À propos de Les attitudes possibles devant la menace d’extinction (V) Le survivalisme, par Alexis Toulet

Ouvert aux commentaires.

La stratégie survivaliste à l’échelle individuelle est clairement condamnée, comme vous l’expliquez. A l’échelle d’une collectivité comme région ou nation, elle serait praticable dans certains cas Le problème est que cette stratégie… n’en est pas une en vérité, car elle ne répond pas au problème !

Le problème n’est pas en effet que l’humanité risquerait de disparaître. La solution ne peut donc pas être « tiens voici une manière de s’assurer que X millions de personnes survivent et hop problème résolu ! »

Le « pire cas » envisageable du réchauffement et de l’effondrement des écosystèmes ne laisserait en effet pas une planète inhabitable pour l’être humain : il laisserait une planète où seule une petite partie de l’humanité actuelle pourrait survivre. Ce serait la pire catastrophe de l’Histoire, comparable seulement à la catastrophe de Toba supposée être arrivée il y a environ 73.000 ans, si la théorie qui fait soupçonner une telle catastrophe est juste.

Mais ce ne serait pas la fin de l’humanité, de même que l’humanité n’a pas pris fin il y a 73.000 ans.

En effet, même dans une combinaison « total cauchemar » – pas irréaliste – incluant :

– +7 °C de température moyenne en 2100 ou un peu après
– Effondrement de la majorité des écosystèmes terrestres, pire encore aux latitudes faibles ou moyennes
– Effondrement de la grande majorité des écosystèmes marins – le réchauffement augmente l’acidité des mers, ses habitants n’y survivent guère
– Grandes régions littéralement inhabitables pour des êtres humains du fait de la combinaison chaleur+humidité, essentiellement aux latitudes faibles
– Perte de la totalité des régions côtières actuelles, en conséquence de la montée des océans de plusieurs mètres, en attendant pire

Même dans ce cas, certains êtres humains survivraient, avant tout aux latitudes élevées, bien sûr en nombre réduit même au regard de la population actuelle des pays concernés – vu l’effondrement de certains écosystèmes, réduisant de beaucoup la capacité agricole vivrière.

Naturellement le niveau de civilisation de ces survivants ne serait probablement que l’ombre de ce qu’est aujourd’hui l’humanité. Que l’on pense à la comparaison entre ce qu’était la grande civilisation Maya vers le 10ème siècle avant son effondrement, et les quelques tribus que les Européens découvrirent dans la région au 16ème siècle, et qui pourtant étaient leurs descendants !

Et la diminution de population serait probablement encore pire. Rappelant que la population mondiale est estimée n’avoir atteint un milliard d’habitants qu’au début du 19ème siècle, et cela dans une Nature intacte, il paraît évident que nous serions réduits à bien moins, survivant seulement dans certaines régions. Au mieux quelques centaines de millions. Peut-être seulement quelques dizaines de millions, comme il y a cinq mille ans.

Etant donné que telle la menace « maximale », il est évident qu’un moyen de s’assurer que quelques centaines de millions de personnes survivent sur Terre n’est pas une solution… puisque cela revient à déclarer que l’état final probable est le nouvel objectif ! Le message sous-jacent, inconscient dans certains cas mais pas dans tous, c’est en fait : « Je sais comment faire partie des survivants »

Même ce message est en réalité illusoire, car dans une telle grande transformation en peut-être trois à quatre générations d’un état « humanité civilisée de huit milliards de personnes emplissant la Terre » à un état « bandes, régions et principautés semi-sauvages d’au mieux quelques centaines de millions de personnes survivant dans certaines parties de la planète », bien malin qui pourrait prévoir toutes les luttes, événements et retournements de situation. Nul ne peut être assurée que soi-même ou ses descendants feraient partie des « chanceux » – enfin chanceux relativement…

Remarquons enfin que la solution proposée par Yves Cochet revient à choisir l’esclavage comme projet d’avenir. Qui peut imaginer qu’un monde post-effondrement serait composé de joyeux paysans pacifiques cultivant leurs terres et échangeant leurs produits avec urbanité ? Il y aurait bien des paysans dans ce monde naturellement… mais ce seraient des esclaves. Dans le meilleur des meilleurs des cas, ils pourraient accéder au grade de serfs, au bénéfice des gagnants de la compétition darwinienne entre les groupes armés, parallèle à la compétition pour les ressources restantes entre les esclaves eux-mêmes. Un retour sur de petites communautés autosuffisantes ne suffirait pas, même dans les régions les plus favorisées. Il faudrait aussi construire des châteaux-forts, et pour cela les serfs seront de corvée bien sûr.

L’ordre du jour, c’est d’éviter ce monde, d’éviter cette nouvelle « catastrophe de Toba ». Cela ne peut se concevoir que collectivement, supposant notamment une entente internationale au moins entre les acteurs les plus puissants, plutôt qu’un sauve-qui-peut généralisé la Russie se réjouissant d’être plus au nord et d’avoir plus de terres que l’Inde, la France se réjouissant de ne pas être la Nigéria et la Suède de ne pas être l’Egypte…

Partager :

24 réflexions sur « À propos de Les attitudes possibles devant la menace d’extinction (V) Le survivalisme, par Alexis Toulet »

  1. Vous ignorez mon hypothèse d’une ou de plusieurs guerres thermonucléaires en cours de route durant le processus d’effondrement.

    Vous dites le risque c’est ceci :

    je vous réponds, c’est plutôt cela :

    Et dans ce cas-là, la survie avant l’extinction, c’est quoi ? 10 ans à tout casser ?

    1. Même « la route » idealise l’usage des armes :
      Si ça se retourne pas contre toi, tu gagnes 10 minutes avec , et après ?

      Bon, vous allez trouver ça ringard, pour moi il y a des clefs ici :

      https://youtu.be/THDnlYNFyIc

      Krishnamurti au 40 ans de l’ONU fustige le tribalisme glorifié des nations et des religions, et appelle chacun à mettre fin à ses conflits interieurs, premier pas obligé pour s’occuper du reste…

      Ça a l’avantage d’être universel.

    2. mon chère monsieur Paul , selon un brillant scientifique théoricien du nom de Jean pierre garnier Malet,ainsi que du non moins brillant constat de Mm Jacqueline Bousquet: la pensée est énergie,l’énergie est créatrice, notre destin sera celui auquel nous aurons pensé, pas plus compliqué que ça . je comprend que cette hypothèse qui va dans le sens opposé a celui que vous défendez avec bravoure et beaucoup d’ humanité ,puisse vous surprendre s’il vous plais ,donnez lui une chance d’être une hypothèse recevable .
      cela nous permettrais d’effectuer des concentrations de pensée dans des directions précise,vous n’ete pas sans savoir que ces focalisations de pensée ce pratique depuis quelque temps déjà,mais cela sans avoir atteint ce fameux seuil dont vous parlez , au delà du quel tout bascule . ayez confiance Mr Jorion
      il n’y aura que du bon si nous le décidons.
      salam

      1. Désolé, mais votre option c’est ce qu’on appelle l’attitude attentiste. Ou l’optimisme béat. Pas l’ombre d’une idée nouvelle.
        C’est du même acabit que ceux qui me disent, t’inquiète pas, l’humanité s’en sort toujours grâce à l’instinct de survie.

  2. Je suis plutôt d’accord avec Alexis Toulet dans la mesure où je pense que dans le pire des scénario, des petits groupes humains pourront sans doute survivre de façon pérenne (de ceux qui aujourd’hui vivent encore de façon très sobre), au fin fond des vallées himalayennes par exemple.
    Néanmoins, le risque nucléaire est très inquiétant, pas seulement par les bombes mais à cause des centrales qui en cas d’effondrement risquent de souffrir de graves défauts d’entretien, avec les conséquences qu’on imagine facilement. Que se serait-il passé à Tchernobyl et à Fukushima s’il n’y avait pas eu des milliers d’hommes pour contenir ces catastrophes ?
    (S’il y a bien une urgence, c’est de fermer ces bombes à retardement, n’en déplaise à la bande de Jancovici et de Jouzel).
    Cela étant dit, la définition de l’humanité ne se résume pas à la présence ou l’absence de l’espèce homo, de la même façon que la notion juridique de crime contre l’humanité n’est pas liée au nombre de victimes. Le fait que les représentants de l’espèce soient un milliard, un million ou cent-mille, ne représente qu’un aspect de la question. Des petits isolats de groupes humains dispersés aux quatre coins de la planète, sans contacts entre eux, ne font pas une humanité.

    1. Si les 450 réacteurs s’envoient en l’air dans la même année, on parlera beaucoup plus d’isotopes que d’isolats sur cette planète….

    2. « (S’il y a bien une urgence, c’est de fermer ces bombes à retardement, n’en déplaise à la bande de Jancovici et de Jouzel). »
      Et donc de s’éclairer a la bougie ?
      Ca fait 2 ans en Belgique qu on nous dit de nous préparer a des coupures d’électricité en hiver et tout cela parce que l on a provisoirement fermé 2 centrales pour les réparer !
      Cette année c’est 2 autres !
      PERSONNE ne va accepter ca ,a part les doux reveurs , je n en suis pas , je prend le risque !

      1. Heu, vous ne caricaturez pas un petit peu ? Entre le nucléaire et l’éclairage à la bougie il y a tout une gamme d’autres sources d’énergie, notamment renouvelables, actuellement encore sous-exploitées.
        Mais si les gens acceptent lorsqu’ils sont mis devant le fait accompli. Tenez en ce moment pas de métro à Paris, eh bien les gens marchent, et d’ailleurs cela fait du bien ! J’attends la première étude épidémiologique démontrant qu’il y a eu moins de rhumes et de grippe ce mois de décembre.

    3. @arkao le 20/12 à 17h53.
      Surpris du contenu de votre commentaire…désagréablement je veux dire. J’espère que le vocabulaire utilisé a parfois dépassé le fonds généralement de bon sens de votre pensée.
      Deux exemples pour être clair :
      … » une urgence, c’est de fermer ces bombes à retardement, n’en déplaise à la bande de Jancovici et de Jouzel  » …
      Je ne vous ferai pas l’injure de préciser ce qui ne (me?) convient pas.
      … » Que se serait-il passé à Tchernobyl et à Fukushima « …
      De même ici , comparer des pommes et des poires …c’est , au minimum , une erreur…

      ((Rappel…au cas où cela vous aurait échappé par non-lecture d’un de mes récents commentaires…
      Mon domicile se situe à 18kms à vol d’oiseau , dans le couloir des vents dominants , d’une centrale nucléaire à trois (3) réacteurs…))

      1. @Otromeros
        Les pommes et les poires ont en commun le fait d’être des fruits (de même que torchons et serviettes qu’on pourrait m’accuser de mélanger partagent la fonction d’essuyer).
        Bref.
        Dans un scénario d’effondrement, comment envisagez-vous la possibilité de garantir la sécurité des installations nucléaires ?
        Comment signaleriez vous de façon pérenne pour les générations futures une pollution inodore et incolore sur des milliers d’années ?

      2. @arkao(20/12 à 23h51)
        Vos deux dernières considérations sont pertinentes.
        Je pense que cela (peut)(devrait) s’étudie(r).
        Quand même à mon avis…. » ne pas jeter l’enfant avec l’eau du bain « … -:)

      3. J’ai échangé avec JmJancovici par mail à ce sujet, et il confirme que nucléaire et trouble sociaux graves ne font pas bon ménage.

        Autrement dit :

        Le nuke c’est parfait si ce ne sont pas des hommes qui en ont la charge et si l’activité sismique cesse sur Terre …

        Et comme dab, les rêveurs sont ceux qui pensent autrement…

      4. @Jeanson Thomas(21/12 à 15h43)

        Puisque vous connaissez « intimement » JMJ…. avez-vous pris bonne note de ce ceci … datant d’  » hier « … ( le 2 décembre 2019 courant…!!!…)

        https://www.youtube.com/watch?v=RIlh1MT9WsQ

        à partir de la minute 58 …voire pour les ultra-pressés à partir de la minute 1h05 jusqu’à 1h15
        Par pitié… consacrez 10 minutes de votre vie à écouter ça …..Après , et seulement après , revenez discuter… SVP.
        A bientôt…?….
        ((( Bien entendu l’ ENTIERETÉ du comment est plus que souhaitable ….. )))

      5. Oui, j’ai écouté Janco selon vos conseil, Otromeros, c’est bien toujours le même qui déclare que les accidents nucléaires créent de belles reserves naturelles. Sans rire.

        Putain de bordel de Dieu est ce que vous avez la mémoire si courte pour oublier l’histoire de l’Europe au XXeme siècle, ou bien est-ce que vous êtes assez fou pour croire que les conflits sont désormais si improbables qu’on peu parier là dessus ?

        Rejouez les bombardements alliés avec 58 réacteurs, ça en fait , de la surface de réserve naturelle.

      6. @Jeanson Thomas (23/12 à 18h55)
        Ma « déontologie sur blog ».. : Toujours (peut-être à tort..) partir de l’hypothèse que votre interlocuteur a fait ce qu’il annonce : … » Oui, j’ai écouté Janco « … Dont acte!
        Hypothèse cependant à confirmer compte tenu de votre :  » c’est bien toujours le même qui déclare que les accidents nucléaires créent de belles reserves naturelles. Sans rire « . … sachant qu’il(JMJ) démarre cette approximative citation par un ironique :  » Si je suis un peu cynique… « … qui , pour le moins, « relativise » la portée du sérieux suggéré de votre  » Sans rire « … (!?)

        Admettons quand même mon hypothèse …quoique votre dernier paragraphe..!…comment dire.?. Passons!

        NUKE « durable » ( IVième génération)… maître mot de toute l’argumentation… qui permet-(selon JMJ)-trait de franchir le fossé 2020-2050 = l’objectif … sans déclencher cette (brutale car imposée) décroissance , inéluctablement (selon mon avis) mère de troubles sociaux graves entraînant l’arrivée par les urnes d’un des deux extrêmes… soit « brun-foncé » (le plus probable) soit « rouge-sang » (pas beaucoup mieux je le crains..).
        IVième génération atteignable avec la constitution d’une  » coopération restreinte  » [[dont la FRANCE prendrait l’initiative et la tête opérationnelle(vu son feed-back  » Astrid « ) ]] avec , dans l’ordre des pressentis , (minutes 1h10 à 1h15) GB+FINLANDE+SUEDE+HOLLANDE+TCHEQUIE+POLOGNE+HONGRIE+ROUMANIE+ESPAGNE+ITALIE.
        Avec réussite de la fin de l’obligation du charbon en EUROPE en 2030… (dixit)

        Enfin , à la minute 1h17 , le paragraphe sur le « RISQUE du NUKE dans un monde qui s’effondre »…Un peu bref , mais explicite.

        Alors…OUI , dans ces conditions ( inouïes et inédites ) de coopération réelle ( car obligée scientifiquement et financièrement) entre tant de nations si disparates… , je vois mal Wladimir se risquer! -:)

      7. Le nucléaire c’est dangereux parce que cela exige un high level of service de toute une société, pas juste une filière, pour tenir debout.

        Nous sommes en 2020, et nous n’avons sans doute plus beaucoup de temps pour sécuriser l’actuel avant les troubles à venir, et certainement plus du tout le temps de nous lancer dans une nouvelle génération de réacteur.

        Janco cite Phenix et tous les avantages du sodium comme caloporteur, on peut aussi passer 2 secondes sur les défauts : s’enflamme au contact de l’air, explose au contact de l’eau, et dans les quantités concernées, n’est pas eteignable avec des moyens humains connus. Le top quoi !

        Moi, quand on me parle de proto nucléaire francais, j’ai plutôt le dernier en date, Flamanville, 15 ans d’échecs et de fraudes et des milliards pour rien, elle en est là, l’expertise française.

        ( et puis sans blague, rien que le nom « Flamanville » enleve toute envie de le voir démarrer)

        Regardez bien Jean Marc quand il parle des réserves naturelles, cela a fait partie de la com post Tchernobyl, les images de cerfs et de papillons dans la zone, pour montrer que c’est pas si grave. Et au moment ou il parle, Janco n’est pas cynique, il vends cette même soupe.

        Et moi voyez vous, je fais pousser une partie de mes légumes et de ma viande, je suis lié à mon sol, j’en suis responsable et dependant, je n’ai pas complètement délégué cela. Je pense que personne au monde ne devrai être en droit, ou en mesure, de mettre en danger la vie sur des surfaces telles que le nucléaire le fait.

      8. Otromeros

        Ça fait bientot 15 ans que j’écoute Jancovici, j’envoyais sa conférence aux cadres de Spie de 2008 à mes amis, c’était, malgré son penchant nucléaire, une bonne approche des questions énergétiques.

        Il reste quoiqu’il arrive dans la posture de « repondre à la demande  » et toujours cette idée qu’une contrainte forte amènera une crise grave. Pour Janco, il faut donner à l’humanité du kw, sinon, l’extrême droite va passer au pouvoir parce que le pouvoir d’achat va baisser.

        Si nous sommes aussi bêtes que ça, alors personne ne peut rien pour nous, ni le nucléaire de VI eme génération , ni Janco, ni rien. Si on veut avancer, il va falloir cesser un peu d’avoir peur du  » peuple. »

        Il a beau faire un effort, il prends les gens pour des cons, globalement, à gérer comme un troupeau, hors on a besoin de voies où tout le monde se retrouve.

        Bref, Joyeuses fêtes !

      9. @Jeanson Thomas….
         » Otromeros & Jeanson Thomas « … 25/12 à 15h58

        Statistiquement…! Ça doit être un signe… Convergence de  » striatum  » ..??? -:)

      10. C’est juste que le taulier nous a mis en ligne en même temps, et entre deux gorgées de digestif…

        Parfois les conversations ici, me font penser à ça ( mais pas trop souvent) 🙂

  3. Je vais quand meme me procurer une arme , histoire de vivre quelques jours de plus que la moyenne !
    Avant je m en fichait persuadé que j ‘étais trop vieux pour vivre l ‘effondrement !
    Maintenant a 67 ans je ne suis plus sur de rien , je suis étonnamment bien conservé , ca complique les choses !

  4. C’est parce que vous êtes encore bien installés au chaud et en sécurité avec une bière et un sandouiche au jambon à la main dans vos canapés , votre instinct de survie est en stand by , vous verrez le jour venu , bien souvent c’est dans les situations extrêmes que les vraies personnalités se révèlent , en tout cas on ne peut rien reprocher à ceux qui prennent un peu les devants ils ne font de mal à personne

Les commentaires sont fermés.