Alter-échos, Le travail, grand impensé de notre société : Pascal Chabot et Paul Jorion

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Le travail, grand impensé de notre société

Martine Vandemeulebroucke

La robotisation et le développement de l’intelligence artificielle ne suscitent pas seulement des inquiétudes pour le marché de l’emploi. Le remplacement de l’homme par la machine interroge sur la place du travail dans nos représentations sociales, mentales, sur la spécificité du travail humain. Sommes-nous prêts à encaisser ce « tsunami » social ? Eléments de réponses avec le philosophe Pascal Chabot et Paul Jorion, anthropologue et expert en intelligence artificielle.

Selon une étude de l’institut wallon des statistiques de 2017, un emploi sur deux serait menacé en Belgique par la robotisation. Nous connaissons déjà un chômage structurel important. Peut-on imaginer une société où seule une minorité travaille ?

Pascal Chabot : Il est extrêmement difficile de répondre à cette question, qui relève de la prospective et doit, à ce titre, faire l’objet d’une critique épistémologique. L’on entend en effet souvent dire que « les études convergent pour dire que la robotisation va menacer de nombreux emplois et conduire à une réelle aggravation du chômage ». Mais l’on entend tout autant l’autre voix, disant que « les études convergent pour dire que cette disruption qu’est la robotisation va créer énormément de nouveaux emplois ».

La démarche la plus honnête, me semble-t-il, est d’abord de confesser une certaine ignorance, laquelle est bien excusable puisqu’il s’agit du futur. C’est plutôt le savoir qui doit être interrogé, et sans doute faut-il au cas par cas étudier les motivations des études, leurs biais, la provenance de leurs financements. Ce qui est certain, c’est qu’un changement profond est en cours. Ce qui est également certain, c’est que ce changement a déjà des impacts sur l’emploi. Dans les supermarchés comme dans les banques, c’est-à-dire aux caisses comme aux guichets, de nombreux emplois disparaissent. Cela est sensible.

La thèse d’une création d’emploi lié à la digitalisation et à la numérisation ne doit pas être trop vite balayée. Des disruptions de ce type, c’est certain, sont créatrices d’emploi tout autant que destructifs. La vraie question n’est pas de savoir de quels emplois il s’agira – cela est difficilement anticipable –, mais plutôt de se demander : comment faire pour que les emplois qui seront créés soient intéressants. Car le défi véritable est de conserver les emplois que l’on pourrait dire de niveau moyen, c’est-à-dire ceux qui ne sont ni hautement qualifiés, lesquels seront difficilement automatisables, ni ceux qui sont faiblement qualifiés, lesquels ne sont pas « intéressants » à automatiser. Si c’est la seule logique du profit qui domine et décide, alors il faut nourrir le souci que l’automatisation ne soit surtout violente pour la classe moyenne, et donc clivante pour la société. La classe moyenne étant toujours une sorte de rempart contre les extrémismes politiques, sa préservation est une question centrale.

Emmanuel Macron a dit : « Si vous voulez du travail, il suffit de traverser la rue ». Des phrases comme celle-là deviennent criminelles.

Paul Jorion : Oui, on peut imaginer une société où une minorité travaille. Mais pas dans le cadre économique qui est le nôtre maintenant, celui où une personne est remplacée par un robot, un logiciel, une machine, remplacement qui produit de la richesse pour son seul propriétaire. Nous n’avons absolument pas intégré cette notion de la disparition du travail du point de vue économique. Nous aurons d’un côté des gens qui bénéficieront des gains du capital et de moins en moins de personnes dont les revenus seront liés au travail. Cette question a pourtant été posée dès la fin des années 60 aux Etats-Unis où une étude disait qu’il faudrait déconnecter le revenu du travail effectué. Emmanuel Macron a dit : « Si vous voulez du travail, il suffit de traverser la rue ». Des phrases comme celle-là deviennent criminelles. On ne peut pas imaginer que Macron ignore le problème, celui d’une main d’œuvre de plus en plus nombreuse qui se bat pour un nombre de plus en plus réduit d’emplois, un phénomène qui pousse bien entendu les salaires à la baisse. L’uberisation du travail est déjà là. C’est le travailleur qui est prêt à faire le travail pour le moins cher possible qui l’obtient.

Comment maintenir alors notre système social ? Faut-il taxer les robots ? Instaurer un revenu universel ?

Paul Jorion : J’ai été le premier à proposer l’idée d’une taxe robot. Je l’avais conçue comme un moyen de financer un revenu universel de base mais lorsque j’ai commencé à penser à la dimension pratique du revenu universel, plusieurs obstacles me sont apparus. D’abord le revenu universel ne règle absolument pas les disparités de revenus et les laisse même s’accroître. C’est aussi une incitation au consumérisme alors qu’on devrait plutôt se lancer dans une forme de décroissance. Un autre danger, c’est la mauvaise utilisation de l’argent par son bénéficiaire. Bien sûr, on retrouve là le vieil argument des patrons du 19e siècle : si on augmente les ouvriers, ils vont boire la paie supplémentaire. Ce n’est pas vrai dans tous les cas mais ce serait vrai dans certains. Il y a des gens qui avec ce revenu universel iront acheter des billets de loterie ou s’en serviront pour des actions illicites. Mais la contestation la plus sérieuse du revenu universel vient de mon expérience de banquier pendant 18 ans. Si on donne un revenu supplémentaire aux gens, la finance s’efforcera dans chaque banque de prendre cet argent.

Que faire alors ?

Paul Jorion : Taxer les robots pour financer une extension de la gratuité. Revenir en priorité à la gratuité totale de l’assurance maladie invalidité, de l’enseignement et puis l’étendre aux transports de proximité. Je suis aussi en faveur d’une gratuité de l’alimentation de type élémentaire. On critique toujours le système de food stamps aux Etats-Unis. Leur avantage, c’est qu’on ne peut pas les détourner pour autre chose. C’est un système qui est protégé contre les mauvais usages par l’utilisateur et contre une prédation par le système extérieur.

Aujourd’hui, beaucoup de travailleurs sont pris dans l’étau d’une activité qui envahit leur vie privée, qui est source d’un stress important. Pourrions-nous passer d’une société de burn-out, où le travail consume les forces de l’individu, à celle du vide, où le travail n’est plus ?

Paul Jorion : Les situations de burn-out sont le plus souvent artificielles. C’est une conséquence du fait que si  l’on peut remplacer sept comptables par seulement cinq, parce que la machine fait le travail des deux autres, on n’en gardera que quatre ou trois, en accentuant la pression sur eux. Le travail humain coûte plus cher que celui de machine. Alors, on essaie de s’en débarrasser et de pousser les gens à la démission. Si on veut vraiment prendre en considération la question de l’emploi, il faut s’attaque à l’endroit où tout est défini et ce n’est pas dans le droit mais par la manière dont le sont les règles comptables. On nous dit qu’elles sont neutres. Ce n’est absolument pas le cas. Quand les règles comptables disent que le travail du salarié est un coût pour l’entreprise, ce n’est pas neutre. Pourquoi ne le dit-on pas quand il s’agit de verser des dividendes aux actionnaires ? C’est pourtant la même chose, c’est rémunérer ceux qui ont fait des avances à l’entreprise, en capital ou en travail. Les règles comptables ne sont pas rédigées dans un processus démocratique par les députés, les membres d’un gouvernement, elles le sont par des firmes privées. Qui définit la manière dont nos règles comptables sont définies ? Ce sont les grandes firmes d’audit. Qui décide vraiment de notre sort ? Ce sont elles.

Pascal Chabot :  Le travail est un des grands impensés de nos sociétés. Il structure les existences, nourrit les personnes et les familles, procure satisfactions et désespoirs. Pourtant, il n’est pas si souvent théorisé. Son manque effraie et provoque parfois des détresses violentes ; mais sa surprésence engendre des pathologies en imposant aux individus des rythmes et des buts parfois toxiques.

Il est à cet égard intéressant de se souvenir que les technologies ont été massivement introduites dans la société au cours des années 60, en étant accompagnées d’un discours sur la civilisation du loisir et celle du temps libre. Alors déjà, des propos sur la possibilité d’un chômage de masse se faisaient entendre. Ces propos ne se trompaient pas pour ce qui concerne certains secteurs (par exemple la diminution de travailleurs dans l’agriculture) mais n’avaient pas anticipé d’autres augmentations (les métiers du transport et de la transformation de matière agricoles). Mais ce qui est certain, c’est que le discours sur la civilisation du loisir fut une sorte de Cheval de Troie qui, en ses flancs, et sous couvert d’une plus grande jouissance du monde, introduisit une série de technologies de capture de l’attention, assez différents de ce que l’on pouvait alors appeler « loisir ». Certes, le temps de travail a souvent diminué, mais le temps passé devant les écrans a, quant à lui, été démultiplié. S’agit-il vraiment de « loisir » ou, comme on a pu le dire, d’un travail déguisé rentable pour les algorithmes publicitaires ?

Dans une société de plus en plus robotisée, la tâche la plus importante sera probablement de se trouver des ilôts de non-connexion pour échapper aux technologies de capture de l’attention et de la volonté.

Le modèle d’une société plus « vide », dans laquelle les robots s’agiteraient tandis que les humains pourraient librement flâner ne me semble pas vraiment crédible. Si en effet le robot prend parfois la place de l’humain, il n’en doit pas moins être commandé. L’humain évoluera donc toujours plus vers le statut d’un « donneur d’ordre », ce qui est la contre-partie de l’introduction de « receveurs d’ordre » cybernétiques. Mais est-ce vraiment cela que nous voulons ? Sans doute pas, du moins personnellement pas. Dans une société de plus en plus robotisée, la tâche la plus importante sera probablement de se trouver des ilôts de non-connexion pour échapper aux technologies de capture de l’attention et de la volonté. Quelque chose comme le « Soi », qui n’est ni le Moi, bon petit soldat du système, ni le Sujet, clivé par les ultraforces de la robotisation et de la numérisation.

Paul Jorion : Quand j’étais gosse, on parlait de l’an 2000 et on évoquait la société des loisirs. On serait remplacé par des robots et c’était bien. La seule chose qu’on avait mise entre parenthèses, c’est que nous sommes dans un système capitaliste. Avoir des loisirs, d’accord mais si on n’a plus d’argent, comment les utiliser ? Dans toutes nos représentations, il y avait l’idée qu’on partagerait les bénéfices de la mécanisation. Or elle accroît les disparités et on entre alors dans le scénario d’un film comme Elysium où ne restent sur terre que des misérables et où quelques millionnaires vivent heureux et bien sûr immortels dans une station spatiale. L’auteur américain David Frase, nous dit que dans des situations comme celle-là, celle d’une minorité de riches et d’une majorité d’exclus, il y aura la tentation pour les riches de se débarrasser des autres. Il ajoute : « ne dites pas que cela n’arrivera pas, se débarrasser d’une manière industrielle d’une partie de la population, c’est déjà arrivé ».

Illustration :  Anne-Gaëlle Amiot

Le travail est un facteur de cohésion sociale. Ne plus pouvoir se définir par son travail, par son activité ne va-t-il pas bouleverser complètement notre relation aux autres et à nous-même ?

Pascal Chabot : Le travail est facteur de cohésion sociale parce qu’il suppose la collaboration. La vérité sur le travail est que l’on travaille rarement seul, mais sous le regard de l’autre. C’est d’ailleurs pour cela que la reconnaissance est si importante dans l’univers professionnel, et que son manque est si violemment ressenti. Le jugement de reconnaissance provient souvent d’une personne avec qui l’on travaille et qui peut poser un jugement, souvent esthétique, sur notre manière de faire. Ce sont de telles validations de l’activité par autrui, faites en connaissance de cause, qui forment cette cohésion sociale. N’oublions toutefois pas que celle-ci peut aussi être corrompue, difficile ; et n’oublions pas non plus que la solitude n’est pas une maladie mais, pour certains, une manière de se déployer davantage vers l’intériorité. La cohésion sociale, importante bien sûr, ne peut devenir le credo d’une nouvelle normativité.

Votre question suppose qu’existerait un moment où les individus ne pourraient plus se définir par leur travail. Pour que cette évolution soit massive, il faudrait des changements extrêmement profonds, qui sont difficiles à anticiper, et auraient de très nombreux autres effets rebonds. Mais peut-être est-il en effet intéressant d’un peu moins valoriser cette catégorie de « travail » et de réhabiliter davantage les activités, lesquelles peuvent être interpersonnelles, culturelles, sociales ou environnementales. Ce dernier exemple montre des cas où ce n’est pas l’autre humain qui est source des jugements de reconnaissance. Pour le jardinier par exemple, le plaisir lié à son activité est surtout causé par la santé de ses roses… Le monde humain est important, mais il n’est pas la seule source de reconnaissance. Et pour prendre un autre exemple, le contact d’un outil, d’une machine ou d’un instrument peut également être source de bonheur, et constitutif d’identité. Déjà les enfants le savent, lorsqu’ils jouent avec leurs briques de lego.

Les robots peuvent désormais établir un diagnostic médical, écrire un court article journalistique, servir un café aux personnes âgées dans les maisons de repos. Nous pensions que certaines professions étaient irremplaçables parce qu’elles impliquaient une expertise, une empathie que ne pouvait avoir une machine. Mais alors qu’est-ce qui constitue la spécificité humaine ?

Pascal Chabot : Il est certain que, sur le plan philosophique, l’imitation de l’homme par le robot, entraîne de sérieuses modifications dans l’auto-compréhension de l’homme. La robotisation peut être vécue comme une quatrième blessure narcissique, après celles infligées par Copernic (la terre n’est pas le centre de l’univers), par Darwin (l’homme descend du singe) et par Freud (l’humain n’est pas seul à décider dans sa conscience). Que l’homme soit imitable, voilà qui peut lui donner l’impression d’une destitution. Mais il y a là un paradoxe, car cette imitation est précisément ce qui est recherchée : c’est pour faire marcher des robots comme des humains que certains ingénieurs déploient tant d’efforts. La robotisation, ne l’oublions pas, est œuvre humaine. Elle est une technologie créée et maîtrisée par des humains, et ce serait, du moins actuellement, entrer dans le plus grand des fantasmes que de croire en une technologique auto-produite, voire auto-poiétique.

La question à se poser est plutôt de se demander si les techniques créent du commun, habitable par tous, ou si elles fracturent l’univers en des groupes de plus en plus distants.

C’est surtout sur le plan social que la remplaçabilité est problématique. Or, là encore, il faut réfléchir : le robot qui, dans le home, interagit avec une personne âgée « remplace -t-il » véritablement la visite de se petite fille ? Sans doute que non… Les deux semblent pouvoir coexister, d’autant que la petite fille n’est souvent libre que le septième jour d’une semaine qui en compte 6 autres. Ce qui est intéressant dans ces matières, c’est que nos anticipations ou nos craintes ne sont pas toujours confirmées par l’expérience. L’on a en effet entendu de très nombreuses personnes âgées confier que jouer aux cartes avec un robot ne les dérangeait pas, au contraire. Le tout est de savoir mettre les frontières, de toujours garder l’humain au centre dans les analyses. Mais la mentalité technophobe qui voit dans la technique l’ennemi de l’humain, si elle fut compréhensible au vingtième siècle, n’est plus guère féconde pour habiter le présent. La question à se poser est plutôt de se demander si les techniques créent du commun, habitable par tous, ou si elles fracturent l’univers en des groupes de plus en plus distants.

Paul Jorion : Avec l’intelligence artificielle, ce sont des professions qui demandaient une très grande spécialisation, comme les médecins spécialistes, des avocats, qui vont être remplacées rapidement. Je viens d’un séminaire où l’on discutait des armes autonomes. Déjà maintenant, la question se pose de retirer l’homme du circuit. Dans ces machines qui vont se tirer les unes contre les autres, sur des civils ou sur d’autres militaires, toute intervention humaine sera un désavantage. On n’est déjà pas loin de confier entièrement la décision à la machine et de donner même peut-être la possibilité à la machine d’empêcher la surveillance, la supervision par l’être humain parce que nous ne sommes pas à la hauteur. Ce n’est pas de la fiction. Israël les utilise déjà.

Nous sommes déjà au stade où la machine peut corriger des programmes ou produire des programmes qui soient totalement opaques à l’être humain.

On va nous dire que c’est toujours l’être humain qui fait la programmation d’un robot. Nous sommes déjà au stade où la machine peut corriger des programmes ou produire des programmes qui soient totalement opaques à l’être humain. Certains utilisent l’image du chimpanzé dans une cage. Deux personnes discutent de savoir s’il faut le déplacer, lui amener ceci ou cela. Le chimpanzé ne comprend rien de ce qui se passe. Nous allons nous trouver dans la situation d’être le chimpanzé et d’avoir deux machines qui discutent entre elles de choses que nous ne pouvons pas contextualiser. Voyez ce robot qui a gagné au jeu de go. Il a joué et gagné contre des champions humains. Ces robots avaient appris en regardant des parties jouées par des êtres humains. Maintenant, il existe un robot qui a appris à jouer tout seul contre lui-même. Cela donne le vertige non ? Je reprends l’image du chimpanzé. Qu’on ne nous dise pas que cela n’aura jamais lieu. C’est déjà en train d’avoir lieu.

La spécificité humaine risque donc bien de disparaître ?

Paul Jorion : Mais oui. Nous avons une image de nous-mêmes à la fois trop grandiose et trop modeste. Trop grandiose quand nous disons qu’une machine n’arrivera jamais à faire aussi bien que nous et trop modeste en ne voyant pas que c’est nous qui avons inventé ces machines. Le fait d’avoir une machine qui fait moins d’erreurs dans le diagnostic du cancer qu’un médecin, c’est dommage pour le médecin mais on devrait aussi être fier d’être arrivé à cela. Les spécialistes en oncologie font, paraît-il, 5% d’erreurs, la machine 1% . La différence, c’est 4% de vies humaines gâchées. Alors 1 ou 5% d’erreurs ? On ne va pas hésiter une seconde.

Et pour le robot chez les personnes âgées… Je me souviens avoir lu que le dernier endroit au monde où l’on introduirait des robots, ce serait les maisons de repos. C’est là qu’on les a introduits d’abord. Nos intuitions ne sont pas toujours très bonnes.

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57 réflexions sur « Alter-échos, Le travail, grand impensé de notre société : Pascal Chabot et Paul Jorion »

  1. Le premier robot qui me contrarie quand je serai en maison de retraite , je lui pète la gueule .

    C’est ma version de  » je vous préviens , croque- morts de France : mon cadavre sera piégé. Je premier qui me touche , je lui saute à la gueule . » de Pierre Desproges .

    1. 😉
      Cela ne m’étonne pas qu’on ait pensé d’abord à les y mettre les robots, dans ces soit-disant maisons, c’est le dernier endroit dont la société se soucie, coûte trop chers les vieux. Tout cela est très logique en réalité dans une société capitaliste. On a peur de la mort, de la vieillesse, et les vieux ne servent plus à rien, surtout ne plus y penser, allez un petit robot pour Germaine, qu’elle nous foute la paix !

      1. « On a peur de la mort, de la vieillesse, et les vieux ne servent plus à rien, surtout ne plus y penser, allez un petit robot pour Germaine, qu’elle nous foute la paix ! »
        Je propose une autre lecture : l’animal artificiel, et tout distributeur machinal d’attention purement normative, cela me parait tout à fait répondre à l’état avancé de détérioration de la vivacité d’esprit ( démence) due au vieillissement ( sénilité). Ce n’est pas cet usage du robot comme auxiliaire de vie pour cette Germaine dans un EHPAD qui m’inquiète [ lui donner à caresser un robot plutôt qu’un vrai chat] mais la généralisation d’une cervelle portable artificielle qui tient lieu de mémoire dans la vie quotidienne de l’adulte sain d’esprit ? Le billet à commenter dit bien que c’est la même haute technicité qui permet, dans une toute autre démarche, d’augmenter de façon extraordinaire la capacité de recherche du médecin traitant de Germaine sur l’avancée de sa démence sénile.

      2. Allons un peu plus loin : faut-il payer dans une EPHAD 20 salaires de personnels ou 10 salaires de personnels et 5 de geek qui entretiennent (voire adaptent en temps réel) les robots qui profitent 24/24 aux 200 pensionnaires ?
        Est-ce que je caricature ou pas tant que ça ? C’est une des figures de notre « devenir technique », qu’elle atteigne les plus « inaptes au numérique » de nous est un bon indicateur. D’ailleurs dans la réalité, j’ai été assez surpris de voir dans des familles des papys de 80 ans, l’un ancien prof de physique et complètement rétif au moindre couple clavier écran, grand ou petit, et se débattant tant bien que mal avec les zapettes télé+ décodeur, l’autre de formation tout à fait littéraire (lisant Dante dans le texte) et passé assez haut par la préfecture de Savoie, assez à même de numériser ses photos et les classer, puis de passer au smartphone, avec une philosophie très rationnelle au fond.

      3. On aura juste perfectionné le chien à mémère avec ces robots.
        Je doute qu’un robot puisse offrir de la tendresse, et une écoute autre que standardisée.
        On peut gager que certains humains s’accommoderont des toutous améliorés, mais les autres ?
        En tout cas moi, comme Juannessy, je ne veux pas pour ma vieillesse de robot substitut d’une présence humaine.

    2. @PYD :

      On ne nous laissera sans doute pas le choix !

      Je prenais simplement la précaution d’avertir le directeur de ma future EHPAD qu’il peut dores et déjà prévoir un budget « remplacement de robots » qui devrait le décourager de penser faire des économies de personnel humain par ce recours à l’IA .

      1. Ceci étant , ça dépend de ce qu’on demande au robot d’apporter comme service . Si c’est pour discuter , avoir des nouvelles du monde et de la famille , ou dire du mal de ma voisine de chambre , je préfère un ou une congénère . Si c’est pour m’accompagner aux toilettes , ou ouvrir ( entrouvrir en fait , tout est sécurisé ) la fenêtre , je préfère un robot .

        Faut que je commence à écrire mon mode d’emploi , comme d’autres écrivent leur testament .

      2. Juannessy,
        Vous filez un mauvais coton si vous commencez à faire des concessions. ;=)
        Entre que les robots ou que les humains dans votre maison de retraite vous choisissez quoi ?

        PS. une personne souriante qui vient fermer la fenêtre c’est pas mal non plus, et si elle fait la gueule vous aurez à cœur de lui rendre son sourire. Rend-on un sourire à un robot qui n’a pas vécu ?

      3. Je ne crois pas que le choix sera offert , et « l’offre » sera sans doute « mixte » .

        Pour le sourire , ce sera bien évidemment pour l’être de chair . Déjà vécu d’ailleurs , « en situation » y compris ultime , comme donneur .

        J’ai déjà trop loué le sourire comme fin et moyen , destination et chemin , pour craquer et déconner au dernier moment .

        Je dois honnêtement dire cependant que pour avoir fréquenté ces lieux , j’y ai parfois trouvé des personnes que personne ne venait visiter ( venant de l’extérieur , j’entends ) et qui visiblement trouvaient du « calme » sinon du réconfort , par la présence d’un objet familier, un peu comme une peluche peut rassurer un enfant . Alors si l’objet fait  » un peu plus  » , c’est toujours bon à prendre ( ou à donner plutôt) .

      4. Ceci dit , ce qui ne me fait pas sourire , s’agissant de l’abandon d’un humain à l’objet , ce sont les millions de parents qui se « débarrassent » de leurs enfants et de leur responsabilité « d’éducateurs », en les collant du lever au coucher devant un écran télé jusqu’à ces temps , de smartphone maintenant .

        Ça me parait mille fois plus grave qu’un octogénaire en conversation avec une IA , qui , au moins , de temps en temps , a droit au sourire et souvent à l’affection d’un ou une aide soignant .

    3. C’est vrai (non, j’en suis pas sûr) que dans certaines peuplades africaines on faisait monter les ancêtres au cocotier que l’on secouait ensuite… au Japon, les personnes âgées, lit-on dans Kawabata (?) ou vu chez Kurosawa (?), à un moment (le dernier), quittent leurs demeurent et vont mourrir dans le froid de la nuit, s’offrant comme pitance aux bêtes sauvages. Bigre !

    4. @Juannessy
      Ah, j’imagine déjà la première affaire judiciaire d’un robot qui porte plainte envers un humain pour agressions verbale et/ou physique ! 🙂

      1. Contre un robot un peu chiant, rien de tel qu’un bon aimant au néodyme sur l’unité centrale. Je suis étonné que personne n’y ait pensé pour neutraliser les radars, ça doit sérieusement leur réaligner les rangées de transistors

  2. Années 1950 ma mère me parlait des robots … qu’elle allait voir aux arts ménagers dans le grand palais ou plutôt porte de Versailles, j’ai oublié, je me représentais une « imitation » du corps humain mais tout en métal. Ça me faisait peur et en même temps me fascinait, j’en voyais, presque, installés dans la cuisine de ma mère ou dans la salle à manger… !
    Un peu comme le font les Japonais en vrai dans leur quotidien, mais cette représentation imagée ne s’adresse surtout qu’à notre imaginaire, car les robots on est devant quand on lit et écrit ici : les écrans ! Quant aux robots ménagers…
    mais déjà à la sortie de la guerre avoir un réfrigérateur, une machine à laver le linge, un aspirateur, paraissait extraordinaire, surréaliste ! incroyable !
    Comment plus besoin de « travailler » dans une maison des machines vont le faire toutes seules sans nous ! Sauf que dans la réalité ce n’est pas tout à fait ça qui s’est passé !

    1. « mais déjà à la sortie de la guerre avoir un réfrigérateur, une machine à laver le linge, un aspirateur, paraissait extraordinaire, surréaliste ! incroyable ! »

      Il n’y a guère que le téléphone portable pour susciter le même genre d’engouement, parce qu’il est le dernier outil véritablement utile qui a été inventé. Sans doute le capitalisme en-est-il arrivé au point de beaucoup se fatiguer pour satisfaire des besoins marginaux(1)…c’est plus difficile, mais comme une entreprise ne peut espérer faire un bénéfice qu’en s’adressant à un public qui a du « pouvoir d’achat », on s’active à lui vendre, avec beaucoup d’efforts, des choses dont il n’a pas vraiment besoin !

      (1) On ne peut pas se passer d’une machine à laver, parce qu’il faudrait retourner battre le linge dans les lavoirs. Ni d’un téléphone portable, parce qu’on souffre de solitude, quand on s’éloigne de ses parents ou amis. On peut en revanche parfaitement se passer d’un bracelet qui mesure son rythme cardiaque, ou d’une machine à pain. (celle de ma mère a trôné fièrement sur le plan de travail, pendant quelques temps, elle a dû faire 4 ou 5 fois du pain avec…maintenant elle est descendue au sous-sol…(ma maman a fait le tour du compteur de l’électro-ménager, sa cuisine est un bon sujet d’étude ! 🙂 )

  3. Chères toutes, cher tous,

    Cela me rappelle cette phrase dans une chanson de Félix Lecler :

    « La meilleure façon de tuer un homme c’est de l’empêcher de travailler en lui donnant de l’argent »  » de le payer à ne rien faire »  » c’est de le payer pour être chômeur » « ça fait des morts qui marchent »
    dans la chanson « Les 100 000 façon De Tuer Un Homme »
    https://www.youtube.com/watch?v=5zQGDrXXvV0

    et pour continuer avec le grand Félix il y a dans la même veine
    « L’alouette en colère »
    https://www.youtube.com/watch?v=-ULtKcExcU0

    Et la serveuse au tomates
    « Je veux pas travailler juste pour travailler(…) je voudrais juste faire quelque chose que j’aime ».
    aller pour le plaisir par Maurane,
    https://www.youtube.com/watch?v=lDd2q2XhZoQ

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    Allez bonne journée, avec toute ma tendresse Pierre de la tribu des Queralt’s.

  4. à M Chabot, qui dit « La thèse d’une création d’emploi lié à la digitalisation et à la numérisation ne doit pas être trop vite balayée. Des disruptions de ce type, c’est certain, sont créatrices d’emploi tout autant que destructifs »

    Ah mais si ! Il serait même URGENT de la balayer TOUT DE SUITE cette illusion !

    Prenons l’exemple d’Amazon. Amazon crée de l’emploi ici ou là, mais cette entreprise ne crée aucun nouveau domaine d’échanges. Elle a commencé par prendre le marché du livre et du disque, qu’elle a maintenant totalement phagocyté, entraînant la disparition de milliers de disquaires et de libraires…(2)

    Certainement beaucoup plus d’emplois ont été détruits par Amazon, que créés. , il faut être aveugle pour ne pas le voir. La question est donc très simple pour estimer le volume de création d’emplois que l’on peut espérer des « start-ups » : quelle sont les start-ups qui ouvrent un nouveau marché de biens ou de services ?

    Il y en existe quelques unes, mais elles sont rares (1). Comme disait Jean Gabin dans « Le Président », « il y a aussi des poissons volants, mais ce n’est pas la majorité du genre ! ».

    La majorité des start-ups s’occupent d’augmenter la productivité de marchés existants. Par exemple le transport, avec les véhicules autonomes. Certes la construction de ces véhicules va créer de l’emploi, mais une fois en service, ce sont des centaines de milliers, peut-être des millions d’emplois qui seront détruits dans le transport ! Et c’est bien la raison pour laquelle les investissements n’hésitent pas une seconde, pour se lancer dans ce genre d’activité.

    C’est le progrès. Après tout, mieux vaut jouer aux cartes avec ses amis, plutôt que de conduire un 38 tonnes, pendant des centaines de km sur l’autoroute. A condition d’avoir un minimum de ressources pour pouvoir le faire, et que tout le surcroît de bénéfice qu’on peut attendre de ce progrès ne tombe pas dans la poche des actionnaires.

    Vincent Rey, findutravail.net

    (1) l’entreprise fabricant le cœur artificiel, par exemple en est une : ce bien n’existait pas auparavant. Les services d’auto-partage tel que « bla-bla car » aussi : ce service n’existait pas auparavant.

    (2) Amazon participe involontairement à la décroissance. Se sachant concurrencées par Amazon, les enseignes de grande distribution sont obligées de diminuer leurs marge : moins de bénéfice, moins de PIB => décroissance à terme. Ainsi dans le film « le grand soir », ce personnage qui s’assoit sur un matelas dans une boutique de literie, et qui dit au vendeur, en train de se lancer dans sa « technique de vente » : « ah mais vous fatiguez pas ! je suis venu le tester ici, mais après, je l’achète sur Internet, c’est moins cher ! »

  5. Un entretien intéressant. Une remarque à Jorion : l’équivoque -et l’equivocité dans tous les domaines du monde réel cad vécu (tout autre n’étant qu’un concept), n’est pas un défaut ou une insuffisance de la perception/compréhension, c’est son étoffe… Je doute donc, sauf à babariser par numérisation la guerre -donc à en changer la nature, les buts etc du scénario skynet qui vous sert trop de paradigme. À+

  6. …/… Cette question a pourtant été posée dès la fin des années 60 aux Etats-Unis où une étude disait qu’il faudrait déconnecter le revenu du travail effectué …/…
    Je serai curieux de savoir dans quel sens était entendu dans cette étude la déconnexion du revenu et du travail.
    Bernard Friot prône lui aussi cette déconnexion quand il propose que le salaire soit affecté à la qualification de la personne et pas à son poste de travail.

    1. Fut expérimenté à petite échelle, l’instauration d’un demi salaire universel associé à un travail salarié à mi-temps. Fut dûment constaté que le demi salaire universel ne diminuait pas le goût pour la travail, au contraire.
      Je ne sais plus qui a préfacé ce livre « FUCK WORK »… );-))

      1. Est usité à très grande échelle par le statut de fonctionnaire, aujourd’hui et maintenant et ce depuis 70 ans en ce qui concerne la France et encore dans quelques branches de l’industrie.

      2. Pour qui a pratiqué le statut de la FP , l’idée que s’en fait Friot me rappelle parfois ces visiteurs (souvent pas contents ) qui venaient m’apprendre mon boulot parce qu’ils avaient lu ce qu’il fallait en savoir dans une revue en attendant leur tour chez le dentiste .

      3. De mes constats , dans n’importe quel poste de travail , il y a :

        – 5 % de surdoués , dont ceux qui ont toujours fait ça , bien sur , mais auxquels il faut d e temps en temps faire comprendre qu’ils doivent faire leurs preuves ailleurs s’ils veulent encore bénéficier de leur salaire amélioré ,

        – 90 % de gens compétents avec des hausses et baisses de régime ponctuelles ,

        -5 % de sous doués , pour les quels on essaie de trouver le poste où ils seront les moins pénalisants .

        Ceci étant , dans le public comme dans le privé , la règle non écrite a été « the right man in the right place » , et le talent de l’organisation était de faire coïncider au mieux la qualification avec le poste .

        On notera qu’aujourd’hui , toujours pour accompagner l’optimisation à l’anglo-saxonne , on parle dorénavant ( depuis 30 ans surtout) de « polyvalence » et « d’équivalent temps plein  » . Le talent et la nature du contenu du poste sont devenus des sous produits ,que l’on ne ressort que quand il faut « réorganiser » pour  » optimiser » .

      4. @Juannessy
        « « polyvalence » et « d’équivalent temps plein » [..] « « réorganiser » pour » optimiser » . »
        Sans oublier la « transversalité » ! 🙂 🙂

    2. Dans les années 60, la hausse de la cotisation va générer une hausse du PIB qui correspond à la reconnaissance de la valeur économique produite par les soignants.
      La cotisation, en matière de maladie, affirme que des fonctionnaires, qui ne produisent pas de marchandises et qui ne mettent en valeur aucun capital, travaillent. C’est une affirmation d’une autre convention de travail que la convention capitaliste qui, elle, suppose, pour qu’il y ait travail, qu’il y ait un marché du travail, une propriété lucrative, et une mesure de la valeur par le temps de travail.

  7. Ce débat sur le travail , assez court , même s’il est riche de plusieurs aspects montre bien par contre qu’en tirant sur la ficelle « travail » , on trouve vite que tout se tient :

    – le désir : le pourquoi , le « bien être » dans l’activité ou pas d’ailleurs , « liberté » , l’éthique , la morale, le permis et l’interdit , la projection sur un futur plus ou moins proche….

    – la relation à l’environnement et à l’autre : les échanges de biens , de services , de savoirs , d’idées , les biens communs nécessaires à la survie de l’espèce , la mémoire et la trace du passé , la philia , les « hors temps « , le « salariat » , l’impact « écologique », la complexité des outils d’informations ..

    – l’agir :les ressources matérielles , « monétaires » , l’organisation et le types des activités ,le « hic et nunc » ( le présent) , les « usages » factuels , le « travail » , « l’activité » ,  » l’égalité » , la propriété , la Loi , le permis et l’interdit démocratiques…

    Si les interrogations sont sur  » le travail », il me semble que ça n’est  » que » un tiers de nos problèmes qui ne peuvent se soulager que par un « progrès » global sur ces trois composantes ( qui couvrent mes quatre temps simplificateurs ) elles mêmes indissociables

    Atteler un taxe Sismondi ( prise sur le présent ) à des gratuités ( prise sur le relationnel , « passé » et partiellement  » hors temps « ) , permet de couvrir les deux tiers de nos manifestations , mais quid du « désir » ( « futur » et autre partie du « hors temps » ) ?

    Liberté , Egalité , Fraternité étendue au vivant !

    ( un robot serait finalement , peut être , plus rapidement convaincu ?)

    1. Je comprendrai mieux vos répulsions quand je saurai votre définition de capitalisme , anticapitalisme et peuple .

      Je rajouterai peut être anarchisme pour vérifier que nous n’en avons pas la même compréhension .

  8. « Emmanuel Macron a dit : « Si vous voulez du travail, il suffit de traverser la rue ». Des phrases comme celle-là deviennent criminelles. On ne peut pas imaginer que Macron ignore le problème, celui d’une main d’œuvre de plus en plus nombreuse qui se bat pour un nombre de plus en plus réduit d’emplois, un phénomène qui pousse bien entendu les salaires à la baisse. L’uberisation du travail est déjà là. C’est le travailleur qui est prêt à faire le travail pour le moins cher possible qui l’obtient. »

    Il ne risque pas de l’ignorer en effet, lui qui, comme l’ensemble de ses prédécesseurs depuis l’invention de l’ANPE, mène une politique de l’emploi entièrement dévolue à ce mouvement de dépréciation du travail: Imposer aux chômeurs de se déclarer systématiquement « demandeurs d’emploi » mois par mois, sous peine de se voir refuser le versements d’indemnités chômage et autre RSA, c’est, si on analyse le marché en terme d’offre et de demande, pousser l’offre (de main d’oeuvre) à saturation tandis que la demande ne varie pas ou peu, et en tout cas absolument pas dans les mêmes proportions. Dès lors la baisse tendancielle du prix (aka le salaire sur ce marché) est évidente et prévisible, mais pas seulement. Avec elle, la dégradation progressive des conditions de travail, le détricotage du droit du travail et tutti quanti.

    Pôle Emploi et la politique qu’il représente n’ont ainsi pas pour vocation d’aider les chômeurs mais bien les capitalistes en maximisant de manière tout à fait non-libre et complètement faussée la concurrence sur ce marché si particulier. Le chômage n’est pas un problème du point de vue capitaliste, c’est même une aubaine, et d’autant plus puisque l’Etat se charge d’orienter totalement le rapport de forces dans le sens des propriétaires des moyens de production.

    L’Etat voudrait-il vraiment aider les chômeurs qu’il leur garantirait, comme le prévoit d’ailleurs l’article 11 du préambule à la constitution de 1946, des « moyens convenables d’existence » selon telle ou telle modalité, mais sans condition d’aucune sorte, ou en tout cas certainement pas celle de devoir contre toute logique s’intégrer au forceps sur un marché pourtant complètement saturé.

    1. Si vous découvrez aujourd’hui le chômage comme variable d’ajustement , c’est que vous n’avez pas fréquenté beaucoup de syndicalistes !

      L’ANPE est un outil qui pourrait être vertueux en période de capitalisme de « presque plein emploi » !

      Une ANPE qui permettrait de favoriser le passage d’une économie capitaliste , à une « économie » …autre , et de gérer le passage de la notion de travail à la notion d’activités , dans un cadre socio-politique permettant d’y voir plus clair entre « propriétés » ,  » usages », « protections sociales » , droits et devoirs , serait ( sera ? ) un rouage intéressant et sans doute nécessaire .

      1. Je ne découvre pas vraiment le chômage comme variable d’ajustement, ce n’est d’ailleurs pas le cœur de mon propos. Le cœur de mon propos est la complicité active de l’Etat en la matière et le caractère mensonger et fallacieux de son discours sur le sujet depuis plusieurs décennies, et ce tous bords politiques confondus (ou peut-être n’y a-t-il eu qu’un seul bord politique effectivement au pouvoir depuis des décennies sous des étiquettes diverses, antagonistes d’apparence seulement).

        Quant au rôle éventuel de Pôle Emploi dans un futur purement hypothétique, on peut évidemment tout imaginer, et son contraire également. Je préfère néanmoins me concentrer ce qui existe bel-et-bien ici et maintenant.

      2. Je trouve tout à fait révélatrice d’une forme de peur de l’inconnu , votre toute dernière phrase .

        Ça n’est pas de la « concentration » , c’est de la « réduction mentale  » qui ne peut produire que de l’anathème et de l’impuissance , qui fige les issues et les initiatives au lieu de les favoriser .

        Il n’y a jamais de générosité réelle dans les vérités radicales assénées et sures d’elles . Tous les enfants l’ont ressenti et su .

      3. @juannessy

        Il faut que vous soyez en pleine lévitation pour demander à quelqu’un comme moi qui appartient à cette frange de la population à qui l’Etat a déclaré la guerre (de longue date) de faire preuve de plus générosité ou de moins de radicalité à son endroit.

        « Ne criez pas trop fort en vous faisant piétiner s’il vous plait, vous dérangez ma digestion… » Semblez-vous dire. Et bien je peux vous garantir que ce n’est pas près d’arriver.

      4. Complément :

        La générosité « donnée » ne concerne pas une institution , elle concerne autrui .

        La totémisation de vos répulsions limite le champ de vision et la compréhension de l’autre .

      5. @Juannessy

        Ça je dois bien dire qu’à part tenter de noyer le poisson, je ne vois vraiment pas où vous voulez en venir, et ce n’est pas la première fois.

      6. Si vous voyez mal , ça ne fait que confirmer mes craintes .

        Pour les poissons , on leur fichera la paix , et on laissera les expressions toutes faites au rayon des anesthésiants .

    2. Ça me rappelle une réplique de A. Dupontel (alias A. Maillard) dans « Au revoir là-haut »:
      « J’ai dit à Édouard que j’avais trouvé un travail, il n’a pas posé de question, comme tous les gens riches,
      il trouvait ça normal qu’on trouve un travail ». 🙂
      (je ne sais pas si ça figure aussi dans le livre…)

  9. Bonjour le blog,
    Pour se changer un peu les idées…..
    4 planètes géantes découvertes autour d’une jeune étoile surprennent les astronomes
    « Quatre planètes géantes qui orbitent autour d’une étoile. Surprenant ? Oui, compte tenu de la jeunesse de cette étoile. Et encore plus, considérant que la planète, dont l’orbite est la plus lointaine, est plus de mille fois plus éloignée de son étoile que celle qui orbite au plus près. »
    https://www.futura-sciences.com/sciences/actualites/exoplanete-4-planetes-geantes-decouvertes-autour-jeune-etoile-surprennent-astronomes-73229/

    Parfois, cela fait du bien de prendre de la hauteur et de ne pas oublier que ce que nous vivons aujourd’hui, ne constitue qu’une infime partie de l’aventure Humaine.

    1. @Pierre
      merci pour ce rafraîchissement cosmologique !
      Il bouscule un peu la « pensée scientifique » confortable, et tant mieux.
      Dans ce milieu aussi, le ronron entretenu empêche l’avènement de nouveau(x) modèle(s)… qui risqueraient de déranger.
      Que ce soit dans le quotidien très terre à terre, ou dans le glissement dans un ciel étoilé, on retrouve les mêmes joies et les mêmes travers de l’aventure Humaine.

  10. Le travail, de concert avec la connaissance, s’accumule et mute dans la société humaine. Un téléphone portable contient des fragments de nos ancêtres qui en maîtrisant la culture des céréales nous ont offert du temps, du travail d’un enfant dans une mine de terre rare, des lignes de code d’un contributeur de logiciel libre, d’un ingénieur d’une fab de silicium, d’un doctorant qui étudie la chimie d’une colle UV, d’un marchand de verre trempé, d’un ouvrier qui assemble et teste l’appareil etc..pour finalement mettre en relation des humains…
    Pour que le travail humain puisse continuer d’exister, nous devons inventer des réceptacles technologiques, qui contribuent au sens de notre existence, qu’il nous revient de redéfinir continuellement. Sinon, il disparaît, emportant la connaissance avec lui. Je pense que l’humanité a travaillé au 20ième siècle à la poursuite du « progrès », pourquoi pas, mais ça marche plus.
    Fabriquer un téléphone portable requière des connaissances gigantesques autant théorique que pratiques, l’utiliser pratiquement aucune. L’essentiel n’est pas le support, mais le message…

  11. Pour ce qui est de passer du « travail » à « l’activité » , il y a déjà un laboratoire expérimental un peu mal foutu , mais qui donne des indications sur les chances de réussite ou les écueils à éviter : il s’agit du passage de l’activité à la « retraite » .

    Quand j’y repense ,ça ne m’a posé aucune difficulté , sans même avoir recours à ce truc étrange qu’on appelle les stages de préparation à la retraite . Et avec un peu de recul , j’attribue ça au fait que même en phase de boulot salarié traditionnel , voire de sur-régime , ce sont mes activités associatives , syndicales ou « familiales » qui me donnaient en fait l’énergie et « l’envie », et qu’elles étaient encore là au moment où la paie est devenue pension , pas comme une « consolation » , mais comme une prolongation. La « relation » n’a pas été rompue , là où pour les accrocs du « boulot » tout peut s’écrouler au risque de rendre vaine la vie antérieure et à venir .Mes psy lacaniens ou pas connaissent ces risques et symptômes .

    Je crois que pour une femme qui n’a jamais « travaillé » , mais s’est perpétuellement « activée » , ce vécu doit être une évidence .

    Reste le sujet de « l’aisance » minimale au début ou en fin de vie , de la rémunération du travail et/ou de l’activité , la fiscalité du travail ( et des tractations financières ) , l’articulation avec les gratuités .

    S’agissant des gratuités, je note , à l’énoncé des domaines, que la panoplie s’est un peu resserrée , et qu’en particulier , le colossal sujet du logement décent est laissé aux dispositifs actuels ( alors qu’il pèse rapidement très lourd dans un « budget  » modeste ).

    C’est sans doute prudent et réaliste dans l’immédiat , mais , de mon point de vue, ça rend d’autant plus critique et nécessaire le dézingage de la spéculation ( foncière et immobilière ) pour que le coût du logement devienne accessible et plus un boulet .

  12. Quelques données et ordres de grandeur utiles a garder a l’esprit, voir « Les usines de la planète se robotisent à marche forcée » https://www.lesechos.fr/industrie-services/industrie-lourde/0302434023764-les-usines-de-la-planete-se-robotisent-a-marche-forcee-2214801.php
    – Les ventes de robots industriels ont doublé en cinq ans, a 381 000 unités l’année derniere
    – La densité dans la plupart des pays developpés est autour de 100 robots pour 10 000 travailleurs, par exemple 97 pour 10 000 en Chine, 137 en France
    – Le record absolu est détenu par la Corée du Sud avec 710 robots pour 10 000 travailleurs

    Notons par ailleurs que le taux de chomage en Coree du Sud est fort enviable a seulement 4%. La duree legale de la semaine de travail dans ce pays a par ailleurs ete reduite cette annee a 52 heures.

    1. On peut aussi dire que Samsung-land connait le taux de suicides le plus élevé de l’OCDE , une hausse spectaculaire des inégalités et des divorces ,ainsi que des soirées karaokés plus qu’arrosées , autant de signes indiquant que la société sud coréenne se sent assez mal après le « travail » .

      Là bas ( comme partout ) le graal est espéré dans « l’innovation » dont on souhaite qu’elle garantisse le PIB , pas forcément le bien être un peu mal en point de la société coréenne .

  13. Quelques notes prises au fil du temps sur le travail :

    Nos ancêtres ont vécu pendant des générations de leur travail pour eux mêmes bien plus que de la rémunération de leur travail pour autrui. En quelques générations, nous en sommes venus à considérer qu’avoir un emploi était devenu la norme, certains exigeant même un « droit au travail », alors que le seul droit que la nature nous suggère de revendiquer est le droit à la paresse, au moins du meilleur ratio effort/confort.

    Pourtant, un monde sans travail n’est pas un paradis, puisque l’activité est indispensable à l’équilibre psychique de l’individu, répondant à une recherche d’utilité et de sens, et contribuant à sa socialisation.

    Distinguer entre le travail et l’ouvrage, oeuvres et ouvriers. Accomplissement de soi par le chef d’œuvre, plutôt que par la compétition, dérivatif à la guerre – comme le sport ?

    Partager le travail jusqu’à le mettre en commun ? Permettre à chacun d’apprendre et d’exprimer ses connaissances, son savoir-faire et sa créativité.

    Vivre est un travail en soi, pourquoi s’en infliger un supplémentaire ?
    Et s’il en faut un, prendre soin d’autrui et de nos ressources en contemplant la beauté serait bien suffisant.

    Pourrait-il y avoir meilleure aide pour l’homme que celle de la communauté des hommes ? L’IA ?

  14. La « gratuité » est déjà bien présente dans notre quotidien, son modèle de financement, d’organisation et d’applications concrètes peut encore être, bien entendu, revu et élargi dans une société en mutation .

    Gratuité, la voie gagnante, Jeudi, 11 Octobre, 2018
    Benjamin Konig

    Face à la marchandisation du monde, un modèle alternatif émerge… Construire la gratuité est un combat d’avenir. Dossier.

    Les trois principes
    « Premièrement, la gratuité n’est pas une exception face au marché. Elle s’étend potentiellement à tous les domaines de l’existence, y compris le beau, la fête, la culture, la politique. Deuxièmement, si tous les domaines de l’existence ont vocation à être gratuits, tout ne peut être gratuit dans chacun de ces domaines. Et ce, non seulement en raison du « réalisme comptable », mais parce que la gratuité « est le chemin qui conduit à la sobriété ». Ce qui amène au troisième principe : le passage à la gratuité suppose de redéfinir produits et services, de donner ainsi une plus-value sociale, écologique, démocratique. Exemple avec la gratuité des cantines scolaires, qui est l’occasion de passer à une alimentation locale, bio, avec des fruits et légumes de saison. Il est un principe qui résume le tout : « La gratuité du bon usage face au renchérissement du mésusage. » Avec cet exemple limpide : pourquoi payer au même prix l’eau pour remplir sa piscine ou faire son ménage ? »

    Construire la gratuité
    « Il s’agit donc, pour chacun des domaines, de construire la gratuité. Politiquement, car le principe est susceptible de susciter une adhésion et des mobilisations populaires. Notamment en tordant le cou aux idées reçues avancées par les tenants de l’ordre marchand : non, la gratuité ne déresponsabilise pas, bien au contraire. Jean-Louis Sagot-Duvauroux, dans le journal libéral « l’Opinion », démonte cette assertion : « Ce n’est pas parce que la rue est gratuite que les gens font des trous dedans, et ce n’est pas parce que les massifs fleuris sont gratuits que les gens cueillent les tulipes. »

    « Écologiquement et socialement, il s’agit aussi de redéfinir collectivement les besoins : que produit-on, comment et pour qui ? Et comment le finance-t-on ? Car, le coût peut très bien être reporté sur l’usager d’une façon ou d’une autre, et le danger serait que cette politique renforce les inégalités en permettant à une petite minorité d’user et d’abuser des mésusages (définis comme une mauvaise utilisation du service ou du produit). Pour l’historien communiste Roger Martelli, qui a beaucoup réfléchi à cette notion, cela passe d’abord par l’impôt : « La recette fiscale et son affectation, dès l’instant où elles sont délibérées, contrôlées et évaluées de façon permanente et performante, sont les modes de régulation les plus justes et performants pour atteindre cet objectif. » Le 20 septembre, le groupe communiste à l’Assemblée a déposé une proposition de loi visant à généraliser la gratuité dans les transports publics (37 collectivités l’ont déjà instaurée), en développant notamment les sources de financement, à commencer par la taxe « versement transport » des entreprises. »

    Les nouvelles gratuités
    « Le système collaboratif et d’échange, encouragé par les nouvelles technologies, a permis l’émergence d’une nouvelle culture de la gratuité. Ce sont par exemple le logiciel libre, l’accès quasiment infini à la culture (musique, livres, cinéma). Ce qui n’est pas sans poser des questions de financement, bien entendu : pour l’heure, l’industrie culturelle capitaliste, par son refus catégorique, empêche de penser ce financement des artistes, par exemple via la licence globale. Et très bientôt, l’échange gratuit du savoir-faire ou de l’ingénierie, couplé au développement des imprimantes 3D, pourrait bien être le support d’un nouveau développement de la gratuité. »

    Et dans l’histoire ?
    « Les capitalistes ont tendance à faire croire que la marchandisation est de tous les âges et de toutes les sociétés : rien de plus faux. Au Moyen Âge, et plus encore à l’époque antique, la gratuité était partout. Dans l’Empire romain, le principe de ration gratuite, inspiré par d’autres expériences plus anciennes (Grèce, Égypte, Mésopotamie), était généralisé : pain, légumes, viande. Paul Ariès rappelle que l’historien Paul Veyne a montré que cette pratique, « loin d’alimenter populisme et démagogie, correspondait au plus haut degré de politisation dans la société romaine ». À Rome, on parle même un temps de distribution gratuite du vin. Que refuse le Sénat au motif que l’eau est déjà gratuite. Qui sait, peut-être un autre domaine où la gratuité pourra s’étendre face à la domination marchande  ? »
    https://www.humanite.fr/gratuite-la-voie-gagnante-661936

    1. On ne peut que se réjouir que de plus en plus de monde tente de s’emparer de l’idée et de la décliner à sa façon , mais la mise en œuvre nécessitera des approches pluridisciplinaires , d’équipes nombreuses , de penseurs mais aussi de praticiens , car on peut rapidement tomber dans des affirmations gratuites et mal étayées ( exemple : si, la gratuité des plantations publiques est souvent violées par des vols organisés -Si, la gratuité du domaine public est vite reçue comme  » c’est à tout le monde , donc c’est à moi » ,si la loi et la sanction ne sont pas au rendez vous °.

      1. « Si, la gratuité du domaine public est vite reçue comme » c’est à tout le monde , donc c’est à moi », si la loi et la sanction ne sont pas au rendez vous °. »

        Bien entendu Juan. La liberté, de droit et d’usage notamment, n’a pas vocation à être confisquée par qui que ce soit et quelque institution que ce soit. C’est bien pour cela qu’elle a besoin d’être accompagnée à tous les niveaux, et ce, en adéquation avec les mutations en cours et surtout leurs éventuelles « chausse-trappes », si l’on veut s’assurer qu’elle sert l’intérêt commun général. Vaste programme qui impose un regard lucide, généreux, ouvert mais sans complaisance malsaine, comme souligné avec pertinence dans un commentaire précédent par Jacquot et relatif à un équilibre toujours ardu et jamais acquis entre optimismes béats débilitants et pessimismes mortifères…; mais pas impossibles, amha.

        Les logiciels libres, entre autres, en sont un des exemples.

        « La protection juridique des logiciels libres, dont le but est de préserver ces libertés, renvoie donc à un problème maintes fois rencontré par le droit : comment protéger la liberté, ou comment par des concepts juridiques peut-on garantir la non altération de la finalité même de ces logiciels ? Pour répondre à ces interrogations, nous envisagerons tout d’abord le cadre juridique général de la protection des logiciels. Car, tout en étant libres, ces créations appartiennent à la catégorie plus large des logiciels. Puis, nous verrons comment les auteurs de logiciels libres ont su se ménager, grâce au mécanisme des licences, une protection adaptée à leur volonté et à leurs besoins »
        https://www.doc-du-juriste.com/droit-prive-et-contrat/droit-autres-branches/dissertation/protection-juridique-logiciels-libres-443787.html

        Open source
        Microsoft fait un nouveau bond vers les logiciels libres et ouvre 60’000 de ses brevets à l’OIN
        Ven 12.10.2018 – 10:35 | mise à jour 12.10.2018 – 10:35
        par Charles Foucault-Dumas

        « Microsoft rejoint l’Open Invention Network, communauté de défense de Linux et des logiciels libres. Une nouvelle initiative de l’entreprise de Satya Nadella vers l’open source qui veut faire oublier le passé tumultueux entre l’éditeur de Windows et la communauté du logiciel libre. »
        https://www.ictjournal.ch/news/2018-10-12/microsoft-fait-un-nouveau-bond-vers-les-logiciels-libres-et-ouvre-60000-de-ses

      2. @Gudule :

        S’agissant de Microsoft ( et apparemment de quelques autres ténors ) et de son accord avec Linux , je serais quand même curieux de comprendre les dessous de ce « mariage » de deux modèles longtemps antagonistes , et qui le sont encore , dans leurs attendus économiques et leur « projet » .

        Ça rejoint un peu les interrogations sur le positionnement de la banque vis à vis de l’économie éthique .

        Un décodage à proposer à François Leclerc ?

      3. Si on lit le « mariage  » en question comme un rapport de forces , ça pourrait être encourageant , car ça voudrait dire que « l’open » est pris en considération par le  » propriétaire » , que le gratuit  » est pris en considération par le « marchand » .

        Cohabitation , cheval de Troie , phagocytage à terme de l’un par l’autre ou de l’autre par l’un ?

      4. « je serais quand même curieux de comprendre les dessous de ce « mariage » de deux modèles longtemps antagonistes , et qui le sont encore , dans leurs attendus économiques et leur « projet » . »

        Faire évoluer les outils et l’accessibilité, en rendant caduques des rivalités qui ne sont plus en adéquation avec les évolutions en cours; cohabitation fructueuse et rendue inévitable par les mutations actuelles comme l’interopérabilité des systèmes ?
        L’UE a aussi de fait, il est vrai, donné son accord au rachat de Github par Billy Billy. Mais bon, je trouve cette avancée quand même très importante et plutôt fructueuse pour le libre et la fin de la guéguerre stupide entre le modèle défendu par Microsoft et consorts et l’open source, le libre. La « tour d’ivoire » des big tech se ringardiserait-elle ? mdrrr. 😉

        Un pas stratégique vers l’open source
        « En intégrant l’Open Innovation Network, Microsoft rejoint 74 autres sociétés actuellement favorables à l’open source, et partageant l’idée d’accorder une certaine liberté à l’ensemble des développements sous Linux. Ce geste n’est toutefois pas uniquement dicté par un esprit charitable, mais bel et bien par une nécessité liée à la conjoncture actuelle.
        En effet, le fait est que l’open source connaît depuis ces dernières années un développement impressionnant, mais surtout inéluctable, et que de nombreux professionnels y font appel pour des raisons évidentes. Microsoft, qui dans un premier temps connaîtra un manque à gagner certain, du fait des brevets désormais libres de droits, fait également un choix stratégique visant à conserver son lien avec les professionnels.
        Tournée vers le passé, la Free Software Foundation estime cependant que « Ces pas significatifs peuvent offrir un certain répit après ces milliards de dollars que Microsoft a extorqué aux redistributeurs de logiciels libres ».
        https://www.presse-citron.net/microsoft-donne-un-gros-coup-de-pouce-linux-et-libere-60000-brevets/

        Et c’est donc le project « Roslyn ».
        Project Roslyn : comment Microsoft a réécrit son compilateur C# en C# et l’a rendu open source
        https://www.developpez.com/actu/227156/Project-Roslyn-comment-Microsoft-a-reecrit-son-compilateur-C-en-C-et-l-a-rendu-open-source-le-lead-designer-du-langage-raconte-l-histoire/

        « En rejoignant l’OIN, c’est un portefeuille de plus de 60 000 brevets que la firme de Redmond concède sans redevance à la communauté. « Nous sommes impatients d’apporter notre contribution à l’OIN et à ses membres, ainsi qu’à travailler avec la communauté pour aider les développeurs et les utilisateurs open source à protéger l’écosystème Linux et à encourager l’innovation avec des logiciels open source », ajoute Erich Andersen. »

        « Cette décision devrait donc mettre un terme à la menace persistante de poursuites en matière de brevets de la part de Microsoft, à laquelle de nombreuses sociétés Linux et Android ont été confrontées. Elle devrait également mettre un terme aux redevances que la société percevait auprès des fournisseurs Android. C’est en tout cas un Microsoft totalement différent de celui de la décennie précédente. »
        https://www.developpez.com/actu/228380/Microsoft-met-plus-de-60-000-brevets-a-la-disposition-de-la-communaute-open-source-la-firme-renonce-a-des-milliards-de-dollars-pour-proteger-Linux/

      5. @Gudule :

        Merci de ces quelques pistes , que je comprendrais mieux cependant en alignant une colonne gains possibles ou maintien de gains, avec une colonne risques de pertes . Exprimés en dollars et/ou en clients et /ou en opportunités de créativité .

      6. Oups, à cette échelle ? Honnêtement, à cette échelle je ne sais pas faire. Il me semble que ça doit se chiffrer en milliards de dollars. Une paille quoi.
        Microsoft autant que le monde du libre en profitera, notamment en matière de recherche et développement, pourquoi devrait il y avoir des perdants chez les uns ou les autres ? Les fermetures trop rigides et les politiques confiscatoires freinent tout échange et toute innovation et ce dans quelque domaine que ce soit. Pourquoi Microsoft qui est loin d’être un conglomérat d’idiots n’aurait-il pas compris cela ? Surtout avec avec dans le viseur les recherches et les zinvestissements destination big data, machine learning, cloud et IAS, et ce, autant pour le libre que pour les gafas. Comme quoi la taxe robot aura AUSSI de l’avenir.
        Cela dit je ne me fais aucun souci pour la fortune de Microsoft. Le libre, l’open source a besoin d’être valorisé, reconnu et soutenu. Il serait temps que les gafa s’en « émeuvent ».

        PeerTube : « Le logiciel libre est une alternative crédible à l’hyperpuissance des GAFA »
        Par Propos recueillis par Anaïs Cherif | 15/10/2018, 10:13
        https://www.latribune.fr/technos-medias/peertube-le-logiciel-libre-est-une-alternative-credible-a-l-hyperpuissance-des-gafa-793324.html

  15. M Jorion, vous n’êtes pas seul ! Chouette !

    Jean-Louis Sagot-Duvauroux : « Remettre l’argent à sa place »
    Jeudi, 11 Octobre, 2018, Benjamin Koenig

    Il est l’un des pionniers. Son ouvrage « De la gratuité », paru en 1995, a été plusieurs fois réédité puis renommé « Pour la gratuité » (Éd. l’Éclat). Le philosophe Jean-Louis Sagot-Duvauroux revient sur l’évolution du concept de gratuité, les effets concrets qu’elle produit et ses limites. Entretien.

    Donc, la gratuité ne peut pas être un principe universel, selon vous ?

    « Ce n’est pas une baguette magique… La marchandise n’est pas le diable. Choisir sur le marché ses pommes ou ses chaussettes, c’est de bon aloi. Mais il est urgent de remettre le rapport marchand à sa juste place, subalterne. Les gens sentent que le rapport à l’argent et aux richesses produites devient fou et l’idée de faire autrement réapparaît. Et puis il y a des pans entiers de gratuité qui sont bien intégrés depuis longtemps : la santé, l’école, la voirie, etc. La gratuité fait déjà massivement partie de notre vie sociale et l’adoucit considérablement. »

    Une autre question se pose : celle de la construction « culturelle » de la gratuité. Revenons à l’exemple des musées : la gratuité a surtout eu comme conséquence de permettre aux mêmes personnes, les élites culturelles, de venir ?

    « Je n’en suis pas sûr. Quand Sarkozy avait lancé la gratuité de certains musées, des études avaient montré un réel élargissement du spectre social. Et il faut aussi prendre en compte des effets qualitatifs. Au Louvre, on paie 15 euros l’entrée et on veut inconsciemment en « avoir pour son argent ». Alors, on s’épuise à parcourir ce gigantesque espace. Si c’est gratuit, on peut revenir quand on veut, on contemple tranquillement, on comprend que cette expérience esthétique est sans prix. »

    « De façon générale, un des points positifs de la gratuité est que cela permet de réfléchir à la qualité sociale, écologique du produit ou du service… »

    « Oui, décider d’une gratuité conduit à ce que tout le monde en parle, échange des idées, des arguments. Instituer la gratuité d’une cantine scolaire conduit toujours à se poser concrètement la question de la qualité alimentaire de ce que vont manger nos enfants. Les collectivités qui ont opté pour la gratuité des transports publics ont toujours en même temps amélioré la qualité du service. Les gratuités créent dans la vie sociale des zones de véritable égalité et favorisent ainsi la démocratie. C’est la grande différence avec les tarifs sociaux, pollués par le sentiment soit d’être assisté, soit de payer à la place des autres. »

    Vous mettez aussi l’accent sur tout ce qui est gratuit autour de nous, à commencer par les gratuités « naturelles »…

    « Oui, par exemple la lumière du soleil ! Mais le domaine sans doute le plus suggestif est celui de la gratuité du temps. La diminution du temps vendu – congés payés, semaine de 35 heures, retraite – a rendu inaliénable une partie de notre temps et de notre activité : libre activité, temps gratuit… Qui s’en plaint à part les maîtres du marché ? La gratuité a aussi des effets inattendus. Dans les transports gratuits, la fin des contrôles a partout fait baisser la tension, chuter les incivilités et les dégradations et a relégitimé la place dans l’espace public des jeunes des quartiers populaires souvent ciblés par ces contrôles. »

    Depuis vingt ans, s’est également développée la gratuité sur Internet, notamment par l’accès à la culture, ce que l’industrie culturelle marchande a appelé le piratage : comment analysez-vous cette gratuité ?

    « C’est en effet un champ immense qui interroge de façon novatrice ce qu’on met sous la notion de propriété intellectuelle, notion si efficacement enrôlée par le capitalisme actuel. Avec le Web, ça prend l’eau de partout. D’autres innovations sont à l’œuvre, le logiciel libre, par exemple, gratuitement mis à disposition et dont l’économie monétaire repose sur la formation, la maintenance, sans délocalisation possible. L’argent est là ainsi remis à sa place. Et l’utopie de la connaissance universellement partagée est à portée de main. »

    (1) À l’occasion de ses 10 ans, l’Observatoire international de la gratuité lance une campagne en faveur de la gratuité des services publics. Début septembre, Paul Ariès a publié « Gratuité vs capitalisme » (Larousse), bible des expériences de gratuité. Une pétition nationale en faveur de la gratuité a été lancée en octobre. Et, début 2019, se tiendra, à Lyon, le 2e Forum international de la gratuité des services publics.
    https://www.humanite.fr/jean-louis-sagot-duvauroux-remettre-largent-sa-place-661917

  16. Il y a une question que l’on n’aborde (quasi) jamais: celle du travail utile /effectif / compté (payé).
    Cette question se pose au niveau des secteurs, des projets et des individus.
    Exemple de secteurs à faible utilité: le marketing, l’armement..
    Exemple de projets à faible utilité: Notre dame des landes …
    Exemple d’ineffectivité: la pause café…
    Il existe un énorme gisement de richesse, de dépollution et de jours de congé dans la lutte contre le gaspillage.

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