« La gratuité, contre la logique économique ? » – Paul Jorion et Vincent Burnand-Galpin

Grand débat. Ouvert aux commentaires.

La théorie marxienne du communisme est fondée sur l’hypothèse fondamentale de l’abondance des biens utiles à tous. Grâce au processus d’industrialisation, qui n’en était qu’à ses débuts quand Marx écrit, la rareté inhérente à tout bien, au fondement de son prix économique, allait être vaincue. Le communisme allait pouvoir advenir : le gâteau à se partager serait si gros que chacun allait pouvoir se servir la part qu’il souhaitait. C’est cette abondance qui allait pouvoir être la base de la gratuité de tous les biens garantie pour tous.

Or, deux siècles après Marx, la réalité est tout autre que celle de l’abondance : le fait écologique, la conscience que nos ressources sont limitées, associé à une inouïe concentration de la richesse, est synonyme d’une conscience de la rareté aigüe des biens aujourd’hui disponibles.

À cela s’ajoute la disparition du travail qui, avec l’informatisation et l’automatisation des processus de production, s’accélèrent et ne va cesser de s’accélérer au cours du XXIe siècle. Les réflexions se multiplient sur la fin du travail, les questions de société émergent : comment dissocier travail et subsistance décente aux besoins quotidiens de la vie ? Certains proposent le revenu universel, nous proposons la gratuité pour ce qui relève de l’indispensable.

Avant tout, levons une ambiguïté sur le terme de gratuité : « There Ain’t Such Thing As A Free Lunch » (« il n’y a rien qui soit un repas gratuit » ou encore « on n’a rien pour rien »). La gratuité doit bien être financée par ailleurs, si ce n’est par le coût que paye l’utilisateur final. Ici, le coût doit être pris en charge par la collectivité, principalement au travers de l’impôt et des différentes taxes. La première limite à la gratuité est bien évidemment le coût pour la collectivité, mais nous y reviendrons.

La gratuité pour répondre au « premier objet de la société »

En 1792, au cœur le plus ardent de la Révolution française, dans son discours sur « les subsistances », Maximilien Robespierre posait la question suivante : « Quel est le premier objet de la société ? » Et il répondait ceci :

« C’est de maintenir les droits imprescriptibles de l’homme. Quel est le premier de ces droits ? Celui d’exister. La première loi sociale est donc celle qui garantit à tous les membres de la société les moyens d’exister ; toutes les autres sont subordonnées à celle-là ; la propriété n’a été instituée ou garantie que pour la cimenter ; c’est pour vivre d’abord que l’on a des propriétés. Il n’est pas vrai que la propriété ne peut jamais être en opposition avec la subsistance des hommes. Les aliments nécessaires à l’homme sont aussi sacrés que la vie elle-même. Tout ce qui est indispensable pour la conserver est une propriété commune à la société entière. Il n’y a que l’excédent qui soit une propriété individuelle et qui soit abandonnée à l’industrie des commerçants. […] Quel est le problème à résoudre en matière de législation sur les subsistances ? Le voici : assurer à tous les membres de la société la jouissance de la portion des fruits de la terre qui est nécessaire à leur existence, aux propriétaires ou aux cultivateurs le prix de leur industrie, et livrer le superflu à la liberté du commerce. Je défie le plus scrupuleux défenseur de la propriété de contester ces principes, à moins de déclarer ouvertement qu’il entend, par ce mot, le droit de dépouiller et d’assassiner ses semblables » (Maximilien Robespierre, Les subsistances [1792]).

La vie est notre bien le plus précieux et au sein du Grand Tournant que nous tentons périlleusement de négocier aujourd’hui, permettons à tous de la préserver par la gratuité, accessible enfin grâce aux progrès de notre civilisation : gratuité pour la satisfaction de tous les besoins assurant notre survie, gratuité de tout ce qui relève de l’indispensable : alimentation, logement, vêtements, santé, éducation, transports et, aujourd’hui, connectivité.

L’indispensable : un nombre limité de besoins fondamentaux et satiables

Qui, dans le cadre d’une « formule à volonté » au restaurant, a déjà fini le buffet entier à lui tout seul ? Personne. Or, une hypothèse fondamentale de la science économique, l’hypothèse de la non-satiété, voudrait que ce soit tout le monde. Toute unité supplémentaire consommée apporte une utilité supplémentaire, certes décroissante, mais toujours strictement positive. On s’arrête de consommer uniquement quand l’utilité marginale d’une unité de bien est équivalente à son coût, sa désutilité. Mais alors si le bien est gratuit que se passe-t-il ? Théoriquement, nous devrions consommer à l’infini, mais dans la pratique ce n’est pas le cas. Imaginons des transports en commun gratuits : allons-nous passer notre journée à faire des tours en bus ? Non. Et encore, si cela se produisait, pourrions-nous priver les autres utilisateurs de les emprunter ? Non plus.

La consommation est avant tout un moyen de répondre à des besoins qui existent quel que soit le prix de leur assouvissement. Selon l’économiste chilien Manfred Max-Neef, la psychologie du consommateur au quotidien, loin d’être celle de l’agent rationnel des sciences économiques qui cherche constamment à maximiser son utilité, se voit présenter un besoin auquel il doit répondre rapidement pour éviter le désagrément du manque. Ainsi, le nombre de ses besoins fondamentaux est limité, en voici une classification que propose Max-Neef :

Besoins Être (qualités) Avoir (choses) Faire (actions) Interagir (paramètres)
Subsistance santé physique et mentale nourriture, logement, travail se nourrir, se vêtir, se reposer, travailler environnement du lieu de vie, conditions sociales
Protection soin, adaptabilité, autonomie sécurité sociale, systèmes de santé, travail coopérer, faire des projets, prendre soin d’autrui, aider environnement social, logement
Affection respect, sens de l’humour, générosité, sensualité amitiés, famille, relations avec la nature partager, prendre soin d’autrui, exprimer des émotions intimité, espaces intimes d’unité
Compréhension capacité de critique, curiosité, intuition littérature, enseignants, politiques, éducation analyser, étudier, méditer, investiguer, écoles, familles, universités, communautés
Participation réceptivité, dévouement, sens de l’humour responsabilités, devoirs, travail, droits coopérer, s’opposer, exprimer des opinions associations, partis, églises, relations de voisinage
Loisirs imagination, tranquillité, spontanéité jeux, partis, paix intérieure pouvoir rêver, se souvenir, se détendre, s’amuser paysages, espaces d’intimité, lieux où on peut être seul
Création imagination, audace, inventivité, curiosité aptitudes, qualifications, travail, techniques inventer, construire, concevoir, travailler, composer, jouer espaces d’expression, ateliers, publics
Identité sentiment d’appartenance, estime de soi, cohérence langue, religions, travail, coutumes, valeurs, normes apprendre à se connaître soi-même, grandir, s’engager lieux d’appartenance, cadre quotidien
Liberté autonomie, passion, estime de soi, ouverture d’esprit égalité de droits s’opposer, choisir, prendre des risques, développer une prise de conscience n’importe où

 

Le premier point frappant de cette classification des besoins fondamentaux est le caractère gratuit, voire non-monétaire d’une majorité de ces derniers. La science économique nous dit que l’échange monétaire se construit dès qu’il y a interaction avec autrui, mais ici pour assouvir ses besoins fondamentaux, l’échange marchand est l’exception plutôt que la règle. Les besoins fondamentaux encore payants (du moins en partie) paraissent ainsi ceux déjà cités précédemment : alimentation, logement, vêtements, santé, éducation, transports et encore connectivité.

Si le nombre de biens indispensables à démarchandiser est donc limité et si leur consommation est satiable, il est alors imaginable que la collectivité organise une distribution gratuite de ceux-ci.

Deux régimes économiques distincts pour le nécessaire et le superflu

Distinguons le nécessaire du superflu et faisons-les relever de deux régimes économiques distincts. D’un côté, le régime économique de l’indispensable serait fondé sur la mise en commun des biens, et leur gestion par la collectivité. De l’autre côté, en parallèle, le régime économique du « superflu » restera fondé sur les mécanismes de prix.

Dans le premier, n’ayant plus le prix comme source d’information économique à la gestion de l’offre, ce serait ainsi une gouvernance délibérative en charge de la gestion de l’offre (comme l’Etat déjà aujourd’hui en ce qui concerne une partie de l’éducation et de la santé). A l’heure du big data, les informations pertinentes foisonnent pour permettre au régulateur de prendre la température des besoins des consommateurs et donc de gérer au mieux l’offre des biens gratuits.

En fonction des évolutions de nos sociétés, la distinction entre indispensable et superflu pourra être modifiée pour correspondre aux besoins d’une époque particulière. Ainsi, aujourd’hui, la connectivité (l’abonnement téléphonique, l’accès à internet,…) pour tous semble devenir un besoin fondamental car, entre autres, l’accès internet est maintenant indispensable pour un certain nombre de démarches administratives.

Revenu universel ou service universel ?

Du revenu universel de base, une somme allouée mensuellement à l’ensemble des adultes d’une nation, il est beaucoup question aujourd’hui. Chacun, quelle que soit sa fortune, en bénéficierait et cette somme, couvrant les besoins élémentaires d’un individu, rendrait inutiles les allocations existant aujourd’hui pour pallier les difficultés dues au manque de ressources (aide sociale) ou à la perte d’un emploi (allocations de chômage).

Mais quel coût économique représenterait l’attribution d’une telle allocation à des personnes qui n’en ont pas un réel besoin ? Le revenu universel constitue-t-il par ailleurs une solution à la disparition globale du travail ou bien s’assimile-t-il à une simple mise entre parenthèses des questions que cette disparition soulève, la problématique véritable en arrière-plan, mais qui resterait alors occultée, étant celle d’une répartition équitable de la richesse créée ? Autre interrogation, portant cette fois sur une question de fond : celle que soulève déjà de son côté la pratique des dommages-intérêts : est-elle légitime et si oui, quelles sont alors les bornes d’une pratique qui substitue une somme d’argent à la solution authentique d’une question qui est en réalité une question de justice, une question touchant aux valeurs, portant sur des qualités bien davantage que sur des quantités ?

Comment prévenir aussi la prédation en tout ou en partie de la finance sur le revenu universel ? Chacun se souvient des hausses de loyers qui accompagnaient main dans la main les hausses de salaires. Aux États-Unis en 2009, une allocation de 4 000 $ avait été attribuée aux jeunes ménages accédant à la propriété ; le prix des logements avait aussitôt bondi du même montant.

Un exemple plus ancien est lui aussi instructif. Les pêcheurs artisans français avaient exprimé leur frustration devant le fait que parfois leur pêche ne trouvait aucun acheteur et qu’il leur fallait alors rentrer à la maison les poches vides. Ils revendiquèrent l’instauration d’un « prix de retrait » ou « prix plancher » et ils l’obtinrent : un prix minime leur serait payé de toute manière et l’on ne rentrerait jamais de la criée absolument sans argent. Ce qui arriva, ce fut que les acheteurs alignèrent le prix qu’ils offraient sur le prix plancher qui devint automatiquement la norme, et à partir de ce moment le prix décolla rarement de ce niveau. Les pêcheurs y perdirent gros. On pourrait craindre de la même manière, dans un cadre de revenu universel, que le salaire mensuel de nombreux emplois n’aille s’aligner sur un euro symbolique, qui distinguerait l’emploi du chômage et signalerait la fierté d’un travail rémunéré en plus de la sécurité assurée par le revenu universel ! L’enfer aurait été une fois de plus pavé de bonnes intentions.

Mais avant tout, la gratuité pour l’indispensable peut se révéler beaucoup moins coûteux pour la collectivité que le revenu universel de base. Une proposition dans le même sens a été faite en octobre 2017 par une équipe de University College à Londres, intitulée : « Services universels de base ». Un calcul précis compare le coût annuel de cette approche fondée sur la gratuité avec celui du revenu universel de base : 42 milliards de livres contre 250, soit un sixième de la somme. Les services universels de base représenteraient 2,2% du PIB britannique, un montant gérable, contre 13% pour le revenu universel de base, un montant lui irréaliste.

Une telle gratuité pour l’indispensable peut répondre à l’ensemble des critiques adressées au revenu universel de base : son coût est bien moindre, elle peut être mise à l’abri de tout détournement, elle n’encourage pas au consumérisme puisque l’indispensable, même s’il évolue avec les époques, peut être défini avec précision.

 

Quels biens et quelle gratuité ?

Se pose maintenant la question de la mise en œuvre concrète de la gratuité dans nos sociétés. Mais pour cela, il faut distinguer des familles de cas en fonction du type de bien que l’on souhaite rendre gratuit. La démarchandisation ne présente pas une difficulté équivalente pour tous les biens.

En 1954, l’économiste américain Paul Samuelson a proposé une typologie des biens en fonction de deux critères : la non-exclusivité, autrement dit, ceux qui n’ont pas payé le bien ne peuvent pas être empêchés d’y avoir accès (par exemple, un feu d’artifice privé est difficilement dissimulable au voisinage) ; et la non-rivalité, autrement dit, ce que consomme un individu n’est pas soustrait à l’usage d’autrui. La non-rivalité d’un bien signifie également que le bien existe en abondance. Se distinguent alors quatre types de biens :

Biens Exclusifs Non-exclusifs
Rivaux Biens privés (l’alimentation, vêtements, logement, vaccins,…) Ressources communes (nappes phréatiques, ressources halieutiques,…)
Non-rivaux Biens de club (transports en commun, réseaux téléphoniques, diplômes,…) Biens publics purs (la connaissance, la santé, le web,…)

 

Dans le tableau, dans les parenthèses, se trouvent un certain nombre d’exemples de biens qui sont déjà, ou seraient susceptibles d’être impliqués dans un processus de démarchandisation. On se concentrera ici sur les gratuités citées ci-dessus : alimentation, logement, vêtements, santé, éducation, transports et connectivité. Chaque type de bien que l’on souhaite rendre gratuit dans cette typologie relève d’enjeux différents, et cela se complexifie davantage quand un bien à démarchandiser possède différentes composantes dans différentes parties du tableau (par exemple, la santé est un bien public pur mais un vaccin est un bien privé). Les difficultés à relever pour la gratuité sont les suivantes :

  • Permettre à tous de consommer ces biens jusqu’à satiété raisonnable ;
  • Rester dans la limite du budget de la collectivité ;
  • Rester dans la limite de la viabilité écologique de l’exploitation de la ressource ;
  • Eviter tout détournement de l’usage du bien gratuit (on peut imaginer par exemple que l’alimentation gratuite soit revendue aux frontières) ;
  • Réaliser une mise en commun efficace du bien.

Ces questions se posent différemment (ou parfois ne se posent pas) en fonction du type de bien que l’on traite pour la gratuité. Passons donc les différents cas en revue :

La démarchandisation des biens publics purs ne pose aucun problème

Les biens publics purs que l’on souhaite rendre gratuits sont les plus simples à mettre en œuvre. D’ailleurs, les biens publics purs indispensables sont déjà démarchandisés par définition. La connaissance (bien public pur) en tant que telle est gratuite ; ce sont les livres, ou l’accès à certaines plateformes d’information (biens de club) qui peuvent être payants. C’est donc l’accès à la santé, ou à la connaissance qu’il faut démarchandiser. Il n’y a ici pas de problème de limites de consommation des biens publics purs, au contraire, plus les individus en consomment, mieux la société se porte. Par exemple, plus les individus sont en bonne santé, plus autrui a de chances d’être en bonne santé. La consommation de biens publics purs comporte généralement des externalités positives.

La démarchandisation des ressources communes : un cas complexe

A l’origine, les ressources communes sont par définition gratuites étant en accès libre. Par exemple, s’il existe une nappe phréatique sous son jardin, il suffit de creuser un puit pour avoir accès à de l’eau gratuite. Mais ces ressources communes peuvent être privatisées telles que l’exploitation du pétrole. L’enjeu le plus difficile est de faire revenir ces ressources communes dans le giron de la collectivité. La mission principale de la collectivité est alors de surveiller étroitement l’utilisation des ressources communes par les différents agents. Si la ressource commune est surconsommée par rapport à son renouvellement naturel, elle doit alors voir son accès restreint, et la consommation rationnée en fonction des usages. Ce sont alors des difficultés supplémentaires qui s’ajoutent : comment savoir si l’individu utilise son puit pour arroser son potager ou pour remplir sa piscine ?

La démarchandisation des biens de club : efficacité certaine

La démarchandisation des biens de club est beaucoup plus aisée. Etant un bien non-rival, la gratuité du bien ne posera pas de problème de surconsommation du bien. L’enjeu principal est la mise en commun du bien. Par exemple, les réseaux téléphoniques ou internet sont souvent privés. La gratuité demanderait une nationalisation des entreprises proposant ces services. Pour ce qui est des réseaux de transports, eux sont souvent déjà publics (services de bus, trains,…) et sont déjà largement subventionnés par la collectivité.

La gratuité pour les biens de club, d’un point de vue logistique, ne pose pas de problème, seule la question financière se pose. Mais l’exemple de la démarchandisation des réseaux de transport en commun est particulièrement intéressant. Une étude de l’ADEME (l’agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie) sur l’impact de la gratuité des transports collectifs urbains (Brunon Cordier, janvier 2007) montre qu’il suffirait de réorganiser les budgets alloués aux transports pour permettre la gratuité totale des transports en commun : « En milieu urbain, l’automobile mobilise 80 à 90 % des budgets publics consacrés aux déplacements [voirie, grandes infrastructures,…] , les transports collectifs seulement 10 % environ. Un basculement sur les transports collectifs d’une partie des crédits affectés à l’automobile suffirait à financer à la fois la gratuité (ou une tarification attractive) et l’augmentation de l’offre ».

On peut également noter une certaine efficacité économique dans la mise en commun des réseaux de communication ou de transport. Pour les réseaux de communication, au lieu d’une coexistence parallèle de trois ou quatre réseaux téléphoniques différents (comme c’est le cas aujourd’hui en France), l’utilisation peut être optimisée par leur fusion : la couverture du territoire serait notamment plus importante. Pour le dire plus simplement, nos portables capteraient partout ! Pour ce qui est des réseaux de transport, les véhicules peuvent être exploités de manière plus optimale : un bus peut tourner 16 voire 24 heures par jour, alors que la voiture d’un particulier ne roule qu’une à deux heures par jour maximum en moyenne.

Dernière remarque, la démarchandisation des transports en commun permet de se tourner vers un mode de transport plus écologique. Dans la croissance de la demande en transports en commun causée par la gratuité de ce dernier, l’effet substitution (principalement, l’utilisation des transports en commun plutôt que de la voiture individuelle) est significativement plus important que l’effet revenu (l’augmentation du nombre de déplacements tous moyen confondus par personne). Ainsi, l’étude de l’ADEME montre qu’à Châteauroux, au passage à la gratuité, la fréquentation des transports en commun a doublé : trois quart de cette hausse de demande s’expliquait par l’effet substitution et seulement un quart par l’effet revenu. Cette faiblesse de la croissance du nombre de déplacements tous moyes confondus par individu révèle bien le caractère satiable de la consommation de biens, même gratuits, discuté plus haut. Mais dans tous les cas, l’effet revenu, la croissance de la mobilité individuelle, est une bonne chose pour toute la collectivité (disponibilité des individus, animation des centres-villes,…).

La démarchandisation des biens privés : le cas le plus difficile

La gratuité des biens privés indispensables concerne notamment l’alimentation et l’habillement. La démarchandisation de ces biens doit résulter d’une mise en œuvre ingénieuse pour éviter tout abus et détournement de leur utilisation première. Il faut à la fois rationner le moins possible leur consommation tout en évitant les comportements opportunistes tels que l’accumulation sans consommation d’aliments, ou encore la revente de ces derniers.

Ainsi, le critère de faisabilité de la gratuité pour les biens privés doit être sa consommation instantanée pour répondre strictement à un besoin instantané. Ainsi, pour l’alimentation il faut imaginer des cantines publiques et gratuites. Pour l’habillement gratuit, on peut imaginer des dépôts de vêtements consignés. L’autre option est le rationnement tel que les « food stamps » déjà pratiqué pour les plus démunis aux Etats-Unis, ou des boutiques vestimentaires publiques avec acquisition rationnée. Mais ni l’une ni l’autre option n’est réellement optimale car elles ne correspondent pas tout à fait aux désirs des individus.

Pour schématiser les difficultés de chaque cas…

Les difficultés de la démarchandisation peuvent se résumer dans le tableau ci-dessous :

Biens indispensables (gratuits) Exclusifs (accès difficiles) Non-exclusifs (accès libres)
Rivaux (biens rares) Biens privés (leur mise en commun et leur distribution) Ressources communes (surveillance ou restriction de leur accès et leur distribution)
Non-rivaux (biens abondants) Biens de club (leur mise en commun) Biens publics purs (peu de difficultés)

 

Au-delà de la logique économique, remettre la logique sociale et environnementale au centre de la valeur des biens

S’il est nécessaire que la gratuité réponde aux contraintes de la logique économique pour rester viable à long terme, il ne faut pas oublier que la gratuité doit, avant tout, faire face aux enjeux sociaux et environnementaux de notre siècle : permettre à tous de mener une vie décente dans un contexte de raréfaction du travail ; et organiser la consommation de telle sorte à être compatible avec les contraintes écologiques que sont les nôtres. Paradoxalement, la gratuité redonne de la valeur (au sens éthique du terme) aux biens les plus indispensables de notre société : elle révèle leur caractère fondamental, leur sens social et leur acceptabilité environnementale.

La gratuité de l’indispensable c’est également la conscience que nous ne sommes rien sans la communauté, c’est remettre au centre de notre société les valeurs de réciprocité positive, celles du don, celles de la vie en communauté. Pour reprendre la formule maintenant canonique, l’humain est un « animal social » avant d’être un homo œconomicus : plus fort que le « toujours plus » du capitalisme, existent le don, le partage, la gratuité.

Références bibliographiques

Bruno Cordier (Dir.), La gratuité totale des transports collectifs urbains : effets sur la fréquentation et intérêts, rapport ADEME, janvier 2007

Paul Jorion, Vers un nouveau monde, Waterloo : Renaissance du Livre, 2017

Manfred Max-Neef, Antonio Elizalde et Martin Hopenhayn, Human Scale Development; conception, application and further reflections (Le développement à l’échelle humaine : conception, application et réflexions complémentaires), New York & London : The Apex Press, 1991

Maximilien Robespierre, Les subsistances, 1792

Paul Samuelson, « The Pure Theory of Public Expenditure », Review of Economics and Statistics, 1954

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62 réflexions sur « « La gratuité, contre la logique économique ? » – Paul Jorion et Vincent Burnand-Galpin »

  1. Waouh !…

    Quand un jeune de l’ENSAE s’allie avec un vieil anthropologue , il se passe des choses !

    A chaud , je me garderai bien d’analyser trop vite , car il y a là de quoi interpeller et faire utilement phosphorer sur la place publique , bien plus largement que sur ce seul blog .

    S’il s’agit de se soumettre à la critique pour vérifier ce qui résiste et ce qui est faible , les angles « d’attaque » seraient plutôt , pour ma seule sensibilité , les suivants :

    – 1: analyse et critique des éléments de structures de la démonstration : raison d’être de la société , l’indispensable , , classification de Max Neef , superflu/ nécessaire ,classification de Paul Samuelson , exclusivité /rivalité

    – 2: en terme de « méthode » et prémisses , faire le recensement et l’analyse rapide de ce qui a déjà pu être :

    – dit ou écrit ( exemple : ce que Jacques Attali avait déjà pu raconté dans « la voie humaine « ),

    – réalisé ou non réalisé dans les faits antérieurement : vision anthropologique « économique  » des sociétés archaïques ou modernes , services publics ou d’intérêt général « , système anglo-saxon , système français , expériences et systèmes « locaux » en cours de par le monde , « indispensable implicite  » selon l’affectation des taux actuels de TVA , critique des approches européennes ou internationales .…

    -3: repérage des approximations hâtives , ou erreurs manifestes , ou contre-exemples dans les affirmations faites . Quelle réponse réelle apportée au soliton ( s’agissant de la complexité par exemple )? Est ce que les gratuités ne peuvent pas être des subventions paradoxales à l’économie de marché ( exemple actuel , s’agissant des « déplacements » , du prix de l’essence jugé « abusif » alors que l’essence n’est pas assez chère ?)

    Liste non exhaustive , mais ça fait déjà du boulot pour les esprits aiguisés de l’ENSAE et bien au delà , jusqu’aux élections européennes !

    De mon côté , je vais essayer de retrouver du paracétamol , pour confronter Max Neef à mon moteur à quatre temps .

    1. Cette confrontation ne m’a pas révélé d’incompatibilité , et je retrouve dans « mes  » propres cases multiples , l’ensemble des cases à Max-Neef .

      La différence pourrait venir du fait que dans mon mécano perso , les « besoins », que ce soit en ligne ou en colonne , n’ont pas le même poids final , selon les individus ,et selon les groupes .
      On en fait un « apprentissage  » dans un ordre qui semble exclus ici , et c’est d’ailleurs les conditions de cet « apprentissage » allié à l’inné de départ , qui fait la personnalité finale ( au moins provisoire) autour de l’âge « adulte » , là où tel qu’exposé Max-Neef semble en faire un bagage donné dès le départ .

      Ce que j’appelle position de progrès ou de survie pourrait aller chercher sa correspondance dans le dualisme (non( rival/(non ) exclusif , mais ça mérite d’y regarder de plus près .

      Je me pose aussi des questions , si on admet le « système » Max-Neef sur les véritables forces d’ interactions entre ledit système ( « humain » vivant en l’occurrence ) et « l’environnement global » .

    2. La clé de voute des sociétés consommatrices n’est pas la gratuité , mais la bagnole .

      La clé de voute des sociétés citoyennes ? A trouver dans l’effondrement .

  2. Suite à d’autres discussions où je disais « mais avec cette gratuité, le Lidl ou le LeaderPrice du coin vont fermer ! », on m’a répondu une suggestion à méditer :
    Les magasins de ces biens seraient peu ou prou nationalisés, même si la structure locale serait différente (une coopérative fournissant une partie du personnel et distribuant une partie des marchandises dans une moitié du local ?)
    C’est le petit bout de la lorgnette, mais je ne vois pas du premier coup comment il colle dans la classification. A moins de considérer la distribution de biens comme un autre bien qui lui entrera dans une des cases ?

    1. Depuis les mouvements mutuellistes du XIX ème siécle , ou l’abbé Pierre , ou Coluche , on ne manque pas d’expérience pour généraliser tout ce qui pourra l’être .

  3. J’allais oublier :

    l’introduction rappelle bien que la gratuité est en fait adossée aux impôts et taxes , mais on pourrait s’attendre à voir alors réapparaitre un paragraphe sur ces derniers avec rappel de la taxe Sismondi , ou d’autres sur les tractations financières . Un développement qualitatif et quantitatif de ce domeine ne serait sans doute pas …superflu .

    Par ailleurs , un examen particulier des régimes de retraite ( répartition-solidarité VS capitalisation ) , qui, au passage pourraient aussi être envisagés au regard des taxes dont Sismondi et du mode de considération du travail , au même titre que la santé , manque sans doute au mécano général .

    1. Pour repérer et « peser » les grands domaines et gros os à ronger , il sera bon d’avoir dans la réflexion des spécialistes (un peu sociologues) de la comptabilité nationale ( déjà pour s’imprégner des unités et secteurs institutionnels ) .

      Il n’est sans doute d’ailleurs pas neutre de remarquer que ce type de comptabilité a surtout été mise au point … juste pendant et après la cata de 1930 !

      1. Comme Macron semble découvrir aussi qu’on est dans une situation comparable à 1930 , il va sans doute en tirer, au delà de de ses velléités de résistance , que les vraies solutions passent par fiscalité-gratuité-équité- activité VS travail , force …, plus surement que par un espoir de réélection .

        Pour l’Europe , qui était la seule issue , comme , ni lui, ni Merkel n’ont compris et battu le fer avant la fin 2017 , c’est bien compromis sauf miracle .

        Nous voilà contraints à subir les turpitudes et stupidités du monde ,à sa traine , avec la seule solidarité de proximité pour supporter les coups . Quel gâchis .

      2. Je suis près à parier que les français ne verront dans le massacre annoncé (sans doute même pas par voie parlementaire ) du statut de la Fonction Publique ( statut dont j’ai pu écrire il y a quatre cinq ans qu’il était la dernière digue en France contre l’ultra-libéralisme institutionnalisé ), qu’une affaire de fonctionnaires enfin privés de leurs « avantages » , et « d’optimisation » des ressources pour « une plus grande efficacité  » de « l’Etat » enfin confondu avec une multinationale .

        Alors , leur parler de « gratuités » , de façon plus sérieuse qu’au niveau de plaintes exutoires , de conversations de bistro ….

        D’ailleurs , combien de contributions à ce billet, si j’enlève les miennes ?

      3. @Juannessy
        On érigera une statue au statut de la Fonction Publique, ci-gît…
        Vu le tapage, le lavage, l’essorage médiatiques depuis des décennies, la non-réaction ou faible réaction des français « dans le massacre annoncé » ne serait pas étonnante, le terrain ne cesse d’être préparé !
        Mais on ne sait jamais, les peuples n’auront peut-être pas vraiment envie de vivre dans un pays assimilé à un produit ‘pur marketing’, une ‘marque’, comme la « Marca España », ou la « Marque France » ! 🙂
        J’ai vu ça quelque part…

      4. « Je suis prêt à … » ou  » près de …. »

        Mais les temps présents et à venir sont bien sombres , pour ceux qui les verront .

      1. Je vais lire attentivement , mais est-ce que je peux raisonnablement imaginer que ce développement « professionnel » , vaut début de mise en œuvre du point 7 de ma proposition d’utopie réaliste du 29 novembre 2011 ?

        « L’ensemble des ressources mondiales est le capital mondial commun .La communauté mondiale en assure la gestion , les échanges . La richesse créée ou nécessaire à la création de nouvelles sources de richesse, est monétisée par la Communauté mondiale , qui , en assurant parallèlement la gratuité telle que dit en 3 , assure et gère la circulation monétaire avec des opérateurs publics ou privés , dont elle mesure aussi les résultats . »

        Cette rédaction n’avait d’ailleurs pas suscité la curiosité ou la critique à l’époque , soit qu’elle était stupide , soit qu’elle soit passé inaperçue .

      2. @Juannessy,
        Le paradigme monétaire keynésien dont je propose l’application appuyée sur la scalabilité multinationale de l’État du local au global et du particulier au général, a effectivement pour but d’interdire par la monnaie l’appropriation privative des ressources naturelles communes. Concrètement, en attribuant et en établissant monétairement le statut de personne morale aux communautés incarnées vivantes de droit qui définissent et font appliquer les règles de valorisation et d’exploitation des ressources naturelles, l’Etat de droit entre toutes les personnes physiques est constitué en capital public réel commun dont les intérêts particuliers ne peuvent pas disposer sans contribuer à la croissance par sa juste répartition et son bénéfice universel gratuit.

      3. @PSDJ:

        Merci de l’écho .

        Vigneron n’étant plus des nôtres pour réagir , au delà du concept , je me pose cependant des questions sur la faisabilité de la « scalabilité » .

      4. La scalabilité de l’État en tant qu’acteur collectif de la loi, du droit et de la justice signifie que tous les problèmes de loi, de droit et de justice puissent être posés, délibérés et résolus à l’échelle de collectivité adéquate. Par exemple, la qualité de l’eau par le réseau d’adduction local est un problème d’échelle distincte de la gestion de l’eau dans l’ensemble d’un bassin fluvial de l’amont à l’aval. L’indexation des monnaies par les États et des États par les monnaies rend les échelles de droit et de justice différentiables pour une même matière selon les tailles de collectivité active efficace. Les échanges de valeur ajoutée sont rendus cumulatifs et cohérents entre des États distincts par des monnaies distinctes mais convertibles dans un État confédéral commun d’arbitrage judiciaire. L’action collective de l’État est scalable par la monnaie qui est scalable par la différenciation des États dans un système fédératif.

      5. @PSDJ :

        Si vous cherchez un jour du travail ,au moins en France , vous en trouverez toujours pour appliquer correctement la scalabilité idéale que vous esquissez , afin de venir à bout du casse tête de la répartition des compétences ( et du pognon ) entre l’état et les collectivités locales , tout autant qu’entre les CL elles mêmes .

        Au plan interétatique rapprochée ( Europe) , faute de fédéralisme ou confédéralisme ( j’ai bien noté le terme confédéral dans votre commentaire ) , je ne suis pas sur que le principe de subsidiarité ait bien suffit à parer à la tare originelle du non -confédéralisme , et je retiendrai de votre « vœu » que si l’euro ( qui aurait pu et pourrait peut être encore avoir l’ambition de constituer monnaie convertible dans le cadre d’un arbitrage judiciaire commun , comme vous l’écrivez ) , n’est viable et utile que si l’Europe a vraiment envie d’exister comme projet politique global .

        Faute d’une guerre , les USA sont condamnés à perdre le leadership de la monnaie mondiale .
        Les européens ne comprennent rien à rien .
        L’inde et l’Afrique sont en explosion démographique .
        L’Amérique du sud sombre dans l’obscurantisme.
        Les espèces vivantes s’effondrent .

        Reste plus qu’Aristote et Confucius pour faire Loi , Droit et Justice ?…. Survie ?

        Je ne sais plus trop ce que l’un et l’autre auraient pu dire de la « gratuité » dans l’acception où elle est mise en avant dans ce billet , sauf , peut être , pour Confucius que la « gratuité  » pure n’existe pas et que tous nos actes ont un impact vers l’aval – ce qui pourrait permettre d’extrapoler que toute gratuité apparente est adossée à une ressource à l’amont . Confucius et Octobre n’auraient pas fait bon ménage ensemble .

      6. Je ne crois pas. Je crois que nous aurions pu regarder ensemble la beauté des couleurs d’automne. Par delà l’espace , le temps, les concepts ou les images et cela sans nous chamailler.

      7. Je suis sur aussi que Confucius aurait fait ça aussi .

        Mais pas que .

        PS : l’Afrique ne manque pas de couleurs splendides , et pourtant les soirs de cafard , lors de mes deux années gabonaises ( sous l’équateur , donc pas d’automne , ni vraiment de saisons , sauf en gros une « sèche » et une « humide ») , je trouvais un instant de « out » en regardant un poster de forêts du massif central en automne .

  4. @ Juannessy et Timiota:

    Vos réflexions laissent penser que nous ne ferons pas l’économie d’une réorganisation politique. Si on admet que le projet de Paul est d’ordre infra-structurel, la superstructure commande l’ensemble. Il me semble donc que « quelque chose » manque.
    Autre question : pourrions-nous mettre en place ce projet par touches progressives ou peu sensibles, le domaine politique et social s’adaptant en douceur aux évolutions ? La pseudo-économie de casino financier va renâcler sérieux. Ne pas la soumettre à un choc existentiel semble prudent. Nous ne sommes plus à l’époque du grand Maximilien.

    Restons sur terre et gardons notre petit bout de la lorgnette: Lidl est hors projet et sans avenir. Je vais devoir stocker des boites de lentilles cuisinées aux lardons!

    1. Dans un effondrement ( thème souvent débattu ici ) , c’est une structure qui s’effondre plus ou moins vite , et par définition , le rythme n’est pas vraiment surement prévisible .

      https://www.pauljorion.com/blog/2014/09/12/comment-rehabiliter-laction-politique-par-francois-leclerc/#comment-452406

      L’ébauche de  » construction  » ( que vous qualifiez d’infra -structure ) , mise ici en grand ( énorme) débat , participe de ce que l’on pourrait appeler la « fabrication » des éléments à la fois récupérés de la déstructuration et redessinés dans leur matière , leur forme , leur agencement , pour mieux répondre à  » l’objet de la société  » , sa raison d’être , la trace temporelle du « désir » que j’invoque souvent comme l’éternel oublié , à l’encontre de l’action et de la communication .

      C’est « l’objet de la société » qui doit déterminer la « structure » et en garantir la cohérence insérée dans notre environnement . Je m’étais essayé a poser cet « objet » , sans doute de façon plus obscure et large , dans ce qui a pu être appelé ailleurs une « utopie réaliste » .

      http://web.archive.org/web/20130424091822/http://www.pauljorion.com/blog/?page_id=31407#comment-263569

      Car c’est bien en recueillant , d’abord et avant tout, l’accord sur la « raison d’être » , que l’on peut faire « structure » et « système » humain en progrès . Si ça n’est pas « politique » , on se demande ce que serait la politique et à quoi ( à qui ?) elle sert !

      Dans ce billet , il n’est d’ailleurs pas étonnant de trouver mentionnée cette raison d’être au début ( l’alpha) et à la fin ( l’oméga ) du texte !

      1. Autre oubli que je corrige aujourd’hui , et je pars me coucher :

        Liberté , Egalité , Fraternité étendue au vivant !

    2. Il faut se poser la question : À qui appartiennent les ressources d’existences ?

      Tout ce qui est indispensable à la vie est une propriété commune à la société entière. Il suffit à partir de ce concept de trouver un moyen juste de partager ces ressources, ce moyen est le revenu de base en transition vers un nouveau système économique, incontournable, et la gratuité par la suite. Le revenu de base n’a pas être financé puisque les ressources nous appartiennent à tous suffit de les partager.
      À l’intérieur du système économique actuel un revenu de base universel et/ou gratuité doit être financé par les impôt et taxes donc en bout de ligne il n’y a pas de gratuité.
      Le revenu de base doit être émit par la société représenter par son gouvernement responsable de la juste répartition des ressources desquelles il aura l’obligation d’en assurer également la pérennité avec tout ce que cela implique en terme de gouvernance.
      Via le système économique actuel une minorité d’individu se sont accaparé, en douce, de l’ensemble des ressources de propriété commune nous devons récupérer de droit ces biens essentiels à la vie. L’être humain est le seul être vivant sur la planète qui doit acheter sa nourriture….

      1. Est ce que l’accaparement de ressources n’a vraiment que les attendus et effets que vous pointez en pointant :
         » via le système économique actuel, une minorité d’individus se sont accaparés de …. » ?

        N’y a -t-il pas aussi forme d’accaparement par des nations ou « états », bénéficiant éventuellement d’effets d’aubaines ( pétrole , terres rares , espace , accès à la mer, forêts ….), pour un exemple , et qui en font une condition de leur autonomie sinon existence ?

        ( même si le capitalisme privé ou d’état , et/ou le colonialisme direct ou diffus sont évidemment , dans l’histoire récente , au rendez vous de cet accaparement …accru ).

        Qui tient la comptabilité et la nature des biens et ressources accaparés et qu’il faut rendre à l’indispensable commun ?

      2. La notion de territoire , n’est ce pas déjà de l’accaparement ?

        Combien de guerres au nom de l’espace vital ?

      3. Est ce parce que les océans sont  » à tout le monde » et « gratuits  » , que nous y envoyons tous nos déchets ,dont continent plastique ?

  5. Je pense qu’il faut aussi ajouter à ce texte son frère jumeaux qui traite du travail, comme une activité qui génère du superflue et le bénévolat du commun, du gratuit.
    Le capitalisme prospère dans l’abondance de ressources et produit essentiellement du superflue. C’est bon, on sait maintenant que d’autres formes de vie existent ailleurs.
    Le ??? s’accommode de la rareté, nous permet en symbiose avec le vivant de relevé le défi de notre survie, pour que notre progéniture ai la possibilité de faire de nouvelles découvertes.

    1. Votre « ??? » serait une civilisation « syntechnique », petit mot que je forge avant que l’extinction de mes neurones le condamne au néant.

      Explication niveau « journal TV de 20h » : mon premier est « syn » comme syndicat (ensemble , « dicat » se rapportant à justice, diké), et mon second est technique comme technique sans plus ni moins.
      Mon tout est un mode de vie où les techniques sont appréhendés au sein de « communs », qui en régulent la pratique, et retransmettent les débats à composante technique dans toute la société. A l’échelle locale, ce serait du « stewardship » de quartier : susciter la permanence de métiers dont a réellement besoin : plombiers, isolation des maisons, …, avec mise en commun des expériences dans les bâtis similaires. A l’échelle globale, les enjeux sont maintenant très « riches en science », et les politiciens ne disent que des bêtises quand ils alignent plus de 6 mots (Qu’on se rappelle l’admiration pour Trudeau, à front renversé, pour deux phrases sur le calcul quantique) . Les forces scientifiques actuelles pourraient former en masse des gens comme les professeurs de collège qui eux auraient une position intermédiaire dans la société (en miroir de celle qu’ils ont dans le système éducatif, disons) et qui pourraient jouer un rôle d’organisation des arbitrages, ce qui redorerait au passage leur blason. Le collège est la nouvelle école publique, ….

      1. Je pense ( donc il doit me rester quelques neurones ) que même au journal de 20 heures , ça devrait décourager de l’effort de suivre , pas loin de 90 % de la population française , et à condition que les 10 % restant soient bien installés sur leur canapé .

  6. Je trouve très bien la gratuité dans les transports en commun parce que j’étais fonctionnaire. D’autres ne l’étaient pas. Imaginons qu’un indépendant se déplace pour aller à son boulot en transport en commun. Comment doit il procéder pour avoir 50% de gratuité ?

      1. Non, j’avais pensé depuis longtemps déjà qu’un service de bus dans les campagnes allant vers la gare la plus proche ou vers la grande ville où vers d’autres villes périphériques serait une innovation au service de tous et toutes et pour tous les âges (scolaires et autres).
        Il est difficilement imaginable qu’il n’y ait aucune évolution. Les campagnards ont besoins d’évoluer à la ville et avec elle parce que la ville concentre beaucoup de « services » utiles à la collectivité. Pour moi, il devient urgent de relier les campagnes aux villes et vise versa.

      2. J’espère que votre aide ménagère ne vient pas de la ville , et qu’elle habite à moins d’un kilomètre de chez vous .

  7. La logique des prolétaires d’antan est celle de la caisse collective pour protéger ceux d’entre nous qui sont atteints par l’adversité. Caisse souvent secrète et s’opposant à « l’organisme de bienfaisance des riches » pour protéger ceux etc, mais avec des critères bourgeois (était un bon travailleur, sobre, pas volage, fréquentant l’Eglise, etc.). C’était la Belle/folle époque de la bonne fortune bourgeoise et presque pas d’impôt. On avait ses pauvres, ses assistés, et on pensait qu’ils étaient plus ou moins fainéants (comme les nouvelles conceptions d’après la crise de 1979 et suivantes). Dans les mvts ouvriers, il fallait distribuer avec modération, vu la valeur des contributions bien perçues par chacun.
    En ce sens la gratuité fondée sur l’impôt est une formule vide : qui décide de la contribution de chacun, de la progressivité, quelle solidarité avec qui ? (Après Piketty, travaillons sur une fiscalité de gauche : on en parle peu, non ?).
    Et puis : combien de dirigeants PS (Belgique) ont déclaré sans vergogne et sans calcul que la gratuité des transports allait amener ces salauds de pauvres à « gaspiller le bus » ! (années 80-90, expérience de Hasselt, et réponses dans les sociétés publiques de T.E.C.). Il y a encore du boulot sur « l’indispensable », le superflu, l’entre-deux, et sur les récompenses symboliques…

    1. Il y a une solidarité heureuse qui n’a rien à voir avec la solidarité morbide et calculatrice de Piketty. C’est un fait.

      Parfois je me dis John Maynard Keynes plonge après Virginia Woolf dans un immense chant de douleur. La poésie c’est le corps jusqu’à l’engloutissement final.

      Dans notre cœur de français ( je prends l’esprit avec ) il y a aussi du Baudelaire, du Rimbaud, du Antonin Artaud, du Mozart… oui bien-sûr Mozart qui fut enterré dans une fosse commune.

      Il serait peut-être temps pour les travailleurs d’expérimenter la première, par exemple avec des artistes qui eux-mêmes restent fidèle au très fameux : Connais-toi, toi-même.

      Arrête de fabriquer de la merde avec Pôle Emploi tout en pleurant que tu es une victime d’un système, car ça, c’est ta dernière prière. Ou bien prends une quelconque carte Syndicats des victimes.

      1. Après « Poète et paysan » ,  » Poète et sans travail » ?

        Je ne vois pas ce qui a jamais pu empêcher la solidarité  » non calculatrice » .

      2. Pas besoin , j’étais , je suis , je serai poète dans tous mes états . Enfin , poète selon moi , ce qui est le plus souvent la conviction intime des poètes .

        Mais là , j’avais cru comprendre qu’il s’agissait de la relation du poète à l’autre .

        Car , pas plus qu’il ne peut y avoir d’extra-territorialité du système économique , ou des religions , ou de …. il ne peut y avoir d’extraterritorialité de la poésie qui n’a d’ humain que lorsque est le sel sans se prendre pour la soupe ( je n’ai pas trouvé de substitut poétique à « soupe » !)

      3. Selon la classification de Manfred Max-Neef avancée dans ce billet , on peut trouver la poésie au rayon loisir et au rayon créativité , soit 2 /9 du total ce qui me parait un dosage un peu fort pour saler la soupe , si on ne s’en tient qu’à la poésie pour remplir ces deux rayons .

        Je vais garder mon image du sel cependant , sans imposer de « calculs » au chef-poète .

      4. Autant pour moi , la poésie émarge aussi ( mais pas toujours ) au rayon « affection » .

        Avec 3/9 potentiels de territoires d’expression , c’est bien le diable si elle n’arrive pas à influencer le toutim .

      5. « Car , pas plus qu’il ne peut y avoir d’extra-territorialité du système économique , ou des religions , ou de …. il ne peut y avoir d’extraterritorialité de la poésie qui n’a d’ humain que lorsque est le sel sans se prendre pour la soupe ( je n’ai pas trouvé de substitut poétique à « soupe » !) »

        Décidément les guillemets et la fabrique d’État, avec un égo qui dévore l’espace, qui dit mieux au tric-trac du ciel ? Manque plus que la jalousie sociale pour parfaire le tableau de cette si belle République.

  8. Ce serait plutôt dire que  » la gratuité fondée sur l’impôt est une formule vide » , qui est une formule vide !

    Les trois questions qui suivent sont plus intéressantes , mais on ne peut pas dire qu’elles soient restées sans essais et erreurs , depuis déjà quelques millénaires . Les actualiser en conscience et sérieusement aujourd’hui , via la solidarité , aurait l’immense avantage de remettre les bœufs avant la charrue en disant le pourquoi , l’objet , la raison d’être de la société humaine ,comme déjà évoquée plus haut .

    Entre régime d’esclavage , panem et circenses , corporatismes ,compagnonnages , contrat social à la JJ Rousseau, mutuellisme , syndicalisme , associations , économie sociale et solidaire , auto-organisations spontanées plus ou moins durables , voire même ( horreur !) discussion parlementaire … on ne manque pas d’ateliers expérimentaux pour faire à la fois sens , relation , action .

    Relevant dans cette panoplie , l’affaiblissement du syndicalisme , ce qui m’inquiète profondément , c’est en fait la privatisation égoïste ( corporatiste) , la parcellisation , l’incohérence , et le non sens de plus en plus envahissant de la « prise en compte » du bien commun .

    L’agonie du travail comme élément structurant , entre autres , n’y est sans doute pas étrangère, et ça rend d’autant plus nécessaire de redonner sens à un système où la relation au mode de production de biens et de services s’effondre , alors que ces biens et services produits ne font plus sens que pour ceux qui en font de la monnaie pour la monnaie , en nous expliquant qu’ils ont décrypté l’avenir souhaitable à notre place .

    1. Si le travail par opposition au bénévolat génère essentiellement du superflu, il est logiques que dans une société capitaliste (de consommateur) tout est fait pour en crée, quitte à ce qu’ils soient « à la con ».
      Les job à la con sont la preuve de la disparition du travail, du vrai, celui qui fait/faisait société (de consommateur de biens superflus/travailleur).

      1. Pas bien compris votre toute dernière parenthèse à la place où elle est mise .

        Un bon capitaliste conclura de votre énoncé , qu’il faut et il suffit de supprimer la notion de connerie . C’est d’ailleurs ce qu’il s’évertue à faire avec succès pour pas mal d’esprits , mais il y a de la résistance vertueuse .

        Ce qui est paradoxal , car ce sont donc des gens intelligents qui défendent la notion de connerie .

  9. « Imaginons des transports en commun gratuits : allons-nous passer notre journée à faire des tours en bus ? »

    La notion de gratuité n’est pas une valeur positive dans notre système de pensée basé sur de l’échange.

    La gratuité, c’est ce qui n’est pas payant. La gratuité, c’est le « a-payant », du même « a » privatif que dans « athée » (a-thée, sans Dieu).

    L’athée était l’exception, l’orphelin de Dieu dans un système de pensée basé sur l’omniprésence de Dieu.
    Ne pas croire en Dieu n’est devenu une valeur positive qu’après nombre de « révolutions » conceptuelles dites « coperniciennes » (Kant) qui se sont produites durant un long processus de vulgarisation et de développement de sciences qui a progressivement fragilisé la notion d’une vérité divine indéfectible. Cette mort de Dieu prend des siècles pour devenir le point de vue dominant (et ce n’est pas fini).

    Combien de crises et de révolutions « coperniciennes » économiques seront elles nécessaires à ce que le gratuit ne soit plus perçu comme du simple non-payant dans notre système de pensée dominé par la notion d’échange ? C’est à dire comme une faiblesse à la merci d’opportunistes, une parenthèse bobo un peu hors du monde, une manne pour profiteurs, feignants…

    C’est pour cela que la possibilité d’un revenu minimal d’existence, même co-produit par le fait que les rentiers veulent plutôt aujourd’hui se débarrasser de la charge d’être patron, me parait une hypothèse politique de travail bien naïve aujourd’hui.

    En effet, quand bien même une prise de conscience politique quant à l’urgence et la nécessité de pallier à l’effondrement de notre civilisation faisait consensus (on prend le chemin inverse), les lobbyistes, prêtres féroces de la nouvelle religion économique, laisseraient ils faire sans réagir ?

    Il est urgent de commencer par le début, c’est à dire mettre en échec la pensée utilitariste, y compris dans ses éléments que l’on retrouve chez Marx. C’est assez facile à dire et même à penser, mais comment faire ?

    1. Commencer par n’user que d’un discours compréhensible par tout un chacun , croyant ou athée . Vous perdez les 95 % de l’assistance en appelant Copernic et Marx à la barre .

      Pour ce qui est du revenu universel , je crois que le taulier , après un temps d’esprit brouillé par enthousiasme fraternel , est assez clair sur ses préférences gratuitophiles ..

    2. « La notion de gratuité n’est pas une valeur positive dans notre système de pensée basé sur de l’échange »
      Ah ben c’est ça, pour pas mal de choses, faudrait tendre le plus possible vers:
      « La notion d’échange n’est pas une valeur positive dans notre système de pensée basé sur la gratuité » ! 🙂
      Il y a du chemin à faire…

    3. Mon dieu, le revenu universel d’existence, qui défend ce machin aujourd’hui ? Balancer 400, 600 ou 800 euros aux travailleurs comme si c’était des chiens, avec les moyens de production qui sont les nôtres aujourd’hui, franchement faut avoir une vision rétrograde de l’histoire et du progrès : la bourgeoisie est capable du pire. Je puis vous assurer qu’en Inde, ils en ont par dessus la tête des castes. Et je reste poli.

  10. Je viens de lire les dernières nouvelles du site http://www.greekcrisis.fr/ , qui figure dans le blog roll d’ici. Lecture très agréable au demeurant mais je m’inquiète.

    Un exemple : http://www.greekcrisis.fr/2018/10/0688.html#deb du 20 Octobre. Ouh la-la ! (Ou-la est réservé à mon côté anti-démocratique (?)), quel festival !
    Voyez plutôt :
    1) Soros, oui le même Soros évoqué ici récemment ( https://www.pauljorion.com/blog/2018/06/15/et-si-on-sauvait-leurope-par-george-soros/#comment-662883 ), décrit comme corrupteur de certains politiques grecs dans plusieurs affaires pas nettes dont celles de Macédoine, très sensible aux grecs.
    2) Une ode à l’Italie, populiste en diable, perçue favorablement.
    3) A l’appui de la thèse d’une Italie salvatrice, un très long extrait de Jacques Sapir, l’ami de Poutine et habitué de RT, ex Russia Today.
    4) « Bruxelles » assimilé à « Berlin » et « Francfort ». Mais oubli de rappeler le rôle de l’Allemagne comme bourreau de la Grèce et des sommes qu’elle devait à titre de compensation, assez pour « sauver » la Grèce du désastre qui se confirme.
    5) Une condamnation des orientations « écologistes »de GreenPeace.
    6) Refus du progrès, passéisme… Refus du progrès, passéisme… Refus du progrès, passéisme…
    7) François Hollande, habillé en hussard noir furtif, la bannière étoilée au vent et petite main stipendiée des USA, Obama regnante.

    On en conclura qu’une situation économique difficile à des conséquences sérieuses sur le mal-être d’une société et de ses membres. Une autre conclusion, peut-être ?: Un petit pays est le jouet des grands. Une troisième ?: Petits pays, ne vous endettez-pas!

    A toute fin utile : Ces textes sont informatifs . J’approuve et suis de tout cœur avec Panagiotis Grigoriou.

      1. « Blog de Panagiotis Grigoriou vaut mieux que blog de Paul Jorion ? »

        Je ne répondrai qu’en présence de mon avocat!

        Vive la diversité. Pas de classement , arbitraire en l’état. Ils ne jouent pas dans la même cour. Ce qui permet de célébrer à nouveau l’ouverture et la bienveillance de Paul. Avez-vous remarqué combien le blog (semble-t-il unidirectionnel) du Yéti est lui aussi hors des chemins de la bien-pensance paulinienne?

    1. Un oubli.
      Des expériences renouvelées sur la longue durée de la cruauté d’un chat face à une musaraigne ou des oisillons tombés du nid font que je ne peux approuver la présence constante de chats sur ce blog, adespotes ou pas. Y’a une limite à tout. Restons positifs : vive les oiseaux! Ils ont besoin de notre protection… La Grèce aussi, et beaucoup d’autres. Les chats ? En civet quand les temps seront venus…

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