Le Monde / L’Écho – Les valeurs contre la valeur, le 11 février 2019

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Dans Le Monde : « De la valeur de marché à la tragédie des communs »

Dans L’Écho : Quand la valeur doit laisser la place aux valeurs

[J'apprends à l'instant par un coup de téléphone que cette chronique dans Le Monde sera ma dernière : un courrier m'est adressé qui m'expliquera la suppression du cahier Économie en raison du coût du papier].

En novembre 2013, le comité pour les affaires économiques et monétaires du Parlement européen mit en accusation la Troïka, dont les trois composantes sont la Commission européenne, la Banque centrale européenne et le Fonds monétaire international. En cause, la politique drastique d’austérité imposée à la Grèce. 

Les parlementaires et les experts présents furent ulcérés par la mauvaise foi flagrante des représentants de la Troïka dans leurs réponses aux questions posées. Des grondements s’élevèrent même de l’hémicycle à plusieurs reprises. Ils mentaient, mais avec maladresse, trahissant ainsi leur malaise. Convoqués pour expliquer comment ils envisageaient les enjeux d’un monde humain axé sur des valeurs, ils n’avaient à opposer à leurs accusateurs que la valeur nue : la logique froide d’un monde sous l’empire seul de sommes d’argent.

Alors que les deux univers du Parlement européen et de la Troïka trouvaient en temps ordinaire à se déployer dans des mondes parallèles voisins, pouvant s’ignorer l’un, l’autre, la mise en accusation ce jour là, conduisait à la confrontation explosive de deux formes contradictoires de la rationalité : celle du Parlement fondée sur les objectifs, sur les fins, et celle de la Troïka, fondée sur les coûts, c’est-à-dire sur les moyens. 

Depuis qu’Aristote en avait démonté la mécanique, le monde gréco-chrétien vivait sous le règne d’une Raison visant des buts, or tout avait changé dans les années 1870 sous l’action des Stanley Jevons en Grande-Bretagne, Léon Walras en France et Carl Menger en Autriche : la Raison s’était transformée en allocation optimale de ressources rares selon l’utilité subjective.

Dès ce jour, la fin ne définirait plus les moyens, ce seraient la minimisation des coûts et la maximisation des profits qui deviendraient des fins en soi. Le résultat aurait cessé d’être un objectif visé initialement, pour devenir « pragmatiquement » quoi que ce soit que l’on constate à l’arrivée. Libre à chacun de compter alors les pots cassés, comme il en allait à cette époque de façon navrante d’une Grèce martyrisée.

Les États avaient cessé d’être gérés comme un ménage où l’on aspire au bonheur de tous, ils l’étaient maintenant comme une boutique où l’on s’efforce de « faire des sous ».

L’image de la « main invisible » d’Adam Smith avait tout pour séduire : chacun suivrait son intérêt bien compris et l’intérêt général en serait assuré de manière plus sûre que si chacun à sa façon s’efforçait d’y concourir. Mais l’image, moins séduisante, de la « tragédie des communs » s’est avérée plus pertinente : dans un monde aux ressources limitées, au moment où l’environnement bascule dans une dégradation irréversible, la rationalité économique veut qu’il demeure de l’intérêt de chacun d’accroître encore son empreinte. Las ! la main invisible ne valait donc que pour un monde aux ressources infinies.

Or, l’hypothèse d’une extinction du genre humain a cessé d’être une élucubration : notre espèce épuise chaque année 1,6 planète en termes de ressources renouvelables, transgressant la capacité de charge de la Terre par rapport au poids que nous lui imposons. Quant aux limites planétaires, trois d’entre elles ont déjà basculé dans l’irréversibilité : le réchauffement climatique (en voie de signer l’arrêt de mort de tous les mammifères à l’horizon 2200), la réduction de la biodiversité (la 6e extinction est en cours) et la rupture du cycle de l’azote (le protoxyde d’azote que nous produisons est un gaz de serre 300 fois plus nocif à poids égal que le C02). Inutile de souligner que dans ces conditions la musique finira par s’arrêter.

Prévenir l’extinction du genre humain constitue la fin par excellence, qu’il faut laisser libre de définir ses moyens, dont la justification va alors de soi. Le moment est venu pour les comptables de la main invisible de s’écarter pour laisser la place aux sages de la protection des communs. Le moment est venu pour la valeur de laisser la place aux valeurs.

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22 réflexions sur « Le Monde / L’Écho – Les valeurs contre la valeur, le 11 février 2019 »

  1. Excellent texte, synthétique, concis, et surtout ciblant exactement le problème principal de notre époque et sa racine la plus profonde, qui est aussi le principal obstacle pour commencer à le résoudre, bravo !

    Une seule petite critique au sujet de la formulation « Quand aux limites planétaires, trois d’entre elles ont DÉJÀ basculé dans l’irréversibilité ». Le sens strict de ces mots serait que l’irréversible serait déjà advenu, et qu’il n’y aurait plus rien à faire physiquement parlant pour empêcher l’extinction des mammifères à l’horizon 2200. Ce n’est pas le cas, et c’est bien naturellement parce qu’il reste une voie pour stopper l’effondrement écologique qui a déjà commencé que vous avez écrit ce texte 🙂 ! Mais je m’inquiète que certains à lire cette expression puissent comprendre « C’est déjà f..tu ! »

    1. La situation exige de faire le maximum même en comprenant que l’essentiel est foutu.
      être fou devient nécessaire pour se bouger.
      Une tendre folie.
      La folie qui fait aimer l’impossible.
      La folie de l’amoureux transi.
      Celle du déséspérer qui jette toute ses forces dans la bataille.
      Car sans ce qu’il essaie de sauver, le néant adviendrait.
      Et le censé qui lui reste comprend que ce néant n’est pas lui,
      lui malheureusement, c’est la vie.

  2. Une nouvelle étude confirme la gravité de la situation, et la vitesse à laquelle vont les choses : « La chute du nombre des insectes menace un effondrement de la nature » en anglais dans The Guardian https://www.theguardian.com/environment/2019/feb/10/plummeting-insect-numbers-threaten-collapse-of-nature

    Quelques extraits significatifs de cette étude d’échelle mondiale :
    « Plus de 40% des espèces d’insectes sont en déclin et un tiers sont en danger, conclut l’analyse. Le rythme de l’extinction est huit fois plus élevé que celui des mammifères, oiseaux ou reptiles. La masse totale des insectes chute à la vitesse vertigineuse de 2,5% par an selon les données les plus récentes, ce qui suggère qu’ils pourraient disparaître en moins d’un siècle
    (…) Ils sont essentiels pour le bon fonctionnement de tous les écosystèmes, disent les chercheurs, en tant que nourriture pour d’autres créatures, pollinisateurs et recycleurs de nutriments.
    (…) L’étude suggère fortement que la crise est mondiale
    (…) “A moins que nous ne changions nos façons de produire la nourriture, l’ensemble des insectes iront sur le chemin de l’extinction d’ici quelques décennies. Les répercussions sur les écosystèmes mondiaux seront catastrophiques, et c’est une litote”
    (…) Publiée dans le journal Biological Conservation, l’analyse affirme que l’agriculture intensive est le facteur principal du déclin, en particulier l’utilisation à grande échelle de pesticides. L’urbanisation et le changement climatique sont aussi des facteurs importants.
    (…) “Si les pertes en espèces d’insecte ne peuvent être arrêtées, les conséquences seront catastrophiques à la fois pour les écosystèmes de la planète et pour la survie de l’humanité”
    (…) “La cause principale du déclin est l’intensification de l’agriculture. Ça veut dire l’élimination de tous les arbres et arbustes qui entourent normalement les champs, pour avoir des champs plats et ras qui sont ensuite traités avec des engrais synthétiques et des pesticides.”
    (…) Les insectes sont au cœur de tout réseau alimentaire, ils pollinisent la majorité des espèces de plantes, gardent le sol sain, recyclent les nutriments, contrôlent les parasites et plus encore. Qu’on les aime ou pas, nous autres êtres humains ne pouvons survivre sans les insectes.”
    (…) Il est de plus en plus évident que l’écologie planétaire est en train de se rompre et un effort intense et mondial est indispensable pour arrêter puis renverser ces tendances épouvantables »

    Rappelons que les scientifiques sont par formation et obligation professionnelle des gens posés et mesurés. Pour que des scientifiques en viennent à utiliser ce genre de langage, il faut qu’ils soient vraiment inquiets.

    1. Pour qui s’intéresse, voici un lien vers l’étude complète sur la chute rapide des populations d’insectes et de leur diversité : http://sci-hub.tw/10.1016/j.biocon.2019.01.020

      Voici la traduction automatique (par DeepL) de la conclusion… montrant que les solutions de ce problème sont tout à fait pensables et qu’il est même possible de les décrire précisément.

      La question c’est d’obtenir qu’elles soient mises en oeuvre.

      « La restauration de l’habitat, associée à une réduction drastique des intrants agrochimiques et à une  » refonte  » de l’agriculture, est probablement le moyen le plus efficace d’enrayer de nouveaux déclins, en particulier dans les zones d’agriculture intensive. Par exemple, les bandes de fleurs et de prairies établies en bordure des champs augmentent l’abondance des pollinisateurs sauvages (Blaauw et Isaacs, 2014 ; Hopwoods, 2008) et la rotation des cultures avec le trèfle favorise l’abondance et la diversité des bourdons (Ekroos et al., 2014 ; Haaland et Bersier, 2011), qui à leur tour améliorent le rendement agricole et la rentabilité agricole. Ces tactiques de  » génie écologique  » favorisent non seulement les pollinisateurs, mais conservent aussi les ennemis naturels des insectes qui sont essentiels pour tenir à distance les espèces herbivores nuisibles de nombreuses cultures (Dover et al., 2011 ; Gurr et al., 2012 ; Lu et al., 2015). Cependant, pour que ces mesures soient efficaces, il est impératif que les modes d’utilisation actuels des pesticides, principalement les insecticides et les fongicides, soient réduits au minimum afin de permettre le rétablissement du nombre d’insectes et des services connexes de  » lutte biologique  » (Heong et al., 2015 ; Way et Heong, 1994). Il n’y a aucun danger à réduire radicalement les insecticides synthétiques, car ils ne contribuent pas de manière significative aux rendements des cultures, mais déclenchent la résistance aux ravageurs, affectent négativement la sécurité alimentaire et parfois réduisent les revenus agricoles (Bredeson et Lundgren, 2018 ; Lechenet et al., 2017). La mise en œuvre judicieuse de la lutte intégrée contre les ravageurs (IPM) en Europe ainsi que dans les pays en développement d’Afrique et d’Asie au fil des ans a permis d’obtenir des rendements similaires ou même supérieurs (Furlan et al., 2017 ; Pretty et Bharucha, 2015 ; Pretty et al, 2011 ; Thancharoen et al., 2018). De plus, dans de nombreux systèmes agricoles du monde, la lutte biologique constitue un moyen sous-utilisé mais rentable de résoudre les problèmes liés aux ravageurs agricoles tout en conservant la biodiversité à la ferme et au-delà de la limite des champs (Wyckhuys et al., 2019).

      Pour les insectes aquatiques, la réhabilitation des marais et l’amélioration de la qualité de l’eau sont indispensables au rétablissement de la biodiversité (van Strien et al., 2016). Cela peut nécessiter la mise en œuvre de technologies d’assainissement efficaces pour assainir les eaux polluées existantes (Arzate et al., 2017 ; Pascal-Lorber et Laurent, 2011). Toutefois, la priorité devrait être accordée à la réduction de la contamination par ruissellement et lessivage des produits chimiques toxiques, en particulier les pesticides. Seules de telles conditions peuvent permettre la recolonisation d’une myriade d’espèces distinctes qui soutiennent des services écosystémiques essentiels comme la décomposition de la litière et le recyclage des nutriments, fournissent de la nourriture aux poissons et autres animaux aquatiques et sont des prédateurs efficaces des parasites des cultures, des herbes aquatiques et des moustiques nuisibles. »

    2. @jacquot,
      Les scientifiques sont payés par la firme qui les emploie et ils peuvent publier nombre d’ affirmations qui portent souvent atteinte aux tous petits agriculteurs
      C’est comme la science economique.
      Lorsque les coûts de production sont plus élevés que les bénéfices agricoles il y a un os……

  3. Bien sur en accord avec ce texte que l’on pourrait compléter de la liste et des concepts des  » sages de la protection des communs  » , pour être sur de susciter un début d’adhésion opérationnelle par démocratie « directe , délibérative , représentative , délégataire ( a minima aux « sages « ).

    Si on veut que  » le moment est venu » ( expression qui fait flores un peu sur tout et n’importe quoi , ces dernières années ) advienne à un certain moment .

    Sur la trame historique , je suis toujours un peu gêné par le repérage affirmé de quelques noms ou dates pour imputer une mutation sociétale ou philosophique . Sur la prise de pouvoir de « la valeur » sur « les valeurs » , on pourrait tout aussi bien dire que Rousseau , en repérant l’antinomie entre « propriété » et » égalité » avait parmi les premiers compris que « l’économie » au sens étymologique grec cédait la place à une « économie  » de type marchandisation de tout , par le seul fait de la sacralisation de la propriété ( la principale tare du libéralisme philosophique , mais aussi sa clé de voûte opérationnelle et cohérente , qui n’a pas encore trouvé de substitut ) .

    En ce sens les  » sages de la protection des communs  » devraient avoir , à mon goût , une boîte à outils assez balèze pour mettre la propriété sur l’établi .

    PS : pas encore visionné la vidéo de François Boulo , que je vais essayé de lire avec le mandat de poil à gratter assermenté sinon homologué , pour être à la fois « contestataire » – pour le taulier ) et « contradicteur » ( pour Dominique Temple ) , si j’arrive à me concentrer entre deux kleenex .

  4. 1) Rappel:
    La destruction de la biosphère et donc de l’humanité (DES) est liée à notre population (POP) et à notre consommation moyenne de ressources naturelles (COM). Ce que je résume par:
    DES = POP*COM.
    2)Je suis 100% d’accord avec :
    « Prévenir l’extinction du genre humain constitue la fin par excellence, qu’il faut laisser libre de définir ses moyens ».
    Cela doit inclure la liberté de définir le contrôle de la population humaine parmi ces moyens.
    Si le tabou populationniste perdure, c’est f*tu.
    Cela doit aussi inclure l’honnêteté de dire que COM (cad en gros le pouvoir d’achat) doit diminuer.
    Si le tabou du « demain on rase gratuit » perdure, c’est f*tu.

    Bien sûr, les plus riches doivent commencer et diminuer le plus leur COM.

    1. Hadrien
      vous raisonnez uniquement et termes quantités, alors qu’il s’agit de définir de nouvelles normes qualitatives, autrement dit mettre en place un système qui ne procède plus à la prédation des ressources naturelles pour se perpétuer dans une folle fuite en avant.
      Ce n’est donc pas une affaire de consommation par tête de pipe, puisque comme l’indique votre conclusion les « riches doivent commencer et diminuer le plus leur COM. » C’est donc une question liée à la façon dont s’organise nos sociétés, notamment avec au centre un système économique qui par construction, c’est à dire pour sa croissance, doit prélever une part toujours plus grande de ressources naturelles.
      Il faut donc s’attaquer à la cause, le capitalisme, plutôt qu’aux effets.

      Le pouvoir d’achat n’est un problème que dans un système capitaliste. Dans un système où l’on rase gratis pour reprendre votre formule moqueuse, c’est le principe de solidarité qui prime, on se réjouit alors que les services essentiels soient gratuits et accessibles à tous, et qu’il n »est plus nécessaire de s’appuyer sur le mécanisme d’une croissance aveugle pour avoir de quoi vivre.
      Mais le capitalisme est-il un problème pour vous ?

      1. je précise : « consommation moyenne par tête de pipe », ie, on ne peut pas raisonner sur des moyennes de consommation, mais sur l’analyse des structures sociales qui sont à l’origine de la consommation globale ruineuse pour les sociétés et l’espèce humaine.

      2. @Oui le capitalisme est un problème pour tout le monde.
        Jadis j’ai suivi des cours de comptabilité et j’ai découvert l’Excédent brut d’exploitation. Il me semblerait opportun que les syndicalistes devraient avoir un plus de formation par l’EBE. C’est de la comptabilité analytique. C’est important de savoir lorsque l’on est dirigeant syndical ou employé dans une entreprise d’avoir une formation comptable sur le sujet.

    2. « Ce que je résume par: DES = POP*COM. »

      L’équation est juste… à condition d’y ajouter une constante multiplicative. Qui représente l’ « efficacité » du mode de production par rapport à la destruction écologique : plus la constante est grande, moins la production est efficace.

      Il est bien évident que la constante ne peut pas tendre vers zéro. Il est tout aussi clair qu’elle a historiquement baissé, si on mesure par exemple « l’intensité en gaz à effet de serre » dans le temps. Cette constante est encore bien différente d’un pays à l’autre. Par exemple dans le cas de la France elle est plus basse d’une part parce que 90% de notre électricité est générée à partir d’autres sources que les fossiles (essentiellement du nucléaire) d’autre part parce que des taxes élevées sur le carburant ont rendu rentable pour les constructeurs de faire des efforts sur l’efficacité des moteurs – parce que les acheteurs regardent davantage ce critère que si l’essence était deux fois moins chère sans impôt.

      « Cela doit inclure la liberté de définir le contrôle de la population humaine parmi ces moyens. Si le tabou populationniste perdure, c’est f*tu. »

      Bien sûr que la limitation de la population humaine doit faire partie des moyens. C’est d’ailleurs déjà le cas, voir les programmes des Nations Unies pour soutenir l’éducation des jeunes filles, leurs droits et leur accès à la contraception – ces mesures étant les plus efficaces et les plus humaines dans les pays en expansion démographique forte.

      Cela dit, l’ensemble des régions du monde ont actuellement rejoint un régime démographique « stable », voire de réduction comme la plupart des Européens et des Extrême-Asiatiques. Les grandes exceptions sont au nombre de deux : le sous-continent indien et l’Afrique noire.

      Il est bien évidemment fortement souhaitable que dans ces régions aussi les gens choisissent davantage d’éducation aussi pour les filles, et des droits égaux – ou au minimum moins inégaux – pour les femmes.

      Mais je ne vois pas trop ce que des gens vivant en France, au Brésil, en Iran, en Thaïlande ou en Corée pourraient y faire.

    3. @ P Y Dambrine et Jacquot:
      A défaut de la forme, je crois que nous sommes +- d’accord sur le fond.
      Quelques réponses:
      « vous raisonnez uniquement et termes quantités » OUI. car le problème est quantitatif (mégatonnes de CO2, …).
      « Il faut donc s’attaquer à la cause, le capitalisme, plutôt qu’aux effets ». Je pense le capitalisme comme un EFFET de notre cupidité et non comme sa cause.
       » on se réjouit alors que les services essentiels soient gratuits « . Que l’on paie une chose par le marché ou par l’impôt, cette chose participe tout autant à COM.
      « Mais le capitalisme est-il un problème pour vous ? ». Oui, dans la mesure où le capitalisme est monstrueusement efficace à augmenter COM – c’est d’ailleurs ce qui explique que les populations (moins bêtes que ne le pensent les socialistes) ne veuillent pas s’en débarrasser. En outre les capitalistes veulent augmenter POP afin de peser sur les salaires et de multiplier leurs consommateurs.

      « L’équation est juste… à condition d’y ajouter une constante multiplicative ». Exact mais cela dépend de l’unité de mesure de DES et COM. Je n’ai pas défini cette unité à dessein. A ce stade je reste simpliste, c’est déjà suffisamment difficile de faire admettre cette simplicité.
      « Mais je ne vois pas trop ce que des gens vivant en France, au Brésil, en Iran, en Thaïlande ou en Corée pourraient y faire. » Beaucoup de choses: Je me limite aux priorités:
      – Continuer à faire peu d’enfants (un enfant riche pollue d’autant);
      – Habiter en ville moyenne plutôt qu’en villa éloignée;
      – Militer pour remplacer la fiscalité sur le travail par une fiscalité sur l’empreinte écologique.
      En ce qui concerne la démographie africaine : remplacer les aides diverses actuelles en écoles, y attirer les enfants par un repas gratuit.
      Par dessus tout: propager la raison, dont DES=POP*COM est une base.
      Nous avons besoin que la révolution copernicienne qui nous a « donné la Lune » se propage aux « sciences » humaines. Nous en sommes TRES LOIN !

  5. Très bon article, bravo.
    Il nous reste à lutter contre les gouvernements et organisations comptables, ainsi que contre tous ceux qui vampirisent les nations – ils le font avec méthode – au bout du compte il n’y aurait que trois classes: les maîtres du capital, leurs serviteurs et l’autre côté la masse de ceux qui tentent de survivre. Ce serait peut-être même pire que aux temps de l’antiquité grecque.

  6. « Qu’est-ce que l’éthique ? L’ensemble des moyens que dicte une fin pour que l’on puisse la rejoindre. Seule la fin justifie les moyens, pour autant qu’elle est juste en soi, et qu’ils sont des moyens qui vraiment y conduisent. (If the end doesn’t justify the means, then what does ? me disait un jour Max Lerner. Cette question m’a beaucoup aidé.) » Source : Denis de Rougemont, « Notes pour une éthique du fédéralisme », 1979.

    1. Une fin qui « dicte » ses moyens , c’est tout bonnement une dictature .

      Perso , j’en fait la définition , sans faille et exception , du totalitarisme .

      1. Je vois que le verbe « dicter » vous turlupine, mais votre réaction sans appel est un peu hâtive Je vous invite à relire le texte de Paul Jorion, qui dit la même chose sur le rapport entre la fin et les moyens (« Prévenir l’extinction du genre humain constitue la fin par excellence, qu’il faut laisser libre de définir ses moyens, dont la justification va alors de soi. »), et avec lequel vous êtes « bien entendu en accord ».

  7. Et l’on s’étonnera après cela que le « survivalisme » devienne la grande affaire des dirigeants de la Silicon Valley et des grands investisseurs du numérique.

  8. Petit témoignage (professionnel) récent : cela s’est passé dans une collectivité territoriale où il s’est agi d’arbitrer entre plusieurs variantes d’une solution d’investissement pour la réalisation d’un équipement publique. Dans ce cas, la proposition d’arbitrage a simplement consisté à comparer les différentes variantes en termes de capacité, de coût et de délai. Quelle ne fut pas ma surprise de la décision prise de choisir la solution offrant la plus petite capacité pour un coût inférieur et un délai le plus long, avec une annotation justifiant ce choix par l’utilisation du mot magique : solution la plus efficiente. Efficience, un de ces mots du vocabulaire contemporain, utilisé n’emporte comment, où effectivement, on ne juge pas par rapport à la finalité, mais par rapport aux moyens. En l’occurrence, je précise qu’une telle décision a été prise par un «haut responsable» en charge d’un programme d’investissement de plusieurs milliards d’euros….Pour la petite histoire, le projet est depuis lors en « stand-bye », par un problème politicien de rivalité entre deux élus de collectivités locales opposées…

    1. Ça prouve seulement que les solutions sont , ou ne sont pas , dans ce que dit , ou ne dit pas, l’énoncé du problème .

      Mais ça s’apprend , et la CNDP n’est pas le dernier endroit à connaitre et pratiquer avec art et humilité cet exercice toujours ardu , que connaissent aussi les pêcheurs en mer : quels filets choisir , pour attraper quel poisson pour faire quoi du poisson et le confier à qui pour le transformer une fois pêché pour en faire un « bien » .

  9. Bonjour le blog,
    Et bien Paul comme dernier texte pour le journal « Le Monde », c’est pas mal. vous finissez en beauté!
    « Le moment est venu pour la valeur de laisser la place aux valeurs. »
    Je suis bien d’accord avec cette dernière phrase et en fait elle me rend optimiste pour le futur. Il me semble que depuis une dizaine d’année environ, on commence à voir émerger un nouveau discours et notamment de la part des plus jeunes. Un discours qui porte sur » donner un sens à sa vie ». De plus en plus de jeunes et moins jeunes cherchent profondément un sens à leurs actions. Ils ne veulent plus se contenter d’être des consommateurs ou d’être de la chair à canon pour quelques grosses boîtes du CAC40. Ils se sentent appartenir à une grande communauté. Ils savent de plus en plus que la vrai richesse se trouve dans la coopération et non la compétition. Il y a un basculement qui est entrain de s’opérer. Bien entendu, la grande majorité d’entre nous reste encore soumis aux idées de l’ancien monde mais on voit ici et là émerger des îlots de résistance. Je pense par exemple aux zadistes qui ne sont ni plus ni moins que des résistants au capitalisme. Je pense aux développeurs de logiciels libres qui travaillent gratuitement pour la communauté. Je pense à ces personnes qui se sont engagé spontanément à soigner bénévolement les blessés (des 2 côtés) lors des manifestations de GJ. Des actions de ce type, on en voit fleurir de plus en plus.
    Il y a de nouvelles valeurs qui sont entrain de s’inscrire profondément dans la société. Le capitalisme a fait son temps. Bien sûr, il va y avoir de la résistance de la part de l’ancien monde mais un vent nouveau est entrain de souffler. Alexandra Ocasio-Cortez fait partie de cette nouvelle génération qui aspire à un autre monde. Je fais le pari qu’elle ne va rester toute seule. Partout dans les vieux pays industrialisés qui sont allé au bout du capitalisme, une nouvelle génération va apparaître, non pas que les anciens vont leur laisser leurs places mais parce qu’ils comprennent mieux qu’eux le monde vers lequel on se dirige.

    Oui, je suis optimiste malgré le fait qu’on devra certainement traverser des épreuves terribles. Mais au fond, cela a été toujours ainsi. Le papillon pour sortir de sa chrysalide doit se faire violence. C’est le sens de la vie. Toute transformation est à la fois destructrice et créatrice. Mais, mon propos aujourd’hui, est de dire que les fleurs qui sont entrain de pousser et qui formeront les prairies du futur, laisse espérer que l’Humanité n’a pas encore fini son Histoire.

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