Courrier reçu : Prendre les gens pour des cloches ou « Les Amish et moi »

Ouvert aux commentaires.

De : LW

Sujet : Votre article sur la bourse et Greta Thunberg

Bonjour,

Je suis bien d’accord avec vous en ce qui concerne l’urgence climatique et le combat de Greta Thunberg. Mais on apprend qu’après son voyage à bord du voilier pour rejoindre New York,  l’équipage de 5 personnes reviendra par avion tandis que cinq autres iront rechercher le bateau, également par les airs. Au total, il y aura 10 trajets aériens pour le convoyage d’une seule personne. C’est interpelant. La conscientisation et la communication justifient-elles ces excès qui peuvent s’avérer contre-productifs?

Ne serait-il pas possible et grand temps de mettre son comportement en accord avec sa philosophie et ses objectifs?

LW

Paul Jorion à LW :

« Ne serait-il pas possible et grand temps de mettre son comportement en accord avec sa philosophie et ses objectifs ? »

Non, le temps presse : je vais continuer à vous répondre par un mail sur un ordinateur, et pas en vous envoyant une lettre manuscrite par la poste.

Les ennemis du genre humain utiliseraient l’IA, et j’essaierais de les contrer en devenant Amish ? Non merci, le combat est déjà assez inégal comme ça !

PJ

Suite :

Peut-être mais j’ai quelques soucis avec l’idée qui consiste à demander aux gens d’être plus respectueux de l’environnement sans l’être soi-même. Cela ressemble au traditionnel “faites ce que je dis, ne faites pas ce que je fais”, une recommandation que j’ai du mal a admettre même s’il elle vient de Jésus-Christ ou de saint Mathieu.

Paul Jorion à LW :

Vous vous souvenez de la fable du colibri ? « Je fais ma part ! » Et tous les autres animaux pris de fou-rire quand il meurt d’épuisement : « Il n’a rien compris à l’action collective ! Il croit qu’il va sauver le monde en ne prenant une douche qu’un jour sur deux, alors qu’il a en face des gens qui vont à Dubaï pour le weekend ? »

Ils nous prennent pour des cons de baba-cools, ne soyons pas cons : ça leur ferait trop plaisir, et ils ne méritent pas qu’on leur fasse plaisir !

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46 réflexions sur « Courrier reçu : Prendre les gens pour des cloches ou « Les Amish et moi » »

    1. « Non, le temps presse : je vais continuer à vous répondre par un mail sur un ordinateur, et pas en vous envoyant une lettre manuscrite par la poste.« »

      Voilà ! Donc on prend l avion au lieu de jouer le gaspillage dans la réalité.

  1. Certes, on peut trouver élevée cette dépense énergétique, et d’un geste nerveux, se saisir d’un éventail pour se donner un peu d’air … mais est-ce vraiment ça, la cause du réchauffement climatique ?
    Des comptes d’apothicaires pas très utiles, mais qui vont faire s’esclaffer certains médias gras et lourds.

    1. « Des comptes d’apothicaires pas très utiles, mais qui vont faire s’esclaffer certains médias gras et lourds. »

      Ils le font déjà pour vous, s’esclaffer ! Vous leur donnez des verges bien dures pour vous battre. La justice est irréprochable, la rationalité ne s’embarrasse pas des artifices de l’illusion. De la même manière que Melenchon était un pitre greta est une gourde.

      1. De M. Onfray à Clop-Clo, certains se font forts d’insulter une adolescente qui a le malheur de faire passer un message que bien d’autres essaient en vain de faire passer depuis des décennies… La question est: « Pourquoi tant de haine? » Esquissons une théorie: Greta met en évidence qu’une génération de mâles se disant ou se croyant de gauche ont tout raté et livré le monde au néolibéralisme le plus abject. Pas facile d’être ainsi découvert dans sa nullité politique, surtout par une fillette qui ‘a même pas de doctorat en philosophie.
        Reste quand même qu’elle est mal conseillée: le coup des 10 allers-retours pour lui permettre de ne pas pêcher personnellement est une bévue. Faut-il jeter dans le péché et sacrifier toute une compagnie pour sauve le soldat Greta de la honte de prendre l’avion ? Évidemment, si ses propos convainquent 10.000 personnes de ne plus quitter le plancher des vaches, le compte est positif…

      2. @ Hervey

        Merci pour le rappel. Cette chanson semble légère, elle est loin de l’être. Tout y est dit.
        Greta dit la vérité… C’est bien pour cela que je n’aime pas le rôle qu’on lui fait jouer.

      3. C’était vraiment la peine de taper sur Mélenchon, au passage? Ou c’est une manière de montrer patte blanche sur ce site?

      4. Alain,

        J’ose espérer que vous essayez en fait de faire dans la plaisanterie avec votre analyse. Parce que sinon le camp d’en face comme certain ici aime à le décrire n’a pas besoin d’utiliser l’IA pour assurer sa suprématie…

        Quant au message, il est diffusé depuis longtemps, il semble même que la plus part des lecteurs du blog en avait connaissance bien avant. Là il débarque dans un nouvel emballage, Greta, nouveau packaging, une nouveauté sur le marché. Pourquoi pas hein ? Oui pourquoi pas.

        Mais le problème c’est que dès qu’on touche légitimement au nouveau produit en vogue en pointant quelques défauts aisément corrigibles, on voit se dresser des groupies hirsutes qui vous parlent comme des … groupies.

        La suite ne va donc pas être facile.

      5. @Clo-Clo. Certes, « … le message est diffusé depuis longtemps, il semble même que la plus part des lecteurs du blog en avait connaissance bien avant » mais sortir de l’entre-soi des 10 à 15% des conscientisés est ce que tentent, avec peine, les militants de l’écologie politique radicaux. Greta (et ses complices réussissent pas mal du tout.
        Allons, ne continuez pas à tenter de décrébiliser ceux qui vont dans la même direction que vous (si vous êtes sincère) par d’autres chemins. « Emballage, marketing, hirsutes, groupies… », autant de termes qui se veulent malignement dévalorisants. On est vraiment trop peu nombreux à ramer à contre-courant néolibéral pour encore se disputer entre nous…

      6. Cher Didier ! Vous avez l’oeil ! C’était une boutade comme vous l’avez compris. Je me moque de Greta autant que JLM a été moqué car elle le vaut bien ! Et je fais la bise à tous les tartuffes de l’écologie par la même occasion ! Alors à ceux qui viennent pleurer d’une éventuelle division des forces, la patience et la tolérance sera leur poire pour la soif. Mais on va avancer quand même !

  2. Tout le monde essaye de lui trouver toutes les incohérences possibles, mais il ne s’agit que d’une adolescente bien entourée qui essaye comme elle peut de faire bouger les mentalités, sa cause est noble, urgente et juste et ses moyens discutables mais n’en faisons pas trop tout de même! Si tout le monde fait sa part comme elle le fait ( en général, pas seulement cet épisode mentionné) , les prévisions pessimistes pour le climat et la biodiversité pour la 2e moitié du siècle peuvent être revues à la baisse. Concentrons-nous sur les faits scientifiques et les porteurs du message d’urgence, les scientifiques! Concentrons-nous sur les actions dans notre quotidien et à plus large échelle! Cultivons l’écologie intérieure ( plus difficile quand on a un certain âge, des habitudes, des conditionnements, des schémas de fonctionnement, etc) au lieu de grogner sur une adolescente qui fait sa part!

      1. Dans le sens de la légende du colibri, si elle fait sa part! Au lieu de se juger entre personnes de bonne volonté, il vaut mieux unir les énergies pour critiquer, dénoncer, s’indigner ceux qui tournent le bouton du chauffage climatique au maximum! Pour rappel la science est du côté de Greta!

      2. Nous le faisons tous quelque part. Mais là n’est pas le problème en fait. Quant à se juger entre personnes de bonnes volontés, c’est bien en fait l’intérêt de l’exercice. Si entre nous on ne peut pas se critiquer, où le pouvons nous alors ?

        En l’espèce, sous l’angle rationnel, ce voyage est un non sens en terme de CO2. Mais il y a tellement de non sens que j’en conviens, un plus ou de moins. Seulement celui-ci offre sur un plateau des billes aux contradicteurs à raison.

        Entre nous hein à l’heure actuelle on peut aussi faire une téléconférence toute aussi productive voir plus. Mais non, la volonté de faire dans le symbolique a été plus forte.

      3. Ah si au fait, la science n’est du côté de personne, car LA science, primo ca n’existe pas, il y a au mieux des sciences, et deuxio, avec cette même approche scientifique on peut tout aussi bien continuer à piller la planète et trouver des solutions réservées à une minorité qui peut compter tout autant sur cette démarche pour assoir sa puissance et sa volonté. Vous pariez ?

      4. Rien de spécifique ? Faire toute seule grève de l’enseignement devant le parlement national, et y entrainer des masses dans l’Europe entière… Respect tout de même.

      5. Je ne vais pas vous faire changer d’avis sur Greta, j’accepte votre position et je respecte. Vous avez raison sur son manque de simplicité mais il faut avouer que sa méthode a participé à faire descendre dans la rue de nombreux jeunes.
        Je ne suis pas de formation scientifique et je ne peux pas débattre sur la science mais je parlais de la climatologie. On peut être chercheur au Cern à Genève et n’avoir pas plus de maîtrise sur le dossier climat que le boulanger de quartier… La climatologie est du côté de Greta, parole de Jean Jouzel, climatologue renommé, parole de Masson-Delmotte, climatologue bien connue en France, et bcp d’autres. La gourde Greta a été reçue il y a quelques semaines par l’Université de Lausanne, dans mon pays la Suisse, avec des centaines de jeunes activistes aux côtés d’un prix Nobel Jacques Dubochet.

      6. Ne pas se méprendre sur ma position, toutes les bonnes volontés en la matière sont les bienvenues. Je n’ai pas plus d’avis sur Greta, que sur ma voisine de palier, seulement je critique une action, son voyage à NY pour l’ONU, qui est médiatisé sur une base qui prête à la critique en fait et qui se révèle contre productif, d’où la « gourde ».

        Maintenant que la Climatologie soit du côté de Greta comme tu dis Raphael, c’est encore une interprétation de la chose. Ce que nous disent les climatologues du GIEC, c’est que l’origine anthropique du réchauffement climatique est un fait avéré et que cela va avoir d’importantes conséquences sur les sociétés humaines. Mais ils ne disent pas que Greta a raison, elle aurait raison sur quoi d’ailleurs ?

        Dans son discours à la COP24 elle parle, avec raison de mon point de vu, d’équité et d’éviter encore si possible la souffrance à une partie de la population mondiale la plus exposée quitte à changer de système et en arrêtant d’émettre du CO2. Je suis favorable à sa position qui est similaire à ce que je pense. Cependant, malheureusement pleins d’autres voies sont possibles et pas les plus sympas puisque il est probable que ce sera l’accaparement violent et la spoliation totale, pour prévenir un effondrement. Suffit de voir comment on traite dans cette Europe des Lumières quelques misérables migrants. Et la Climatologie ne dit rien à ce sujet, car ce n’est pas le sien…

        Et on va donc immédiatement touché au réel quand on sera sorti du symbole et sa jeunesse touchante (même si on peu froide). En un mot, comment on change de système et que cela soit accepté par tous ?

        Certains parmi les jeunes manifestants pensaient faire des élections européennes de 2019 celles du « Climat », on a vu le résultat plus que mitigé sur le sujet, le « business as usual » et la « fermeture sur soi » ayant eux fait carton plein.

      7. Elle fait de la politique. Le Giec fait de la science. Il dit les causes, il faut agir, il ne dit pas quoi il faut faire. Elle fait un mouvement qui dit : il faut absolument agir. Et il ne faut pas « que tout le monde soit d’accord » , il faut convaincre une majorité d’une politique. Les Verts ont progressé partout mais pas assez pour faire une majorité, car une autre vérité « populiste » (de la fausse facilité) est en train de gagner.

  3. Notre « intelligence » nous a mis dans le pétrin. Une « intelligence » supérieure, fut-elle « artificielle », nous en sortira-t-elle ?
    J’en doute.
    Une telle supériorité permet de gagner des batailles certes mais elle est sans issue, ou plutôt sans autre issue que la catastrophe qu’il faudrait justement autant que possible éviter.
    L’option Amish, même si elle mérite mille critiques, est cohérente au moins et elle a fait ses preuves.

    1. Je suis tout à fait d’accord avec votre raisonnement. Il y aurait tant à dire sur ce sujet! Comme disait Etty Hillesum il y a une urgence intérieure! Nous avons tous les outils depuis des milliers d’années transmis par de grands maîtres spirituels de toutes traditions et des philosophes! Ils disent tous la même chose! C’est très simple et pourtant ce chemin de transformation intérieure nécessaire n’est pas assez pratiqué. Un sytème Terre malade n’est que le reflet du coeur profond malade de l’Homme.

      1. Mon intervention d’avant concerne la spiritualité des Amishs qui porte en elle des réponses aux maux de notre temps, quoi qu’on en dise.

        Il faut lire Thoreau, il faut lire Rousseau. Ce dernier n’est pas contre le progrès, il est pose de vraies questions: exploiter les recherches minières c’est être du côté d’une forme de perversion, de cupidité … à partir du moment où l’homme exploite les ressources cachées de la nature cela devient de la luxure, du superflus … on peut aller vers des artifices mais sans violence à la nature, sans l’exploiter… bref simplicité, sobriété les maîtres mots.

      1. Merci pour le lien. Discussion fort instructive.
        J’en extrais ces mots : « Alors que là il y a la Bible, il y a des écrits qui sont là, et qui indiquent le sens, même s’il s’agit de les interpréter, ils sont là quand même par derrière ».
        Elle est là, en effet, « par derrière », cette si fameuse bible, elle indique le sens, le sens des choses, le sens du monde, mais, à sa seule évocation, beaucoup voient rouge. Alors comment s’étonner que plus rien n’ait de sens ?

      2. La vidéo de PJ sur la quasi-impossibilité de sortir du piège Huawei est une parfaite justification de la peur des Amish pour les réseaux.
        Téléphone, radio, télévisions, etc., ils veulent pouvoir se brancher à la demande, librement, ne veulent pas être prisonniers de quelque réseau que ce soit. C’est bien vu.

  4. « Vous voulez le retour à la bougie », disaient les promoteurs du nucléaire à leurs opposants. Vous voulez faire de moi un ami des Amish, dit Paul Jorion. Non, on peut questionner les informations symboliques dont on nous abreuve sans être rétrograde (contre le progrès). Pourquoi cette équipe ne peut-elle revenir en bateau ? G.T. savait-elle cette information en embarquant ? D’un côté, il y a des acteurs symboliques qui ont une efficacité dans certaines conditions. Il y en a d’autres qui sont des artifices, des fabricats. Et G.T. prète le flanc à ce type d’interrogations. Inversement, on peut estimer qu’il faut quitter au mieux tous les produits industriels pour leurs effets secondaires. Cela demande parfois des compromis car l’alternative est trop contraignante. L’ordinateur, la bagnole en territoire rural sont de ceux là. Mais venir en vélo ou en bateau à une réunion cruciale, cela a « de la gueule ».

    1. Vous pouvez certes utiliser les technologies de l’époque comme vous le dites, mais de même que Greta Thunberg aurait pu prendre l’avion elle-même plutôt que de faire faire dix trajets en avion par son équipage, vous pouvez utiliser peertube plutôt que youtube (ou en plus de youtube si vous voulez garder l’audience de youtube, ce qui est cohérent avec les arguments que vous présentez dans ce court échange épistolaire), et utiliser le « front-end » libre invidio.us plutôt que celui de google pour les vidéos youtube que vous intégrez dans vos articles, voire même fournir une clé GPG pour permette de vous contacter de manière privée…

      Les technologies de l’époque ne se limitent pas à celles que tentent d’imposer les GAFAM!

  5. Il faut relire aujourd’hui « Colline » de Jean Giono publié en 1938.
    Un conte sur l’hubris et les liens rompus entre l’homme et la nature.
    Le doute et la peur qui saisit la petite communauté des Bastides Blanches dans la montagne de Lure devrait nous prendre et nous alerter mieux que bien des faits rapportés au fil de l’actualité sur tous ces nouveaux sujets d’avenir.
    Le roman COLLINE de Jean Giono parle à notre imaginaire et le réfléchit comme un miroir déformant. Notre vieil héritage reptilien serait probablement plus réceptif à ces nouveaux défis que notre raison défaillante.
    Que faire quand l’eau vient à manquer, quand le feu prend dans la garrigue et dévaste la colline jusqu’aux habitations…
    Une fable pour notre époque.
    A relire !

      1. @JPC
        Merci pour ce rappel qui illustre l’impact d’un minuscule colibri 🙂
        Autre ingrédient, comme dirait Miche Lambotte: la « végétalisation »:
        La terre n’est pas une paillasse de laboratoire à la propreté /pureté infinie.
        Au contraire, elle nous fournit tout, soit en volume, soit en infinitésimal, ce dont on a besoin, à condition que l’on respecte ses règles, sa diversité, ses cycles (dont ceux de son compagnon, le soleil).

  6. Peut-être que Jésus était autiste, mais Paul Jorion, j’en suis sûr, est un combattant, avec sa boîte à outils.
    Trump le fasciste met toutes ses forces pour que le système consomme plus d’énergie car il sait que la croissance en dépend tout comme sa réélection.
    Nous pouvons tous continuer à faire nos petits colibris ou nos gros profiteurs dans notre coin, mais l’heure du choix approche indépendamment de nos avis sur la meilleure manière de faire les choses biens.

  7. « Se faire ami des Amishs » ou pas… ?
    Ce n’est peut-être qu’une question de position dans l’échelle du temps. Le mode Amish serait un reflet dans le miroir de l’événement « effondrement », un prototype éprouvé, plausible, pour la suite.

    Bien entendu, comme tout prototype, celui-là ne demande qu’à évoluer…

  8. Mon petit grain de sel:

    – Les paradoxes (ou contradictions) sont universelles et présentes dans toutes les civilisations. Et la famille princière de Monaco n’y échappe pas: amener l’égérie de l’écologie d’un continent à l’autre est un beau coup de publicité, quitte à faire un allez en bateau mais retour en avion. Il est dur de faire des concessions sur une vie confortable…
    Des amis m’ont confié que la principauté monégasque a sponsorisé des voitures électriques dans un rallye féminin dans le désert. Mais comment recharger ces voitures à chaque étape? … Au moyen d’un générateur électrique alimenté par du carburant… Pendant que ces dames de la haute société sirotaient leur champagne, les autres participantes se démenaient avec leur vieille voiture (d’occasion) rafistolée. On se demande où est l’image écologique. Nulle part… Le plus simple serait de rendre l’image des rallyes automobiles comme des choses abjectes.
    De plus, comment peut-on accepter l’existence de ce micro-état qui ne sert qu’aux plus riches à éviter l’impôt? La famille princière a trouvé simplement la parade en se dédouannant sur l’écologie: un parfait exemple de greenwashing comme toutes les grandes entreprises s’adonnent.
    A mes yeux, cette brave Greta n’aurait pas dû accepter l’invitation, mais comme il est si difficile de prendre les bonnes décisions en peu de temps. Se trouver « embarquée » dans cette initiative de lutte contre l’immobilisme en matière climatique en restant fidèle à ses idées n’est pas si facile et il est trop aisé de la critiquer. Je reprendrais la exemple biblique: que celui qui n’a pas commis de faute climatique lui jette la première pierre et nous obtiendrions un grand silence.
    – Pour ce qui concerne les commentaires de Paul, je m’y rejoins. Nous devons lutter à armes égales. Nous pouvons utiliser les moyens digitaux pour convaincre et prendre action. Mais je me demande si les actions ne devrait pas aller plus loin. J’ai le sentiment que le mouvement écologiste reste trop Bisounours et que même les actions de Extinction Rebellion restent celles d’un groupement d’enfants de choeurs. Les changements de système se sont souvent marqués par la violence (ou par l’addiction), histoire de changer les esprits (c’est mon passé en sociologie politique qui parle). Les actions écologiques ou politiques non-violentes – telle que Greta ou le mouvement écologiste le font – sont une chose pour amener le débat sur la table. Ce que Greta et son entourage ont bien fait (ou exploité, comme diraient ses détracteurs). Mais ne pensez-vous pas que la société aurait plutôt besoin de chocs? Ceux causés par son environnement ou l’économie, ce que soutien Paul Jorion, (que je suis depuis quelques mois) seront une chose, mais il sera peut-être trop tard? Par contre, la révolte ou la terreur (désolé de l’appeler ainsi) seraient un autre ferment du changement? Honnêtement, une place de la Concorde de janvier 1793 a marqué plus les esprits que la rédaction de la Consitution.

  9. Je ne me souviens plus des mots exacts de cette citation où il est dit que par orgueil nous voudrions faire passer ce que nous savons faire le mieux pour la chose la plus importante au monde. Ça vaut ce que ça vaut mais garder cela à l’esprit permettrait d’éviter bien des excès à ces jeunes bouillonnant dont on peut se demander s’ils parviendront un jour à quelque état de sagesse.

    Je pense que cette citation s’applique bien aux ‘adorateurs’ de Michel Onfray et à l’idole elle-même qui a pris le parti d’étaler son « philistinisme systématique » à longueur d’épitres « critiqueuses » lestement troussées dont il a promis de livrer une vingtaine. On appréciera la redoutable efficacité de sa martingale qui est tout le contraire d’une pensée originale… J’arrête là d’essayer de péter plus haut que mon fondement. Il n’est pas difficile d’identifier les sources de mes paraphrases.

    Je trouve simplement opportun et un peu salutaire d’appliquer à Michel Onfray les références dont il se réclame. Et je m’attarde sur lui parce qu’il me semble qu’il a contribué à libérer une certaine parole dont l’ambition est d’interdire la prise de parole à ceux qui ne font pas montre d’une accumulation conséquente de connaissances livresques. Ce n’est pas simplement un mépris pour le peuple qu’il prétend instruire en son ‘université populaire’ mais avant tout une célébration par Michel Onfray lui-même de ce qu’il sait faire le mieux (cf sa vidéo et sa jubilation à relire sa propre prose).

    Pour revenir à la cette nouvelle sortie sur l’air de « ouais, ils protestent contre l’incendie mais pourquoi bon sang ne mangent-ils donc pas leur viande toute crue ! », on pourrait se contenter de dire que la réponse se trouve enchâssée dans la saillie : ils protestent justement pour continuer d’exister et pour continuer de déguster, sobrement, de temps en temps, de la viande cuite, banane !

    On pourrait également s’appliquer à relever les innombrables contradictions dont s’accommode l’ordre dominant. Mais est-il seulement possible de convaincre des personnes d’aussi mauvaise foi ?

  10. Certains s’en prennent, en ce moment, à Greta Thunberg comme les profiteurs du système s’en prenaient à Nicolas Hulot dans les années 90 . Toujours pour les mêmes raisons : s’attaquer au messager plutôt qu’au message évite de regarder la vérité en face. Quelle vérité ? Le système économico – financier qui est la cause principale de l’effondrement multiformes qui nous menace – et est sans doute déjà en cours – doit être aboli sans hésiter.

    Nicolas Hulot a évolué lentement ( comme d’ailleurs Yann Arthus-Bertrand ) et voici pour preuve un extrait de l’introduction de son film  » Le syndrome du Titanic :
    « Il y eut le progrès, ce fameux progrès, indéniable. Comme beaucoup je l’ai pris longtemps pour un processus irréversible, dans les mains duquel on pouvait s’abandonner. On a pu construire des routes en plein désert, on a su rapprocher des hommes. Je nous observe standardisés, quasi désintégrés ; Je nous regarde ballottés entre le virtuel et le réel, que l’on n’arrive même plus à distinguer. Comment se résigner, quand on voit que le superflu des uns est sans limites alors que l’essentiel des autres n’est même pas satisfait. On ne doit rien admettre de tout cela car c’est tout simplement inadmissible. Je croyais à l’abondance, et pour finir je découvre
    la rareté. Je ne suis pas né écologiste, je le suis devenu. Le modèle économique dominant n’est plus la solution, mais bien le problème. Je suis un enfant aussi, moi, de cette société de consommation. Je dois avancer pas à pas vers plus de cohérence. Jusqu’où suis-je prêt à aller vraiment dans le choix, dans le renoncement ?  »

    L’été dernier ,Nicolas Hulot a annoncé sa démission du gouvernement en déclarant notamment : « La planète est en train de devenir une étuve, nos ressources naturelles s’épuisent, la biodiversité fond comme la neige au soleil, et ça n’est pas toujours appréhendé comme un sujet prioritaire ». « On s’évertue à entretenir voire à réanimer un modèle économique marchand qui est la cause de tous ces désordres ». ‘’ Nous sommes à la recherche d’une croissance à tout crin, sans regarder ce qui appartient à la solution et ce qui appartient au problème. »

    Il me semble que chez Greta T. le sentiment écologiste s’est révélé plus précocement que chez beaucoup d’adultes des classes moyennes supérieures pour qui elle est visiblement la mauvaise conscience. Surtout lorsqu’elle remet en cause leur savoir et leur mode de vie destructeur.

  11. A lire sur Reporterre, cet article d’Isabelle Attard, ancienne député écologiste, sur l’envers du décors du « conte de fée », comme elle l’appelle, de Greta Thunberg.
    Même si son combat est sincère et légitime, on voit comment le néolibéralisme sait récupérer toute les contestations à son profit.
    Ne pas le voir relève de la cécité ou de la naïveté face à un système qui est un rouleau compresseur et qui ne fera rien d’autre que de communiquer sur l’urgence climatique sans rien changer à ses pratiques tant les enjeux économiques sont colossaux!

    https://reporterre.net/Le-capitalisme-vert-utilise-Greta-Thunberg

    Grâce à Edward Bernays, les acteurs politiques et économiques passent leur temps à organiser des campagnes de communication sur les sujets sur lesquels les multinationales ne veulent rien céder.

    1. Comme je l’ai dit : deux camps se constituent, dressés l’un contre l’autre. Et l’on sera – comme d’habitude – très surpris, parfois stupéfait, de voir qui décide de rejoindre le mauvais.

      1. Je ne trouve pas l’idée de deux camps très efficace. On a pu se faire ici même une bonne formation en critique contre son propre « camps », selon la terminologie en vigueur, lors de la dernière présidentielle et cela en a surpris plus d’un. Pour l’article collé ici c’est dans la même veine ! Et les arguments avancés sont tous bons et factuels. Greta est une opération de com qui fera pssssschhhhiiiit ! C’est tout. Le message n’est pas lui remis en cause. Et on perd un temps précieux, non pas à la critiquer c’est la règle du jeu, mais à la défendre ainsi et à la suivre car elle ne va nulle part. Le levier France Insoumise était tout aussi valable dans cette urgence avec une vision globale derrière. Critiquable lui aussi heureusement.

      2. « comme d’habitude » aussi, selon le moment, les résistants deviennent collabos, les collabos deviennent résistants… et ce n’est pas toujours par inconstance ou mauvais calcul: on peut évoluer, changer.

        Ce qui n’empêche pas CloClo d’être pertinent dans son allusion à #pasmonpresident !

  12. Medellín, le 20 août 2019

    @Paul Jorion

    Greta Thunberg se trouve dans une grande tradition suédoise… Agda Montelius.

    Oui cher Paul, vous avez toute la raison: surprise et stupéfaction, ou: l’unE contre l’autre, et je propose de rendre hommage une autre fois à mme. Agda Montelius, grande lutteuse pour les droits des femmes et des filles, et, aussi, grande lutteuse pour la paix, se rendant sur un chemin sur lequel elle se trouvait face à face à la reine Victoria von Baden (reine de la Suède, mais allemande), qui défendait férocement l’Allemagne expansioniste guerrière de 14 – 18, et qui cherchait à étouffer la voix de Agda Montelius, Elizabeth lâchement se cachant derrière la facade du neutralisme, ainsi abusant le neutralisme et comme défendu par le ministre des relations étrangères de l’époque: Knut Wallenberg, l’étouffeur d’une femme au nom d’une femme.

    (les Montelius: un couple fascinant d’ailleurs, elle et son époux, l’inventeur de la sériation, Oscar. Les deux enterrés dans un ‘Dolmen’ au Norra begravningsplatsen, Solna, https://sv.wikipedia.org/wiki/Oscar_Montelius#/media/Fil:Norra._Montelius,_Oscar.JPG )

    re: https://en.wikipedia.org/wiki/Agda_Montelius

    et

    https://en.wikipedia.org/wiki/Oscar_Montelius // https://sv.wikipedia.org/wiki/Oscar_Montelius

  13. « Ne serait-il pas possible et grand temps de mettre son comportement en accord avec sa philosophie et ses objectifs? »

    Comme c’est une discussion récurrente chez les militants que je fréquente, je me permets plusieurs remarques:
    – je vais donner l’exemple que je connais le plus. Au sein d’Attac nous avons mené beaucoup d’actions pour dénoncer l’évasion fiscale d’Apple. 80% des gens rencontrés dans ces actions ne savent pas qu’Apple fraude le fisc et sont hyper intéressés par ces infos. Mais évidemment il y a toujours LA personne qui vient me voir et me demande quel téléphone j’utilise, je sors donc mon iPhone et me prépare à l’éternel argument : « Pourquoi tu critiques alors que tu es client! ». Parce que je considère que ce n’est pas au consommateur de porter l’entière responsabilité des comportements immoraux des multinationales. D’ailleurs ça n’a jamais été notre stratégie, nous n’appelons pas au boycott des sociétés que nous dénonçons. Par contre nous demandons aux gouvernements de faire respecter les lois existantes, nous dénonçons les discours faciles de greenwashing et nous exigeons des lois supplémentaires (sur la transparence des données fiscales par exemple).
    – une petite anecdote, à un rassemblement « Youth for climate » à Nantes, je tends un tract dénonçant les investissements de la société générale dans le projet Rio Grande LNG. Un vieux monsieur visiblement intéressé hésite à le prendre, puis finalement me dit : »non désolé je ne peux pas prendre votre tract, j’essaye de limiter ma consommation de papier »
    – et pour terminer, un petit strip pour le plaisir:

  14. Faut-il utiliser les armes contre lesquelles on lutte pour gagner la guerre? Pour moi, on ne peut pas prétendre vouloir protéger la nature sans accepter sa condition. Prendre l’avion, c’est déjà faire un bras d’honneur à ses pieds. Le prendre pour crier haut et fort que l’avion pollue, c’est saluer le roi Ubu.

    J’ai toujours aimé l’ermitage, admiré les amish… Mais, j’aime aussi ma femme et elle veut « profiter de la vie, pas s’isoler comme un ours que tu es ». Mon choix: chérir ma femme, et donc mes enfants.
    Mais je caresse l’espoir qu’un jour je me retirerai dans les montagnes, à écouter le chant des Muses jusqu’à mon dernier souffle.

  15. En gros cette discussion pour bien prouver encore une fois que c’est DEJA fini (tiens, ça me rappelle David Vincent et ses Envahisseurs, faudra que je voie un psy un de ces jours).

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