Tutto ai privati = privati di tutto, par Jacques Seignan

Ouvert aux commentaires.

Hier, je repensais à tous les mouvements de révoltes populaires dans la rue de par le vaste monde et je me suis souvenu d’une manifestation à Venise, le dimanche 24 novembre, organisée par le collectif NO GRANDI NAVI qui eut lieu avec pour objectif « Sauvons Venise des paquebots, du MOSE, du changement climatique et de son maire ». (Une belle synthèse !).

Une banderole avait attiré mon attention par son slogan créatif : « Tutto ai privati = privati di tutto ». Est-il besoin de traduire ? tout au privé = privés de tout !



On est au cœur du problème car les mots nous forcent à penser, subrepticement. On a souvent évoqué l’ambivalence du mot allemand, Schuld qui se traduit par dette ou culpabilité et les implications dans la tête d’un Allemand moyen quand on lui parle de la dette grecque (par exemple, juste par hasard…).

De même la racine latine qui a donné « priver/privé » [privare / privatus = écarter de, ôter de, isoler pour le verbe mais particulier, propre, individuel pour le participe] a eu un large héritage et comme souvent elle a fourni des mots et des idées ayant des sens contradictoires s’expliquant dès le début par la dérivation du participe passé. On aboutit ainsi à deux systèmes d’antonymes ambivalents : privé (personnel) /public (non intime) et [secteur] public / [secteur] privé. (Notons que la valeur positive sert dans le marketing politique de droite à promouvoir la valeur négative comme cela se retrouve pour libéral.)

Qui ne désire garder un espace privé ? Qui ne souhaite parfois pouvoir parler en privé ? Et qui ne craint d’être privé de telle ou telle nécessité ? Qui n’élève ses enfants avec la volonté qu’ils ne soient pas privés du nécessaire ? Mais de même qui ne sent que des privilèges [privus (privé) + lex (loi) = loi pour un particulier ».] sont indus dans une société démocratique ? C’est un autre cas de détournement type novlangue par les politiciens au service des privilégies par la richesse qui osent parler de « privilèges » pour des droits légitimement acquis en compensation de dures vies professionnelles.

Qui ne comprend le scandale que nos vies privées soient des marchandises dans les mains de compagnies privées ?

Enfin qui ne voit que privatiser les profits et nationaliser les pertes est inacceptable ?

Alors oui : TOUT AU PRIVÉ = PRIVÉS DE TOUT ! Ce slogan mériterait d’être en tête des manifestations en France !

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14 réflexions sur « Tutto ai privati = privati di tutto, par Jacques Seignan »

    1. Merci arkao !
      Peut-être que les Vénitiens ont vu ça en France ou tout simplement, cette idée avec ces mots dans deux langues si proches est évidente. Cela dit, en italien ça sonne bien !

    2. Bonjour arkao
      N’y aurait-il pas une sorte d’ingérence/influence/propagande de la France dans la politique italienne ?
      – déstabilisatrice –
      et condamnable 😉

  1. Bonsoir
    Bien vu, je suis assez d’accord avec J. S., ça sonne effectivement très bien en Italien, une sorte d’effet miroir,
    un aller/retour, pour ne pas dire « andate/ritorno »

  2. Aujourd’hui, le peuple algérien a encore montré la puissance du Hirak malgré la répression :
    https://www.nouvelobs.com/monde/20191206.OBS22021/algerie-maree-humaine-dans-les-rues-d-alger-contre-le-systeme-au-pouvoir.html
    En 1830, la France a commis un crime en envahissant ce pays et ensuite l’a perpétué en le colonisant pendant 130 ans. Mais des liens de sang se sont tissés et désormais nombre de Français sont d’origine algérien ou ont une double nationalité.
    Qui en parle ? Où sont les pétitions ou les soutiens des intellos ? (On comprend que notre gouvernement qui a soutenu Bouteflika se taise …)
    Ce qui se passe en Algérie est crucial et devrait nous inspirer. Un peuple entier se révolte et le silence est assourdissant ici. Pensez-y !

  3. Odile Maurin condamnée:
    https://www.handirect.fr/odile-maurin-poursuivie-devant-un-tribunal-correctionnel/
    https://www.lci.fr/justice/gilets-jaunes-la-militante-handicapee-odile-maurin-condamnee-pour-violences-envers-des-policiers-2139711.html
    Il y a des moments où la justice de ce pays me fait VRAIMENT GERBER. Justice de classe, justice de caste.
    Et quand je dis gerber, je me contrôle. Ce qui se passe dans ma tête en lisant cette information va bien au delà de ça…

      1. Oui vous savez aussi bien que moi que plus le balancier est poussé haut plus il peut revenir avec une violence extrême contre ceux qui le poussent !!!

    1. C’est comme si les magistrats succombait au même symptôme que les policiers :
      rabaisser les plus faibles parce qu’ils sont devenus incapables de prendre la mesure de qui se passe quand ces plus faibles ont la parole.

    2. Il n’y a aucune illusion à entretenir, la justice, pour l’essentiel de ses acteurs, est conformiste et agit toujours en fonction du pouvoir politique en place, cela a pu être observé durant la période 1940-1945 où une majorité de magistrats ont agis dans le sens du régime de Vichy, la reprise en main à l’issue de la libération les a orientés dans l’axe du nouveau pouvoir.
      Au travers de mon cas personnel, du classement sans suite de la plainte déposée pour ‘vols et destruction de biens’ lors de l’expulsion de mon logement, il apparaît bien que le procureur de la République ne désirait pas créer un germe de jurisprudence concernant les expulsions locatives : force doit rester à la Loi en vigueur et peu importe les inconvénients qui en découlent pour celui qui y est confronté !
      En revanche, lorsqu’une décision favorable en faveur d’un citoyen lambda est édictée, ladite décision se montre bien souvent totalement inopérante en raison du mode de fonctionnement de l’appareil d’État.

  4. Ce slogan recoupe un peu la dénonciation de la « logique propriétariste » par Thomas Piketty dans son dernier pavé.
    Puisque la photo présente un quai de Venise (sans doute de ceux qui se prennent les vagues des paquebots quand ils vont dans le canal de la Giuddecca, voir ici d’en haut https://www.meretmarine.com/fr/content/venise-les-gros-paquebots-ne-passeront-plus-par-la-giudecca, ou de loin https://comune-info.net/wp-content/uploads/2016/09/o-NAVI-facebook.jpg).

    Dira-t-on des économistes aussi préoccupés par cette question qu’ils sont des économistes zattere ? (nom vénitien des grands quais de Venise)

    1. @ Timiota, tu me donnes l’occasion de mettre la référence d’un des sites où je trouve des infos sur ce sujet qui me tient à cœur depuis des années et la photo :
      http://www.nograndinavi.it/
      On est dans un cas d’espèce quasi parfait : l’engloutissement de Venise est certes devenu inéluctable, provoqué par la montée des eaux (avec causes anthropiques : réchauffement plus enfoncement aussi dû au pompage) ; priorité absolue à la cupidité avec interdiction absolue à ce jour d’interdire les bateaux de croisière malgré deux catastrophes à peine évitées ; corruption de politiciens de « gauche » remplacés par un sale type de droite anti-écolo ; négation des droits des Vénitiens qui ont malgré tout élu ce maire par dépit contre l’ancien…
      Les courageux manifestants ont au moins cette dignité de combattre : retarder l’inéluctable et le rendre plus vivable. Un message pour nous ?
      Une crise exemplaire donc. Et tragique, tout comme celle que nous décrivons à longueur de billets…

    2. La photo n’est pas celle d’un quai mais du Campo Santa Margherita dans le Dorsoduro. C’est une grande place très vivante avec son marché, ses terrasses bondées le soir. C’est aussi un lieu très habituel de la contestation étudiante car l’université est à proximité.
      Mais cela ne change rien au problème que vous pointez et à votre bon mot sur les économistes Zattere (quais qui longe tout le sestiere du Dorsoduro.

  5. Merci Jacques Seignan pour la judicieuse analyse que propose votre billet. A mon sens, cette opposition entre deux valeurs opposables (Tout au privé = Privés de tout), remet de l’ordre dans « l’inversion de la hiérarchisation… » des normes et dites valeurs… quand peuvent être interchangé les symboles (valeurs) des deux cotés de l’égalité. Ce qui est intéressant, par « dessus le marché », c’est la démonstration d’un « produit » issu d’une mise en équation de la complexité de l’esprit d’une expression, celle que peut prendre comme « valeurs » (« prix » au sens qualitatif..?) , la racine du mot « privé » dans toutes ses dimensions contradictoires, et une quantification purement comptable.

    Merci aussi à vous et arkao, timiota… pour ces partages de liens, d’infos, et de préoccupations.

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