Élections US : quelles conséquences ?, le 7 novembre 2018 – Retranscription

Retranscription de Élections US : quelles conséquences ?, le 7 novembre 2018. Merci aux retranscripteurs ! Ouvert aux commentaires.

Bonjour, nous sommes le mercredi 7 novembre 2018, et comme vous le pensez bien, je vais vous parler des élections qui ont eu lieu hier aux États-Unis, les élections de midterm, c’est-à-dire à mi-mandat pour le président des États-Unis, M. Donald Trump.

Alors, qu’est-ce qui s’est passé ? Les Démocrates l’ont emporté à la Chambre des députés – au Congrès. Ils ont gagné 27 sièges, ce qui leur donne une majorité désormais de 220 par rapport à 193 pour les Républicains. Les Démocrates ont perdu deux sièges au Sénat et ils sont désormais en minorité par rapport aux Républicains, ce qui était déjà le cas, mais l’écart s’est creusé puisqu’ils ont 45 sièges contre 51 pour les Républicains. Et les Démocrates ont gagné sept sièges de gouverneur mais ils sont toujours dans la minorité, si vous voulez, puisqu’ils ont 22 postes de gouverneur contre 25 pour les Républicains.

Alors, tous les journaux, américains, français et autres, se posent la question : « Que vont faire les Démocrates avec leur majorité au Congrès mais leur position déficitaire au Sénat ? » Et si vous avez suivi mes petites vidéos et mes petits rapports sur la situation aux États-Unis, vous savez qu’on ne peut pas savoir la réponse, on ne peut avoir une idée de ce qui va se passer maintenant, parce que tout dépend de tout à fait autre chose, et vous savez ce que c’est : tout dépend de la commission de M. Mueller.

Alors, pourquoi est-ce qu’on n’a pas entendu parler de M. Mueller depuis la fin de l’été ? Eh bien, parce que M. Mueller, à la tête de sa commission pour savoir quel est le rôle exact de la Russie dans ses ingérences dans la politiques américaine, M. Mueller a respecté un usage qui est de ne pas donner de publicité pour des enquêtes de ce type en période électorale. Et par conséquent, pendant les mois qui se sont écoulés – septembre, octobre et quelques jours en novembre – M. Mueller n’a plus rien dit. Mais ceci dit, nous savons par ailleurs qu’il a en sa possession tous les documents de l’avocat personnel de M. Trump, il a tous les documents du comptable de M. Trump sur ses affaires, il a aussi, de son côté désormais, prêtes à témoigner, les personnes qui ont étouffé les affaires autour de M. Trump dans la presse de caniveau : dans le National Enquirer, et il a aussi de son côté un ensemble d’autres personnes dont M. Paul Manafort, qui est prêt à témoigner sur les ingérences russes dans la politique américaine. Par conséquent, on ne peut rien dire de ce qui va se passer si l’on ne voit pas d’abord les prochains mouvements, les prochains gestes qui seront posés par M. Mueller, qui est peut-être prêt à déposer ses conclusions.

Alors, pour qu’il y ait impeachment, vous le savez, c’est-à-dire destitution du président, il faut qu’il y ait des majorités qui se dégagent à la Chambre et au Sénat, et en particulier une majorité des deux tiers au Sénat. Mais tout va dépendre, vous l’imaginez bien, de la gravité ou non des accusations qui seront faites à l’égard de M. Trump. Alors, tout se présente bien pour les Démocrates puisque ce sont eux qui recevront, à la Chambre par priorité, le rapport, et qui pourront prendre l’initiative des choses à faire. Mais tout dépendra, aux yeux de l’opinion publique, de la gravité des faits qui sont reprochés à M. Trump.

Alors, vous le savez, M. Trump prépare le terrain depuis deux ans, durant la première moitié de son mandat, en parlant de fake news, de choses qui ne sont pas vraies, que la presse ne dit que des mensonges, que M. Mueller dira sans doute des mensonges, etc. Il l’a répété à longueur de journée. Il a bien compris la stratégie d’autres dictateurs avant lui – de MM. Mussolini, Hitler et compagnie – qu’il s’agit de répéter à l’infini des choses qui sont fausses, qu’on finira par introduire la confusion, et qu’au moment ou M. Mueller, en particulier, remettra les conclusions de sa commission, M. Trump pourra dire vis-à-vis de ses supporters : « Je vous l’avais bien dit que c’étaient des fadaises, que tout cela ne tient pas [la route]. Et regardez d’ailleurs ce que disent le New York Times, le Washington Post et l’ensemble des journaux : ils répètent que M. Mueller a sans doute raison, mais je vous l’avais prédit d’avance. » Et à ce moment-là, il se tournera bien entendu vers ses supporters, et là, de ce point de vue-là, il est important que, manifestement, il y a eu une rébellion au moins partielle dans la population, et qu’on a vu apparaître du côté Démocrate, et ça c’est une nouveauté, des candidats qui se situent carrément à gauche. Le Parti démocrate dans l’ensemble, vous le savez, est plutôt à gauche par rapport au Parti républicain, mais sont apparus lors de ces élections-ci des représentants de minorités, en général des femmes avec des positions, qui s’affirmaient parfois même socialistes, ce qui, aux États-Unis, est un mot extrêmement violent par rapport au contexte général.

Alors, on a donc, du côté des Démocrates, des gens qui sont carrément plus à gauche. Ce sont ces gens-là qui recevront les conclusions de M. Mueller, qui travaille donc depuis pas mal de mois et qui, comme je vous l’ai dit, a accès à des documents qui sont d’une telle nature : comptabilité totale, toutes les discussions entre M. Michael Cohen et M. Trump – M. Michael Cohen qui s’est affiché maintenant, de manière systématique, avec des gens de gauche pour montrer où il se situe au sein de l’opinion désormais. Qu’est-ce que M. Mueller a trouvé là-dedans ? Qu’est-ce qu’il a entendu dire de M. Manafort, qui est quelqu’un qui a défendu les intérêts russes depuis très longtemps, en particulier en Ukraine, et qui pourrait être l’intermédiaire privilégié d’une collusion véritable entre la Russie et les États-Unis ?

Alors, que vont faire les Démocrates ? On ne peut absolument rien en dire jusqu’à ce que M. Mueller dépose les conclusions de sa commission, et c’est à partir de là que l’on pourra voir ce qui se passera, et comment l’opinion publique se comportera au cas où les accusations sont extrêmement graves. Je vous avais signalé au fil des mois, de ce qu’on a pu voir, de la manière dont M. Mueller se comportait, qu’il essayait d’étayer tout ce qu’il faisait avec une immense précision, en essayant manifestement de déstabiliser des gens qui seraient systématiquement aux côtés de M. Trump, et en particulier les parlementaires qui l’ont soutenu de manière inconditionnelle, en parlant comme lui de « chasse aux sorcières » de manière systématique. Mais, devant des rapports extrêmement étayés, devant des personnes comme le comptable, comme l’avocat, qui devront déposer devant des jurys, éventuellement dans de véritables procès, comment se comportera l’opinion ?

On avait vu, [qui] a servi de test, le cas de M. Manafort, où on avait vu en particulier une femme appartenant au jury et qui se présentait comme une supporter radicale de Trump, qui avait jugé cependant que M. Manafort était coupable, c’est-à-dire que M. Mueller a mis en place un système où il est très difficile, même pour des supporters inconditionnels de M. Trump, de réfuter les arguments qui sont présentés, et en particulier toutes les preuves qui, dans un cadre juridique de type traditionnel, peuvent être apportées à la barre et qui convainquent quand même un jury, même acquis de manière générale aux positions de M. Trump, qui obligent ce jury à ne pas pouvoir réfuter des faits irréfutables, la notion de vérité revenant à l’avant-plan dans le cas de procès et où il n’est plus question de fake news ou que les faits sont relatifs ou qu’on peut dire ce que l’on veut. Contrairement à ce que prétend M. Trump, les représentants d’un jury populaire doivent s’en tenir aux faits, et comme vous le savez, on compte sur la pression qui sera exercée des uns contre les autres pour arriver à une opinion unanime, où seront éliminés les opinions minoritaires de gens qui nieraient qu’il existe encore une vérité, qu’on est dans un monde de la post-vérité, etc.

Alors, que va-t-il se passer ? On ne peut rien en dire jusqu’à ce que dans les jours suivants, M. Mueller sorte les lapins de son chapeau et nous dise exactement ce qu’il a pu trouver.

Voilà, allez, à bientôt.

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19 réflexions sur « Élections US : quelles conséquences ?, le 7 novembre 2018 – Retranscription »

  1. Bonsoir,
    Si il y a du fond dans cette affaire alors les Démocrates et les Républicains s’en serviront pour « neutraliser » Trump et l’empêcher de se représenter en 2020, cela n’ira pas plus loin….Les politiques américains ne vont pas prendre le risque d’enrayer la machine économique avec un « impeachment ». C’est un monde cynique dans lequel on vit. Les méchants ne perdent pas toujours à la fin du film. Amérique ou pas le business primera sur la morale!
    Bien entendu, si Trump déclenche une guerre économique (étant donné que maintenant il ne peut plus être présent que sur les affaires extérieures puisque les affaires intérieures seront bloqués par la Chambre des Représentants à majorité Démocrate) alors là il sera lâché!
    Maintenant dans le cas où cette affaire se révélerait « creuse » alors Trump sera un candidat sérieux pour sa réélection.

    1. Paul ou M.e Irma ?

      « On ne peut rien en dire », selon notre hôte.
      A mon avis, vous n’avez pas assez poli votre boule de cristal.
      De quelque façon dont on retourne la question, c’est soit blanc , soit noir. Si c’est pas blanc, ce sera noir . A moins, -gros suspense-, que ce soit l’inverse. Haletant, non? Y’a le niveau Café du commerce et le niveau juste en dessous, celui du joueur de foot: ‘Y’zont gagné, mais s’y’zavaient pas gagné, on aurait pas perdu’

      Ces spéculations ne sont pas de celles qui seraient frappées d’interdiction. Quoique…

      1. Quel mépris vis à vis des joueurs de football!
        Eux au moins, ils ont atteint un niveau d’excellence dans leur domaine. En est-il de même pour vous?
        Bonne journée

    2. C’est aussi ce que je redoute. Au lieu de mettre le capitalisme financier et publicitaire sur la sellette, les américains vont continuer à se tromper de cible. Ils ne comprennent plus rien à ce qui leur arrive, et ils sont maintenant prêt à enfourcher n’importe quelle explication irrationnelle pour expliquer leur déboires.

      Aujourd’hui, les américains font encore confiance à cet espèce de « père fouettard publicitaire  » (Trump), pour sauver le capitalisme, parce qu’ils pensent qu’il peut tordre le bras du marché, pour le remettre au service du citoyen américain… quelle illusion ! C’est tragique.

      Quand Trump aura fini de distraire tapageusement (c’est finalement tout ce qu’il sait faire), le problème restera entier. Il est aussi triste de voir les commentateurs, même les plus brillants d’entre eux, comme les journalistes du New York Times entrer tête baissée dans son jeu. (doc sur Arte, la semaine dernière)

      Vincent Rey, findutravail.net

  2. Hors sujet, mais en cette période de commémoration du 11 /11/1918, et une espèce potentiellement en survie, un article ‘splendide’ (private joke ) de Jean-Luc Porquet dans le Canard Enchaîné du 7/11, bonne lecture :

    « De notre vivant »

    Parfois, on se demande comment les gens vivaient pendant cette guerre 14-18 dont on célèbre actuellement le centenaire de l’armistice.
    Quel était l’état d’esprit des 38 millions de Français de ce temps-là ?
    Comment pensaient-ils, aimaient-ils ?
    De quoi parlaient-ils, alors que n’en finissaient pas d’en finir la première Grande Boucherie industrielle ?
    Les historiens ont beau multiplier analyses et témoignages, on sent bien que nous échappe cette chose impalpable, fugitive, insaisissable: l’air du temps.
    La semaine dernière, dans son dernier rapport « planète vivante » sur l’état de la biodiversité mondiale, le WWF a révélé que 60% des animaux sauvages avaient disparu au cours des dernières quarante -quatre années.
    Un effondrement du vivant sans précédent (il faut remonter à la cinquième extinction, il y a 65 millions d’années, pour en trouver un aussi massif).
    Une Grande Boucherie, là aussi. D’un autre genre, bien sûr, mais cette terrible guerre menée contre le vivant ne menace-t-elle pas l’humanité à plus ou moins long terme ?
    Beaucoup le disent, notamment les collapsologues…
    N’en doutons pas, les historiens du futur se gratteront la tête en pensant à nous.
    Ils s’interrogeront: à quel point cette catastrophe les préoccupait-elle ?
    Était-elle dans leurs conversations quotidiennes, leurs songeries, leurs rêves ? À quel point étaient-ils dupes de la propagande officielle (mais non, voyons, ce n’est pas une boucherie, et de toute façon la victoire est au bout du fusil) ?
    Bien sûr, ces historiens rappelleront les cris d’alarme qui se sont succédés, ces dernières décennies: le livre de Rachel Carson, en 1962, qui dénonçait les premières hécatombes dues aux pesticides; le rapport du Club de Rome, en 1972; le premier livre titré « la sixième extinction », par le paléoanthropologue Richard Leaksey, en 1995; la fameuse phrase de Chirac sur la maison qui brûle, à Johannesburg, en 2002; le deuxième grand livre titré « La sixième extinction », d’Élizabeth Kolbert, en 2015… et tous ces rapports qui s’accumulent sur la disparition de la biodiversité en général et en particulier, toutes ces listes d’espèces en voie d’extinction (l’UICN en dénombre aujourd’hui 26 197).
    Quel effet cela leur faisait-il, se demanderont-ils, de voir de leur vivant les moineaux déserter les fils électriques, les tritons et les salamandres disparaître des rivières, les abeilles mourir en masse, les campagnes se vider de leurs insectes et les rivages de leurs poissons ?
    Et de savoir que ces disparitions n’étaient que les signes visibles d’un effondrement planétaire ? Pourquoi ont-ils tant tardé à signer l’armistice ?
    Peut-être ne se rendaient-ils pas compte qu’ils étaient en guerre ?
    Les historiens chercheront désespérément à retrouver l’air du temps qui est le notre. Et jamais ils ne le sauront vraiment. Nous avons sur eux cette supériorité: ca se passe de notre vivant !

    Jean-Luc Porquet, rubrique ‘plouf’ 7/11/2018.

    1. Merci

      Peut on dire que la folie de l’homme réside dans le fait –
      qu’il sait cette chose horrible terrifiante et d’une immense tristesse, mais sa seule révolte consiste à essayer de propager la Sinistrose.

      Un ou plusieurs mal Alpha ( non climatoseptique )pour rétablir un Équilibre ? Trop c’est trop.

      L’homme, l’animal inconséquent.

    2. Merci, François.

      Personnellement, il me semble que Paul accorde trop d’importance au facteur Trump. Celui-ci a clairement une influence négative sur le sujet principal l’effondrement écologique, mais seulement à la marge.

      La sortie des Etats-Unis du traité de Paris est évidemment un très mauvais coup, la sortie du traité avec l’Iran fait apparaître un risque non négligeable de nouvelle guerre au Moyen-Orient dans laquelle Trump, nouveau Guillaume II, pourrait se laisser entraîner par son entourage militariste et ses faiblesses de caractère. Tout cela est très négatif, et on ne peut qu’espérer que les Démocrates sachent se rallier en 2020 à un candidat conscient de l’enjeu écologique, pacifique et indépendant des forces d’argent. La destitution de Trump est pratiquement impossible puisqu’elle nécessiterait l’approbation des deux tiers dans un Sénat où la majorité est républicaine, mais des trouvailles embarrassantes de Mueller aideraient certainement à couper les ailes à une deuxième candidature Trump.

      Reste que le principal émetteur de gaz à effet de serre est la Chine, reste que le traité de Paris était largement en carton-pâte – objectifs facultatifs seulement, exemption de la Chine pendant plus d’une décennie – ce qui est d’ailleurs la raison pour laquelle il a pu être signé. C’est donc que les blocages sont bien plus lourds et plus ancrés que le seul facteur Trump et ne se situent d’ailleurs pas tous aux Etats-Unis – très loin de là.

      Reste que les solutions techniques pour continuer à avoir un niveau de vie décent tout en cessant de détruire la nature n’existent pas à ce jour. L’absence de programmes massifs de recherche pour passer l’obstacle technique n’est pas due à Trump, sa retraite politique ne les fera pas non plus apparaître comme par enchantement. L’aveuglement sur cette situation est bien plus complet, bien plus répandu que le seul cas du président des Etats-Unis.

      Les blocages et les aveuglements ne doivent pas grand chose – je n’ai certes pas dit « rien du tout » – à l’actuel locataire de la Maison Blanche. Tenter de les combattre est ce que fait Paul tous les jours depuis de nombreuses années. Je suggère qu’accorder trop d’importance à un facteur somme toute secondaire de ces blocages et aveuglements est une diversion de son combat principal.

      1. « Reste que les solutions techniques pour continuer à avoir un niveau de vie décent tout en cessant de détruire la nature n’existent pas à ce jour »

        Si si !

        Simple et bon marché:
        Coitus interruptus – préservatif – pilule – éducation (des filles surtout) – suppression des politiques natalistes etc..

      2. hadrien,
        à 15 000 000 000 de nées comme vous, on peut encore vivre à l’aise.
        Certes il faudrait vivre à la façon des Elfes Sylvains pour du long terme-
        mais votre remarque prouve que vous pouvez prendre une légère partie d’une pseudo solution pour la grossir et croire que c’est la seule.
        Attention ceci pourrait vous jouer des tours en passant à côté d’une multitude de choses subtiles et exaltantes.

      3. @Jacquot @PaulJorion

        Medellín, le 9 novembre 2018

        1. Merci à Jacquot pour ses commentaires sur le suivi critique des actions du Procureur Mueller que Paul Jorion a réalisé ces derniers mois et son rapport en français pour un public francophone.

        2. Les propos de Jacquot sont très proches des propos relativisants tenus par le professeur Immanuel Wallerstein ces deux ou trois dernières années à l’égard de l’actuel président américain élu par une minorité, un homme qui doit son  » élection  » exclusivement à un système absurde et dépassé avec un collège électoral. Un système qui, en soi, trouve ses racines dans les horreurs laissées à l’humanité par la France depuis la soi-disant ¨Révolution française¨. Une révolution qui a fait plus de mal que de bien, comme le montrent tous les systèmes à caudillos, partout dans le monde. Je ne vous donnerai pas d’exemples de ce changement. Il est clair, cependant, qu’il convient que les Français modèrent leur ton lorsqu’il s’agit de prendre la mesure démocratique à d´autres personnes et / ou systèmes. Qu’on se libère en premier lieu en France de ses propres erreurs systémiques et historiques.

        3. Peut-être un bon moment pour faire écouter un son complètement différent.

        Selon l’opinion populaire, Paul Jorion a capturé le caudillo Donald T, président minoritaire, précisément à la queue sensible. Une queue sensible qui n’est pas seulement d’intérêt à court terme, mais simultanément d’intérêt à moyen et long terme. M. Wallerstein a tout à fait tort de penser que la situation ne changerait pas grand-chose si Trump était écarté de la scène. À son avis, ce serait même très mauvais, car nous aurions alors M. Pence, (et/ou, la distinction de Hillary Clinton n’aurait pas été tellement grande).

        4. Wallerstein et Jacquot ignorent un certain nombre de facteurs essentiels.

        * Tout d’abord, il est vrai que M. Trump est manifestement et spontanément explicite, passant sciemment et délibérément d’un président qui a été maintenu sur la bonne voie par des freins et contrepoids, étape par étape, à devenir un dictateur incontrôlé.
        * Deuxièmement, M. Trump confie de facto de nombreuses tâches d’État à son gendre et à sa fille,
        et
        * troisièmement, M. Trump mine le secteur public en érodant les ministères et en les rendant largement vulnérables à l’effondrement par des destructions financières extrêmes.

        La recette classique qui, par exemple, dans les années 1980 et 1990, a conduit le ministère de l’Agriculture du Pérou à avoir, dans les années 1990, un seul employé supplémentaire en plus du ministre, à savoir le portier. (source : oratie prof M.V. Vellinga, Université d’Utrecht 15 novembre 1996, https://profs.library.uu.nl/index.php/profrec/getprofdata/2098/34/182/0).

        Ce qui veut dire, dans une ‘actor oriented analysis’, les risques systèmiques dans lesquels se trouve la terre, l’humanité, connait bien sur aussi un aspect de ‘personnes touchables’, ce n’est pas une question de s’adresser à la STRUCTURE ou le SYSTEME seulement. Ce système a un visage touchable maintenant.

        5. La communauté mondiale court le grand risque d’un coup d’État rampant et épuisant aux États-Unis, mené par un groupe de personnes de confiance autour d’un caudillo, possédant des armes nucléaires et n’empêchant manifestement plus son mépris pour la presse, et même appelant indirectement à des interventions violentes contre la presse, et errant pour la diversité des opinions, et demandant sans honte le nationalisme, le rejet de l’étranger.

        La porte d’entrée d’une variante de la longue tradition fasciste n’a pas seulement été visiblement organisée pour tous par la personne de D.T., mais elle est maintenant soutenue par un grand groupe de vassaux et de partisans qui ne manquent pas d’imposer leur voix minoritaire aux autres avec une grande force et, si nécessaire, de force.

        6. Arrêter le bulldozer fascistoïde, qui rugit maintenant fort aux États-Unis et qui est prêt à passer à autre chose, n’est pas seulement une question qui concerne la personne de D.T., mais aussi les membres de sa famille et ses laquais qui lèchent.

        7. Traiter monsieur D.T. avec des gants de velours, et avec crainte, ne l’aidera pas à réduire sa fureur et à l’arrêter. En ce sens, le commentateur Simon Jenkins dans The Guardian d’aujourd’hui, passe complètement à côté de la question (re : https://www.theguardian.com/commentisfree/2018/nov/09/trump-us-president-the-left).

        8. L’approche prudente et professionnelle du Procureur Mueller, est à la fois de facto et de jure une continuation des enquêtes précédentes envers les gens autour de Cambridge Analytica. Avec, comme nous le savons, des succursales dans le monde entier, comme en Argentine (Macri), au Brésil (Bolsonaro) et en Colombie (Duque). Le rôle d’Aznar, un homme qui, avec l’idole française Sarkozy et Obama, est responsable de la terrible action en Libye, ne cesse également de surgir. Une intervention qui a ensuite mis le feu à toute la région, jusqu’à la tragédie en Syrie et au Yémen, avec toutes ses conséquences pour l’Europe. On a érodé, ERGO, les positions de Stefan Löfven et d’Angela Merkel quant à l’agenda social de l’Europe et bien sûr co-causant le Brexit, avec des acteurs français, espagnols et américains.

        Il en est résulté un certain nombre de types d’Orban, qui ont été formés (¡!) plus tôt grâce à l’Union européenne (pensez à la critique de Juncker dans ce sens.).

        9. Bref, ma position est que Paul Jorion fait exactement ce qu’il faut. C’est-à-dire, mettre le coup de poing sur le groupe autour du dictateur qui, des ailes latérales, s’est mis en pleine lumière, avec les membres de sa famille et ses courtisans servile et fidèle.

        10. S’attaquer au président minoritaire D.T., c’est s’attaquer au groupe qui l’entoure (a.) et (b.) le système pourri et démodé d’une chambre des délégués et d’un sénat. Un système qui empêche aussi en France de surmonter les horreurs de la Révolution française et qui continue de produire des ‘coups d’état permanents’, des caudillos, aussi dans la forme de ‘après moi, ce ne sont que des agents comptables’….

        11. L’Allemagne et la Suède, avec leurs parlements monocaméraux forts, montrent au monde entier comment y parvenir.

        B.à.v. toutes et tous,

        JL

  3. Le vœu qu’on peut faire, c’est que l’action de Mueller contribue à renvoyer Trump à ses entreprises et à son hiver « managérial », mais surtout contribue , par le chemin suivi , à réconcilier les américains entre eux et avec le monde .

    1. « réconcilier « , oui. Cependant le mal est profond.

      https://www.theguardian.com/commentisfree/2018/nov/09/us-democracy-trump-white-rural-minority-majority
      Extraits:
      « les pères fondateurs ont délibérément décidé de rendre le Sénat non démocratique, voire antidémocratique »
      Bush élu contre Al Gore et Trump contre H. Clinton alors qu’ils étaient minoritaires en votes.
      « Crise constitutionnelle »

      Espérons qu’ils s’en tirent mieux que nous: 11 ou 12 constitutions ou institutions, parfois baroques, en 220 ans, presque toutes initiées par actions extérieures, essentiellement défaites.

  4. Donald Trump n’ira pas au cimetière américain du Bois Belleau. En raison du mauvais temps qui touche la majeure partie de la France ce samedi 10 novembre, le président a annulé sa visite sur ce lieu mythique de l’histoire des Etats-Unis et de l’armée américaine, a annoncé la Maison Blanche. « En raison du mauvais temps, l’hélicoptère du président américain ne peut pas atterrir » (AFP)
    Elle est belle la première puissance militaire mondiale 🙂

    1. En l’occurrence, il s’agit de son dirigeant, qui fait montre d’une stupidité crasse en même temps qu’il inflige une humiliation à la mémoire des vétérans américains.

      Il est vrai que le Donald, qui s’est fait réformer au moment de la guerre du Vietnam arguant d’une excroissance osseuse au pied apparue pour l’occasion et dont on n’entendit jamais plus parler ensuite, n’est pas précisément un soldat dans l’âme…

      Il est « fana mili » uniquement quand il s’agit de regarder les défilés ou de se rengorger des galonnés qui l’entourent.

      En américain, on appelle ça un « chickenhawk » je crois. Un faucon-poule-mouillée.

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