Funérailles de John McCain : la Sainte-Alliance

Témoignage de la Sainte-Alliance et moment très apprécié en ces temps de clivages sciemment orchestrés par la Maison-Blanche : M. Bush glissant discrètement des friandises à Mme Obama.

Les funérailles de John McCain ont été l’occasion de rassembler en une Sainte-Alliance * le monde politique d’avant Trump : Démocrates et Républicains « civilisés ». Le Président n’avait pas été invité pour cause de mauvaises manières. À l’heure de la cérémonie dans la cathédrale de Washington, il tweetait frénétiquement, exprimant sa fureur envers « le ministère de la Justice et le FBI aux abonnés absents quand il s’agit de dénoncer et de faire rendre compte les responsables de tant de corruption ! »

Le Président était cependant présent dans tous les esprits. Meghan McCain, fille du défunt déclara ainsi durant l’éloge funèbre qu’elle prononça :

Nous sommes rassemblés pour pleurer le décès de la grandeur américaine. L’article authentique, qui n’est pas la rhétorique à deux sous de ceux qui n’ont aucune notion du sacrifice dont il était lui si généreux, ni non plus l’appropriation opportuniste par ceux qui ont vécu des vies de confort et de privilège pendant qu’il souffrait lui durant son service.

Une allusion à McCain prisonnier de guerre brutalisé, alors que Trump se faisait réformer pour une malformation aux pieds apparemment imaginaire.

Meghan McCain ajoutait :

L’Amérique de John McCain n’a pas besoin de redevenir grande parce que l’Amérique a toujours été grande.

Une référence à peine voilée au slogan de Trump : Make America Great Again. Propos qui déclenchèrent une salve d’applaudissements, dont chacun convint qu’ils étaient inconvenants dans une cathédrale lors de funérailles, mais que les temps présents les exigeaient.

Barack Obama, plus téméraire semble-t-il depuis qu’il a laissé la place à un successeur, déclara lui :

Tant de notre politique, notre vie publique, notre discours public peut sembler petit, minable et mesquin : le trafic de grandiloquence, d’insultes, de controverses inventées de toute pièce et d’outrages fabriqués. […] C’est une politique qui prétend être courageuse et dure en affaires, mais qui s’alimente en réalité de la peur. John nous a demandés d’être plus grands que cela. Il nous a appelés à être meilleurs que cela.

Un autre ex-président, George W. Bush, pourtant censément du même bord que l’ostracisé de marque, ne fut pas moins en verve que son successeur, qu’on en juge :

[John McCain] était un homme d’honneur, toujours prêt à reconnaître que ses adversaires étaient cependant des patriotes et des êtres humains. Il aimait la liberté avec la passion d’un homme qui en avait connu l’absence et, peut-être surtout, John détestait les abus de pouvoir et ne supportait pas les fanatiques et les despotes toujours prêts à plastronner. […] Il y avait quelque chose au fond de lui qui le faisait se lever pour la défense du petit gars, le faisait prendre la parole pour les oubliés vivant dans des endroits perdus.

Omarosa Manigault-Newman, meilleure connaisseuse du Président car sa complice de très longue date, n’était apparemment pas revenue de Détroit ou elle avait été l’une des personnalités les plus en vue aux funérailles d’Aretha Franklin ; elle avait écrit dans l’épilogue de Unhinged, son autobiographie toujours numéro 1 des ventes sur la liste du New York Times :

Soyez assuré qu’ils sont légions ceux qui rejettent [Trump] et ses politiques. Ils travaillent inlassablement et en silence à ce qu’il ne cause aucun tort à la république. Nombreux sont ceux qui, dans cette armée silencieuse appartiennent à son parti, son gouvernement, et même à sa propre famille (2018 : 330).

Présents aux funérailles de John McCain : Ivanka Trump, fille du Président, accompagnée de son époux, Jared Kushner, tous deux conseillers à la Maison-Blanche.

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* La Sainte-Alliance fut formée le 26 septembre 1815 à Paris par trois monarchies européennes (Prusse, Autriche, Russie) victorieuses de l’Empire napoléonien héritier de la France révolutionnaire, dans le but de maintenir la paix dans un premier temps, puis de se protéger mutuellement d’éventuelles révolutions.

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