Trends -Tendances : Climat : le déni officiel australien, le 23 janvier 2020

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Le déni officiel australien

Pendant que les abominable incendies ravageant l’Australie font la une de la presse internationale, le monde entier s’interroge : pourquoi ces nouvelles semblent-elles laisser indifférents les Australiens eux-mêmes, étant reléguées dans leurs propres journaux loin dans les pages intérieures ?

Le Premier ministre, Scott Morrison, relativise : il a toujours fait chaud l’été dans son pays, et les feux de brousse ont toujours accompagné la chaleur. Ce qu’il faut expliquer pour lui, c’est l’hystérie de la jeunesse sur cette histoire d’incendies. Deux facteurs jouent à son avis : l’impétuosité naturelle des jeunes, qui les pousse à l’exagération, et le fait que n’ayant pas encore vécu très longtemps, ils ignorent que les feux de brousse ont toujours existé en Australie.

Or Morrison ignore le facteur d’échelle : il n’y a pas encore eu de mémoire d’homme d’incendie pareil à celui en cours où un milliard d’animaux sauvages sont déjà morts. Il ignore aussi la carte des températures où si l’on peut voir des années exceptionnellement chaudes comme 1914, 1928, 1988, 1992 et 1998, elles se succèdent maintenant sans discontinuer depuis 2013.

Naïveté de la part du Premier ministre australien ? Ou mauvaise foi justifiée par la peur de pertes d’emplois dans le secteur charbonnier et de la production de gaz en Australie, grand pollueur et émetteur de gaz à effet de serre causant le réchauffement climatique ? M. James Murdoch, fils de Rupert Murdoch, magnat de la presse australienne, à la tête de 70% des journaux publiés là-bas, n’y va pas lui par quatre chemins : pour lui, News Corp. l’empire de presse de son père ment délibérément.

De manière générale, les analyses ne manquent pas du comment et du pourquoi du déni en matière de réchauffement climatique, le plus souvent en termes de « gauche » et de « droite », laissant bien des aspects incompris.

Comme le plus souvent en matière d’êtres humains, une interprétation en types psychologiques a la capacité d’aller plus loin qu’en termes politiques. Contentons-nous de deux grands types : la personnalité rigide et la personnalité souple.

La personnalité rigide interprète le monde comme noir ou blanc et composé de deux camps farouchement opposés. Pour elle, comme au temps des dieux antiques, le monde ne bouge que parce que des volontés en décident. La personnalité souple voit de nombreuses nuances de gris entre le blanc et le noir et distingue un éventail d’opinions. Pour elle il existe des entités collectives, comme les structures sociales ou les cycles naturels.

La personnalité rigide est fièrement attachée à l’argent et à la recherche du profit. Pour elle, le camp des bons est celui du monde des affaires, le camp des méchants, celui des individus qui s’en prennent à lui, l’État en particulier, et tous ceux préconisant que celui-ci intervienne davantage, ce qui est le cas des environnementalistes. Pourquoi semble-t-elle entretenir une hostilité de principe envers le point de vue scientifique ? Primo parce que les scientifiques revendiquent la neutralité et qu’elle ne croit pas en la neutralité : à ses yeux chacun poursuit son intérêt égoïste et celui qui affirme le contraire est un menteur. Secundo parce que les scientifiques disent la même chose que les environnementalistes.

Or, le mouvement est inverse bien entendu : ce sont les environnementalistes qui s’alignent sur le point de vue des scientifiques. Mais ce n’est pas ainsi que la personnalité rigide le voit : pour elle ils réclament une intervention plus importante de l’État (au détriment du monde des affaires) et les scientifiques affirment la même chose, ce qui veut dire que ceux-ci s’alignent sur les environnementalistes, les faisant appartenir du coup au camp des méchants, dont il convient non seulement d’ignorer l’avis, mais qu’il faut aussi combattre activement.

Qui serait responsable alors de ce qui se passe en ce moment en Australie ? Pas une entité abstraite comme le réchauffement climatique mais des individus mal intentionnés : des incendiaires, écologistes cherchant à faire croire à ce prétendu réchauffement, ou gens à la solde de milliardaires chinois voulant voler leur continent aux Australiens, etc.

Une enquête scientifique a pu montrer que les lecteurs de la presse quotidienne australienne sont moins bien informés que les gens ne lisant pas du tout. Mais cela n’a d’importance bien sûr que si l’on attache crédit aux propos de… ces gredins de scientifiques !

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13 réflexions sur « Trends -Tendances : Climat : le déni officiel australien, le 23 janvier 2020 »

  1. Sa fiche wiki est intéressante et donne une idée du personnage.
    Titulaire de l’équivalent d’une license scientifique, elle ne pèse pas lourd face aux savoirs actuels de la communaute scientifique.
    Quand à la population, elle est prisonniere de cet immense pays isolé du reste du monde. Les australiens seront ils les premiers refugiés climatiques des pays occidentaux à chercher une terre d’accueil ?

  2. Bonne analyse.
    Mais, la personnalité rigide existe sur toutes les idéologies, pas seulement l’idéologie capitaliste. Je pense même que la rigidité psychologique se rencontre plus à gauche, même s’il est indubitable que les psychorigides au pouvoir sont bien à droite. On devrait analyser pourquoi les peuples les préfèrent.

  3. @Paul Jorion

    On peut aussi tout à fait admettre les éléments scientifiques qui décrivent un réchauffement climatique, d’origine anthropique si on veut, et dont on maitrise de moins en moins les conséquences à mesure qu’il s’accentue (pour peu que l’humanité ait jamais « maitrisé » quelque aléa climatique que ce soit, mais c’est un autre sujet), sans pour autant donner un blanc-seing à la communauté scientifique en général, dont on sait bien à quel point ses recherches sont conditionnées par leurs financements.

    On peut également ne pas attacher une grande importance à l’argent, et encore moins au profit (sinon pour en formuler une critique virulente) et en même temps avoir parfaitement conscience que depuis longtemps déjà et dans de nombreuses régions du monde dont la nôtre, les États ne sont plus (pour peu qu’ils aient jamais été) des adversaires du Capital, ils en sont au contraire les plus fidèles alliés et promoteurs.

    On peut enfin avoir une grande préoccupation pour l’environnement et le vivant en général, au point d’éviter de persécuter des espèces considérées généralement comme « nuisibles » ou « disgracieuses », sans pour autant adhérer aux lubies de certains environnementalistes qui n’utilisent la Science que comme caution morale pour établir un projet de société pas moins effrayant que le fascisme.

    Une fois cela dit, qui ne voit que le noir et le blanc, et qui discerne une infinité de nuances? N’était-il pas périlleux de ne décrire (de manière terriblement manichéenne) que la catégorie que vous vouliez critiquer?

  4. Moi j’aurais plutôt opté pour la distinction politique que fait Aristote dans « les politiques » :
    D’une part les tenants de l’oligarchie (les riches profitant du système), et d’autre part les tenants de la démocratie (les pauvres s’opposant aux précédents).
    Les seconds voient poindre des jours difficiles qui viendront d’autant plus rapidement que les premiers ne mettent pas fin rapidement à leurs excès. Premiers qui tant que la crise ne les y force pas cherchent à maintenir aussi longtemps que possible un statu quo qui leur est favorable et psychologiquement indispensable.
    Psychologiquement indispensable ne faisant pas partie de l’analyse d’Aristote et est donc ajouté par moi. Pour cause : la nécessité pour la conscience de la propre justice. Pour justifier une position dominante et favorisée, il est nécessaire de se croire supérieur à autrui. D’où ce « psychologiquement indispensable ». Remarquablement c’est aussi ainsi que procède Aristote dans ses éssais sur la politique — peut-être non sans quelques parcelles de raison en ce qui le concerne personnellement.

  5. Oui, alors là, si le marché doit se retourner comme une crêpe, ce splendide déni austral me dit que si c’est pour demain, ce n’est pas encore pour tout de suite.
    Compliquée l’analyse. Si le monde des affaires est dans le déni, à quel moment son service d’assurance va-t-il les convaincre que le prix à payer les met en faillite ?
    Pour l’instant la réaction de la finance australienne a consisté à renchérir sur le prix de certaines matières premières (l’eau) pour en limiter la consommation avec comme résultats l’accaparement des ressources en eau du pays par des fonds vautour avec pour conséquence la faillite du monde de l’élevage entrainant la désertification des territoires laissant aux feux ces libres espaces. Plus embêtant, des mouvements écologiques sont partie prenante dans cette politique. Un effet dominos plutôt réussi mais silence radio.
    C’est vrai que l’Australie c’est 12 fois la France en superficie mais trois fois moins d’habitants, il va donc leur falloir du temps pour comprendre ce qui s’est passé.

  6. Vu de l’extérieur, je n’ai toujours pas compris les vrais raisons qui ont permis l’élection du président actuel aux USA. Vu de l’intérieur, je n’ai pas davantage compris les raisons du Brexit. Quant à l’Australie…Il y a peut-être une dimension « anglo-saxonne » qui m’échappe?

    Quant aux « gredins de scientifiques », « salauds de pauvres », « ecolos/cocos »…. qui selon moi sont de la même veine: c’est-à-dire empêcheurs de tourner en rond, mieux vaut les ignorer.

  7. Le défi climatique semble hors de portée des gouvernants, c’est une menace trop diffuse et trop dérangeante pour être prise au sérieux autrement qu’à coup d’incantations destinées à faire passer les lanceurs d’alerte pour des extrêmistes en les opposant aux vrais dangers publics comme Trump, Bolsonaro et tutti quanti, Macron inclus. Voir la une ignominieuse de Valeurs Actuelles sur Greta Thumberg.
    C’est tout un modèle économique dominant qu’il faut remettre en cause.
    La réponse viendra donc sans doute de manière indirecte. Une pandémie par exemple qui affecterait l’économie mondiale.
    D’après les estimations de monsieur Guan Yin expert en virologie à Hong-kong, mondialement connu pour son étude du SRAS, le nouveau virus se répand 10 fois plus vite que le précédent. Les autorités chinoises un mois après la détection à Wuhan du nouveau virus, viennent de fermer la ville, ni plus ni moins. C’est pour l’heure un problème de santé publique mais cela pourrait devenir aussi un problème économique. Cette fois on y échappera peut-être, mais il y aura d’autres évènements de ce genre.

    https://en.wikipedia.org/wiki/Yi_Guan

      1. Oui certes.
        Mais, mais il reflète un mode de pensée assez répandu dans les médias mainstream. Suffit de regarder BFM, LCI, C-News qui selon une méthode bien rodée, réunissent dans leurs émissions des invités aux avis contradictoires, mais dont les avis sont ensuite réduits à néant par les pseudos débats contradictoires réunissant autour de la table les seuls éditorialistes maison dont le sens critique et l’expertise laissent à désirer, pour être gentil. Personne n’a rien eu à redire sur le plateau télévisé lorsque j’ai entendu l’un d’eux pérorer sur les deux extrêmes que seraient Trump et Thunberg cette dernière étant étiquetée radicale la vérité devant se trouver alors à mi-chemin, ce qui est une absurdité logique totale si l’on place du point de vue de la science. Entre le faux et le vrai, il n’y a pas de compromis possible.

  8. Pour ce qui est de l’évolution du climat il me semble utile de savoir que l’influence de l’atmosphère et des différent gaz qui la compose sur la température à la surface du globe a été établie au début du 19ème siècle:

    Dans les années 1780, Horace-Bénédict de Saussure mesure les effets thermiques du rayonnement solaire à l’aide de boîtes transparentes qu’il dispose dans la vallée et au sommet d’une montagne.

    En 1824, Joseph Fourier publie Remarques générales sur les températures du globe terrestre et des espaces planétaires dans lesquelles il affine l’analyse des expériences de Horace-Bénédict de Saussure en concluant « la température du sol est augmentée par l’interposition de l’atmosphère, parce que la chaleur solaire trouve moins d’obstacles pour pénétrer l’air, étant à l’état de lumière, qu’elle n’en trouve pour repasser dans l’air lorsqu’elle est convertie en chaleur obscure ».

    En 1861, John Tyndall identifie les principaux responsables de ce mécanisme : la vapeur d’eau et le dioxyde de carbone. Il suggère alors qu’une modification de la composition de l’atmosphère peut avoir une influence sur l’évolution du climat.

    En 1896, Svante August Arrhenius propose la première estimation de l’impact du niveau de dioxyde de carbone sur les températures terrestres. Il estime qu’un doublement de la quantité de dioxyde de carbone devrait augmenter de 4 °C la température moyenne. Il espère ainsi que l’exploitation du charbon permettra de surmonter la prochaine ère glaciaire due à l’orbite terrestre. Le géologue américain Thomas Chrowder Chamberlin arrivera indépendamment aux mêmes conclusions.

    https://fr.wikipedia.org/wiki/Effet_de_serre#Historique

  9. « Une enquête scientifique a pu montrer que les lecteurs de la presse quotidienne australienne sont moins bien informés que les gens ne lisant pas du tout. »

    Quelle conclusion en tirer?
    Surtout pas que la presse ment, par omission ou par détournement. Megan et Harry est un exemple. Les exploits de Poutine en sont une autre. Il est d’ailleurs étonnant que les incendies ne sont pas mises sur le dos de Poutine. Pour ce cas: une pierre, deux coups. Mieux que les marionnettes Trump et Skripal.

    La fin de la phrase « …moins bien informés que les gens ne lisant pas du tout. » ne laisse pas de surprendre. Il faut sans doute comprendre « ne lisant pas du tout ces journaux. » Et c’est bien ce qu’il fallait démontrer. Démonter est aussi acceptable. La vérité -une certaine presse écrite, majoritaire et dominante, n’informe pas- finit pas transparaître au coin du bois. Et, n’oubliez pas, « une enquête scientifique » le prouve.
    Pour ma part, dans un élan irrationnel et a-scientifique, je vais étendre cette vérité australienne à la presse écrite française et Britt. En fait, je l’ai fait depuis longtemps.

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