La rénovation thermique des bâtiments doit trouver une nouvelle voie, par Stéphane Gaufrès

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Des études récentes se sont intéressées à l’impact réel des travaux entrepris pour améliorer l’isolation des bâtiments d’habitation. « L’impact réel » a été mesuré  par l’économie constatée après travaux sur la facture énergétique des ménages concernés. Une étude américaine en 2018 et une étude française en 2019 (exposée par un des auteurs sur le site slate.fr) font le constat étonnant d’une performance calamiteuse des travaux entrepris pour améliorer la performance thermique des logements anciens. 

Les calculs thermiques traditionnels évaluent à 65€/an les économies de consommation pour 1000€ investis, en moyenne, sur un bouquet de diverses interventions (changement des fenêtres, isolation des murs et des plafonds, remplacement de chaudière etc.). Ces chiffres sont donnés en référence par les  Certificats d’Économies d’Énergie (CEE), par le ministère de la transition écologique et solidaire. L’étude française constate un retour sur investissement inférieur de 8 fois au gain théorique, à 8,40€/an pour 1000€ investis. L’étude américaine fait état d’un retour 2,5 fois inférieur au calcul de référence utilisé par les autorités dans le cadre de subventions aux travaux. 

Que se passe-t-il ? Les auteurs des deux études sont surpris eux-mêmes par leurs résultats et évoquent quelques conjectures d’explication dans leurs conclusions, comme « l’effet rebond » et la sous-évaluation des performances des logements anciens par les calculs thermiques traditionnels. 

L’effet rebond est la velléité des occupants à chauffer plus leur logement une fois qu’il est rénové, qui peut s’expliquer par un nouveau goût du confort après les travaux. En effet, un logement mal isolé est sujet à des variations de chaleur à l’intérieur du volume chauffé : effet de parois froides, courants d’air, stratification de l’air chaud en haut des pièces, différences de températures selon les pièces, inertie du système à répondre aux variations de températures extérieures. Au contraire, un logement bien isolé et régulé, a une température homogène et un bon équilibre entre température de l’air et rayonnement des parois, et une meilleure faculté à assurer la continuité de la température d’usage le long de la journée. « L’effet rebond », constaté par les chercheurs de longue date, peut être expliqué par le fait que la réaction naturelle du corps à une température homogène et enveloppante est de se laisser aller à une jouissance apaisée du confort thermique… en enlevant le pull et en augmentant le chauffage. La sous-évaluation des performances des logements anciens par les logiciels de calcul thermique, quant à elle, a été constatée par plusieurs études aux Etats-Unis, et serait selon Fowlie/Greenstone/Wolfram la cause principale du relatif faible impact des rénovations. L’hétérogénéité des bâtiments anciens et la difficulté de calculer ex ante certaines déperditions, comme les fuites d’air, mériteraient une approche plus fine des études thermiques. 

Ces deux études à posteriori appellent urgemment à revoir les calculs a priori utilisés par tous les acteurs qui parlent et décident de la rénovation thermique des bâtiments anciens. Tout n’est pas nouveau, certains aspects (comme l’effet rebond, et la sur-estimation avant travaux / sous estimation après travaux des besoins de chauffage) sont déjà connus et intégrés dans des études comme celle de Carbone4. Toutefois, ils ne le sont pas à l’échelle que constatent ces récents travaux, et pas du tout dans les politiques publiques. 
 
Face à l’inertie, la diversité et l’absence fréquente de pertinence d’une seule solution « toute faite » (« les fenêtres vous-dis-je »), la puissance publique doit chercher à faire descendre et partager des formes d’expérience (et pas que d’expertise) entre les habitants de maisons comparables, moyen simple d’aller vers une émulation adaptée aux habitats réels. L’installation de divers capteurs prêtés sur des période d’un mois, donnant des mesures ex-post (pas « d’effet Linky »…) et tournant dans divers logements serait un moyen d’accorder rôle de la puissance publique, initiatives locales, et évolution vers un usage durable de l’énergie. L’enjeu et les budgets consacrés à la rénovation thermique des bâtiments sont très importants, à raison, mais doivent trouver une nouvelle voie, plus efficace, mieux adaptée à la réalité physique des bâtiments et aux comportements des acteurs. Une part conséquente du travail appartient au diagnostic technique.
 
Thermiciens, levez-vous!
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36 réflexions sur « La rénovation thermique des bâtiments doit trouver une nouvelle voie, par Stéphane Gaufrès »

  1. Cela fait longtemps que les prescriptions générales d’isolation sont à mettre en doute. Un exemple : En France, en construction ancienne, la fenêtre est posée à mi-épaisseur du mur et le mur en soubassement de la fenêtre a aussi une demi-épaisseur, souvent mal bâtie avec briquaillons et ciment et donc de forts « ponts thermiques ». Cela a donc du sens d’isoler cette paroi « derrière le radiateur ». On a donc vendu cette injonction partout, y compris en Belgique (et au nord de la France) où le soubassement de fenêtre n’est pas d’épaisseur réduite : il y a une « tablette de fenêtre » et l’isolation « derrière le radiateur » est beaucoup (!) moins justifiée. En construction « récente » (post 1960), la fenêtre est posée à ras intérieur du mur, ce qui crée un pont thermique autour du châssis. Et l’étanchéité du joint entre maçonnerie et châssis est très importante. Pourtant les rénovateurs de fenêtre ont la pratique de laisser le « dormant » (fixé au mur) ancien, avec son mauvais joint, et de venir poser un nouveau châssis complet à la place des ouvrants. Autre exemple : on promotionne encore systématiquement des matériaux isolants contre le froid, alors que l’isolation contre le chaud (la canicule) devient de plus en plus cruciale. Les doubles vitrages d’il y a dix ans sont déjà obsolètes…
    Récemment, l’Europe a amené (?) à imposer le diagnostic technique. L’opération est très faible : on part des volumes et des isolations (R) apparentes pour déduire une performance thermique et une consommation théorique ; et on donne des conseils généraux : les fenêtres, le grenier. Le schéma est le même depuis 50 ans : pourcentages de pertes par le toit et de pertes par les ouvrants n’ont pas changé ou presque.
    Aujourd’hui on fait financer généreusement les isolations des greniers « à zéro euro », sans aucune vérification de qualité, par les obligations des « gaspilleurs d’énergie » tels les grandes surfaces, etc. (qui captent ainsi vos « certificats verts » à moindre coût et en toute irresponsabilité). Bref cela fait longtemps que les citoyens subissent une politique de « réforme » nécessaire mais inadaptée. Enfin, derrière les prescritions générales, il y a souvent des marchands du nimporte quoi. En 40 ans, les progrès sont impressionnants d’inertie.
    Et l’article montre que c’est bien plus grave encore au résultat. On suggère donc de profiter de l’expérience (des usagers) plutôt que l’expertise des « esperts ». Il est bien temps !

    1. Les techniques de construction ou rénovation en France ont plusieurs guerres de retard sur ce qui ce fait ailleurs, notamment en Belgique.
      Les normes et méthodes en Belgique sont bien plus avancée à tous points de vues. Et on a mis plus ou moins bon ordre pour les systèmes de primes à la rénovation/isolation pour arrêter d’avoir importe quoi fait dans importe quel ordre ( par exemple il est stupide d’investir/ donner des primes pour un moyen de chauffage performant si le bâtiment est mal isolé. Où placer des châssis super isolant sur des parois qui sont des passoires thermiques…./

    2. @ Chabian,
      Je vous cite :
      « on promotionne encore systématiquement des matériaux isolants contre le froid, alors que l’isolation contre le chaud (la canicule) devient de plus en plus cruciale ».
      Désolé mais votre assertion n’a aucun sens ou bien vous vous êtes mal exprimé.
      Il n’y a pas de matériaux isolants contre le froid, pas plus que contre le chaud. Il y a des matériaux isolants, c’est tout, et un logement bien isolé contre le froid le sera également contre le chaud.
      https://fr.wikipedia.org/wiki/Isolant_thermique

      Bien sûr il y a d’autres paramètres en jeu (cf. diffusivité) et on sait pourquoi les maisons méditerranéennes ont des murs blancs. En été, le triple vitrage ne sera efficace que contre la conduction pas contre le rayonnement et il faudra en tenir compte en fermant des volets (ou avec système intégré pour obscurcir).
      Cela posé, un isolant va seulement ralentir le flux de chaleur (des hautes vers les basses températures) et accumuler (provisoirement) de la chaleur mais c’est un processus dynamique : in fine sans chauffage (ou refroidissement) un équilibre se créera. D’où l’importance durant les fortes chaleurs d’évacuer la nuit la chaleur accumulée à l’intérieur du logement en faisant des courants d’air …

      1. Je n’ai pas retrouvé l’info sur les « conseils énergie » de Drôme ou Isère d’il y a +/- 5 ans. J’ai trouvé ceci sur « futura-siences.com » (qui correspond à mon souvenir) :
        « Ensuite parce que les isolants les plus courants (polystyrène, laines de verre ou de roche), assez efficaces pour nous protéger du froid, le sont beaucoup moins vis-à-vis de la chaleur. Cela est dû à une caractéristique peu connue : la capacité d’accumulation, qui mesure l’aptitude du matériau à atténuer les écarts extrêmes de température en fonction du rythme jour/nuit. Les meilleurs résultats sont obtenus avec les panneaux isolants en fibres de bois puis par la ouate de cellulose et le liège expansé ».
        Et ceci sur un site commercial :
        « De la ouate de cellulose : Adaptée pour l’isolation des murs, des sols, et des toitures pentues ; isole 6 fois plus contre la chaleur que les isolants classiques , a un coefficient de déphasage 4 fois supérieur à celui des laines minérales : il faut 12 à 15 heures à la chaleur pour parvenir à la traverser ».

      2. @ Chabian, j’ai aussi évoqué la diffusivité ( https://fr.wikipedia.org/wiki/Diffusivit%C3%A9_thermique ) qui prend en compte le facteur accumulation. Mais il faut prendre le cas d’un mur pour comprendre qu’il y a un biais en utilisant cette façon de parler « isolant contre le froid ou la chaleur » : un bon isolant va donner de bons résultats été comme hiver. Je l’ai vérifié chez moi l’été dernier : une différence de 8 °C entre l’intérieur (25°C) et l’extérieur (33°C) et bonnes performances en hiver où peu de chauffage est nécessaire pour maintenir 19° même quand on est en dessous de 0°C.
        Quant à la pub du site commercial c’est un bon exemple de formulation « pipo ».
        Mais en tout cas tout ça montre bien que S. Gaufrès a raison de soulever avec ce billet cette question qui est bien moins évidente que l’on pense d’abord (moi le premier)

  2. Politiques publiques défaillantes depuis la période post choc pétrolier des années 70.
    On forme trop peu de gens pour assurer une diffusion de la compétence et la mise en œuvre ad hoc . Je parle là du déficit chronique d’artisans poseurs, pas des bureaux d’études. Avec ma formation d’origine, largement imprégnée du DTU Th-K 77 (calcul des déperditions) pendant 3 ans, je vois aujourd’hui des artisans qualifiés RGE (Reconnu Garant de l’Environnement) dont je me demande comment ils ont pu obtenir cette certification (à peine plus de 20 heures). Et dire qu’il est obligatoire de passer par eux (RGE) pour obtenir une aide publique.
    Et l’on s’étonne de la multiplication des malfaçons et des arnaques …
    Le problème de la mise en œuvre réelle concerne bien plus que le simple domaine thermique mis en avant par les enjeux climatiques, c’est toute la branche du bâtiment qui est concernée depuis des décennies : comment peut-on concrétiser une volonté gouvernementale consacrée au logement si on a pas les bras, et les têtes qui vont avec ?!!

    1. D’autant qu’il ne s’agit pas seulement d’une question de matériaux, mais d’architecture et d’urbanisme. Je suis effaré de voir se multiplier ces lotissement péri-urbains, assemblages de cubes dont la disposition est réglée par l’accessibilité pour les voitures, ignorant les règles d’implantation millénaires par rapport au soleil et aux vents dominants, contre le trop froid ou le trop chaud selon les régions. Il y a pourtant là des ressources considérables d’économies d’énergie. Les promoteurs publics ou privés s’en moquent puisque ce ne sont pas eux qui vont régler la facture de chauffage ou de climatisation. L’important pour eux est de rentabiliser le terrain, d’accueillir de nouveaux habitants pour maintenir à flot la commune.

      1. Bien vu ! J’ai été témoin de la construction d’un lotissement périurbain à 30 km de Toulouse sur la crête d’une colline du Lauragais où existait au XIXe un alignement de moulins à vents… en permanence sous les vents…

      2. Oui, on aurait pu faire mieux (et on peut encore le faire) mais il faut faire avec l’existant (cfr ce commentaire plus bas qui insiste que c’est l’action sur la rénovation qui est plus porteuse). Je crois que nous avons eu deux logiques après 1945 :
        – en 45-60, une logique de reconstruction assez rapide, avec des matériaux facilement disponibles dans une industrie qui renaissait. On a reproduit des maisons « plan courant » qui sont de petites constructions, et des immeubles à appartement avec des murs « banchés » (sauf erreur)à très mauvais effet isolant. Il y a eu peut-être encore cette logique avec la crise du logement de 1962 (rapatriement d’Algérie) ; je profite pourtant d’une maison bourgeoise de la reconstruction financée par l’Eta français, tout en pierre et maintenant aussi le gain intérieur de 8° durant la canicule.
        – à partir des années ’60, une logique ‘pavillonnaire’ où la mauvaise qualité des constructions isolées est devenue la norme et la mode (encore aujourd’hui).
        Et il est frappant de voir comme les constructeurs parviennent à maintenir une mauvaise qualité (et leur gain) en respectant les normes, et comme les produits de rénovation et les artisans mal qualifiés par des formations ad hoc entretiennent ce niveau faible.
        Et que le discours toujours basé sur des généralités depuis 40 ans ne nous aide en rien.

    2. Suite, schéma simple:
      http://www.onpeutlefaire.com/articles/images/a-maison-bioclimatique/maisonbioclim-principe.jpg
      Ce qu’on appelle maintenant pompeusement maison bioclimatique est la redécouverte de ce qu’on a pratiqué pendant des milliers d’années. La coupe de la maison en lien ci-dessus est la copie parfaite de celles construites dans ma région avant l’ère industrielle.
      La boite à outils, nous l’avons. A savoir pourquoi ça ne percole pas !

      Ah ben non, la boite à outils est remisée à la cave. J’ai beau m’échiner à chercher sur Internet, à renfort de multiples mots clé, une coupe architecturale de maison traditionnelle de chez moi, rien à faire.

      1. C’est pour faire advenir à la surface visible ce genre de savoir que le dernier paragraphe (dont j’ai discuté en direct avec l’auteur) a été ajouté.
        Là, arkao, vous vous situez sur le design « de départ », qui a été lobotomisé par les décennies béton / Maison Kaufman.

        Quel graine en tirer pour la rénovation, qui était le sujet principal… ?

        Il est vrai que rendre le nouveau post-2020 plus raisonnable à modifier/ »manager » que les choses ingérables des années 1950-2020 (en gros), ça changerait la tendance.

      2. On arrive aujourd’hui à faire des « maisons passives » avec un confort similaire à celui des maisons standard, ce que la « sagesse millénaire  » n’arrivait certainement pas à faire. On pourrait bien sûr imposer des performances plus élevées aux constructions neuves mais le coût pour passer de la performance standard RT2012 au label Passivhaus est élevé rapporté aux kWh gagnés. En fait ceux qui étudient le problème de la consommation énergétique des bâtiments au niveau global concluent très vite que c’est la rénovation qui aura un impact (beaucoup plus de logements concernés, beaucoup plus de performance potentielle à gagner). Les formes urbaines jouent effectivement un rôle, c’est pour cela que les communes sont encadrées depuis quelques années par des intercommunalités pour l’évolution de leurs plans d’urbanisme (pas assez, c’est sur!), car pour imposer des formes urbaines denses il faut se mettre à dos… à peu près tout le monde.

  3. Les usagers ont des compétences d’usager, pas de comptable. Et puisque les économies calculées se révèlent a posteriori fausses, les sachants devraient retrouver un peu de modestie. Mais une compétence d’usager est inaccessible à un cerveau technique. Beaucoup ici vont hurler, mais j’ai fait une carrière là-dessus, à faire de la médiation entre techniciens et citoyens. Cela s’appelle l’aide participative à la décision.

    1. Mais les techniciens et les experts sont aussi des citoyens, que je sache ? Alors intéressant de savoir comment ils se débrouillent avec leur propre logement… Ce qu’on peut a priori supposer c’est qu’ils en sont propriétaires. Quand on est locataire on est bien impuissant. L’été dernier, j’ai eu 35° là où je dors, à minuit… Il y a quelque temps, incidemment, mon propriétaire m’avait dit qu’il y avait de la laine de verre comme isolation sous le toit (je suis au premier et dernier étage). Mais je pense qu’il a dû faire ça il y a vingt ans.
      D’accord aussi pour dire que c’est bien plutôt contre la chaleur que contre le froid qu’il va falloir lutter.
      Et moi, ouf… je vais enfin devenir propriétaire d’un petit deux pièces au rez-de-chaussée, incessamment sous peu, et je compte pour l’été prochaine m’aménager une pièce dans la cave, au frais donc (et des caves, je vais en avoir deux; donc faisable).

      1. @Laurence
        Euh, j’espère que vous avez vérifié que votre cave se situe hors zone inondable… A trop penser canicule on oublie que dans certaines régions, plus chaud (global), c’est plus d’eau (local).

      1. @timiota
        Après 15 ans de retraite, on ne trouve plus rien de ce qu’on connaissait ! Et on oublie ses références livresques. Souvent une recherche-action débouche sur un rapport de mission pour un ministère ou autre demandeur et ne fait pas l’objet d’une publication.
        Je vous mets mon ancienne association et ses recherches actuelles, et ensuite trois textes un peu trop théoriques à mon gout mais… le Canada a davantage formalisé des procédures, et le lien citoyen-technologie a connu son heure de gloire, notamment avec les « boutiques de sciences ». Bonne lecture. Ce n’est peut-être pas l’idéal, mais ce que j’ai trouvé facilement.
        https://www.espace-environnement.be/metiers/recherche-action-expertise/
        http://www.bv.transports.gouv.qc.ca/mono/1169003.pdf
        https://www.cairn.info/revue-les-cahiers-internationaux-de-psychologie-sociale-2007-2-page-29.htm#
        http://temis.documentation.developpement-durable.gouv.fr/docs/Temis/0064/Temis-0064783/Note%20du%20CAS_64.pdf

  4. Il y a un commentaire récent sur l’efficacité d’ETAT qui cadre avec nombre de nos préoccupations. C’est la conclusion des députés François CORNUT-GENTILLE et Rodrigue KOKOUENDO, répétée à l’envie sur les médias après un an d’enquête en Seine St Denis (assemblee-nationale.fr/15/rap-info/i1014.asp): Le département est abandonné parce que « L’ETAT ne sait pas faire » !
    Je crains que cela devienne une ritournelle adaptée à bien des situations que chacun vit plus ou moins bien à une échelle personnelle, locale, municipale, régionale, nationale, européenne. Ca change à peine de « l’ETAT ne peu pas tout » ! Parce qu’il ne s’agit plus de philosopher le nez en l’air mais de constater que le monde des GAFA fait quand même circuler vite des informations destinées à rester discrètes.
    Cela n’empêche pas que chacun puisse avoir un « agenda masqué » mais il ne le reste pas longtemps. En Communauté Européenne, la Chine fait défendre ses intérêts par la Grèce et le Portugal à juste titre ! (Pour qui a vu Adults in the room). Ceux qui ont pu imaginer le contraire iront se plaindre ailleurs.
    La question n’est même plus de savoir où est l’intérêt général dans ce monde paresseusement capitaliste ; la question n’est plus de droite ou de gauche, d’écolo ou de facho : « ETAT ne sait pas faire » ! Et il faut faire avec la « boite à outils disponibles » parce qu’on n’a pas les moyens de s’en payer une autre et que de toutes façons, on n’a pas le temps de former d’autre personnel compétent : c’est une inertie à plusieurs étages, une véritable Ligne Maginot… tournée vers l’intérieur. Qu’il s’agisse de la vaccination contre la grippe (On sait que ça ne marche pas mais c’est bon pour les plus faibles ?) ou de la survie des hôpitaux.
    Et on se retrouve tous le bec dans l’eau : il n’y a plus ni arbitre, ni intérêt général et des outils obsolètes. Il reste une routine bureaucratique plus lourde qui se sait déborder mais faute de mieux, on continue. Et il faudrait voter pour quelqu’un, quelque part, pour faire quoi ?
    Je laisserai l’anthropologue épiloguer. Pour ma part j’ai eu l’occasion de me heurter au droit à l’ignorance de l’ETAT à plus d’une reprise. C’est exactement le contraire des Lumières qui envisageaient des connaissances pour tous et universelles. « ETAT ne sait pas faire » ! Et corriger ce « Droit à ne pas savoir » serait une nouvelle Nuit du 4 aout. Il remet en cause tant de hiérarchie et de carrières qu’il ne faut pas trop demander ! ( cf. J’accuse)

  5. Je rajouterai à la réflexion la problématique isolation 1€ avec des entreprises sans vergognes qui se jettent sur l’opportunité de faire du fric et du business avec les Certificats Économie d’Energie (qui plus est sur le dos d’ouvriers de l’est sous payés !) Je m’explique depuis plusieurs mois voir années on démarche des tas de foyers pour isolation à 1€, avec de nombreuses mal façons, l’utilisation massive de matériaux non écologiques avec impact négatif comme le polystyrène…pourquoi l’état n’encadre t’il pas mieux tout cela avec par ex. obligation d’utiliser des matériaux neutres, des visites systématiques après travaux et obligations faites aux entreprises d’une haute qualité environnementale et efficience thermique ?!?! Tout cela est contre productif on subventionne l’utilisation et la fabrication de matériaux non écologiques !!!!

    1. Par exemple, non loin de chez moi devrait s’installer (avec moultes aides publiques) une unité de production géante de matériaux isolants (110 000 tonnes par an) , classée Seveso, qui va générer une noria de camion entrants et sortants (100 par jours annoncés officiellement).

      1. C’est vrai, ça.
        Cette foutue usine, y pourraient la mettre loin de chez vous, kamême.
        Ou un peu plus loin…
        Une idée alternative: 110 usines à 1000t chacune dispersées dans toute l’Europe.
        Le mieux, c’est encore en Chine, comme d’hab depuis 40 ans. Pourquoi changer?

      2. Je réponds à Arkao un peu plus haut : de toutes façons, le lieu idéal n’existe pas ou plus. Je n’habite pas très loin d’une centrale nucléaire : St Laurent des eaux. Alors ma cave inondée… pfff…. En attendant j’estime avoir quand même le droit de me réjouir à l’idée de savoir que l’été prochain, je ne suffoquerai peut-être pas autant que l’été dernier. Et je vise à préserver un minimum « ma petite santé » (comme aurait dit Pierre Desproges à Françoise Sagan), histoire d’être un peu utile à quelque chose…

      3. Je pense que arkao se demande pourquoi on ne peut pas développer des matériaux « non-Seveso » pour isoler.

        Question assez délicate :
        Végétal =cellulose => ça crame ;

        Minéral = au choix : (1) amiante, Mmmm pas glop (2) vermiculite montmorillonite, … je ne sais pas quelqu’un connait ? (3) fibres de verre (silice) + de la colle. Quelles nano-fibres volent autour de ça ?

        Mais je ne peux pas me résoudre à croire qu’on ait fait le tour de solutions, les effets de coût d’échelle ont du plomber moultes solutions (hybridation végétal/inorganique, végétaux bien choisis, systèmes « coupe-feux » dans les isolants, ils ne s’enflammeraient pas d’un seul tenant, …

      4. @Daniel
        Oui, vous avez raison dans la mesure ou produire localement est moins nocif socialement et écologiquement que de transporter des isolants fabriqués en Chine transportés par des cargos turbinant au fioul lourd.
        Mais ce n’était pas le sens de mon commentaire et pas un réflexe Nimby de ma part (de toute façon la terre et l’eau de mon environnement proche sont irrémédiablement pollués par les saloperies chimiques de la Grande Guerre qui cent ans après terminent leur lente migration dans les sédiments pour atteindre la nappe phréatique et les saloperies chimiques de l’agriculture intensive de ces dernières décennies).
        C’était pour dire qu’on tourne en rond, qu’on essaye de rafistoler des trucs et que ce faisant on ne résout rien et qu’on continue à foncer dans le mur.

    2. L’écologie n’est ici comme dans d’autres cas qu’un prétexte à la ruée vers un nouvel eldorado commercial. Il n’y a plus guère que comme cela que les marchés dits « matures » des économies de pays dits « développés » sont maintenus à flots. Un cas classique de cette dynamique générale est le marché automobile: En monnaie constante, le prix des voitures s’est maintenu à peu près à niveau égal depuis leur invention jusqu’à nos jours malgré des gains de productivité considérables. Des « innovations » plus où moins opportunes, une montée en gamme constante des équipements ET des modifications récurrentes des normes (de sécurité notamment) ont permis de compenser la baisse tendancielle des prix dans le secteur.

      Avec la crise écologique, l’État trouve un prétexte commode pour subventionner plus ou moins explicitement les entreprises du bâtiment qui disposent ainsi d’un regain d’activité à bon compte. La faute à une idéologie mêlant productivisme, consumérisme et capitalisme à laquelle la plupart des acteurs de l’État (élus comme hauts fonctionnaires) sont inféodés au moins autant que les dirigeants d’entreprise ou que la majorité des économistes. L’intérêt n’est ici pas tant de réaliser une optimisation des consommations énergétiques que de redynamiser un paradigme économique à bout de souffle.

  6. La meilleure façon de se protéger du froid ou de la chaleur est de se vêtir en conséquence.

    Techniquement on sait très bien le faire, par exemple en montagne en hiver ou même aux pôles par -50 avec du vent, mais les vêtements normaux – c.a.d. conformes à la bienséance – ne le permettent pas. Ça n’a l’air de déranger personne…

  7. J’habite la vallée de la Durance, quelque part entre Sisteron et Manosque.

    L’essentiel des constructions nouvelles est constitué de maison individuelles bâties dans des lotissements par des entreprises qui ont trouvé des compromis qui leurs permettent de naviguer entre le respect du « style du pays » et beaucoup d’autres contraintes réglementaires probablement imposées par les lobbies des différents fournisseurs. Dans un tel contexte des progrès pour ce qui est de l’isolation thermique ne sont pas totalement exclus mais ne peuvent être que très lents, même si il devrait être possible de changer quelques unes des habitudes les plus désastreuses.)

    Pour ce qui est des constructions réalisées depuis le début du XXème siècle j’ai bien peur qu’une fois mise en place l’isolation (par l’extérieur?), installés les double vitrages (nouvelles fenêtres?), changés le chauffage et la ventilation (et – pourquoi pas – un installé un peu de solaire) on aboutisse à un résultat plutôt modeste pour un coût très difficile à accepter.

    Former les professionnels, sûrement, mais aussi leurs clients…

  8. Les analyses sur l’efficacité énergétique des bâtiments comportent souvent un biais de confusion entre facture énergétique et service énergétique effectif.

    Or, la facture inclus à la fois l’abonnement et la consommation :
    * le montant de l’abonnement n’est guère proportionnel à la consommation. La baisse que l’on espère observer proviendrait donc uniquement de la partie ‘consommation’ ;
    * quant à la consommation, elle sera transformée en service énergétique de maintien de la température du logement (en excluant la cuisson et d’autres usages de l’énergie) avec plus ou moins d’efficacité (celle du logement mais également celle de la production de la chaleur par kilowattheure d’énergie, gaz, fioul ou électricité)

    Il faut relever également que la consommation est influencée par la propension du ménage à se laisser aller ou à se restreindre. Et il se restreindra d’autant que ses revenus seront modestes. Une partie de ce phénomène (une partie seulement) est qualifié d’effet rebond.

    Le moins que l’on puisse dire c’est que la relation entre les différentes variables de l’équation est loin d’être linéaire et sans constante. Il n’est donc pas si étonnant que les études sur l’efficacité énergétique et leurs voisines sur la précarité énergétique tournent un peu court quand elle s’intéressent uniquement à la facture.

    Pour tenter de regarder plus loin, il est par exemple possible de revenir à une notion de « pression énergétique » mêlant consommation d’énergie, efficacité de cette consommation (performance du logement) et revenu du ménage (un ressort de son comportement). L’on peut ainsi cartographier la pression énergétique pour l’ensemble des couples logement/ménage d’un territoire. Etudier les variations de pression énergétique en lien avec le marché de l’énergie, la performance de rénovation et les revenus des ménages promet d’être nettement plus fécond.

    Il me semble, pour conclure, que la question de la baisse des consommations d’énergie dans le logement n’est pas uniquement technique.

      1. Hélas non !

        Une raison à mon sens : les services de l’Etat ou les entreprises publiques susceptibles de conduire de telles études se sont presque définitivement éloignés de la possibilité de laisser émerger d’autres idées que celles sur lesquelles ils travaillent déjà.

        Il y’a vingt ans, les appels d’offres publics et appels à projets consistaient le plus souvent à identifier une problématique, à esquisser d’éventuels questionnements et à attendre des soumissionnaires de développer la problématique, de déduire les questionnements pertinents et enfin de proposer des études appropriées.

        J’imagine que cette façon de faire contraignait le pouvoir adjudicateur à s’investir énormément pour comprendre les différentes réponses reçues, pour les comparer les unes aux autres et pour sélectionner la mieux distante. En contrepartie, le prestataire retenu pouvait être d’un profil inattendu, ce qui permettait au pouvoirs publics de jouer un rôle important dans le conservation de la (bio) diversité des prestataires.

        Puis est arrivée, je suppose, une génération de décideurs publics plus connectés avec le privé (faire comme les camarades de promo qui sont allés dans le privé), moins encline à produire des efforts et conséquemment un peu plus directive, plus autoritaire même. Pour cette génération, un appel d’offre consiste à délimiter les problématiques au cordeau, à sélectionner les questionnements à l’avance puis surtout à imposer la méthodologie pour y répondre.

        Résultats des courses, les soumissionnaires sont priés de rentrer dans les clous, de proposer tous la même chose et de se livrer en définitive à une sorte de danse du ventre d’où il sortira celui qui inspire confiance au pouvoir adjudicateur pour sa capacité à épouser le point de vue de ce dernier en toute circonstance. Le plus souvent c’est également celui qui propose le meilleur tarif puisque l’essentiel du travail consistera à suivre ce que demandera le pouvoir adjudicateur sans dépenser la moindre énergie en élargissement du champ de vision.

        C’est ainsi que n’émergent plus sur ces problématiques de rénovation énergétiques ou de précarité énergétique que des études auxquelles le pouvoir adjudicateur a pensé, c’est-à-dire en réalité la même étude refaite de plusieurs manières possibles pour ce qui est de la forme.

        Pour ce qui concerne l’esquisse que j’ai présentée dans mon message précédent « pour tenter de regarder plus loin », je peux vous en dire plus en aparté. M’envoyer un mail via le blog de Paul Jorion.

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