Il est injuste envers les gorilles de les comparer aux hommes alpha, par Andrew Hill

Merci à Timiota pour la traduction !

Il est injuste envers les gorilles de les comparer aux hommes alpha
Les effets de manche virils du duo Trump-Macron n’étaient pas simiesques, ils étaient simplement bizarres, par Andrew Hill, le 30 avril 2018 © The Financial Times

Jeudi, j’ai rencontré le leader probablement le plus puissant qu’il me sera donné de rencontrer. Il pèse 180 kg, il est super musclé et couvert de poils noirs et gris. Il s’appelle Kumbuka et est le gorille à dos argenté à la tête du groupe au Zoo de Londres.

La visite d’État d’Emmanuel Macron à Washington a offert un riche éventail de comportements de leadership de la part du président français et de Donald Trump, y compris des démonstrations de poignées de main, de caresses et de toilettage, qui ont déclenché partout des comparaisons avec le royaume animal. Pourrait-il parler, que Kumbuka nous exprimerait son mécontentement d’être comparé aux primates présidentiels. Les gorilles mâles alpha sont plus subtils, mieux élevés et plus prévisibles que les présidents américain ou français.

Les parallèles sont toutefois tentants. Après tout, l’anthropologue et spécialiste des singes Jane Goodall a déclaré au journal The Atlantic lors de la campagne électorale américaine de 2016, que « les interventions de Donald Trump me rappellent les chimpanzés mâles et leurs rituels de domination ».

Mme Goodall faisait référence à « Mike », un chimpanzé mâle de bas rang, qui éleva son statut en chargeant d’autres mâles en traînant bruyamment des bidons de kérosène ramassés dans le camp et en leur donnant de vigoureux coups de pied. Voilà qui encourage à l’extrapolation : si M. Trump est Mike, c’est Twitter qui lui tient lieu de bidon bruyant.

Le même article de 1971, évoquant Mike, observait qu’ « après avoir été menacés ou attaqués », les chimpanzés subordonnés tendent souvent les mains en direction des mâles dominants, qui répondent alors par des gestes de réconfort « tels que toucher le subordonné, lui tenir la main, lui caresser gentiment la tête, le dos ou une autre partie du corps, l’embrasser, le toiletter rapidement ou le serrer dans ses bras ». Ceci est peut-être un indice quant au comportement de M. Macron et de M. Trump lorsqu’ils en firent trop au cours de leur réunion lors d’un sommet de l’OTAN l’année dernière, se livrant à des poignées de main à ce point agressives qu’elles en blanchissaient la chair.

Au moment le plus bizarre de la récente visite d’État du dirigeant français, M. Trump a saisi une pellicule sur le col de M. Macron. Sautant apparemment sur la comparaison singe-humain, un tweet est devenu viral, attribuant à Mme Goodall une observation sur les « gorilles vieillissants » qui toilettent des rivaux plus jeunes afin de les humilier. Fake news, hélas. Après m’avoir gentiment fait remarquer que sa spécialité avait toujours été les chimpanzés et non les gorilles, l’Institut Jane Goodall m’a dit qu’elle n’avait jamais tenu de tels propos. Daniel Simmonds, gardien de Kumbuka et chef de l’équipe en charge des primates du Zoo de Londres, confirme que les grands singes n’apprécieraient pas non plus le parallèle. Les effets de manche Trump-Macron « n’étaient pas du type gorille, ni du type chimpanzé, ils étaient juste carrément bizarres ».

Le leadership des gorilles est plus nuancé, bien qu’il repose sur la menace de coups envers les membres de la troupe qui ne se soumettent pas au mâle alpha. Normalement cependant, les gorilles peuvent dominer d’un regard appuyé, suivi d’un simple changement d’attitude. Ils ne passent au tambourinage de poitrine à coups de poing façon Hollywood que si les dominés ignorent le message. Après avoir regardé Kumbuka dans les yeux de très près, je peux confirmer que vous ne seriez pas tenté d’ignorer ses signaux de domination.

Simmonds a eu l’occasion de voir beaucoup de mâles alpha parmi les hommes. Avant de changer brusquement de carrière, il a en effet été pendant 11 ans trader à la City de Londres sur le marché du pétrole. Là, les mâles alpha s’affirmaient en se levant, en s’époumonant dans des téléphones et en déambulant comme des ours en cage – bien que pour devenir une vraie grosse bête, dit-il, ils devaient adosser leur gestuelle aux profits de leur activité de trading.

Il a également repéré au moins un chef gorille humain en milieu naturel : Vladimir Poutine. Lors d’une rencontre avec Oleg Deripaska et ses dirigeants, le président russe a pu être observé intimidant l’oligarque milliardaire en usant d’une combinaison de regards obliques et de gestes de commandement. « Si vous pouviez enfiler un costume à Kumbuka, c’est exactement comme ça qu’il se comporterait « , dit M. Simmonds, ajoutant que Justin Trudeau, le premier ministre du Canada, bien qu’un peu jeune pour le statut de mâle alpha, a lui aussi l’étoffe d’un dos argenté. En comparaison, M. Trump n’est « pas un animal ordinaire ».

La littérature sur le langage corporel des dirigeants humains est presque aussi riche que son équivalent du règne animal. Les études ont montré que la taille, l’apparence et la posture des individus jouent sur la façon dont les gens les considèrent comme des leaders. Une étude en particulier a prouvé que les gens associent la force physique chez les hommes à un statut plus élevé et à des qualités de leadership.

La comparaison aux gorilles peut rassurer Theresa May et la Reine, qui auront toutes deux à rencontrer M. Trump lors de sa visite au Royaume-Uni en juillet. La leçon est qu’elles devraient traiter les démonstrations trumpiennes de domination de la même manière que les gorilles le feraient, comme un spectacle sans signification particulière.

J’ai demandé au gardien de Kumbuka comment les excentricités de M. Trump lui serviraient s’il vivait au sein d’une troupe de gorilles. Son « comportement bizarre le singulariserait », dit M. Simmonds. « Il serait fort probablement attaqué. »

andrew.hill@ft.com
Twitter : @andrewtghill

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