Le Monde : Pourquoi le quotidien d’un couple de « gilets jaunes » dérange des lecteurs

Ouvert aux commentaires.

Une nouvelle formule qui me vient à la lecture de cet article du Monde qui soulève des questions essentielles : vous le proposer simplement à la discussion ici pour faire avancer le schmilblick.

Pourquoi le quotidien d’un couple de « gilets jaunes » dérange des lecteurs

Le portrait, dans « Le Monde », de jeunes parents mobilisés dans le mouvement a suscité un déluge de commentaires désobligeants à leur égard.

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118 réflexions sur « Le Monde : Pourquoi le quotidien d’un couple de « gilets jaunes » dérange des lecteurs »

  1. Pourquoi proposer à la discussion ? Parce qu’après avoir parlé de collapse à propos du Brexit, puis ce matin à propos de la crise abyssale aujourd’hui aux États-Unis, je lis cet article et – non pas que je n’étais pas au courant – mais la polarisation de la France également entre deux mondes qui ne comprennent plus rien à la manière dont l’autre fonctionne, et raisonne, est lisible là noir sur blanc.

    1. J’y rajouterais un troisième monde, celui des plus pauvres, RSA, chômeurs à vie sans espoir, sans avenir, qu’on a peu vu aux rond-points. Le mouvement des Gilets Jaunes exprime aussi la peur et le refus de sombrer dans ce monde là.

      1. Je signe plutôt ça , car s’il n’y avait que deux ( ou trois ) « mondes » , les solutions seraient déjà trouvées .

        L’avantage des familles nombreuses , c’est qu’elles abritent la panoplie des mondes avec leurs causes et leurs effets .

        Et parfois , avec le temps , quelques solutions fragiles pour garder les têtes en dehors de l’eau dans l’urgence immédiate et la variété des bouées . Quelartpierre comprendra sans doute le mieux .

      2. Au chômage sans avenir? Mais c’est au contraire l’avenir de tous (ou du plus grand nombre). La question devrait être à ce stade quel mode de vie à inventer pour vivre dignement dans ces conditions? Pour peu encore qu’on croit que le consumérisme/productivisme soit un mode de vie si digne que ça, une fois toutes vanités mises à part.

      3. @arkao
        Le ‘tiers’ ou le ‘quart’ monde quoi… Ceci dit je connais des chômeurs pas vraiment désespérés et relativement occupés, ce qui explique peut-être cela… 😉
        Ah, thème cher au blog, la grande complexité de la société !

      4. Oui. Toutes ces calculs d’apothicaires n’ont pas d’intérêt, une fois qu’on a compris qu’il est question d’espoir. La classe moyenne a compris la résignation générale devant l’augmentation de la précarité, et elle a décidé de relever la tête…que ces soucis financiers soient réels ou seulement ressentis n’entre pas en ligne de compte.

        Il y a un effort de VERITE à faire, vis-à-vis des « gilets jaunes », en premier lieu, exposer de façon détaillée le détail du budget de l’état, et montrer que la dette publique et le chômage de masse sont liés.

        Autrement dit cesser de jouer les « gros bras », et avouer que le capitalisme se joue maintenant des Etats, en tenant les peuples à la gorge, et qu’il continuera de faire jusqu’au dernier stade de décomposition sociale et environnementale. C’est ce qu’E. Macron aurait pu faire au G20 en Argentine, s’il avait été un homme d’Etat, puisque le monde entier s’interrogeait, les yeux braqués sur la France. Il n’est peut-être pas trop tard…

        Cet effort de vérité devient urgent, pour éviter cette polarisation déjà bien engagée évoquée par P Jorion : c’est ce que j’ai tenté de faire dans mon article intitulé : 1973-2018 : la France « en marche » vers la désintégration sociale…

        Vincent Rey
        findutravail.net

    2. Voici ce que m’inspire cet article du monde

      Quand la caste juge ces salauds de pauvres
      Quand la caste ne jure que par la croissance et la consommation reproche aux pauvres de consommer
      Quand la caste ne fait rien voire même favorise tous les profits de l’agroalimentaire et reproche aux pauvres d’aller consommer la malbouffe Macdo
      Quand la caste pollue avec des 4×4 en centre ville et reproche aux pauvres des voitures pourries qui polluent
      Quand la caste accuse la SNCF, les cheminots etc de la rage pour mieux la mettre HS et que les pauvres sont obligés de prendre leurs voitures pourries
      Quand la caste fait de nombreux enfants qui fréquentent les écoles privés… et reproche aux pauvres leur famille nombreuse et le montant des allocations familiales…
      Quand la caste fait croire que pour exister il faut consommer et reproche aux pauvres de consommer « bêtement »
      Quand la caste qui sait très bien compter et tout faire pour ne pas payer d’ISF etc et reproche aux pauvres de ne pas savoir gérer un budget…
      et on pourrait continuer…

      1. « Quand la caste » dépense des sommes folles en publicité pour pousser à la consommation qu’on suscite et reproche en même temps »…
        pour un peu, la caste offrirait volontiers des téléviseurs pour continuer à dispenser ce code de bonne conduite !

    3. Ces commentaires me font penser à Swift : » Les pauvres ont beaucoup d’enfants et rien à manger ,qu’ils mangent leurs enfants . » J’ai vraiment l’impression que nous sommes revenus au XVIII eme siècle . Il y’ a ceux qui n’ont fait l’effort que de naître et ceux que l’on méprise . Et comment voulez vous que cela se termine ?

  2. Bonjour et merci M. Jorion d’ouvrir à la discussion, cette polarisation qui prend en otage autant cette « famille » de « gilets jaunes », dont le courage « devrait » à en croire « l’ambiance » se retourner contre elle, que les clichés qu’elle subit, n’en demeure pas moins humiliants pour les oublié.e.s, « invisibles », et d’une partie de ce mouvement, et des « donneurs de leçons de morales »… Si je puis me permettre d’espérer ne pas être hors sujet j’ai envie de répondre avec un commentaire fait en réaction d’un article du dernier rapport de l’Observatoire des inégalités en France…

    « Deux millions de personnes vivent avec moins de 700 euros par mois. Plus de 300 000 vivent dans des logements indignes ou à la rue. La France est l’un des pays les plus riches au monde, mais notre pays est loin d’avoir éradiqué la misère. » https://www.inegalites.fr/La-misere-persiste-en-France

    « Bientôt, lorsque la « compétitivité » des croissances démographique, feront s’affronter plus que « l’ancien monde » par rapport au « nouveau », plus que la richesse occidentale face à ses non repentis du colonialisme… il en seront à prendre un seuil du niveau de vie médian encore plus petit que celui de 40% pour finir par démontrer tout et son contraire, comme par exemple que la pauvreté n’est pas si nombreuse et grave… « en même temps » que d’afficher des « bons sentiments »… Habituellement il y a une bataille entre le seuil à 50 % – touchant plus de 5 millions de personnes – et celui à 60 % – impactant plus de 8,9 millions de Français… soit 14,2 % de la population – du niveau de vie médian en France…

    Comme s’il était question d’avoir de la « chance » de vivre beaucoup mieux, avec 1015 euros/mois, comparativement à 855 ou 700 euros/mois, l’idée générale de la « pensée complexe » résume t-elle qu’il faut bien être le riche d’un pauvre, au lieu de s’en prendre aux maux, inégalités, délitement démocratique, etc, que causent le capitalisme financiarisé à outrance… et les politiques assistant les « premiers de cordées »…?

    Mais quelque part cette technocratisation comptable des inégalités, de la misère, n’est-ce pas comparable à certaines révélations de testes trichés, fraudés, par des constructeurs auto, quand ces même testes ont été eux même découverts comme falsifiés, ne prenant pas en compte les situations réelles d’émission de gaz polluant et à effet de serre…?

    Le pire c’est qu’avec cette manière de « jouer » avec les statistiques, indicateurs, sur la souffrance et misère, en essayant de ne pas trop les déshumaniser, désensibiliser, on fait croire que le chômage (catégorie A) recul, alors que la vie réelle, vécue par les chômeur.e.s (dont seulement la moitié est indemnisée, pour les inscrit.e.s, excluant donc le statut de « fin de droit ») travailleur.e.s pauvres, précaires, démontre que plus de 80 % des embauches sont des « boulots de merde » (contrats CDD très courtes durées, temps partiel contraint, etc) qui ne permettent pas de sortir de la misère… des inégalités, et de la pauvreté…

    Mais par contre quand l’assistanat sans contrepartie des propriétaires privés d’actions, d’entreprises, de la « start-up nation », des « externalités négatives » polluantes, aggravant les dérèglements climatiques, pollutions, « crises des réfugié.e.s… » au profit de ventes « d’armement patriotiques » au nom de la « compétitivité », de la guerre commerciale, monétaire, de « civilisation », quand cet assistanat va jusqu’à socialiser des dettes privées pourries, pertes casinos (subprimes, Dexia, etc) et « blanchir » l’immoralité de l’optimisation fiscale, l’impunité, l’immunité, les « dispenses de peines » pour les fraudes aux cotisations sociales patronales, les fraudes à la TVA, la lâcheté de « l’exil »… alors qu’en conséquence les déficits publics explosent avec les dettes publiques… lorsque cet assistanat préfère « l’ubérisation et ordinisation » défiscalisée, désocialisée du travail segmenté à la tâche, des savoirs (services publics compris) numérisés, technocratisés, digitalisés, et de l’emploi se précarisant quand il ne disparaît pas… pourquoi il vous en coûte d’être qualifié de « radical » de pessimiste de présenter la chose ainsi…?

    Il vous en coûte plus que cher, surtout si vous accuser la suppression partielle de l’ISF, la baisse de la flat tax, de l’exit tax et autres baisses futures d’impôts sur société, comme prochaine suppression des cotisations sociales patronales et toutes autres promesses de « ruissellement » ou de « politique de l’offre », d’être responsables de la misère, des inégalités galopantes…

    Le lien entre ces deux mécanismes de gestion de la misère (chômage/pauvreté) dans la pénurie de l’austérité, des « réformes structurelles » ultralibérales, fait la passerelle entre la « visibilité objectivée » telle une « réalité augmentée, regardant la misère, jusqu’à « déplorer » l’indifférence de la rue… « en même temps » que de chérir les causes justifiant une fonction d’observateur (un corporatisme en quelque sorte dans lequel se retrouvent le verrou de Bercy, pantouflage, les conflits d’intérêts, « secrets d’affaires », le favoritisme, clientélisme, carriérisme…)… ce lien manque dans cette analyse… C’est à se demander pourquoi…?

    Parce qu’il s’appelle scandale « sociétal » et d’Etat des NON RECOURS (« Jupiter » parlait « d’inégalités de destins » lorsqu’il était ministre…), de la non redistribution et du non partage des richesses, et droits, protections sociales, services publics, avec 30% de la population d’ayant-droits, exclus, et pire encore, de la population ostracisée, stigmatisée, humiliée, culpabilisée, avec des qualificatifs indignes comme « pognon de dingue qui déresponsabilise », « cancer de la société », « chômeur.e.s, bénéficiaires du RSA=fraudeur.e.s »….?

    Lorsqu’une partie de cette population n’a comme ultime recours, pour défendre les derniers droits qui lui restent (quand en plus elle subit les discriminations impunies à l’embauche, dans les brutalités des contrôles aux faciès…), ou se faire voire, que de s’immoler par le feu dans un bureau de la CAF (à Mantes la Jolie par exemple et par hasard), les politiques ne plaignent que le personnel choqué de cette administration, obligé d’obéir aux ordres et « ordonnances »…

    Par contre quand est rendue plus que visible, au point d’éblouir avec une couleur jaune fluo, une population loin de connaître de telles souffrances et misères, « l’empathie » que lui accorde la « dictature des émotions » sondées, la connivence médiatico-politicarde, donnant des « leçons de morales » aux « temps de cerveaux disponibles », n’entend que son « ras le bol fiscal », « poujadisme », et son populisme sur la quête d’un « pouvoir d’achat » perdu… Est-ce l’effet de Noël…?

    Et la manière d’y répondre, tout comme l’indifférence du décompte fait au sujet de la pauvreté, ne choque même pas l’éblouissement que provoque cette couleur jaune de la colère, lorsque la « prime d’activité » désocialisée, défiscalisée (qui donc ne financera pas plus de services publics, que de protections sociales, droits contre les « aléas moraux » de la vie – chômage, maladie, vieillesse, retraite, etc – contre les « inégalités de destins », de « racines ») à « quémandée » et que soit disant les « gilets… », ne demandaient pas, va les faire rentrer en concurrence déloyale avec les plus pauvres que cette statistique minimise, dédramatise… Le bras armé de l’Etat, par contre aura obtenu, et avec moins de temps qu’il ne faut pour le dire, bien plus de protections sociales, droits, avec des hausses de rémunérations socialisées fiscalisées elles… et « pouvoir d’achat », que n’auront jamais ni les pauvres, ni les jaunes… et d’autres personnels d’autres services publics de l’urgence… Serait-ce le « prix à payer » pour empêcher de faire converger des luttes et urgences sociales, « sociétales », climatiques, qu’aucune statistique ne sait mesurer…?

    Et dire qu’eux « gilets jaunes » ne demandaient pas « d’assistanat », quand on va les voire se battre pour avoir un « gain de pouvoir d’achat », alors que leurs dénonciations (pour certains d’entre eux) communes avec les discours ostracisant des populismes, découragent encore plus maintenant les plus démuni.e.s, les plus vulnérables, les plus injustement impacté.e.s par ces « inégalités de racines »… et les dissuadent de les demander… Mais les NON RECOURS font faire plus de 5 milliards d’euros par an d’économies aux « dépenses sociales » à « l’Etat » et ses administrés du « ras le bol fiscal », « poujadisme », des populismes, répondrait le cynisme…

    Reste à savoir ce que cette « visibilité rayonnante » du « ras le bol fiscal », « poujadisme », populisme, décidera d’arbitrer dans les hausses de dépenses pré-engagées qui se préparent (et bientôt de nouvelle dépenses contraintes, viendront supplanter la privatisation de services publics, protections socialisée) entre jeu vidéo, alcool, drogue, grands écrans, smartphone et « objets connectés » à la mode, etc… et/ou continuer, avec leurs « donneurs de leçons de morales » et « d’ordres » (Bouygues Vinci au Qatar par exemple) puis « d’ordonnances » (qui aiment de moins en moins la « moralisation et transparence de la vie publique et politique »), de consumer plus de deux et demi planètes par an (6 planètes par an, si toutes ou presque, des populations mondiales nous achetaient notre « armement patriotiques », « modèle et techniques sécuritaires » et enviaient celui modèle des USA) enrichissant toujours plus les 8 plus grosses mondiales (et les nouveaux milliardaires et millionnaires, « premiers de cordées » les jalousant) possédant plus que ce que la moitié de l’espèce humaine, peine à mettre de coté… pas de la rue… ni de la frontière… mais pour hypothéquer ce qui manquera « demain, après demain » à ses futures générations, si elles survivent aux aggravations des dérèglements climatiques, pollutions, guerres, etc… ? »

  3. D’après Emmanuel Todd, qui a souvent un coup d’avance, la vraie fracture n’est aujourd’hui plus sociale, mais éducative. Et la démocratie est vouée à disparaître en Europe.
    https://www.liberation.fr/debats/2017/09/06/emmanuel-todd-la-cretinisation-des-mieux-eduques-est-extraordinaire_1594601
    La capacité des mieux éduqués (le sont-ils donc complètement ?) à se boucher les oreilles pour continuer à vivre dans leur fantasme est édifiante.

    1. « La capacité des mieux éduqués (le sont-ils donc complètement ?) à se boucher les oreilles pour continuer à vivre dans leur fantasme est édifiante. »
      Tout à fait, E Todd en est un exemple parmi une foule innombrable. Son fantasme : le chauvinisme.

    2. Regardé un débat Todd-Schneidermann-Taddeï au sujet des Gilets Jaunes sur un média étranger. Ils ne se sentent quand même pas à l’aise les gars (pas à cause de GJ mais du média en question) !

      1. Lecture tout à fait curieuse de l’émission en question alors que Schneidermann confesse son malaise dès sa première intervention avec l’assentiment des deux autres : Personne sur le plateau (y compris l’anthropologue Todd) n’avait vu venir ce mouvement, et pour cause poursuit-il, ils sont tous les 3 des privilégiés au sein du système, et donc aveugles (aucune statistique ni aucun savoir « froid » ne dit la douleur des crampes d’estomac de quelqu’un qui a faim) aux préoccupations dramatiquement concrètes de ces gens qui se soulèvent.

        C’est bien dommage de focaliser ainsi sur le contenant plutôt que sur le contenu, dans une sorte de surenchère anti-russe proprement délirante et hors de propos.

      2. @Dissonance
        Sur le contenu rien de spécial à dire, puisque Todd en ce moment s’exprime sur beaucoup de médias et que ce débat en particulier n’a rien apporté de neuf. Ce qui m’a paru intéressant c’est le malaise de Schneidermann d’être là plutôt que sur le service public français. Malaise en fin d’émission aussi quand la question Russie a été évoquée. Séquence miroir de celle où un présentateur du service public a tenté de couper la parole à Todd quand il s’est étonné en direct qu’a propos des incidents de l’arc de triomphe l’hypothèse d’une provocation policière ne soit pas évoquée.
        Une réflexion intéressante au cours de ce débat. Si les théories complotistes fleurissent sur Internet, c’est sans doute parce que les médias ne font pas (ou n’ont plus la possibilité de faire) leur boulot.
        Je ne fais pas dans la surenchère anti-russe, je pioche à droite à gauche et essaye de comprendre.

    3. « La France insoumise est-elle une tentative de renouer le contact entre élite et peuple ?
      Elle est le phénomène électoral intéressant de cette dernière élection. Il m’intéresse d’autant plus que je n’y croyais pas du tout ! Les électeurs de Mélenchon sont jeunes comme ceux du FN. Mais ce qui est vraiment original dans l’électorat de Mélenchon, c’est son caractère transclassiciste. Ouvriers, employés, professions intermédiaires, diplômés du supérieur : toutes les catégories sociales y sont représentées. En ce sens, les progrès de La France insoumise ne seraient pas une nouvelle forme de gauchisme, mais exactement l’inverse : une certaine forme de réconciliation des catégories sociales et éducatives françaises. Reste à savoir si Mélenchon a dans la tête ce qu’il faut pour gérer une telle réconciliation. »

      Je pense que cela est plutôt correcte comme approche de ce mouvement. C’est ce qui en fait sa spécificité actuelle.

  4. Chères pauvresses, chers pauvres,

    La violence de classe existe depuis toujours chez les travailleurs sociaux et plus particulièrement chez les Assistantes sociales dont je suis.
    Dans mon centre de formation des assistantes sociales la première année était considéré comme celle de la
    « Déconstruction » des représentations.
    Il y avait un exercice sur table suivant :
    Vous intervenez dans une famille (père et mère au foyer) au RMI avec deux enfants en bas âge. Le plus âgé des enfants dort sur un matelas par terre.
    Vous faites la demande pour une aide financière par votre institution pour un achat de cadre de lit.
    Après que l’aide fût accordé et versé vous revenez dans la famille et vous constaté que le lit n’a pas été acheté l’argent dépensé pour acheter une télé ( à l’époque il n’y avait pas encore les écrans plat).
    Question : comment réagissez vous ? quelle doit être votre intervention et votre positionnement professionnel ?
    Les réponses en fait restaient invariantes suivant les promotions avec :
    L’argent ne doit pas leur être versé, on doit contrôlé les pauvres qui ne savent pas compter, aucun sens des priorité, etc bref majoritairement des commentaires de classe très jugeant.
    Salaud de pauvre disait Reiser.
    Les assistantes sociales ont une mission de contrôle social inscrite dans la loi.
    Les assistantes sociales viennent des Sur Intendantes d’usine qui s’assuraient de la conformité des normes sociales dominantes des ouvrières et ouvriers.
    La norme sociale est toujours un outil de domination que certains découvrent où redécouvre.
    Merci Paul pour nous transmettre cet article.
    Avec toute ma tendresse pour les inclus qui semblent avoir très peur en ce moment, mais aussi pour les exclu, Pierre de la tribu des Queralt’s.

    1. Dans ma boite suite à une période de chômage il y a quelques années nous avons monté une caisse de secours par solidarité.
      Cette caisse a été pérennisée avec l’aide d’une assistante sociale. Elle fait un super travail pour apporter une aide aux travailleurs précaires victimes d’accidents de la vie. Et pour qui a croisé ces parcours on se rend compte de la fragilité de toute une part des ouvriers mais pas que.
      On a quand même encore un système social pas mal et qu’il faut défendre même s’il n’est pas parfait et attaqué de toute part.
      J’espère que les GJ seront un point de retournement.

    2. Que les commentaires soient de classe est une chose.
      Mais quel rapport avec leur pertinence? Ils pourraient être à la fois « de classe » et « parfaitement justes »!

      Pour le couple pauvre le gosse ne mourra pas de dormir par terre (et c’est peut etre meme meilleur pour son dos), et donc que le cadre de lit n’ajoute rien au bien être de l’enfant et de la famille. Par opposition à l’acquisition d’un téléviseur (s’ils n’en disposaient pas) qui, lui, fait une différence plus que marginale (ca ajoute « un loisir », meme si pas forcément de la meilleure qualité pour les enfants).
      A mons sens ce n’est pas une si mauvaise allocation des ressources. Bien moins mauvaise que le cadre de lit. Mais moins bonne que d’autres choses également.

      Plus généralement, j’ai l’impression que la plupart des gens, quelle que soit leur niveau de revenus, ne savent pas gérer leurs ressources.
      Tout ce qu’ils souhaitent c’est bien paraître à leur propres yeux, et ceci passe pour eux par bien paraître à un certain public (la catégorie sociale dont ils veulent être reconnus, c’est à dire pas celle qui est juste en dessous!). La valeur qu’ils s’accordent est calibrée sur celle qu’ils pensent que les autres (ceux qu’ils estiment appartenir à leur monde social) ne pourront pas ne pas leur accorder s’ils montrent qu’ils possèdent ça, ou ça… ou ça (et s’ils agissent comme ça, comme ça ou comme ça dans tel ou tel contexte).

      Aussi la FRance est une société de statut, sur lequel chacun veille jalousement (c’est pour ca que l’idée de créer la catégorie auto-entrepeneur est géniale).

  5. IL y a quelques années Jacques Rancière avait écrit : « La haine de la démocratie »,
    c’est très exactement ce qu’il disait déjà dans son opus.
    IL est inconcevable pour les catégories supérieures, même une certaine gauche, que l’on puisse se révolter, revendiquer, pour autre chose que la sortie de l’extrême pauvreté, et encore plus que l’on puisse revendiquer une part du gâteau de la société de consommation dans laquelle on se jette tête baissée sans en faire la (bonne) critique raisonnée.
    Autrement dit la révolte doit être le fait de gens très pauvres ou au moins ‘raisonnables’ ; sous entendu, la raison appartient aux classes supérieures éclairées.
    Les bourgeois sont schizophrènes, ils défendent l’idée que le capitalisme n’est pas une mauvaise chose, qu’il permet d’accroitre les richesses, globalement, ce qui nécessite des écarts de revenus et de salaires, ce qui génère automatiquement une société de classes où l’étalon est le mode de vie des classes supérieures, sur-représenté dans les mass-médias, à la télévision, dans les films, et, dans le même temps, ils s’étonnent que des ‘gilets jaunes’ veuillent pouvoir jouir de quelques signes extérieurs de richesses, pourtant pas d’un prix prohibitif s’agissant de marques de prêt-à-porter si l’on compare ces dépenses jugées superflues à l’épargne que se constitue les authentiques bourgeois, en dormant.
    Ils ne voient pas non plus que les subsides alloués par l’Etat ont leur pendant chez les riches avec les revenus du capital, une assistance qu’ils ne remettent nullement en cause et autrement plus juteuse. J’utilise le mot bourgeois, bien entendu cet esprit bourgeois déborde du cadre étroit des catégories supérieures. C’est bien l’esprit bourgeois qui gouverne la société et aujourd’hui sans doute va provoquer l’effondrement, à quoi bon se diront alors certains se préoccuper de gilets jaunes qui manifestent pour une cause perdue, et pour certains d’entre eux pour de mauvaises raisons ?
    C’est il me semble une grave erreur de raisonner ainsi, car d’une part, c’est une faute morale de ne pas se mettre aux cotés de ceux qui se révoltent devant l’injustice. Et une faute dans l’analyse car toute correction d’une injustice amène à penser à d’autres injustices, et si dans la réparation sont commises d’autres injustices, ou pire, si c’est d’une opération d’enfumage qu’il s’agit, c’est finalement la nature du système qui apparaît dans toute sa nudité. Bref c’est une entaille dans le statu quo.
    Si l’injustice d’aujourd’hui n’est pas combattue là où elle exprimée, ce qui constitue le préalable pour qu’elle soit pensée dans un système remis à plat, quelle société plus juste pourra résulter de l’effondrement en cours ?
    IL n’y pas de bonnes et de mauvaises causes à défendre quand il s’agit de justice sociale. Il y a toujours matière à en relever l’universalité, et la légitimité. Sans quoi, peut-on dire qu’il y a encore démocratie ?
    Nous ne ferons face à l’effondrement qu’en associant les gilets jaunes d’aujourd’hui et de demain dans nos combats et nos réflexions.

      1. @Emmanuel
        Parce que je souhaitais faire de cette planète un sens giratoire et donner aux revendications des gilets jaunes une portée universelle. Une loufoquerie qui n’en est pas une. Les inégalités sont plus importantes ailleurs, alors peut importe la face visible.
        J’invite personne à piller mon site mais…

    1. « Nous ne ferons face à l’effondrement qu’en associant les gilets jaunes d’aujourd’hui et de demain dans nos combats et nos réflexions. »
      « Nous », toujours exemplaire…

      Autre rédaction :
      Nous ne ferons face à l’effondrement collectif qu’en nous associant aux combats et aux réflexions des Gilets Jaunes. Horizontalement, à égalité.

      1. Jolie carte de vœux pour la nouvelle année 2019; en tout cas, si elle était au format de carte de vœux électronique, elle pourrait avoir beaucoup de succès . Je serais preneur pour l’envoyer à quelques amis…. Juste une question, pourquoi montrez-vous la face « Amérique » du globe, et pas celle habituelle, de l’Europe et de l’Afrique….. mon côté un peu auto-centré….

  6. en même temps, je me demande quand même ce qui motive un couple à faire 1 enfant… alors 4… (je n’ai pas lu les commentaires mais juste les 2 articles en référence). Je suis intermittente du spectacle et j’ai renoncé à faire des enfants justement à cause de mon niveau social et financier. Je ne comprendrai probablement jamais où est le plaisir à faire un enfant à qui on ne pourra rien donner, tout juste de la viande remplie d’antibiotiques et autres pourritures. Désolée.

    1. @anna.b
      En même temps 😉 j’ai connu des gosses de riches abreuvés de cadeaux et d’argent de poche malheureux comme vous ne pouvez imaginer au point que leurs cas relevaient hélas de la psychiatrie.

      1. Je constate que de nombreux enfants ne boivent plus jamais d’eau, mais du sucre raffiné, et les troubles qui en résultent peuvent relever effectivement de la psychiatrie.

    2. Comprendre l’autre nécessite de ne pas le juger et certainement pas selon ses propres critères. C’est très difficile.
      Moi-même, qui vit dans un quartier très populaire, car j’y suis loin de la bêtise des regards des nantis, j’ai parfois du mal avec ceux de mes voisins qui voient le monde par le petit bout de leur lorgnette. De ces gens-là, il y en dans tous les milieux.
      Pas de chance, après quinze années d’un voisinage presque parfait, facile à vivre, voilà que se pointe, il y maintenant un peu plus d’un an, juste en dessous de chez moi, un nouveau voisin qui se révèle désagréable à la moindre occasion. Le pire est qu’il ne s’en rend probablement pas compte et pense être celui qui est juste et a tous les droits. Hier soir encore, le voilà qui débarque chez moi une énième fois pour se plaindre des cinq ou dix minutes de piano que ma fille avait commencées, alors que l’immeuble est phoniquement très bien isolé. Il commence par dire qu’après 22 heures le bruit n’est pas tolérable. « Oui, répondis-je, mais il n’est pas encore 22 heures. » Il était 21 heures en fait. Et il repartit tout sourire, comme s’il était évident que le piano allait cesser. J’ai eu une envie furieuse de lui botter les fesses, à ce retraité, inculte musical et sans doute pressé d’ingurgiter son TF1 quotidien (oui, c’est la pire insulte que je connaisse). Mais comme je n’agis pas à la légère, je n’ai pas eu ce geste salutaire, encore aujourd’hui, avec quelques regrets.
      L’autre restera toujours un étranger quoi qu’on fasse.

      1. Très bien décrite votre propre incapacité à comprendre votre nouveau voisin ! Bravo !
        (pour info, il n’y a pas d’heure acceptable en fait pour le tapage, car le tapage est le tapage…Maintenant un piano mal traité peut-il être assimilé à du tapage ? J’aurai tendance à dire que oui sans préjuger aucunement des capacité de votre progéniture)

    3. Argument raisonnable. Mais…
      Mais justement parce que nous sommes libres de dépenser nos sous comme nous voulons, nous pouvons faire des enfants aussi. Et pour certaines et certains, c’est un très grand « sens de la vie » auquel elles&ils tiennent. Quitte a avoir un budget évidemment plus tendu.
      Réserver le droit de faire des enfants aux riches ? Désolé…
      On peut imaginer une règle sociale, imposée à tous, par exemple de faire maximum un enfant. Cela serait plus légitime. Un pays a fait cela et va ainsi largement limiter la démographie galopante de l’humanité. Mais cela a été très mal vu chez nous…

  7. Je m’interroge sur le concept de « classe moyenne » appliqué aux Gilets Jaunes. En effet, on semble dire que les pauvres gagnent « moins que le Smic » et vivent de trop peu ; que les riches sont riches, et que les autres sont les classes moyennes dans lesquelles sont englobés tous les travailleurs, semble-t-il donc. Jadis (années 70 -80 et avant), on aurait partagé la société en trois : les travailleurs, les classes moyennes vues comme les artisans et commercants et autres indépendants, enfin les patrons et rentiers comme les riches. Et encore avant, on aurait parlé des ouvriers, des employés et des autres (riches), mais aussi des prolétaires, des petits-bourgeois et des bourgeois. Avec des erreurs de perception, comme de considérer les médecins d’alors comme très riches.
    Ces triades, toutes simplistes, ont donc évolué. Sans doute selon divers facteurs : le statut (les ouvriers et employés ont eu un statut commun vers 70 et après, et même les communistes ont parlé de la globalité des « travailleurs »), le chômage croissant (’80-’90-2000…) et la précarité de l’industrie, ensuite celle de nombreuses professions indépendantes déclassées (petit commerce, agriculture), enfin le revenu (selon Th. Piketty, tous les salaires et revenus du travail croissent de cinq fois entre 45 et 75 ; ensuite ils stagnent, sauf pour les plus hauts revenus et les revenus du capital). Par ailleurs, la société de consommation change de beaucoup les apparences, et elles évoluent : la bagnole (années 50), le pavillon de banlieue ou la maison rénovée puis la maison de lotissement, l’équipement ménager, les superettes, les objets de déco et de tech, la télé puis l’ordi (90) puis le téléphone mobile (95) gagnent rapidement les diverses classes. « Si l’ouvrière peut acheter le même parfum que la patronne, l’industrie du luxe a un problème » me dit un patron de pub déjà en 64). Parlons aussi des impôts, surtout en France où les bas revenus (jusque +/- 17000€ annuel, je crois) ne payent aucun impôt, où de nombreuses défiscalisations ou crédits d’impôt sont possibles (niches) et ou les impôts se payent annuellement avec retard (toutes choses différentes en Belgique) mais aussi avec des multiplicateurs qui interviennent : CSG, etc. Le principe d’un impôt progressif légitime est peu visible, et dès lors le régime des allocations l’est aussi.
    L’article interroge des experts qui parlent des « perceptions » de la pauvreté, de la dépense, des allocations. Mais j’ai toujours été frappé par l’obscurité organisée (à mon avis) des niveaux de salaire, d’allocation et de contribution fiscale et sociale. Ainsi je compare le salaire et les allocations de ce couple à quoi ? Souvent, je ne connais ni mon salaire, ni mes allocations, ni leur addition, ni ma contribution fiscale, ni mes déductions pour un prêt hypothécaire, une éolienne, etc., ni ma position et la leur par rapport aux percentiles.
    Donner des moyennes, c’est créer de l’illusion. Et répétons-le, parlons aussi des héritages et de leur fiscalité pour le plus haut percentile.
    Tout cela peut nourrir un clivage (une polarisation, dit PJ), d’autant que les structures sociales et autres corps intermédiaires ne donnent plus une vision et un récit. Cela crée sans doute un « climat » de peur et de jalousie qui s’exprimerait violemment et chaotiquement en cas de collapse matériel (bancaire, énergétique, etc.).

    1. Il est fou (fou relevant du domaine psychiatrique ) de constater que la classe dominante dénie a celles et ceux de la strate en dessous de pouvoir consommer comme eux ou pire plus mal qu’eux. Il est aussi fou et là on touche au désespoir total, car personne, ni lecteur du monde, G.J ne remet en cause notre mode de consommation ( société de consommation de masse) et de relations sociales ( individualisme, propriété absolue et sans limite, pseudo liberté de penser, de croire, etc…) qui nous conduisent tout droit dans un mur où tout le monde s’écrasera dans une bouillie rouge sang qui effacera les différences entre les lecteurs du Monde et les G.J.
      Notre société, dans un total de déni de réalité, est devenu un gigantesque hôpital psychiatrique à la dérive, dirigé par le directeur de « l’économat » de l’établissement. Il ne fait que comptabiliser, commander et facturer, les camisoles de force, les psychotropes et autres drogues plus virtuelles, en priant pour que l’hôpital ne prennent feu !

      1. @ Christian,

        Le mot fou n’est pas réellement employé en psychiatrie et j’ai souffert souvent dans mon parcours vers une guérison de n’avoir pas de diagnostic précis de la part des médecins (psychiatres et autres) ou psychologues me concernant ; en effet il me semblait plus simple qu’en en ayant un je pourrais plus précisément savoir quoi faire.
        Les mots sont relatifs même si à des moments donnés on ne peut plus être effectivement dans le déni.
        C’est ainsi, l’être humain est confronté à la souffrance et cette souffrance perdurant peut rendre fou.
        Un article parlant sur ce site dernièrement de Vonnegut et le citant nous permettait de lire ces trois mots : il n’y a pas de solution.
        Et je pense que c’est très sage que reconnaître ce fait ; « nous n’en sortons pas » semblerait-il. Et comment cela se fait-il? Ce n’est pas par ignorance ou par manque de bonne volonté. Alors c’est quoi? Eh bien, j’ai très mal vécu jusqu’ici cette absence de réponse ; je ne désire pas être fataliste ou encore pessimiste. J’ai appris à reconnaître les faits et m’y tenir, à simplement essayer encore et encore de trouver des solutions qu’il n’y a peut-être pas. On dit que toute la beauté est dans l’essai (ou dans le geste). Pour le reste j’apprends à me dire tant pis, ce n’est pas de ma compétence.

      2. @ Pierre
        Une première lecture de Christian du 42 a sans doute excité une fibre particulière de votre expérience ( J’en profite pour dire mon adéquation avec Christian du 42, ainsi qu’avec vous-même, n’étant pas moi-même étranger à vos soucis…)
        Mais relisez: vous verrez qu’il s’appuie sur un exemple caricatural, donc irréaliste, pour décrire le fonctionnement bien réel notre société. Dire qu’elle est une maison de fous est une figure de style bien innocente. Un mot psychiatrique précis, pour le coup, aurait été de trop.

        Ça vaut toutes les pages où le vénérable barbu de Trèves cause d’aliénations sociales. Pour ma part, il m’a donné envie de relire ‘le fou et le prolétaire’ de Todd qui semble reprendre de sa validité, s’il l’a jamais perdue.
        Pour le reste, rien n’est jamais perdu d’avance.

  8. Quand ils ont…

    Quand ils ont laissé les « sans domicile fixe » crever dans la rue
    en soulignant que l’été est aussi dur que l’hiver pour les malheureux,
    Et que c’est bien triste,
    Je n’ai rien dit car je n’étais pas « sans domicile fixe ».

    Quand ils ont laissé des familles vivre dans des logements pourris
    pendant toute la durée de l’enfance des enfants,
    Sans faire naître en eux l’espérance
    Je n’ai rien dit car je n’étais ni femme ni enfant miséreux

    Quand ils ont confié aux restaurants du cœur pendant plus de trente ans
    le soin de remplir les ventres vides des pauvres,
    et d’assumer l’éducation de leurs gosses
    Je n’ai rien dit car je n’étais ni affamé ni acculturé. 

    Quand ils ont pourchassé les étrangers,
    enfermé leurs enfants dans des centres de rétention
    et parqué d’autres traîne-misère dans des zones déshéritées
    Je n’ai rien dit car je n’étais ni pauvre ni nu.

    Quand ils ont condamné les ouvriers en colère
    qui avaient perdu leur emploi sans l’espoir d’en occuper un autre
    et sombrer ensuite dans la misère,
    Je n’ai rien dit car je n’étais pas menacé de perdre mes revenus

    Quand ils ont laissé les agriculteurs perdre pied peu à peu
    se pendre de tristesse aux branches de leurs arbres
    car ils désespéraient de trouver l’Amour,
    Je n’ai rien dit car je n’étais pas paysan

    Quand ils ont commencé à faire croire aux classes moyennes
    qu’elles avaient tout intérêt à la baisse des impôts, aux injustices
    et à la destruction de leurs environnement
    J’ai regardé mes voisins qui s’accommodaient de la servitude volontaire d’un œil incrédule.

    Quand ils ont commencé à lorgner mes revenus avec convoitise
    à imaginer mille stratagèmes pour me faire travailler gratuitement
    et remplacer celles et ceux qui avaient disparu,
    J’ai commencé à avoir peur et j’ai compris que mon tour était venu de nourrir la bête.

  9. Concernant l’article, on y lit entre autres choses que le mythe du mérite a la vie dure et qu’ainsi les privilégiés n’assument pas leurs privilèges, ils ne les voient sans doute même pas, les appelant fallacieusement mérites. Les enfants de bourgeois revendiquent ainsi fréquemment les efforts consentis durant leurs études sans considérer le capital culturel dont ils ont bénéficié. La reproduction sociale qui est pourtant observée et décrite depuis de nombreuses années déjà semble avoir encore de beaux jours devant elle. Il faut dire que le système éducatif élitiste à la française n’est pas là pour démentir le phénomène, bien au contraire, il en est l’un des principaux instigateurs.

    Et c’est ainsi qu’on voit apparaître une société dans laquelle une part de la population s’imagine que si l’autre vit sous le seuil de pauvreté, c’est qu’elle l’a certainement « mérité », ou du moins qu’elle n’a pas fait ce qu’il fallait pour mériter autre chose. Le comble étant évidemment ceux qui, miraculeusement, on réussit leur ascension de l’échelle sociale, et qui s’érigent (ou sont érigés) en preuve que « c’est possible », passant complètement outre le caractère tout à fait exceptionnel de leur parcours, oubliant ici quelque indulgence du destin, sous-estimant là leur résilience propre.

  10. Moi je suis pas à l’aise avec le manque de nuance des commentaires, cet unanimisme proGJ… On dirait qu’un nouveau sujet de l’histoire nous est tombé sur la tête : il est né le divin GJ, tatatsoin tralalalaère, génuflexion obligatoire et de circonstance !! Idem pour les éclairages savants de l’article lui-même, tous dans le prisme manichéen de la violence de classe. Pour bosser tous les jours avec un de la nébuleuse (donc pas représentatif auant que réprésentatif), y a rien à espérer, en tout cas pas un positif que devrait nécessairament engendrer un négatif (on est guéri de ça ici, non? Sinon y a l’Eglise et la messe dans 3 jours) : Trumpien, homophobe, raciste, ouvrier sans dent mais avec une mentalité de petit patron écrasé par la taxe -mais bon couvreur et fiable. Donc les leçons et les interprétations doivent faire preuve de modestie. Quant à l’esprit général de l’article… On dirait que l’idée même d’aliénation n’a plus cours… que l’idée d’une émancipation de l’individu en totalité (et non pas simplement économique) est devenue un attentat à la personnalité (ici on est chez Rancière, pour qui rien ne distingue Peuple et Plèbe, cf son différend avec Stiegler). Or : forfait / Mac Do / fringues de marques = autant de stigmates objectifs d’aliénation (des goûts de merde pour le dire sans détours), peu importe qu’ils soient des effets de conditions économiques impliquant une société de classe. Ca met l’accent sur un aspect du mouvement GJ, une sorte d’insurrection lié à une conscience assez claire et désormais partagée (se sont comptés) d’une situation de domination culturelle (entre réalité et sentiment, comme l’insécurité); ça me semble peser autant que les motifs purement économiques, et ce sont des facteurs extrêmement ambigus.

    1. @jicé

      Un exemple isolé serait tout à fait insuffisant pour qualifier le mouvement dans son ensemble. Vous avez une cartographie idéologique précise à nous fournir, peut-être?

      1. Lisez la parenthèse…Mais pas de problème là-dessus (je suis un établi au fond, voir Robert Linhart), venez « nous » visiter au Tacot, AV Joffre à Perpignan, si vos oreilles ont l’estomac solide : ce sera un angle assez consistant, il y en a d’autres bien sûr, avec les biais inhérents (à moins que vous ayez le super pouvoir de faire le tour complet de l’objet?). Non, on va pas se raconter d’histoire, le mouvement, avec sa diversité, incline assez fortement à droite, et sur le plan culturel, il se veut sévèrement burné (Même un de mes bons chouchou, le Ruffin, il s’y laisse aller -mimétisme ou stratégie -à la montée de testostérone viriliste : et que je te le pointe le Grand Index Phallogocentrée).

        NB : pour clarifier un peu et éviter les naïveté, Spinoza ne parlait pas de peuple, mais de multitude; un Stiegler réactualise la distinction peuple / plèbe, les marxistes distinguait prolétariat et lumpen…

      2. @jicé

        Oui en somme vous faites l’erreur somme toute assez courante de prendre une impression personnelle pour une étude sociologique.

      3. et pis pour finir, dites-nous si vous retrouvez vos petits cochons, moi j’my perds :

        https://www.lemonde.fr/idees/article/2018/12/11/gilets-jaunes-une-enquete-pionniere-sur-la-revolte-des-revenus-modestes_5395562_3232.html

        https://larotative.info/l-etude-sur-les-gilets-jaunes-3105.html

        https://www.humanite.fr/enquete-les-gilets-jaunes-ont-ils-une-couleur-politique-665360

        Finalement, le panel représentatif de ce qu’on a sous son nez n’est pas si mauvais?

        Nb : à part ça, vous pensez comme moi qu’une sortie politique de gauche à cette crise est souhaitable; qu’elle s’incarne principalement chez LFI; que Macron, grâce aux divisions et pincements de lèvres de la gôche bobo, se frotte les mains, cad : de voir ainsi la Le Pen monter (« eux » ou « nous », scénario programmé…). Mais ça n’enlève rien au fond en majorité droitier (mais pas que) du mouvement actuel.

      4. @jicé

        1/ Je n’ai pas d’abonnement au Monde et n’ai donc pas accès à la totalité de l’article que vous partagez.

        2/ Le commentaire des auteurs de la Rotative, qui admettent n’avoir pas accès à l’étude à l’origine de cet article mais qui décrètent dans le doute qu’elle ne doit pas être scientifique, me paraît un procédé pour le moins curieux, pour ne pas dire plus. Aux premières objections à peu près rigoureuses sur le plan statistique se succèdent des conjectures sur les méthodes d’échantillonnage et de questionnage qui ne sont alimentées par rien, de leur propre aveu, que la volonté manifeste de vouloir déboulonner l’étude en question.

        3/ L’enquête de l’Huma semble plus détaillée (je n’y ai pas d’avantage accès qu’à l’article du Monde, mais au moins disposé-je de deux camemberts à analyser) mais semble également aussi montrer un élément que j’ai soulevé (encore une fois) en commentaire de ce billet: Le manque relatif de corrélation entre l’orientation politique annoncée des personnes interrogées et la répartition de leurs votes peut notamment indiquer leur difficulté à trouver une représentation qui leur convienne vraiment. Ainsi le régime représentatif ne fonctionne que par défaut, jusqu’au point de rupture dont nous semblons être assez proches désormais, où aucune représentation ne semble plus correspondre à leurs attentes.

        « […]Nb : à part ça, vous pensez comme moi qu’une sortie politique de gauche à cette crise est souhaitable; qu’elle s’incarne principalement chez LFI;[…] »

        A ça enfin je réponds sans avoir besoin le moins du monde de prendre d’élan: Non. Je ne pense pas que le parti du très jacobin Mélenchon soit en quoi que ce soit une incarnation de quelque solution politique que ce soit. J’y vois même au contraire plutôt une partie du problème. Indépendamment de toute orientation politique, le mouvement des GJs semble assez majoritairement vouloir siffler la fin de la république bourgeoise parisienne : Les médias ont suffisamment glosé sur cette « France périphérique » qui anime le mouvement pour qu’on puisse s’en convaincre. La revendication nouvelle du RIC semble également aller dans ce sens.

  11. @jicé
    « Unanimisme proGJ » ? Vous n’avez pas lu les commentaires de Julien Alexandre ? 🙂
    Et bien oui c’est un nouveau sujet de l’Histoire et c’est pour cela qu’on en parle autant.

    1. Non non, ni sujet ni histoire, si les mots ont un sens. Et pas de grande espérance, ça serait vraiment pas classe. Ce qu’il y a d’intéressant c’est de rendre aussi manifeste la paupérisation d’une partie de la classe moyenne et certaines réalités (ambigües) de la domination culturelle. Ex (pris là où ça peut tabasser) L’émancipation sociale et juridique de l’homosexualité = progrès. La théorie du genre (abâtardie, sauce grand public) assenée comme nouveau sens commun = domination culturelle. etc etc.

  12. Bonsoir,
    Je vois qu’il existe déjà un groupe d’habitués, que je salue!
    Je n’ai pu m’empêcher de réagir à ce petit événement qui est, comme tout le monde l’a dit et répété, « criant » et révélateur de la « polarisation » des sociétés modernes – car c’est un malaise qui n’échappe malheureusement pas au phénomène de mondialisation.
    L’humble contribution que je vous propose ce soir vous vient de l’autre bout de l’Europe, de Bulgarie, où j’habite depuis deux ans. Avant cela, j’ai vécu cinq ans en Suède. Et avant cela bien entendu 23 ans en France.
    Et après avoir vécu dans ces trois pays aux standards caricaturalement « polarisés », j’ai bien entendu réalisé et compris beaucoup de choses… mais j’ai surtout été frappé par une chose: différents niveaux d’abstraction.
    J’ai découvert qu’ils sont responsables non seulement de l’incompréhension au sein des sociétés, mais également entre les sociétés elles-mêmes.
    C’est tout simplement que les gens ne parlent pas la même langue. Après ces siècles de progrès exponentiels, de philosophies, politiques, sociologies, anthropologies, économies, dialectiques, rhétoriques, religions, sciences, théories et la liste est longue, il est devenu quasiment impossible d’entretenir une communication neutre, fondée sur une base commune où tous les participants seraient sur un pied d’égalité et de neutralité. Tout le monde colore son discours de partis-pris, de préjugés, de certitudes, de croyances, de théories, de connaissances, de réflexions, de sensibilités… les vocabulaires s’étoffent de nouveaux termes qui suivent les évolutions en cours, et tout comme certaines économies sont plus avancées, certains vocabulaires sont également plus avancés.
    Connaissez-vous le mot suédois könsmaktsfördelningsfråga? Je suppose que non; traduit littéralement, il signifie « question de répartition de pouvoir entre les sexes ». Il désigne les cas où le problème sous-jacent est lié au fait que les hommes et les femmes n’ont pas la même capacité d’exprimer leur potentiel en société.
    Les Suédois ont hissé leur standard tellement au-delà des besoins fondamentaux – besoins physiologiques, besoin de sécurité… – que leurs inquiétudes et interrogations ont atteint un niveau d’abstraction stratosphérique. Essayez dès lors de leur faire comprendre quelque chose au mode de vie des Bulgares, des Syriens, des Somaliens, et même des Français (5 ans de lutte âpre n’ont pas suffi à m’arracher aux clichés).
    On retombe en Grèce antique et à la « barbarie ». On n’en est jamais sortis d’ailleurs.
    Quand j’écoute les débats sur les Gilets Jaunes, sur l’économie, quand je lis vos articles et vos commentaires avec des lunettes de Suédois, je n’y comprends rien, je ricane de l’archaïsme des propos tenus, du moyen-âgisme de la violence et du désaccord, et du romantisme de toutes ces belles philosophies. Avec les lunettes de Bulgare, je n’y comprends rien, je m’étonne de la naïveté de croire en cette illusion qu’est la démocratie, je me moque de toutes ces considérations théoriques et intellectuelles, et me marre quand je lis que beaucoup de gens ont la vie dure en France…
    Je vais vous dire moi ce que j’en pense. Le modèle de société actuel, basé sur la nation, est surdimensionné. Quand il est déjà quasiment impossible de mettre tout le monde d’accord dans un groupe nucléaire aussi petit qu’une famille de trois, comment voulez-vous y arriver avec des millions d’individus, d’autant plus quand ils s’entendent répéter toute la journée qu’ils sont uniques, spéciaux, pas comme les autres, plus ceci, plus cela?
    Pourquoi continue-t-on de se braquer sur des concepts, juste parce que le mot « sonne mal », comme par exemple féodalisme ou encore patriotisme? On rejette tellement de mots d’un revers de la main, parce qu’ils ne sont pas politiquement corrects, ou parce qu’ils sont colorés d’une autre couleur que sa propre sensibilité. Les Gilets Jaunes n’y échappent pas, quasiment personne n’y échappe, je m’attrape souvent à faire cette erreur.
    C’est ce conditionnement par l’abstraction qui fait que nous nous braquons les uns contre les autres, pour ne pas perdre de terrain dans le débat, rester sur la défensive. C’est quelque chose qui n’existe pas encore ici en Bulgarie, ou alors très peu, car les gens ont tout simplement d’autres chats à fouetter, comme par exemple s’en sortir avec 215 euros par mois (salaire minimum) ou 115 euros de retraite (cas de la grand-mère de ma femme).
    Donc pour conclure, je dis que si le débat reste dans l’abstrait de la politique et de l’économie, c’est qu’on est encore loin de la crise – un mot complètement décrédibilisé depuis le feu de paille de 2008.
    Quand on aura une crise, les gens s’inquièteront de la quantité de bois pour l’hiver prochain, si le printemps sera pluvieux ou aride pour leur potager ou du doublement du prix de l’assurance voiture. Ici en Bulgarie, c’est de ça qu’on parle.

    1. Le ‘modèle suédois’ de développement social a pris son essor durant les années 1930, avec l’arrivée au pouvoir du parti social-démocrate, cette arrivée au pouvoir faisait suite, et était en réaction, ‘aux évènements d’Adalen’ de 1931.
      Cela est survenu lorsque l’armée appelée en renfort de la police locale a tiré sur la foule des manifestants ; cette décision de tirer sur la foule des grévistes manifestant, a été analysé par le corps électoral comme le désir de la bourgeoisie possédante de vouloir garder le pouvoir à tout prix et a pu porté ainsi, en réaction, le parti social-démocrate à la tête du pays en 1932 et appliquer de nombreuses innovations sociales qui feront l’attrait de ce ‘modèle’.
      Le réalisateur Bo Widerberg s’était inspiré de cela pour son très bon film « Adalen 31 »

  13. Et une deuxième chose qui est liée, et pour le coup m’exaspère: pourquoi la pertinence d’un propos devrait-elle dépendre de qui le tient? Pourquoi le fait que ce sont des lecteurs du Monde – et donc par extension considérés comme des « bourgeois » ou des classes supérieures – qui exposent les choix financiers de ce couple déclenche une razzia de réactions épidermiques? C’est peut-être hypocrite, cynique, ironique, mais ça n’enlève rien à la pertinence de la remarque, que quand on dit « se serrer la ceinture », on doit tous être d’accord que cela signifie racler les fonds de tiroir, ce qui n’est visiblement pas le cas?
    Le train de vie, les choix financiers sont un sujet CAPITAL et qui me tient à coeur; quand j’achète du dentifrice, je scrute l’emballage, et au lieu d’acheter du Vademecum (rachetés par le géant Henkel) je me tourne vers une entreprise locale (Поморин). C’est enfantin et ça prend un peu de temps juste au début, après quand on est rodé on ne regarde même plus…
    Ca me rappelle une anecdote récente, et très représentative: après une partie de jeu de société stratégique avec des amis, ma femme soupire sa défaite, insistant sur le fait qu’elle n’aime pas l’affrontement et que le jeu est créé par un homme, et donc davantage destiné aux hommes. Je rebondis en faisant la remarque qu’effectivement, les plus grands stratèges de l’histoire étaient bien des hommes, Alexandre le Grand, Napoléon, etc, et qu’on pourrait trouver un autre jeu la prochaine fois.
    Eh bien à MES propos, notre amie réagit brutalement, irritée; disant que ce n’est pas parce qu’on est une femme qu’on ne peut pas être bon en stratégie, qu’il y a plein de femmes – elle y compris – qui sont douées et qui apprécient la stratégie, et ainsi de suite…
    Vous voyez où je veux en venir. Quand ma femme le dit, pas de réaction. Mais quand je la corrobore, j’en prends plein la tronche, immédiatement soupçonné de machisme. J’ai dû me défendre…
    Et ça me fatigue, ça, qu’on ne soit pas capables de passer outre ces présupposés intérieurs, pour une discussion sereine et constructive…

    1. @ Pierre Bignolas.
      Vous êtes chez PJ donc un peu chez les « systémiciens ». Pas vraiment les idéologues, et si je cite à l’occasion Stiegler c’est pour sortir des chemins qui vous tracassent… Chemin chemin, …. il y a justement en physique quelque chose qui s’appelle « la dépendance de chemin », le point où on est ne suffit pas à choisir la bonne mesure suivante, nous sommes liés à ce que nous avons été (ici des extracteurs, là des colonisateurs, là encore des pharmaciens hors pair donc des soigneurs, et peut-être quelquefois (((to die to sleep and perhaps to dream))) des anthropologues. Liés au point, donc, que nos décisions, celles qui s’imposent à un bout de notre cerveau qui regarde ici les déchets la le capitalisme et là encore la biodiversité, ces décisions heurtent 99% de ce qui s’est fait avant et qui est « lancé », engrainé.
      C’est une propriété que nous connaissons tous dans notre apprentissage d’un peu tout, et de la langue notamment pour tout le monde et qui rend dur tout autre apprentissage de langue (surtout après 11 ou 12 ans).

      Donc l’image générale de l’incompréhension est juste, je militerais juste pour l’englober, l’enchâsser dans celle plus générale de la dépendance de chemin (de l’apprentissage quasi irréversible). Le piège principal, qui par certains côté parcours les livres de PJ via certains thèmes (la narration que le cerveau nous pousse à nous faire de nous-même, dans le cadre de la compatibilité que crée la modeste fenêtre de la conscience entre la vie de l’organe « cerveau » et le surnageant langagier qui fut notre seul outil de mémoire (avant que Socrate ne s’en allât se plaindre que l’écrit, ce support émergent, WTF, c’est pas du jeu, vous n’apprenez rien, nada, zylch, avec ça bande de déplorables).

      Le langage nous a forgé une super mémoire de plein de chose qu’il faut faire ou ne pas faire (comment bien résoudre une équation différentielle, quel panier prendre pour aller au marché (quand on a des sous) à l’époque des coings ou à celle des poireaux), mais Babel, la vraie émergence de « lieux communs de l’humanité » n’a eu lieu que très partiellement, par morceau : ici la peine de mort qui commence à s’estomper, là les violences faites aux femmes qui cessent d’être tues. Et pendant le même temps, l’autre effet avec dépendance de chemin majeur, c’est la concentration des richesses, chose qui put être assez choquante aux temps de Saint François d’Assise, qui trouva moyen de convaincre de vastes foules de s’en détourner (faut dire que la vie du clergé riche ne comprenait pas de parties de golf ni de survol de vignobles en hélicoptère à l’époque).

      Bref, la vie à l’étranger vous éclaire très utilement, le mystère reste que des chemins aux expressions qui sont si peu compatibles entre elles néanmoins voisinent, à la fois dans la même ville entre deux rues proche, et dans le même continent entre deux pays proches (amis belges vous tombez dans le cas intermédiaire…).

      Du coup certaines grandes idées de Keynes comme la minimisation du dissensus peuvent constituer des pansements les plus adaptés à ce qui est considéré comme incompatible par les parties prenantes. Certes s’il était invité en Irlande du nord en mars prochain, il aurait du mal à s’en sortir par le haut. Faut-il lui reconnaitre un certain mérite ou une certaine naïveté ? Rendez vous dans 60 ans pour conclure !!

  14. Il est bien étrange ce mépris non dissimulé de riches envers moins riches qu’eux.

    On ne peut mettre cela, me semble-t-il, que sur le compte de la croyance. Quand on a pour credo le gain, l’argent, le mérite, la réussite… on considère comme hérétiques tous ceux qui ne gagne pas autant, ne sont pas aussi riches, n’ont pas autant de mérite, ne réussissent pas aussi bien… Et les hérétiques, de tous temps, ne méritent qu’à peine de vivre.

    Nos dirigeants sauront-ils renier ce credo délétère ? Pas sûr…

      1. Merci pour la citation mais ne sommes-nous pas sortis du cadre qu’observait et décrivait Weber ?
        Le credo dont je parle ne fait appel à aucune transcendance. Athée, il est purement idéologique, autrement dit idolâtre. Inconscient, non reconnu en tant que tel par ses adeptes, il est d’autant plus redoutable.

      2. @ Denis Monod Broca
        …. »mais ne sommes-nous pas sortis du cadre qu’observait et décrivait Weber.. »
        bien sûr
        mais le fondement psychologique de cette « dépendance » à l’accumulation reste le même , même si » les mots pour le dire » ont changé …

    1. « Ce mépris non dissimulé » existe depuis bien longtemps. Il suffit de compulser « Les gens de rien » (André Guisnel) dans lequel je trouve, par exemple, ce passage :
      «Richard Hoggart, dans son observation de l’Angleterre des années 1950, remarque subtilement la perception à connotation idéologique que se font les nantis : « Il n’est pas besoin de rappeler le rendement idéologique que possède, dans les classes moyennes [aisées], le discours sentencieux qui diffuse emphatiquement « l’inconscience » ou « l’imprévoyance » des petites gens, leurs dépenses inconsidérées et leur inaptitude à « penser au lendemain ». »
      C’est le regard « supérieur > inférieur », et il est constant depuis des lustres.
      Le regard « inférieur > supérieur », par contre, semble avoir évolué. Et ce que Bourdieu nommait « bonne volonté culturelle » (c-à-d le souhait, l’envie d’imiter et de ressembler à la classe supérieure, d’adopter ses goûts et ses coutumes) se heurte ici à des « standards » et des modes de vie radicalement différents. D’où incompréhension.
      En fin de compte, je ne sais pas. L’incompréhension vient aussi sans doute du fait que ces deux classes ne se côtoient plus.

      1. Ce mépris n’est pas nouveau, non en effet, mais qu’il s’affiche ainsi m’a surpris. Ce qui est nouveau est peut-être une inversion de la courbe : nous allions vers toujours plus d’égalité, toujours moins de mépris et puis nous voici repartis en arrière, le mécanisme du progrès s’étant enrayé sous les coups de boutoir de la modernité mondialisée, répartis vers inégalité admise et mépris affiché.

  15. Jacques Brel chantait :
    «Chez ces gens-là, on pense pas, on compte.»

    Ceux qui en surplomb jugent ce couple comme irrationnel dans l’emploi du peu d’argent non contraint leur reprochent de ne pas savoir compter. En fait, si on prend en compte la pression sociale véhiculée par la pub et associé, ces dépenses sont très raisonnables.

    Ce couple est victime. Ceux qui le jugent sont aussi victimes. Aliénés, pour faire écho à Christian du 42 .

    Savoir dire Non est le début.

  16. Donc les pauvres sont des salops stupides et les autres des connards plus malins (donc plus riches). Au final la fin de l’espèce n’est peut être pas une si mauvaise nouvelle 😉

  17. « Polarisation » ou exacerbation des impasses qui elle même exacerbe les incompréhensions ?

    Ça m’évoque davantage les périodes qui ont précédé mes deux crises cardiaques , comme un mal être dont on ne sait pas la cause et vous déprime .

    Et le grand bien être où l’on se trouve au deuxième jour d’hôpital ( pourvu que le Samu soit arrivé à temps ) , le corps apaisé , environné de sourires d’infirmières et de la sollicitude de la famille .

    Où est le Samu , où est la famille ?

    1.  » Qu’appelle-t-on « panser » « , tel est le titre du dernier livre de Stiegler-au-beau-jargon. Echo au « Was heisst denken » (Qu’appele-t-on penser) du Heidegger, le Martin très peu saint.
      Après injection d’un peu de sérum de vérité, vous auriez assurément répondu vous-même à votre question « Où est le Samu , où est la famille ? » ceci : « l’individuation psychique et collective » . En clair, ce qui guérit est la même chose que le poison (le nouveau support technique, dans le fil de qui a été dit) pour peu que s’engage une pratique de ce poison qui en refasse un objet de la sphère humaine au sens large (je vous passe la noosphère, la néguanthropologie etc. , le résumé court vaut mieux suivant moi). Dardot et Laval appellent aussi de leur voeux des pratiques pour redéfinir les luttes etc. Possible si on ne change pas le nouvel outil tous les 6 du mois.

      1. Vous n’avez pas une médecine plus simple , docteur , j’ai pas trop le temps de consulter tous les spécialistes de la clinique , et je ne comprends que la moitié de ce qui est écrit sur les boîtes .

      2. Dites moi déjà clairement ce dont je souffre , si vous êtes sur de le savoir , je vous dirai si je m’y retrouve .

        On m’a parlé de soliton et de concentration de la richesse , mais c’est pas vraiment admis par la faculté .

        Si je crève plus rapidement que n’arrive le bon diagnostic , écrivez sur ma tombe, si vous me survivez :

        Liberté , Egalité , Fraternité étendue au vivant .

        Ou plutôt ne faites rien , il n’y aura personne pour le lire .

      3. Stiegler, que j’appelle le jargonaute.
        Je n’ai pas la prétention de tout comprendre (moi petit apprenti philosophe issu de – et retourné à – la classe populaire), mais il émane de ses écrits une petite musique particulière, à la fois dissonante et reposante.

      4. Depuis qu’elles soignent avec une tenue en deux pièces leurs sourires à moins de valeur, leurs professionnalismes toujours autant.

    2. Sénèque :
      Face à la majesté du monde, notre destin est comme rien.
      Soyons sérieux :
      Face à un accident, le SAMU est tout.
      Et pour l’avoir expérimenté, le sourire des infirmières, encore plus.

      J’ai visité la cathédrale de Chalon sur Saône.
      Une chose observée : les pierres tombales des prédécesseurs ( abbés et évêques) ont été réemployées pour paver le sol, là où il est le plus usé par le pas des fidèles.

      On imagine le processus :
      La marguiller : – M’sieur l’Evêque, à l’entrée le sol se dégrade…
      On prend celle de Untel, bonne qualité, juste la bonne taille ?
      L’Evêque : -Faites donc, un bon-à-rien depuis 200 ans. Il devrait nous remercier de lui donner l’occasion de faire œuvre utile. Et intercesser en ma faveur auprès de Saint Pierre.
      ( La chose n’est pas rare, à Annecy, par exemple, la Visitation, je crois, mais elles ont été redressées à l’extérieur. Bancs publics de bonne qualité.)

      Et c’est ainsi que les inscriptions en ronde bosse s’effacent doucement sous les pas et postérieurs des touristes. Athées, évidemment. Sénèque, encore.

      1. Cet article et ces comments affichent clairement un certain mépris de classe, je dirais plutôt de « condition sociale », qui existe dans toutes les catégories et couches sociales, de fait, et qui n’est pas nouvelle. Les situations de tension économiques et sociales exacerbent ces tensions, ni plus, ni moins. Ceux qui taffent au contact de TOUTES ces catégories, ou qui ont l’occasion aussi bien de parler aux uns qu’aux autres, notamment dans les hostos, le savent très bien. Pour avoir eu l’occasion d’échanger avec des individus issus de toute catégorie, je pense que quelle que soit la catégorie sociale, la connerie c’est no limit et aucune catégorie n’a le monopole de l’intelligence relationnelle, ni de l’intelligence tout court. Encore moins de la bienveillance. Le mépris de classe est très violent, et je dirais encore plus virulent et aussi cynique, de la part des individus les moins fortunés, les presque pauvres, envers les plus démunis qu’eux, au fond du trou. La peur, effectivement, de la misère, mais que. Entre autres. Tous les sociaux et les hospitaliers, sans parler des policiers, sont confrontés à cela, car ils font partie de ces métiers, confrontés, au quotidien, à des individus en détresse et ce QUEL QUE SOIT LEUR CONDITION. La misère n’est pas seulement matérielle, elle est aussi psychique et psychologique voire affective, et celle-là, ce n’est pas à coup de bons sentiments et d’espèces sonnantes et trébuchantes qu’elle se résoudra. Donner les outils, les moyens et les possibilités à tout individu d’évoluer à tous les niveaux est essentiel, mais cela restera toujours insuffisant si, d’une part il n’y a pas de dialogue et si ce même individu n’a pas la volonté de briser les schémas psychiques qui l’enferment dans des préjugés et des a priori toxiques et stériles, sur lui-même d’abord, et sur l’autre ensuite. Donc, pas de recette. Ainsi va la vie.

        Give peace a chance !

    3. @hbt : Stiegler ne jargonne pas, il a un lexique ultra-précis et complètement fondé, c’est vrai que ça casse un peu les pieds dans ses livres, mais c’est clarissime dans ses conférences ou entretiens. Je vous invite très vivement et sincèrement ä le considérer comme un contemporain capital (je parle en tant que philosophe confirmé, et défroqué, le tour de la maison étant fait).

  18. Il faut être un saint pour ne pas succomber aux tentations de la pub.
    Il faut être un saint pour être insensible à l’expression des apparences du status social.
    La société de consommation est une machine à frustrer, à gaspiller, à s’endetter, à s’humilier…
    Et il faudrait que les gens soient « raisonnables »?
    Il en y a tellement des « classes sup » qui vivent de la pub, du marketing, des médias qui diffusent la pub, des banques qui offrent les crédits qui vont avec, en plus actionnaires de tout ce business … veulent ils couper la branche sur laquelle ils sont assis ? Est ce bien « raisonnable »?

    1. Ça m’est revenu par association d’idée entre Samu et infirmière , ou plutôt ASH , comme une de mes belles sœurs, qui m’avait rapporté que dans le jargon du CHU assez souvent fréquenté par des personnes en perdition « de faible condition » , elles étaient qualifiées de ‘Groseille » .

      1. L’expression qui a fait florès dans le social, le médico-social, le médico-psychologique, l’E.N., et le psychiatrique est apparue avec le succès du film « la vie est un long fleuve tranquille ».

  19. Ah, quand même, Sénèque par ci, Stiegler par là… On en arrive enfin au coeur du problème, La vie est un long fleuve tranquille, qui étale l’incompréhension de classe entre les Groseille et les Le Quesnoy.
    Le truc, c’est que j’ai oublié la fin. Y avait-il la solution ? Une belle chanson de Mireille Matthieu en tout cas.

    1. Je ne me souviens plus bien non plus de la chute et de la conclusion finale , s’il y en avait une , mais de mémoire et d’impression générale ( au delà des passages obligés de la comédie ) , j’en avais gardé le sentiment un peu négatif d’une caricature des deux bords ( plus outré pour les Groseille d’ailleurs que pour les Quesnoy ) , positif par contre de l’illustration du poids de la transmission , et de la possibilité d’émotions communes aux deux parties quand le premier pas est fait .

      Ce que j’ai appris tout seul , c’est que la transmission « positive » ou « négative » ,n’est pas qu’une affaire de pognon et de statut social , et j’ai trouvé des aristocrates aussi bien chez les pauvres que les riches , et des âmes perdues ou désespérantes autant que désespérées de même .

      Parle moi de ton père , parle moi de ta mère .

      1. J’ai même rencontré des « aristocrates » filles ou fils de parents dont personne n’aurait voulu , porteur d’une résilience mystérieuse .

  20. En lisant les commentaires hostiles aux GJs ça et là sur ce blog, et partant du présupposé (caricatural, très probablement) que sa population (du blog) est presque exclusivement de gauche (ou du moins croit l’être), quels sont ces courants prétendument de gauche qui se pincent le nez à la seule vue d’un soulèvement populaire? Et n’est-ce pas très exactement ce genre d’attitude qui a conduit le P.S., et avant lui la « gauche plurielle », à se liquéfier jusqu’à faire du fn un quasi-parti-de-gouvernement? Fraudra-t-il à ces dogmatiques-là une guerre civile pour rassasier leur soif de pureté idéologique?

      1. @Juannessy

        Votre proposition m’apparaît pour un vœu pieux doublé d’un paradoxe: Il me semble bien au contraire que le manque, que dis-je, l’absence presque totale de représentativité des élus et élues qui conduit le plus surement à la guerre civile, et que ce mouvement des GJs en est un signe. Une kermesse votative tous les 5 ans pour ensuite constater impuissant, mandature après mandature, trahisons et reniements de toutes les institutions représentatives, merci bien mais personnellement je n’en veux plus, et je crois ne pas être le seul.

    1. Là vous abusez : Camelots du Roi et Croix de feu en 34, un « soulèvement populaire » devant lequel il faudrait lever le chapeau??? Tout soulèvement de masse serait donc par essence « populaire » c’est-à-dire si j’entends bien votre impensé : progressiste de gauche? C’est plus de l’abus, c’est du délire! Comme si les fascismes n’étaient pas capables de soulever les masses eux aussi!

      Vous avez sous les yeux un mouvement social d’importance, mais composite, très hétérogène, et dont les mots d’ordre fédérateurs sont foncièrement réacs. C’est un fait, ou alors crevez-vous les yeux. Qu’il signale par ailleurs : qu’il existe encore des forces politiques (de la force en politique, que la bête est capable d’enfanter d’autres avenir); que le macronisme est un technocratisme de droite, un tatchérisme en puissance et que Jupiter est tombé des cieux; que le logiciel de l’UE est délètère; que tout cela nous réconforte et nous procure un grand plaisir (voir bafouiller les arrogants : rien que pour cela…) n’efface pas ce qui précède. Et il faut ou faudra un très talentueux coup de force pour ramener tout le truc vers : la solidarité financée par l’impôt, la fraternité inscrite dans le droit, une authentique culture démocratique, une éthique et une action respectueuse du vivant et du monde etc.

      1. @jicé

        Je ne crois simplement pas que de chercher la pureté idéologique dans ce type de mouvement soit autre chose qu’une course vers l’horizon, et, pour paraphraser Lordon, qu’à force de considérer que toute entité simplement contactée par l’extrême-droite serait irrémédiablement souillée (Lepen dirait que le ciel est bleu que vous prétendriez aussitôt qu’il est rouge, peut-être?), vous finirez, vous et ceux qui pensent comme vous, à poil en tonneau à bretelles avec plus aucune idée ni plus aucune action possible. Autrement dit, je ne crois pas que de considérer ce mouvement avec une pince à linge sur le nez empêche en quoi que ce soit de le laisser devenir une peste brune, bien au contraire.

  21. 1000 critiques de gens aisés à la description de la vie de gens qui le sont moins. Ma première réaction a été : voilà 1000 déclarations de jalousie de gens vraiment malheureux à l’encontre de gens qu’ils croient un peu plus heureux.

    Pourquoi ai-je eu cette impression ? Je ne sais pas. Même si je vis avec environ 800 euros/mois et beaucoup de temps libre tout en étant plutôt heureux, alors que je connais un jeune couple avec un seul enfant qui doit gagner environ 6000 euros/mois mais dont je pense qu’il va exploser sous la pression de la vie moderne (divorce bien sûr, mais aussi maladie ou accident de la route…).

  22. Ce ne sont pas les peurs qui diffèrent…?
    On ose juger la vie des autres plus facilement au nom de sa propre peur sans se soucier du fondement de celle de l’autre.
    Nous allons bientôt devoir nous considérer comme un tout indissociable et ça fout les chocottes à tout le monde…!
    Je ne m’en exclue pas et j’imagine, que sous le joug de cette peur grandissante, je ne découvre un jour un être que j’ignore et qui puisse m’effrayer bien davantage qu’un gilet jaune.

  23. J’insiste un peu, au risque de l’impolitesse : à relire en travers les post, j’ai le sentiment d’un retour à l’époque du « crime de Bruyai en Artois » (les vieux comprendront, les jeunes iront s’informer) : presque tous dans le manichéisme et la dichotomie, en oubliant le mot subtil de Desproges : « l’ennemi est con, il croit que c’est nous l’ennemi » (Desproges, ça nous évite une tartine sur Girard). Eh oui, seul les « nantis » seraient coupable de mépris, si en plus ils sont polis et cultivés -vrai crachat à la face des rudes expressions de « la colère populaire » -mettons : « macron enculé », « brigitte grosse pute » -j’espère que tout le monde goûte ici la profondeur des vues. Et tout ça avec pour fil rouge le problème du jugement, le problème des « critères de la vie bonne » comme n’avaient pas honte de les chercher les penseurs antiques. C’est vrai que Bourdieu et à un degré moindre Lévi-Strauss, plus tous les partisans d’une conception purement procédurable de la démocratie sont passés par là, et ils ont bien déconné il faut dire. Y a plein de malentendu : a) sur l’altérité, pensé sans réciprocité et dont l’exotisme (la différence perçu comme exotisme, ah! Ach! le bon temps des colonies…) est aujourd’hui paré de toutes les vertus, es qualitas : c’est pas du mépris et de la surplombance, ça? Par que le prolo, lui, magiquement ou par incapacité, il ne porte pas de jugements? N’a pas de préjugés? de système de valeurs? b) sur la distinction comprendre / juger, ou comprendre / expliquer / juger (et c’est pas un Lordon, qui a le bon goût d’aller chercher chez Spinoza son inspiration, qui va nous démentir) : juger emêche de comprendre, on sait, on sait. Comprendre a but pour de saisir la réalité des causes (chez Spinoza, hors toute empathie Weberienne). Mais comprendre vise ultimement à transformer ce qui suppose des critères et des normes (un Bien suprême dans le langage des philo, par exemple : l’amitité comme idéal -poésie- des relations humaine, la bonté plutôt que la dureté, le soin des êtres et des choses plutôt que les rapports de force, les liens plutôt que les biens etc etc). Ben ouais, le lumpen aliéné (les portables, les marques -on marquait les esclaves dans l’antiquité-la malbouffe, le consummérisme, le machisme etc) il faudra d’une manière ou d’une autre (y en a une seule de bonne, mais est-elle efficace?) l’arracher à sa conditions et à ses représentations ou le laisser croupir dans sa merde (dans sa vie mauvaise). Car si le cas cité dans l’article du Monde est un « idéal de vie possible parmi d’autres -et de quel droit juges-tu blablablabla », autant fermer boutique.

      1. J’aurais dû en effet mettre un point d’interrogation.
        Mais le cas n’est pas isolé loin de là et je les emmagasine dans mon iconothèque, c’est le nombre et la répartition qui feront peut-être sens.

      2. Trop de symboles ne laisse aucune chance d’en tirer sens hélas , surtout quand on en arrive à mettre la tunique sur l’antisémitisme .

    1. Peut-être pourrait-on trouver une analogie entre les Gilets Jaunes et la révolte de certaines troupes en 1917 ?

      Décisions incompréhensibles tombant du haut de l’Olympe, mal expliquées, mal menées; mépris à peine déguisé; incohérences et incompétences couteuses, en vies dans les 2 cas.
      Marre de servir de chair à canon.

      1. Bon d’accord, y’a une différence essentielle: autour et dans les rond-point , ils rigolent. Et beaucoup d’autres chose, mais l’humour n’est jamais absent. Je le sais, j’y suis allé.

        Pour le reste, « Marre de servir de chair à canon », jetez donc un coup d’oeil rétrospectif chez le Yéti. Il figure dans le blogroll. Je n’ai pas beaucoup d’autres sources d’information. Les siennes suffisent à capter un état d’esprit ou un vécu.

      2. Si c’est la seule différence que vous voyez , avec ou sans Yéti , je ferai confiance à ma vue mais pas à la votre .

      3. @Juannessy et @Daniel
        Vos réactions sont tout aussi passionnantes que les actes symboliques sur les monuments commémoratifs des guerres passées. Elles posent la question de la transmission de la mémoire de ces événements et de comment nous nous sommes construits par rapport à eux.
        Il n’en reste pas moins que l’iconoclasme dans l’Histoire (XVIe siècle et fin XVIIIe siècle pour notre pays) est le signe de crises internes majeures.
        https://www.pauljorion.com/blog/2017/08/23/ma-famille-demande-le-retrait-darlington-du-monument-confedere-de-notre-cousin-par-judith-ezekiel/

      4. @Juannessy
        Employer le terme de « chair à canon » rend compte de la façon dont vous vous positionnez par rapport à la Grande Guerre. Position partagée par une très grande majorité de Français et éloignée de l’historiographie officielle de l’État reflétée par une majorité des monuments commémoratifs.
        L’interprétation des deux actes de « vandalisme » iconoclaste pré-cités pourrait être la suivante:
        -Décapitation des généraux accusés à postériori d’avoir considéré le citoyen-soldat comme chair à canon (ce qui n’est pas le cas de Gallieni – mais on peut comprendre que dans le feu de l’action les auteurs de l’acte délictueux ne se soient pas attardés à ce genre de subtilité).
        -Adjonction d’un gilet jaune sur une statue de simple soldat signifiant une identification aux citoyens-soldats victimes de l’arrogance et de l’incompétence de certains généraux.

        Je redis une fois encore que le Président E. Macron a très mal géré les commémorations du Centenaire. Ce n’est certes pas l’élément déclencheur de ce grand bazar, mais une petite touche supplémentaire du divorce entre lui et la majorité de la population.

      5. @Arkao :

        Reprenez mieux le suivi des échanges .

        Je ne visais pas le détournement ( abusif lui aussi d’ailleurs ) des monuments commémoratifs .

  24. Où est le corps ? Qui s’occupe d’en définir la forme, le sens, les objectifs ? Qui s’occupe d’en assurer les moyens pour espérer les atteindre ? Je sais, je rêve ! (La poule est morte sans laisser d’œuf)
    Les êtres humains s’associent en réaction à la nécessité ou, culture aidant, à des objectifs communs à accomplir.
    Bonne chance pour trouver un objectif commun à l’Europe, à oui j’oubliai ne plus de faire la guerre. Laquelle déjà ?Soyons positif, notre mission sera dorénavant : Chercher le corps, si minuscule soit-il, qui recèle la puissance de nous retrouver tous ensemble le plus vite possible.

  25. quote

    ¨LA FRANCE EST EN TRAIN DE SE RÉFORMER COMME JAMAIS AUPARAVANT ».

    Philippe Aghion Aghion soutient que le fait que le déficit budgétaire français augmente en raison du « tournant social » de Macron « est simplement le prix de la réforme ».

    Par: Peter Vermaas
    22 décembre 2018
    Source : NRC Handelsblad, Amsterdam.
    [https://www.nrc.nl/nieuws/2018/12/22/frankrijk-hervormt-nu-als-nooit-tevoren-a3126842 ]

    Afin d’arrêter la résistance explosive des  » gilets jaunes « , le président français Emmanuel Macron a touché au fond dans sa poche. L’augmentation du salaire minimum, la réduction des cotisations des retraités et d’autres mesures relatives au pouvoir d’achat approuvées par l’Assemblée cette semaine coûteront au moins 10 milliards d’euros et ramèneront le déficit budgétaire français au dessus du plafond européen des 3% l’an prochain.
    Mais c’est le prix de la réforme, met en perspective l’économiste français Philippe Aghion, qui a participé activement au programme électoral de Macron. Selon lui, Macron a fait un nécessaire « social twist » grâce aux gilets jaunes.

    Le social-libéral Aghion, professeur au Collège de France et à la London School of Economics, connaît Macron depuis 2007. Tous deux étaient alors membres d’un comité qui présentait des plans pour stimuler la croissance hésitante de la France. Depuis son élève, parce que les relations étaient ainsi, à l’Élysée, ils ne se voient plus souvent, mais ils s’envoient encore des messages SMS. Avec les deux autres auteurs du programme économique, il a envoyé une note critique (fuite via Le Monde) au président en juin dernier pour lui dire que l' »ambition émancipatrice » des plans était très vite passée inaperçue – avec tous les risques sociaux que cela comporte.
    « Macron est revenu au vrai caractère de son programme¨, dit-il maintenant. « L’idée sous-jacente était que la France avait besoin de réformes qui avaient déjà été mises en œuvre dans un pays comme les Pays-Bas dans les années 1990 : des réformes pour améliorer les performances économiques et stimuler la croissance. Mais ce que nous avons clairement écrit à l’époque, c’est que cela n’était possible que si nous incorporions certaines protections : les plus faibles ne devaient pas devenir encore plus vulnérables et des investissements devaient être faits. Cela ne s’est pas produit au cours de la dernière année.¨

    POURQUOI PAS ?
    « En partie parce qu’ils voulaient utiliser l’espace politique pour mettre en œuvre de nombreuses réformes très rapidement. Ils ne voulaient pas débattre sans fin. Mais Macron a aussi trop compté sur les technocrates. Ils ont pris la tête et ont commencé à couper de façon classique. Ils lui ont fait réduire l’allocation-logement, les pensions n’ont plus été rajustées en fonction de l’inflation et les taxes sur le carburant ont augmenté alors que le prix du pétrole augmentait. Il s’agit de trois erreurs politiques majeures, dictées par des gens obsédés par le déficit budgétaire.¨

    PARLEZ-VOUS DES FONCTIONNAIRES DU MINISTÈRE DES FINANCES ?
    « Et les gens qui l’entourent. C’est précisément au sein de ce ministère que des ministres ont été nommés, Bruno Le Maire[économie et finances] et Gérald Darmanin[budgets], qui n’ont pas participé au programme ». Ceux-ci plus le Premier ministre Édouard Philippe viennent du centre-droit républicain de l’ancien président Sarkozy. « Ils se sont joints plus tard », dit Aghion. « Cela a quelque peu compromis la dimension émancipatrice, démocratique et protectrice du programme. Nous n’avons pas été écoutés lorsque nous avons sonné l’alarme en juin. Je pense que Macron a maintenant compris le message grâce aux gilets jaunes.¨

    LE DÉFICIT FRANÇAIS S’ÉTABLIT AUJOURD’HUI À 3,2 %, AU-DESSUS DE LA FRONTIÈRE EUROPÉENNE.
    « Pour réformer de manière à donner aux plus faibles la protection qu’ils méritent, il faut payer des coûts de transition. Et oui, cela signifie que nous dépassons un peu ces 3 p. 100. Mais cela ne s’applique qu’à l’année à venir. En relâchant un peu les rênes, nous pouvons rétablir la paix sociale en France. Et sans paix sociale, nous ne pouvons pas poursuivre les réformes. L’argumentation n’est donc pas keynésienne : nous n’améliorons pas le pouvoir d’achat pour stimuler l’économie.¨

    COMMENT LE GOUVERNEMENT FRANÇAIS PEUT-IL EN CONVAINCRE LES AUTRES ÉTATS MEMBRES DE L’UE ?
    « Ils le comprennent. C’est un investissement. Ils ont également vu des images de Paris en flammes en Allemagne. Et aussi en Allemagne, ils ne veulent pas que Marine Le Pen arrive au pouvoir ici.

    MAIS POURQUOI DEVRAIENT-ILS TRAITER LA FRANCE DIFFÉREMMENT DE L’ITALIE, QUI DÉPENSE AUSSI PLUS QUE PRÉVU ?
    « La comparaison avec l’Italie n’est pas valable. Ce pays a une dette publique beaucoup plus importante que celle de la France[130 % du PIB contre 99 % du PIB], la croissance y est plus faible et l’Italie ne se réforme pas. Ils augmentent maintenant leur dette là-bas, mais pas pour pouvoir se réformer comme nous. C’est vraiment très différent. La France est en train de se réformer comme elle ne l’a jamais fait auparavant et nous voulons continuer à le faire. Nous avons introduit un impôt forfaitaire sur le revenu du capital, le marché du travail a été réformé, la formation, l’éducation, les chemins de fer…. Actuellement, les réformes du système de retraite, de l’assurance chômage et de l’appareil d’État sont toujours en cours. Elles sont très importantes.¨

    MAIS MACRON EST-IL ENCORE CAPABLE D’INTRODUIRE DES RÉFORMES?
    « Oui, je le pense vraiment. Une fois que la paix sociale sera rétablie, elle pourra reprendre le chemin des réformes¨.

    LES PROTESTATIONS ONT MONTRÉ QUE LES FRANÇAIS SONT TRÈS ATTACHÉS À LEUR SYSTÈME SOCIAL ET CRAIGNENT UNE VARIANTE PLUS ANGLO-SAXONNE.
    « C’est possible, mais ce n’est pas non plus l’intention de détruire notre modèle social. Je préconise un modèle scandinave et Macron aussi, bien que je ne puisse évidemment pas parler en son nom. Il existe une libre circulation des capitaux au sein de l’UE, il est donc également important d’aligner notre politique fiscale sur celle des autres pays. Et si la Suède est un exemple, vous ne pouvez pas dire que Macron n’est que pour les riches, comme je l’entends maintenant. Mais c’est vrai : il y a des gens, y compris autour du président, qui sont plus enclins à un modèle anglo-saxon. Je pense que les gilets jaunes ont aidé à montrer à nouveau ce que nous représentons vraiment. Vu sous cet angle, ce mouvement n’a pas été si mauvais.¨

    unquote

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