Les temps qui sont les nôtres : Donald Trump, le 2 mars 2018 – Retranscription

Retranscription de Les temps qui sont les nôtres : Donald Trump. Merci à Marianne Oppitz et Catherine Cappuyns ! Ouvert aux commentaires.

Bonjour, nous sommes le vendredi 2 mars 2018 et première vidéo dans une nouvelle série qui s’appellera « Les temps qui sont les nôtres », consacrée toujours à des sujets particuliers. Et aujourd’hui, nous allons parler de M. Donald Trump, président des États-Unis.

Donald Trump est le petit-fils d’immigrants allemands aux États-Unis. Son père, Fred Trump, est un Monsieur qui s’est constitué un parc immobilier. Il a commencé dans la région de Queens, c’est-à-dire un faubourg pas très riche de New York, en achetant des immeubles et en les louant, les revendant. Il a étendu son empire petit à petit. Il a surtout construit des casernes et des logements pour la marine américaine, pour les soldats de la marine, les marins de la marine américaine.

Donald Trump, petit, accompagnait son père dans des tournées où on allait collecter les loyers. Donald Trump a appris le métier qui est le sien en faisant cela. Petit à petit, il a envahi l’espace de la ville de New York même et Donald Trump, comme vous le savez, est propriétaire d’immeubles géants un peu partout dans le monde.

Fred Trump est une personne qui a eu des ennuis : il a été condamné pour bénéfices excessifs en période de guerre, il a été condamné également pour un traitement inégal des gens de différentes origines dans ses habitations. Et le chanteur Woody Guthrie – très apprécié des lecteurs de mon blog – a d’ailleurs fait une chanson sur M. Fred Trump spécifiquement. M. Fred Trump a eu également l’honneur, si l’on peut dire, de voir son nom mentionné dans la presse comme étant celui de l’un des manifestants du Ku Klux Klan qui avaient été arrêtés un jour par la police pour leur comportement, là aussi, excessif.

Donald Trump a grandi dans un environnement où son père lui répétait d’être un tueur. Qu’on gagnait sa vie en étant un tueur et qu’on devenait ainsi le meilleur. Donald Trump a voulu devenir président des États-Unis depuis très longtemps. Il le mentionne déjà très jeune – à l’âge de 20 ans, à peu près – son ambition de devenir président des États-Unis.

On a parlé beaucoup d’une occasion, en 2011, qui aurait été la raison pour laquelle il voulait devenir Président des États-Unis. Il s’était passé la chose suivante : c’était qu’à une réunion, c’est à un dîner annuel à la Maison-Blanche pour les correspondants de presse, M. Obama s’était moqué de M. Trump et de ses ambitions de devenir président de la République. Il faut dire qu’Obama avait été attaqué de manière vicieuse – comme on dit en anglais – par Trump dans les mois précédents. Trump était à la tête d’une campagne pour essayer de prouver qu’Obama était né en Afrique et pas sur le territoire des États-Unis. Et à cette occasion, à ce dîner de correspondants de presse, Obama, sachant que Trump était dans la salle, a pu lui montrer, en grand, sur un écran, son certificat de naissance dans l’état de Hawaï – qui fait partie des États-Unis depuis le XIXème siècle. Et, Obama a fait des remarques caustiques à propos de Trump. Il se moque un petit peu de ses habitudes. Il montre, en particulier, une photo arrangée de ce que serait la Maison-Blanche si Trump devenait président des États-Unis. Et effectivement, la Maison-Blanche est déguisée en une énorme pâtisserie de mariage sur laquelle est inscrit « Casino ».

Il y a eu un excellent article d’Adam Gopnik – auteur prolifique, connu et écrivant bien – dans le « New Yorker » . M. Gopnik – c’est ça qui me distrait un peu – a écrit, en particulier, un livre de souvenirs de son séjour à Paris, son long séjour à Paris [Paris to the Moon, 2000]. Gopnik affirme que c’est ce jour-là que Trump a décidé de devenir président des États-Unis. Il a été humilié devant la foule – et il est vrai que les gens dans la salle rient abondamment aux plaisanteries d’Obama. Et, il y a même quand le nom de M. Trump est mentionné, il y a même quelques « Bouh ! Bouh » dans la salle, quelques… comment appelle-t-on ça en français ? J’oublie le nom [« huer »]. Enfin, bon ! vous voyez ce que je veux dire. C’est le problème que j’ai toujours quand je pense à des choses anglaises ou américaines, ce sont surtout des mots américains ou anglais qui me viennent [« to boo »]. M’enfin, je continue ! Et donc, M. Gopnik fait une analyse en termes de M. Trump humilié et qui déciderait, ce jour-là, de prendre sa revanche sur les gens qui l’ont sifflé et sur Obama en particulier, en devenant président des États-Unis.

Voilà, c’est une interprétation qui a été reprise d’ailleurs par d’autres journalistes. On la voit souvent mentionnée, elle ne tient pas compte de plusieurs choses. Elle ne tient pas compte du fait que Trump avait mentionné son intention de briguer la présidence à de nombreuses reprises plus tôt. Et elle ne tient pas compte du fait qu’on voit en fait Trump sur cette vidéo et que l’expression qu’il y a sur son visage, ce n’est pas celle de l’humiliation, c’est celle de la colère. C’est celle d’une profonde colère qui correspond d’ailleurs, me semble-t-il, bien davantage à son tempérament.

On essaye – Gopnik l’a fait, c’est un très bel exercice – on essaye d’interpréter M. Trump comme s’il était quelqu’un de normal. Comme s’il n’était pas un sociopathe, comme s’il était vous et moi et que dans une situation comme celle-là, il aurait [non seulement] le sentiment de perdre la face – ce qui est le cas probablement – mais qu’il serait humilié. Qu’il ressentirait de la honte, etc. C’est-à-dire qu’on le considère comme [s’il était] nous. Il me semble que cette analyse est fausse. Ce qu’on voit sur son visage, c’est de la colère. Il se dit : « Oui, je vais prendre ma revanche », mais ce n’est pas à partir de l’humiliation, ce n’est pas à partir de la honte, c’est à partir, simplement, de la manière dont il a été élevé : quand son père, membre du Ku Klux Klan (plus que probablement), lui a répété, à force d’années, que dans la vie, il faut être un tueur.

Et c’est ce que M. Trump est. Il a gagné, il a progressé dans les affaires – encore que nous allons découvrir bientôt qu’il y a beaucoup d’argent sale dans la manière dont il a gagné de l’argent, qu’il y a eu beaucoup de faillites et de choses de cet ordre-là. Tout ça va apparaître en surface. Non pas que ce soit inconnu, mais la commission de M. Robert Mueller va faire apparaître tout ça en surface. Ce n’est pas aussi reluisant que la manière dont M. Trump lui-même se le représente, mais, il faut comprendre que M. Trump n’est pas quelqu’un de cet ordre-là. C’est quelqu’un d’un autre ordre. C’est quelqu’un qui par exemple a souvent dirigé des concours de beauté pour des demoiselles et on a relevé le fait que certains de ses collègues étaient surpris de voir en finale, des personnes qui ne faisaient pas partie des finalistes mais dont, par un hasard heureux, la nationalité que ces demoiselles représentaient, étaient celles d’endroits où M. Trump voulait faire des affaires à l’avenir.

Trump, vous le savez, n’a pas quitté toutes ses responsabilités dans le monde des affaires comme il aurait dû le faire. C’est en particulier le cas aussi pour son gendre, ce qui amène à son gendre des difficultés tout à fait spéciales ces jours-ci. Ce sont des gens qui ont considéré qu’ils allaient se présenter à la présidence parce que ça allait améliorer leurs affaires. C’est un moyen comme un autre d’améliorer le business.

Le comportement de M. Trump c’est, comme son père le lui a appris, qu’on l’emporte en gueulant le plus fort, en mentant s’il le faut, parce que le problème n’est pas de savoir si [ce que l’on dit est vrai] parce que la vérité on la crée soi-même en étant le plus fort, ne jamais reconnaître qu’on a fait une erreur – ce n’est pas bon pour la santé – et écraser l’adversaire une fois qu’on a gagné.

Voilà comment fonctionne M. Trump : il a progressé dans le milieu des affaires de cette manière-là. Il est dommage qu’il y ait toujours des gens, autour de quelqu’un, qui acceptent de fermer leur gueule parce qu’il y a un braillard en colère qui vous dit de faire des choses. Il y a finalement aussi des gens que ça rassure d’être dans l’ombre de quelqu’un de cet ordre-là. Voilà la personne de M. Trump. Il ne faut pas l’interpréter en termes de ce que vous seriez, vous et moi, et comment nous interpréterions les choses. La manière dont il faut l’interpréter, c’est la manière dont on interprète, je dirais, le comportement de tous les autres grands singes, sachant que nous avons évolué d’une manière un peu particulière par rapport à ce qui était notre donné naturel.

Pour analyser le comportement de M. Trump, il vaut mieux s’en référer à celui des gorilles qu’à celui des êtres humains. Il n’a pas de « social graces » comme on dit en anglais, il n’a pas de bonnes manières. Il l’emporte par la force brute et sans l’usage du langage et sans l’usage de ces bonnes manières qui sont une manière de huiler, bien entendu, nos sociétés humaines. Il y a un cadre juridique que M. Trump n’a pas toujours respecté comme il le fallait, comme son père d’ailleurs : son père lui avait donné l’exemple et il y a un cadre d’éthique qui n’est pas non plus celui dans lequel il circule.

Alors, la difficulté présente de M. Trump – il est président de la république depuis un peu plus d’un an – c’est que dans nos sociétés humaines pour être président de la république, il faut d’autres qualités que celle d’être un tyran à l’intérieur d’une entreprise. Parce que nous avons une tolérance énorme au fait qu’on puisse diriger une entreprise simplement sur le mode de la tyrannie : il n’y a aucune loi contre ça. Si c’est votre entreprise, vous pouvez le faire de cette manière-là ou si vos actionnaires vous ont délégué le pouvoir de le faire. Il n’y a pas de loi qui vous interdise de le faire, comme vous le savez, chers Amis qui travaillez dans le secteur privé. M. Trump est en train de découvrir que ça ne marche pas exactement comme cela quand on est à la tête d’un État. Qu’on est obligé d’essayer de dominer la situation, d’essayer de réconcilier un certain nombre de personnes autour d’une tâche qui est celle de la défense de la nation. Il n’a pas encore découvert ça : il continue à crier, à mentir, à essayer d’imposer son point de vue. Quand on lui dit que la nation est en danger pour telle ou telle raison il l’ignore et continue à se frapper la poitrine selon le geste bien connu des gorilles et rendu célèbre au cinéma par le personnage de King Kong dans différentes versions. Voilà le personnage que nous avons. Est-ce qu’il pourra tenir comme ça, dans ce cadre-là ? C’est possible, encore qu’il existe des contre-pouvoirs.

Il y a un très bon article dans le Washington Post qui fait un portrait, un portrait parallèle. C’est un article purement factuel. Il n’y a rien de dit, il n’y a pas de commentaires autres que simplement mettre en parallèle les carrières aux mêmes âges de M. Donald Trump et de M. Robert Mueller. Robert Mueller c’est le « Conseiller spécial », c’est-à-dire en fait le procureur dans l’affaire d’interférence de la Russie dans la politique américaine. Et Robert Mueller, c’est le contraire de Trump. Je vous recommande cet article. Qui des deux l’emportera dans le bras de fer qui les oppose maintenant ? La question est posée : est-ce que c’est la société des gorilles ou celle des êtres humains ?

Je n’en dis pas plus sur Robert Mueller, vous pourrez voir son portrait. C’est quelqu’un qui n’a pas fait des choix dans la vie exactement comme je les aurais faits moi : c’est un Républicain convaincu. C’est un Monsieur qui s’est engagé dans l’armée parce qu’un de ses amis était mort – ce qui est tout à fait respectable – qui s’est conduit de manière héroïque et exemplaire dans la guerre du Vietnam, alors que M. Trump a dit qu’il ne pouvait pas y aller parce qu’il avait des excroissances aux pieds et quand on lui demande, maintenant à quel pied, il ne se souvient plus exactement alors qu’au même moment la Maison-Blanche déclare officiellement que c’est en fait à ses deux pieds. D’où certaines plaisanteries, récemment, disant que si M. Trump s’était accroché dans telle ou telle occasion, c’était sans doute les excroissances sur ses pieds qui en étaient responsables.

Enfin, regardez ça : M. Robert Mueller, un serviteur de l’état, quelqu’un de convaincu qu’il existe des valeurs qui ne sont pas celles simplement du bulldozer individuel et en face : M. Trump.

Trump a déjà fait plusieurs tentatives – on le sait maintenant – pour essayer de révoquer Mueller et c’est un représentant de la Maison-Blanche, M. McGahn qui a eu, je dirais, l’honneur de mettre sa démission en jeu si M. Trump continuait de se conduire en gorille à la Maison-Blanche.

Voilà, c’est un portrait provisoire parce que l’affaire n’est pas terminée mais un petit « Donald Trump pour les Nuls », pour les gens qui ne sauraient rien de lui, qui s’intéressent à tout autre chose que l’actualité du monde autour de nous (rires). À bientôt !

2Shares

6 réflexions sur « Les temps qui sont les nôtres : Donald Trump, le 2 mars 2018 – Retranscription »

    1. “Les hommes ne sont pas faits pour savoir ; les hommes ne sont pas faits pour comprendre ! Ils n’ont pas ce qu’il faut pour cela. Un cerveau d’homme est plus grand et plus riche en circonvolutions qu’un cerveau de gorille, mais il n’y a de l’un à l’autre aucune différence essentielle. Nos plus hautes pensées et nos plus vastes systèmes ne seront jamais que le prolongement magnifique des idées que contient la tête des singes. Ce que nous savons de plus que le chien sur l’univers nous amuse et nous flatte ; c’est peu de chose en soi et nos illusions croissent avec la connaissance.”, Anatole France, Histoire comique, Pléiade, tome III, p.932.

  1. le choix le plus impressionnant de Mueller, c’est quand il quitte un cabinet d’avocats en vue et grassement payés pour demander à s’occuper d’être attorney (procureur) de Washington DC, ville qui hors du gros quartier de gouvernement est alors un des pires endroits pour la criminalité aux USA (ghetto noir etc. si j’ai bonne mémoire). Le ministre concerné lui donnera de force un titre un peu plus haut que ce qu’il voulait. Et il viendra peu ou prou à bout de cet état de criminalité.

  2. Trump, un symptôme de quoi ? Car demain, par exemple, s’il devait quitter (si possible, avant d’avoir commis trop de dégâts irréversibles pour l’espèce humaine et le monde vivant en général….), qu’est-ce qui lui succéderait ? Là-dessus les citoyens américains devraient vraiment réfléchir, et au moins, avec Trump, les choses sont visibles à l’oeil nu . Par extension, que cette « expérience » nous serve de leçon à nous citoyens européens pour éviter de tomber dans cette même ornière (s’il est encore temps), et là, ça rejoint l’autre sujet du jour à propos de l’Europe….Mais (permettez ce coq à l’âne), avec une « élite » tranquille et assurée d’elle-même comme ce monsieur tout à fait représentatif (et au demeurant certainement tout à fait respectable, enfin je suppose) avec qui vous avez partagé le dernier interview à l’Université de Lille, nous ne sommes pas du tout, mais pas du tout sortis de l’auberge (au moins une guerre de retard….) (au passage, une perle : ce monsieur de déclarer : « pauvre Madame Bettencourt » : il faut se rappeler que cette dame est (pardon, était) la femme la plus riche du monde (ou presque) ? le mot « pauvre » devait signifier quelque chose d’autre pour cet homme….c’est ça de vivre trop dans « l’entre-soi », ça fini par brouiller le bon sens).

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. Apprenez comment les données de vos commentaires sont utilisées.