Les êtres humains ne sont pas naturellement outillés pour se soucier de la survie de l’espèce, par Vincent Burnand-Galpin

Ouvert aux commentaires. Nous avons vu que les biologistes caractérisent les espèces telles que la nôtre comme « colonisatrices »…

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9 réflexions sur « Les êtres humains ne sont pas naturellement outillés pour se soucier de la survie de l’espèce, par Vincent Burnand-Galpin »

  1. Il me semble que cette vision d’une humanité comme espèce individualiste contre des espèces « eu-sociales » est excessive. Je lis le livre de souvenirs de Yves Coppens (2016). Les premiers homos sont des communautés de primates qui cherchent à s’adapter à un environnement qui change, la sécheresse éliminant la couverture arboricole et étendant une savane. Ces communautés doivent s’adapter collectivement pour trouver un terrain de chasse, de collecte, et de défense contre les prédateurs. La grotte/abri remplace la canopée, séjour dans les arbres. Rien ne se fait seul. Tel groupe amplifie sa musculature pour résister aux prédateurs, tel groupe amplifie sa capacité à fuir, tel groupe développe sa cage cervicale, tel groupe y associe une croissance du cerveau : c’est le nôtre. A quel moment pouvons-nous nous penser comme individus pouvant s’échapper du groupe, le dominer, être libre ? Il y a déjà des mâles alpha chez les primates, mais leur violence est limitée, non meurtrière et souvent non blessante ; leur domination est faite aussi d’alliances sociales (De Waal). Coppens constate aussi que dans la durée, tel homo sapiens adopte les outils d’un stade d’évolution précédent, puis se crée son propre outil mieux adapté. Ce n’est que vers 100.000 années d’ici que l’homo constitue des outils sans cesse plus élaborés, plus vite que sa propre progression en stades d’évolution corporelle.
    Je saute dans le raisonnement, me disant que l’introduction d’une individualité « cruciale » se marque notamment dans « le jugement dernier », dans le fait de devoir « réussir sa vie », « faire sa différence » pour mériter… un paradis chimérique. A quel moment les humains commencent-ils à se défaire de l’intérêt collectif pour assurer la survie du groupe et de chacun ? Il faut en tous cas remonter au culte des morts. à ce moment où on considère que la survie (chimérique) du moi dans une autre futur est essentiel. Mais encore ? et pourquoi ?
    Nous progressons aujourd’hui dans la perception des formatages « socio-culturels » que subit notre individualité. Le travail du féminisme radical est essentiel pour comprendre ce qui est surajouté dans le « genre » par rapport à la simple distinction sexuelle comme organisation sociale chez les mammifères. (Et je songeais à cette avancée en lisant ce que Paul dit des variations d’humanisme et anti-humanismes).
    Enfin toute communauté et les individus qui la composent ont une vision de leur totalité englobante. Elle peut être erronée, en retard d’adaptation, mais elle peut migrer souvent ou parfois disparaître. Faut-il parler d’outillage ou d’opportunisme ? L’essentiel est que nous n’avons pas d’opportunité d’alternative. Notre capacité de percevoir et comprendre et expliquer ce qu’il n’aurait pas fallu faire est valorisante, mais elle intervient fondamentalement a posteriori.

  2. On est d’accord que l’être humain naît pour mourir, d’un certain point de vue. Nous sommes dans une période où nous nous rendons compte que c’est l’espèce, et non plus seulement à titre individuel, qui est mortel.
    Donc tout est parfait.
    L’individu et l’espèce vont enfin pouvoir s’accorder dans une heureuse et charitable agonie.

    Une immense corneille vient de passer 😀

    1. Ceci dit c’est tout à fait normal que ceux qui n’ont même pas conscience encore de leur propre mort soit totalement largué quant à notre combat.

  3. Je ne m’attendais pas à lire sur le seul blog optimiste du monde occidental un portrait aussi sombre de nous autres humains :
    « L’espèce humaine est ainsi colonisatrice car elle envahit son environnement sans se préoccuper de la manière dont elle l’exploitera et se conduit de ce point de vue comme tout mammifère privé d’une représentation globale des effets de son propre comportement. »
    Cela n’a pas été vrai partout et tout le temps, quand-même. A chaque groupe humain a toujours correspondu une globalité de représentation, que ce soit le village, la vallée, la Cité, l’État. A chacune de ces strates, à différentes périodes de l’histoire de l’humanité, des mesures ont été prises pour préserver l’équilibre entre les ressources et la survie du groupe (parfois au détriment du voisin, mais pas toujours)
    Si nous ne possédons pas le moyen de communication biologique propre au fourmis (quoi que, vous n’allez pas me faire croire que la rencontre heureuse d’un homme et d’une femme ne soit pas liée aussi aux phéromones – sinon à quoi nous serviraient les poils pubiens, ultimes vestiges de notre pilosité d’origine), nous possédons bien mieux comme moyens de communication.
    « Notre espèce n’est donc pas équipée de la sorte et l’individu n’a aucun moyen biologique de connecter directement avec le sentiment d’un tout ». Et alors ? On s’en fout puisqu’on a beaucoup mieux ! Qu’est-ce qu’on fait là en ce moment ?
    Chapitre qui me parait un peu réducteur, amalgament 300 000 ans d’histoire avec les 2 décennies industrielles et la folie de ces 30 dernières années, amalgament biologie et anthropologie.

  4. Le sujet est vaste et complexe. L’ouvrage le Bug humain de Sébastien Bohler l’aborde par la neurologie, mais quoiqu’il en soit nous sommes dans un piège tendu par l’évolution : une espèce n’a pas de raison de s’adapter à une situation jamais rencontrée.

    Mais il faut nuancer : des groupes humains ont déjà eu à faire face au risque de leur propre extinction et s’en sont sortis (cf exemples dans Effondrement de Jared Diamond, livre cependant à prendre avec prudence à cause d’erreurs importantes). L’espèce dans son ensemble a su juguler correctement et à temps la diminution de l’ozone stratosphérique; c’était bien un processus d’extinction puisqu’en laissant la voie libre aux rayonnements UV les plus durs il aurait conduit, mené au bout, à l’éradication de toute vie sur les continents.

    Nous sommes donc, en fait, équipés pour réagir à des menaces vitales, à condition que la grande majorité de ceux qui ont le pouvoir de prendre des décisions, ou de les faire prendre par divers moyens de pression, les perçoivent comme telles. Je crois que c’est là que ça coince aujourd’hui : trop de puissants intérêts se sont opposés à la diffusion de la connaissance de la gravité des menaces, et s’imaginent encore pouvoir échapper à la catastrophe sans rien lâcher de leurs avantages. Il va falloir encore une palanquée de calamités inédites pour les amener à résipiscence, et il sera alors trop tard pour éviter l’effondrement de cette civilisation, sauf miracle.

    Aux survivants ensuite de tirer les leçons de l’expérience. Ils devront en particulier éviter de retomber dans les systèmes qui nous ont mené dans cette situation désespérée : capitalisme, démocratie représentative ou dictatures, qui donnent le pouvoir à ceux qui en sont avides, fussent-ils des sociopathes avérés, donc les plus à même d’en abuser.

    1. Surtout après son revirement (à 75 ans en 2006 ou par là si j’ai bonne mémoire, c’est dans mon E Bapteste « tous entrelacés » ou dans le Gauthier /Chapelle sur l’Entraide ?), quand il a déclaré sa précédente théorie sociobiologique (au succès incontesté en terme de poste attribués) plutôt invalide et en a proposé une nouvelle…

      1. En effet, après avoir tiré gloire de sa théorie sur la sélection de parentèle qui expliquait le comportement altruiste par une proximité génétique – voilà qu’il vire du tout au tout en réhabilitant la théorie de la sélection de groupe, que Darwin avait effleuré, démontrant que des pressions d’ordre écologiques seraient facteurs d’eusocialité et que la proximité génétique ne serait que la conséquence de la coexistence sur plusieurs générations d’individus plongés dans le même environnement –
        Résumant sa pensée par cette formule : « L’égoïsme supplante l’altruisme au sein d’un groupe. Les groupes altruistes supplantent les groupes égoïstes. Tout le reste n’est que commentaire »

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