielle Darrieux, bien entendu. Et c’est ce que nous avons fait, Madeleine et moi (rires). J’allais dire « Danielle et moi ! » Madeleine et moi ! Et nous avons regardé « La Ronde » de Max Ophüls que j’ai la chance d’avoir dans ma cinémathèque, cinémathèque dont je suis content parce qu’il est rare qu’il se passe quelque chose et que je ne puisse pas aller puiser dans les milliers de cassettes ou de DVD que j’ai. Quelque chose qui me fasse penser à ce que j’ai envie de penser.

Alors, voyez ce film si vous ne l’avez pas vu : « La Ronde (1950), un film de Max Ophüls qui a fait scandale à l’époque ! Parce que ça parle surtout de l’adultère, et des choses qu’il ne faudrait pas faire de ce point de vue là : de la distraction du désir, de l’amour et de toutes ces choses. Mais le scandale n’a pas été à la hauteur de ce qu’il fut quand, en 1897, M. Arthur Schnitzler produisit la pièce, la pièce « La Ronde », « La Ronde de l’amour ». Et donc, ce Monsieur Schnitzler, si vous ne savez pas qui il est, moi j’en parle souvent parce qu’il a écrit des choses importantes. J’ai parlé de sa « Traumnovelle » qui est la trame du scénario de ce film qui s’appelle « Eyes Wide Shut » de Kubrick avec Tom Cruise et Nicole Kidman. C’est la manière dont nous pouvons déraper de manière tout à fait lamentable et affreuse (rires) parce que le désir de copuler nous distrait. Nous distrait au milieu de ce que nous essayons de faire de manière organisée, avec un plan… plutôt avec un plan. Et donc au moment où cette pièce sort, c’est le scandale et c’est le prétexte à l’antisémitisme le plus débridé. Il y a des gens qui vous disent : « Ce fait d’être distrait par l’amour, par le désir, c’est une affaire de Juifs ! ». Vous pouvez aller voir ça sur Wikipedia (rires) ! Dans cette capacité à être à côté de la plaque (rires), notre genre humain est quand même assez… assez remarquable !

Alors, oui, ce que je voulais faire, ce n’était pas de vous parler de Danielle Darrieux. Aujourd’hui, je voulais vous parler du genre humain. Je voulais vous parler de ces livres, ces livres qui paraissent ces jours-ci. Bon, celui-là je vous l’ai déjà montré (montre le livre) : « Sapiens ». Maintenant il y a la suite qui s’appelle « Homo Deus » (regarde le livre) de Harari. Il y a celui-là, aussi (montre le livre) : « Où en sommes-nous ? » d’Emmanuel Todd. Dans les livres qui sont sortis, alors là aussi, [montre le livre « La toile que nous voulons »] vous voyez en haut : Stiegler », vous voyez le suspect habituel et puis vous voyez des gens qu’on aime bien, Evgeny Morozov, Julian Assange et Dominique Cardon. « La toile que nous voulons », ça, c’est plus spécifique. Harari, Todd, c’est sur des thèmes très proches de mon bouquin que je suis en train de terminer qui s’appellera « Qui étions-nous ? ».

Qui sommes-nous ? Qui étions-nous ? Et, là, des gens comme Harari, Todd, nous apportons des réponses extrêmement différentes. Nous posons les même questions mais nous apportons des réponses extrêmement différentes. Et je sais, qu’il y aura bientôt un autre livre… un autre livre pas très éloigné, justement, sur ces questions de qui nous sommes par Annie Le Brun. Je ne vais pas… ce que j’en sais, c’est par des conversations. Mais, là aussi, il faudra guetter la sortie de ce livre et, là aussi, ce sera un livre dont il faudra peser ce qui y est dit. Ce sera peut-être plus proche de ce que je dis moi, que ce que dit Todd ou Harari mais, euh… il n’est pas sûr, il n’est pas sûr que les réponses soient… convergent.

Le bouquin de Todd, il faut absolument le lire. Vous le savez, si vous lisez Todd et si vous me lisez moi – nous sommes des amis – vous savez que nous avons été formés par les mêmes maîtres, en gros… mais vous savez que nous donnons des réponses très différentes. Je ne parle pas, moi, en terme de famille ou non. Je ne parle pas en termes de démographie. J’attache beaucoup moins d’importance que lui au « libre-échange » ou pas « libre-échange ». Je m’intéresse beaucoup moins à des nations en particulier, j’essaie de prendre de la hauteur, de l’altitude quand on dit : « l’Allemagne », « les États-Unis », « la Russie ». Je réfléchis plus en anthropologue : à la langue, aux grands concepts qui ont formé les civilisations, comme la « raison », d’un côté, le « tao », de l’autre, l’« ordre du monde », l’ordre immuable du monde, des choses de cet ordre là. Ce qui est inscrit dans la manière dont nous pouvons parler, parler intérieurement, et donc, du coup, raisonner. Enfin, vous verrez tout ça à l’arrivée. Mais, comme je le dis, lire mon bouquin « Qui étions-nous ? », ça n’empêchera pas de vouloir lire les livres de Harari ou de vouloir lire les livres de Todd ou les livres d’Annie Le Brun. Certainement pas. Nous venons chacun avec la boîte à outils que nous avons pu constituer. Mais il faut mettre tout ça ensemble.

Sur ma boîte à outils, eh bien, vous allez pouvoir lire un ouvrage, très rapidement. Il est arrivé chez l’éditeur hier : « A quoi bon encore penser à l’heure du grand collapse ? », mon entretien avec Franck Cormerais et Jacques Athanase Gilbert, tous deux membres d’Ars Industrialis, tous les deux donc proches de Stiegler. Jacques Athanase Gilbert, professeur à Nantes et Franck Cormerais, professeur à Bordeaux, qui me posent d’excellentes questions, qui ont lu tout ce que j’ai écrit et qui, du coup, peuvent mettre tout ça ensemble. Ça – voilà – c’est l’étalage de ma boîte à outils. Ils ont l’amabilité de considérer que j’ai dit des choses qu’on n’a pas encore dites avant, ni ailleurs. J’insiste toujours sur le fait que nous ne sommes, chacun d’entre nous, jamais que des bricoleurs-recycleurs qui remettent ensemble des éléments qui en général sont déjà là. Mais, dans la recombinaison, il y a peut-être effectivement du neuf et qu’il faut peut-être attirer l’attention sur le neuf comme un apport nouveau.

C’est important de dire ça parce que nous sommes… je le vois, dans les commentaires surtout de mon blog, je le vois dans le nombre de gens qui regardent et dans les courriers que je reçois : le découragement est à son comble ! Le découragement est à son comble et d’une certaine manière, il s’explique très bien parce que nous sommes coincés dans des régimes qui ne nous donnent plus comme choix que le libéralisme, l’ultralibéralisme, le chacun pour soi, la concurrence, la compétition, ou bien le populisme – qui est un discours qui part du bon endroit : c’est le peuple, la nation en tant que telle, les gens ! – mais qui, faute de contenu, y met n’importe quoi : d’anciennes mythologies, les réflexes, les catégories les plus élémentaires, celles qui font que – comme l’a très bien souligné Saint-Just – que nous nous comportons en tant qu’êtres humains comme si nous appartenions à des espèces en guerre permanente. Nous avons – et c’est ça évidemment, bien entendu, je dirais, le crime de l’ultralibéralisme : nous avons repris cette idée de « l’homme loup pour l’homme ». Et au lieu d’en faire l’horreur contre laquelle nous devons nous battre, comme la tentation abominable, nous en avons fait le modèle de ce que nous devrions être et malheureusement, voilà ! les économistes, en général, sont les complices de cela : ce sont les mercenaires de ce type de discours.

Je dois en excepter ce M. Richard Thaler qui a eu un prix Nobel comme M. Daniel Kahneman. Parfois les prix Nobel d’économie sont donnés à des gens qui remettent en question précisément cela. Et ce M. Thaler, je ne suis pas d’accord avec tout ce qu’il fait – moi, je ne travaillerais pas pour un « hedge fund », je l’ai fait à une époque, je dirais « en anthropologue », mais maintenant que je suis anthropologue de la finance, je ne le ferais plus – mais cela ne veut pas dire qu’il faut combattre des gens qui remettent en question les préjugés de la « science » économique ! Non ! Les gens qui détruisent cet édifice de l’intérieur, ce sont nos amis, ce ne sont pas nos ennemis. Il faut encourager les Kahneman qui nous montrent que cet homo oeconomicus, cet homme « rationnel », n’a jamais existé que dans des discours idéologiques, des trucs qu’on a essayé de nous vendre. Thaler fait la bonne chose : il nous montre un être humain, un être économique, plus proche de la réalité. Bon ! Cela ne veut pas dire non plus qu’il faille approuver tout ce qu’il dit ! Je viens de le dire à propos de mon ami Todd (rires), et donc je le dis a fortiori à propos de Thaler. Mais ces gens-là vont dans le bon sens.

Et par ailleurs, on a le choix entre ça, l’ultralibéralisme critiqué par des gens comme Thaler, et le populisme, c’est-à-dire un appel au peuple mais vide, vide de contenu ou justement, pris – voilà – coincé dans les pires déterminations de l’homme ennemi de l’homme ou alors coincé absolument, justement, dans des déterminations économiques ou de la forme de la famille. Mais je crois que nous avons la possibilité de sortir de cela et justement avec des notions comme la raison dont il faut analyser l’émergence, dont il faut montrer d’où ça vient, dont il faut montrer que ce n’est pas un ouvre-boîte universel ou un canif universel. Que cela a une histoire, et que cette raison n’émerge pas dans la pensée chinoise comme elle émerge chez nous, et que dans la pensée chinoise il y a surtout cette idée du tao, de l’ordre immuable. Cet ordre immuable qui est remis en question par le fait que nous sommes entrés dans l’anthropocène ou le « capitalocène » (le fait que nous détruisons la planète, soit parce que nous sommes simplement des êtres humains, soit parce que nous sommes des capitalistes).

Je n’ai encore jamais parlé de ce débat : dire que c’est l’homme qui fait que nous foutons la planète en l’air ou bien si c’est le système capitaliste. Vous connaissez mon point de vue : c’est surtout notre comportement colonisateur ! C’est parce que nous sommes comme des rats de ce point de vue-là ; appelons les choses par leur nom (rires) ! Petit animal sympathique que nous utilisons aussi dans des labyrinthes, sur des tests psychologiques, parce que nous sommes semblables à bien des points de vue. C’est le fait que nous soyons colonisateurs et que nous ne sachions pas « faire communiquer » – on me dit que c’est un cliché mais c’est un cliché qu’il faut rappeler à tout moment – le prince et le philosophe. Nous ne pouvons pas – nous sommes incapables de – faire communiquer ce que nous comprenons avec les décisions qu’il faut prendre. Il y a un exemple, que j’ai cité l’autre jour mais il est excellent : la banque UBS (Union de banques suisses) qui a le meilleur département d’analyse de ce qui se passe du point de vue des « mortgages » : des prêts qui ne sont pas des prêts hypothécaires mais des prêts au logement aux États-Unis. Ils ont une équipe formidable ! Ils produisent des rapports ! Ils vous disent d’une semaine à l’autre ce qui est en train de se passer sur ce marché des titres adossés à des prêts au logement aux États-Unis. Et cette banque, l’Union de banques suisses, dans un autre département, ils n’arrêtent pas d’acheter de ces produits-là et sont l’une des pires victimes de ce qui arrive ! L’incapacité – ce n’est même pas du philosophe au prince ! – l’incapacité, dans deux départements de la même banque, de tenir compte de ce que les uns font et de ce que les autres pensent !

Donc c’est nous, ça ! C’est nous : nous sommes de grands « réfléchisseurs » et de très, très pauvres acteurs de notre monde. Alors c’est pour ça que les gens comme les Todd, les Harari, les Annie Le Brun, les Paul Jorion, essayent de mettre tout ça ensemble et de faire que ça communique enfin, avant qu’il ne soit tout à fait trop tard.

Alors, vous le savez, moi je ne suis pas… je suis anthropologue donc je suis philosophe entre guillemets ! C’est ça (rires) : un anthropologue, c’est un philosophe entre guillemets. Je ne vais pas dire que c’est une abomination que nous ayons inventé la technologie, vous le savez bien : c’est nous ! Ça c’est nous ! C’est la chose qui fait que les yeux de l’univers tout entier – qui n’en a pas, bien entendu, n’allez pas dire que j’ai dit que l’univers avait vraiment des yeux ! – les yeux de l’univers sont fixés sur nous parce que nous avons inventé des trucs qui nous prolongent. Et comme le dit Bruno Latour, c’est peut-être ça qui finalement va nous sauver ! C’est le fait que nous avons tout foutu en l’air parce que nous avons inventé des outils, mais ce sont peut-être les outils qui vont nous sauver à la dernière minute ! Parce que maintenant (rires), nous avons un environnement qu’il n’y a plus que par des moyens à nous [qu’on puisse sauver]. J’allais dire « [moyens] artificiels » mais ce n’est justement pas le mot qu’il faut dire, ce n’est pas artificiel : quand nous faisons des choses, c’est naturel aussi ! Ça ne sort pas tout à coup comme ça, de l’atmosphère ! Non ! C’est toujours nous : c’est un prolongement. Le technologique, c’est nouveau : c’est nous qui avons inventé cela. Cela ne veut pas dire que ça n’appartient pas à ce monde-ci. Ça fait partie aussi de l’« ordre immuable du monde » : dans le tao, il y a maintenant des machines ! Voilà ! C’est nous qui les avons faites ! Mais il faut que nous arrivions à les maîtriser et c’est de plus en plus difficile parce que vous le voyez si vous suivez l’actualité de l’Intelligence Artificielle : maintenant les machines sont meilleures que nous ! Maintenant, elles n’ont plus besoin de nous pour apprendre quelque chose : on leur explique qu’elles peuvent jouer avec elle-mêmes et comme elles sont plus malines que nous, elles arrivent vite à des solutions qui les font – comme au Go – gagner 100 à 0 ! Qui font que dans la reconnaissance des images, elles sont meilleures maintenant que le concepteur du programme. Ça ne veut pas dire, comme le dit, je ne sais plus, quelqu’un qui le rappelle : « Oui, mais c’est quand même nous qui avons écrit le programme » ! Oui, bien sûr, mais ça ne va pas durer non plus ça : les machines aussi feront leurs propres programmes ! Ça sera encore mieux fait, ça ira plus vite et ainsi de suite ! Voilà, en deux jours, la machine AlphaGo, la nouvelle génération la « Deep » AlphaGo [AlphaGo Zero], elle a joué cinq millions de fois avec elle-même en deux jours et elle a appris, du coup, comment ça marchait, le Go, à force d’en faire ! [voir mon billet Pourquoi les machines deviennent rapidement beaucoup plus intelligentes que nous].

Nous aussi, mais on n’a pas la possibilité de passer tant de temps. Si ! Quand on est petit ! Vous savez, passer un anneau (fait le geste) comme ça, un anneau, et on passe un bâton à travers, voilà ! Vous savez combien de temps il faut à un enfant pour apprendre à le faire ? Il faut 800 heures pour apprendre ça. Alors, pourquoi on ne l’a jamais remarqué ? Parce qu’on s’en fiche ! On regarde les enfants, ils sont là assis dans un coin. Ils jouent avec leur machin et ils passent un bâton à l’intérieur du trou d’un anneau. Et on ne réfléchit pas au fait que ça a pris 800 heures parce que pendant ce temps là, nous, on est occupé à faire autre chose. Ça nous prend beaucoup de temps ! Essayez de faire faire ça pendant 800 heures pour une machine, eh bien, écoutez, la machine qui peut faire ça pendant 800 heures, elle change notre conception du monde : elle carbure pratiquement à la vitesse de la lumière ! Nous, je le rappelais l’autre jour, dans l’exposé avec Attali et de Rosnay, les signaux nerveux vont à du 6m à la seconde chez nous. 6m à la seconde, c’est déjà pas mal, mais c’est pas comme la machine ça : non, c’est lent… c’est très très lent (rires).

Alors, je vais terminer là-dessus, si vous n’avez pas vu cet exposé. Je m’étais dit que ce serait bien cette discussion entre de Rosnay, Attali et moi sur l’avenir. Je savais que ça ferait des étincelles ! Je savais qu’on ne serait absolument pas sur la même longueur d’onde. Mais, si vous ne l’avez pas vue, regardez cette vidéo, regardez la quand même. Il y a trois conceptions du monde à venir, qui sont quasiment sans rapport l’une avec l’autre. Je me fais rabrouer, souvent, par de Rosnay. Je laisse entendre – quand je lui réponds – que moi je parle peut-être de choses plus importantes que lui. Regardez ça, regardez la discussion. Attali voit un avenir désincarné où les hommes et les femmes, il n’y aura plus de différence. En fait il n’y aura peut-être plus d’hommes et de femmes en chair parce que nous existerons comme purs esprits et nous serons en dialogue avec d’autres purs esprits.

Dans le monde de de Rosnay, c’est un monde où il y a surtout, je dirais, des gens qui ont de l’argent et qui vont pouvoir utiliser les progrès, les perfectionnements futurs de la technologie, pour faire des choses de plus en plus sophistiquées, et par ailleurs, il n’y aura pas d’autres problèmes à l’intérieur du monde. Mais je ne vous résume pas ça… voila quelques réflexions. Mais passez les 40 minutes, si vous pouvez les trouver, à regarder la confrontation de trois visions du monde futur extrêmement différentes. Moi, personnellement, les deux autres me décourageraient entièrement si je devais m’y rallier (rires). La mienne, vous savez, c’est : « retroussons-nous les manches ».

Chers amis, le moment est venu de changer le monde. Il n’y a pas que le populisme creux ou plein d’horreurs déjà connues ou l’ultralibéralisme : il y a une troisième voie possible. Il y a une voie qui est autre que celles-là. Et on me reproche là, on me reproche ces jours-ci, de m’intéresser beaucoup trop à ce qui se passe en Chine. La Chine cherche une troisième voie. Elle a, comment dire… elle a quelques boulets. Il y a des choses qui se sont passées dans les années récentes qui… ou même maintenant, qui sont des obstacles à des solutions, mais au moins, je vois un point commun entre M. Xi Jinping et moi, et que certains autres comme, voilà, comme Stiegler, Todd, Harari, Annie Le Brun, pour ne citer le nom que de quelques personnes : nous réfléchissons à ce qu’il faudrait faire maintenant et M. Xi Jinping n’est pas parmi ceux qui raisonnent le moins. Vous savez qu’à l’autre bout – et là, ce n’est pas de l’anti-américanisme primaire : je vous ai déjà parlé des liens que j’ai avec les États-Unis, pas seulement des liens mais de la réflexion que j’ai portée sur ce pays pour y habiter 12 ans, mais j’y pensais déjà avant et j’y pense encore – malheureusement, ce pays là pour le moment est plombé par un président qui vous montre ce que le populisme absolument creux peut faire une fois arrivé au pouvoir. C’est un échantillon, il y en a eu d’autres malheureusement. Le moment est venu : c’est maintenant ou jamais qu’il faut changer le monde.

Alors, l’aquoibonisme, ce n’est sûrement pas la bonne solution, ce n’est sûrement pas la bonne approche, c’est certain. Il y a des enfants qui sont déjà là. Il y a des gens autour de nous, des enfants à nous qui vivront en 2100 et le monde risque vraiment d’être très, très invivable, déjà à ce moment là. Nous devons faire tout ce que nous pouvons pour empêcher ça et pas simplement baisser les bras. Et la Chine nous donne l’exemple de ce point de vue là. Ils ne baissent pas les bras et si nous baissons les bras pendant qu’eux ne le font pas, c’est eux qui nous diront ce que nous devons faire par la suite. Et ça, il faut l’éviter aussi parce que, comme je le dis, il y a des inerties, des pesanteurs, peut-être des mauvais choix qui sont inscrits là-bas aussi. Il ne faut pas prendre ça comme un exemple à ne pas critiquer, mais il faut prendre ça comme un exemple, il faut réfléchir à ça. Regardez ce qui se dit au 19è congrès du parti communiste chinois. Même si a priori ça ne vous intéresse pas, ça a une importance pour le monde et pour ce qu’il va devenir. Ça a une importance pour vos enfants, vos petits-enfants et vos arrières-petits-enfants si vous en avez déjà ! Voilà !

Allez ! À la semaine prochaine.

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