Marius Gilbert et les « décès acceptables pour raisons socio-économiques », par Alexis Toulet

Réponse à Covid-19 : entre banalisation et alarmisme. Ouvert aux commentaires.

Je dirais qu’il y a deux positions à éviter s’agissant de la réaction à l’épidémie Covid-19 :

– La tête dans le sable, représentée par ceux qui prétendent que le virus ne serait qu’une « grosse grippe », et que Marius Gilbert attaque à raison

– La banalisation, qu’il défend dans ce texte

En effet, l’ensemble de la position de Marius Gilbert repose sur cette remarque – tout à fait sensée sur le principe – que « toutes les sociétés acceptent de vivre avec un certain nombre de décès évitables, tout en cherchant à les minimiser avec les moyens dont elles disposent ». Il s’agit en somme d’argumenter que le nombre de décès évitables prévisibles du fait d’une épidémie de coronavirus que l’on se contenterait d’essayer de « minimiser avec les moyens dont (on) dispose » – sous-entendu seulement avec les moyens pas trop dérangeants et ne sortant pas trop de l’ordinaire – serait comparable avec le nombre de décès évitables que nous avons l’habitude d’accepter, par exemple quand nous décidons de ne pas limiter la vitesse sur les grandes routes à 50 km/h, ce qui certes ferait économiser des vies mais à un coût socio-économique que nous choisissons collectivement de considérer prohibitif.

Même s’il est toujours délicat de mettre des chiffres sur ce genre de choix, c’est nécessaire si l’on veut pouvoir tester l’hypothèse de Marius Gilbert. Je propose donc de fixer le nombre de décès « acceptables pour raisons socio-économiques » au nombre de morts annuels par accidents de la route soit 3 500 morts. L’hypothèse de Marius Gilbert devient donc :

« En se limitant à des moyens pas trop dérangeants et ne sortant pas trop de l’ordinaire, on parviendra à limiter le nombre de décès dus au coronavirus en France à un maximum de 3 500 morts »

Cette hypothèse n’est PAS fondée.

Démonstration :

– La grippe touche 2 à 6 millions de personnes chaque année en France (1) Or Covid-19 se répand plus rapidement que la grippe (son R0 est plus élevé) et personne en France n’y est immunisé au contraire de la grippe pour laquelle il existe un vaccin, si bien que s’il devient prévalent il se diffusera au moins autant que la grippe, et peut-être bien davantage ===> Donc, accepter que Covid-19 devienne prévalent en France comme la grippe, c’est accepter que plus de 2 millions de Français le contractent. Très possiblement beaucoup plus

– Le taux de mortalité du Covid-19 est estimé diversement, les données issues de Chine – qui a la plus grande expérience – étant de l’ordre de 2,3% voire 3,4%, d’autres versions plus optimistes donnant 0,8% comme rappelé par Marius Gilbert ===> Donc, le nombre de Français qui mourront du Covid-19 si 2 millions d’entre eux le contractent sera supérieur à 2 000 000 * 0,008 = 16 000. Très possiblement bien davantage

– Enfin, la proportion des malades du Covid-19 qui ont besoin d’une hospitalisation est de 20% et celle des malades nécessitant les soins intensifs est de 6%. Si 2 millions de Français contractent le coronavirus, ce sont donc 120 000 d’entre eux qui auront besoin de soins intensifs, ceci pendant en général plus de 3 semaines s’agissant de syndrome de détresse respiratoire aigu (SDRA). Si l’épidémie était étalée sur trois mois, il y aurait donc 120 000 / 4 = 30 000 malades du coronavirus à traiter aux soins intensifs en même temps – en fait davantage au pic de l’épidémie. Or, la France compte 5 500 lits de soins intensifs… lesquels de plus sont déjà « en tension ». Même si les unités de soin intensif peuvent absorber 3 000 malades supplémentaires, ce qui paraît optimiste, un minimum de 90% des malades du coronavirus ayant besoin de soins intensifs ( ( 30 000 – 3 000 ) / 30 000 ) ne les obtiendront pas ===> Même si 50% d’entre eux survivent à l’absence de soins adéquats, ce qui paraît très optimiste pour ne pas dire pire, 45% des 120 000 Français ayant besoin de soins intensifs mourront

Donc, même avec une série d’hypothèses toutes plus optimistes les unes que les autres…
===> Le nombre des morts en France du fait du Covid-19 SI on permet qu’il devienne prévalent ne sera pas inférieur à 54 000

Ce nombre est TRES nettement supérieur à toute version « raisonnable » de l’hypothèse de Marius Gilbert. Il est encore supérieur au nombre moyen de morts attribués à la grippe chaque année soit 9 000.

Naturellement, si l’on choisit de considérer de manière plus pessimiste – ou s’agit-il de réalisme :

– Que le nombre de Français contaminés serait au moins de 6 millions – puisque Covid-19 est plus contagieux que la grippe et trouve un terrain plus favorable car sans défense

– Que le taux de mortalité du Covid-19 pourrait être plus proche de 2% ou 3% comme les données du pays qui en a la plus grande expérience le suggèrent

– Que non pas 90%, mais bien davantage que 95% des malades ayant besoin de soins intensifs ne les obtiendront pas ===> On obtient une estimation du nombre de morts à prévoir en France du fait du Covid-19 ***SI*** on le laisse devenir prévalent qui se compte en centaines de milliers de morts

Voilà ce qu’il s’agit d’éviter. Voilà ce qui justifie des efforts effectivement lourds et coûteux, mais si on les met en face de l’enjeu somme toute limités. Même si nous parlions de 3 mois de régime « fortement réduit » pour l’activité du pays – la Chine semble s’en sortir avec 1,5 mois à peu près – et même si nous parlions d’un PIB réduit de 15% cette année-là, ce sont des inconvénients certes très importants, mais nettement moins que la perte de centaines de milliers d’entre nous.

(1) https://www.santepubliquefrance.fr/maladies-et-traumatismes/maladies-et-infections-respiratoires/grippe

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36 réflexions sur « Marius Gilbert et les « décès acceptables pour raisons socio-économiques », par Alexis Toulet »

  1. @ Alexis Toulet, pour info j’ai écrit mon propre commentaire au billet de M. Glibert AVANT d’avoir pu lire le vôtre (et où je cite votre billet du 6 mars).
    Votre démonstration est implacable.
    Merci
    Jacques

  2. Pourquoi s’arrêter à une hypothèse de 6 millions de français contaminés ? Et pourquoi pas 70 millions ? Autant pousser le bouchon encore plus…
    Cette hypothèse fait fi des mesures qui sont mises en place pour contenir la progression de l’épidémie.
    De plus tout le monde n’est pas contaminé en même temps. Les lits seront occupés puis libérés pour d’autres en fonction des guérisons.
    Ce qu’il faut donc regarder c’est le flux et non pas le cumul.

    Fredeick

  3. Le nombre de morts sur la route ? tssss. Petit joueur.

    Le système ne raisonne pas ainsi.

    Ce qu’il faut regarder selon le système c’est le nombre de morts en rapport à :

    – la mal bouffe
    – la pollution,
    – le stress,
    – l’inactivité,
    – la misère,
    – la violence intrinsèque de l’inégalité
    – l’effondrement de la biodiversité et collatéraux. ===> disparition de l’espèce.

    Et là COV19 c’est une douce brise imperceptible …

    Drôle de comptabilité morbide.

    1. Une douce brise imperceptible ? Un typhon plutôt , qui est en train de détruire les fondations du monde !

    1. Article très complet merci de l’avoir signalé.il recoupe bien l’article de Marius Gilbert. On voit que l’éloignement social et la cohésion sociale (contrôle coercitif ou autocontrole) sont les facteurs déterminants et qu’ils doivent être adaptatifs.

  4. Bon sang de bois ! Je n’y crois pas là !

    S’il vous plaît, lisez au moins les commentaires, sinon ça ne sert à rien de contribuer à ce débat ! Et Alexis tout particulièrement, s’il vous plaît, arrêtez de ménager vous aussi à ce point la sacro-sainte civilité, vous pouvez faire beaucoup mieux !

    1- je me répète, ne mélangeons pas tout, et notamment ici données asymptomatiques et données symptomatiques, comme je l’ai déjà longuement expliqué ici :
    https://www.pauljorion.com/blog/2020/03/10/covid-19-entre-banalisation-et-alarmisme-par-marius-gilbert/#comment-772811

    2- nous pouvons d’ores et déjà estimer le nombre de porteur du SARS-Cov-2, avec manifestation ou non des premiers symptômes passé un délais de quatorze jours (dans le pire des cas retenu), et approcher par ce biais le nombre de personnes se retrouvant dangereusement exposées en l’absence de mesures fortes, ce nombre allant forcément crescendo à plus nous attendons, comme je l’ai expliqué ici :
    https://www.pauljorion.com/blog/2020/03/09/covid-19-france-belgique-suisse/#comment-772412

    3- ensuite, l’une des inconnues majeurs dans cette équation, c’est bel et bien le temps d’incubation, car c’est elle qui va nous permettre d’espérer si oui ou non une sortie de crise plus ou moins rapide est enfin possible ; et bien force est de constater que c’est n’est hélas ! pas gagné du tout ; cela date d’aujourd’hui sur la base des données fiables de Wuhan, non seulement ce virus est un sournois du fait des porteurs asymptomatiques qui lui servent de camouflage, mais en plus de cela, il agit totalement différemment d’un patient à l’autre :
    https://annals.org/aim/fullarticle/2762808/incubation-period-coronavirus-disease-2019-covid-19-from-publicly-reported

    On m’a appelé tout à l’heure pour me demander mon avis… J’ai dit à cette personne consciencieuse et surtout soucieuse de la vie des personnes, que la mise en quarantaine volontaire aurait dû être ces dix derniers jours, le devoir civique prioritaire de tout un chacun… Donc l’ordonner dès maintenant et comme en Italie ? OUI ! Sans quoi c’est tout notre système de santé qui risque de se retrouver paralysé, ce qui ne ferait qu’aggraver au centuple la situation…

  5. Bonjour Mr Toulet,

    Je n’ai jamais écrit qu’il fallait se limiter à des mesures non-dérangeantes, vous me prêtez un sous-entendu qui n’est pas le mien. Personne n’envisage de laisser l’incidence cumulée du covid-19 rejoindre celle de la grippe saisonnière.

    A mes yeux, l’essentiel est de conserver l’oeil rivé sur le niveau d’hospitalisation, et d’adapter les mesures d’isolement social (qui peuvent être fortes) avec un horizon de 2-3 semaine qui évite la saturation, et basée sur une hypothèse de croissante exponentielle avec un temps de doublement pessimiste. On peut en parrallèle, chercher à augmenter cette capacité en reportant les opérations non-essentielles. Cela n’implique pas forcément de placer tout le pays en lock-down.

    En Belgique, le nombre de personne hospitalisées est pour le moement faible et croît linéairement (https://plus.lesoir.be/285835/article/2020-03-10/philippe-leroy-chu-saint-pierre-nous-sommes-extremement-loin-du-scenario-italien). Les mesures d’isolement social proposées aujourd’hui me semblent proportionnées, mais doivent à tout moment être révisée si la capacité hosppitalière à un horizon de 2-3 semaines venait à être menacée.

    Bien cordialement,

    1. Le Soir n’étant pas en accès libre, impossible de savoir (pour moi comme pour beaucoup d’autres) la raison pour laquelle l’augmentation rapide du nombre de malades constatée en Italie (et apparemment en France, mais avec un certain décalage) ne va pas se produire aussi en Belgique.

      Cet autre article paru dans La Libre donne des raisons qui pourraient expliquer le nombre de cas beaucoup plus faible annoncés en Belgique: https://www.lalibre.be/planete/sante/coronavirus-pourquoi-le-nombre-de-cas-detectes-en-belgique-ne-represente-pas-grand-chose-5e67ab369978e201d8b553ac

      On y lit que le virologue et épidémiologiste Marc Van Ranst estimait ce matin dans Het Laatste Nieuws que le nombre de personnes infectées dans notre pays est « probablement dix fois plus élevé » que les chiffres annoncés.

      Les raisons de l’écart entre l’Italie et la Belgique pourraient s’expliquer par un nombre beaucoup plus faible de tests en Belgique « pour éviter un engorgement dans les laboratoires chargés d’analyser les prélèvements » alors que plusieurs dizaines de milliers de tests ont été faits en Italie.

    2. Bonjour M. Gilbert, et merci de votre réponse,

      Je suis heureux que vous ne conseilliez pas de laisser l’épidémie se répandre en essayant seulement d’en écrêter le pic, la stratégie du gouvernement que j’avais compris que vous défendiez. Tout à fait d’accord pour « conserver l’œil rivé sur le niveau d’hospitalisation, et d’adapter les mesures d’isolement social (qui peuvent être fortes) avec un horizon de 2-3 semaine qui évite la saturation, et basée sur une hypothèse de croissante exponentielle avec un temps de doublement pessimiste ».

      Mais c’est justement parce que je souhaite une telle politique que je défends le passage rapide à une politique de confinement et de limitation des transports et des activités au seul strict nécessaire, comme en Italie aujourd’hui. Car la saturation des hôpitaux est effectivement ***au mieux*** à deux semaines dans l’avenir de la France – même si la situation est peut-être meilleure en Belgique, à moins qu’il ne s’agisse d’un artefact du à des tests plus rares.

      Voici un calcul en hypothèses optimiste / pessimiste

      1. Données communes
      – 6% des cas détectés ont besoin de soins intensifs, suivant retour d’expérience de Chine
      – La France compte 5 500 lits dans 400 services de réanimation. Ces lits sont signalés déjà en tension par rapport aux besoins
      – En cas de syndrome de détresse respiratoire aigu (SDRA) une personne reste généralement au moins trois semaines en réanimation

      2. Hypothèse pessimiste
      – Si on suppose que 10% des 5 500 lits en soins intensifs peuvent être attribués aux malades du coronavirus sans priver de soins d’autres malades qui en ont besoin, le nombre de cas actifs détectés (patient ni guéri ni décédé) en France en même temps ne devrait pas dépasser 5 500 * 10% / 6% soit environ 9 200
      – Le 10 mars au soir, les cas actifs en France étaient 1 739. Compte tenu d’une augmentation moyenne de +35% chaque jour la semaine passée, si l’augmentation se poursuit au même rythme il faudra 6 jours pour que la capacité en soins intensifs de la France soit dépassée par l’épidémie de Covid-19 et que des choix commencent à devenir nécessaires entre qui soigner et qui laisser sans soins adéquats
      ===> Soit le 16 mars

      3. Hypothèse optimiste
      – Si on suppose que 30% des 5 500 lits en soins intensifs peuvent être attribués aux malades du coronavirus sans priver de soins d’autres personnes, le nombre de cas actifs détectés (patient ni guéri ni décédé) en France en même temps ne devrait pas dépasser 5 500 * 30% / 6% soit 27 500
      – Si l’on suppose de plus que la progression de l’épidémie ralentit à +22% par jour comme en Italie cette dernière semaine, il faudra 14 jours avant qu’il devienne nécessaire de rationner les soins et de décider qui doit rester sans sera décalé
      ===> Soit le 24 mars

      On peut faire des calculs pour d’autres pourcentages de disponibilité des lits. Mais s’ils sont déjà « en tension », j’ai du mal à imaginer que le pourcentage puisse être bien au-delà de 30%, même « en poussant les murs », en rappelant tous les retraités récents et en sortant le matériel de réserve – s’il existe s’agissant de ce genre de service de haute technicité.

      Même en hypothèse optimiste, le critère de surveiller le taux d’hospitalisation prévisible à deux semaines est déjà vérifié. En hypothèse pessimiste, nous pourrions être à moins d’une semaine du genre de situation rencontrée en Lombardie – qui chez nous arriverait probablement d’abord dans le Grand Est notamment en Alsace.

      Bien cordialement,

      1. Mr Toulet,
        Je ne suis pas la situation française, mais si vos chiffres sont vérifiés, je suis plutôt d’accord avec votre constat.
        Du côté belge, je ne fais pas partie du comite d’expert qui conseille la ministre, mais j’ai défendu hier soir devant la ministre la position expliquée ci-dessus que vous avez reprise et j’oeuvre le plus possible à la conscientisation auprès du grand public.
        Bien cordialement,
        Marius Gilbert

  6. Se pose quand même la question de la fiscalité en temps ordinaire. Et donc de l’architecture des services publics.
    Avec le covid-19, la crise sanitaire s’accompagne de réponses dans les domaines de l’éducation, de l’économie ( activité des entreprise, transports, pénuries…) et de répliques ( crise de l’énergie, de la finance…)
    Avec le réchauffement climatique il est vraisemblable que les conséquences seront à la fois les mêmes et très différentes. Avec bugs informatiques, Cyber guerres, émigrations massives et j’en passe énormément.
    Alors que doivent préparer les États ? Quelle organisation, quelle planification faudrait-il envisager ?
    Autrefois, la France qui s’en allait assez régulièrement en guerre prévoyait des réserves. LA réserve. En matériel et en hommes. En rations et godasses ! Les femmes jouaient aussi un rôle éminent. Autrefois, la France disposait d’une industrie, d’un artisanat sur son sol. Les flux tendus n’existaient pas. Les prédateurs étaient-ils moins gourmands ou dissuadés. Ceux qui étaient tentés de détruire le vivant étaient-ils mieux circonscrits ou comprenaient-ils ce qu’était la nature et ses équilibres. Et l’agriculture nourrissait les soldats et les travailleurs. Chacun ou presque avait son potager.
    Que faudrait-il prévoir ? Une autre vie, c’est sûr.
    En ces temps difficiles, notre pays va devoir livrer des batailles nombreuses pour lesquelles nous ne sommes pas préparés.
    Mais peut-on équiper cent mille lits, un peu moins ou un peu plus ?
    Mêmes questions innombrables pour l’ensemble de la problématique matérielle.
    Et ne faut-il laisser posées que des interrogations matérielles.

    Qui doit payer, combien et sous quelle forme ?
    Comment chacun peut-il être amené à participer ?
    Bon, j’arrête parce que je sens bien que le risque est grand pour moi de lasser.

    1. @ arkao, j’ai noté ça aussi…
      Il y a un groupe de contagion (un « cluster » dans la langue des globishophones) à l’Assemblée nationale, y en aurait-il bientôt à l’Élysée et au gouvernement ? D’un point de vue historique cas de figure intéressant…
      Mais bon, comme vous le savez, tout ça n’est qu’une grosse grippe montée en épingle par l’Internet.
      D’ailleurs on sait que par exemple dans le monde 500 personnes ont été tuées par des hippopotames, sans oublier au Mexique ceux qui abusent de Corona …

  7. Au bout du compte, ce virus teste la résilience des systèmes d’urgence hospitalière, ce que les Chinois ont très bien compris en fabriquant des hôpitaux d’un côté et en introduisant des quarantaines de l’autre.
    À la fin de l’exercice on pourra faire un rating des nations en divisant la perte de PIB sur l’année en cours, par le nombre de décès dû au virus. Complètement débile, j’en conviens, mais tellement présent dans l’esprit du temps.

    1. Ah, et bien dans cette comparaison, mettons la vie russe du virus. La vodka a semblé assez efficace jusqu’ici, elle rend la vie si rose (du foie).

      1. Franck Riester & Nicole Belloubet suspectés d’être contaminés au Covid 19 ! Le gouvernement du déni violemment se déchire. Après avoir détruit depuis deux années l’essentiel de la philosophie solidaire, attendons-nous à entendre les hurlements angoissés d’une caste appelant désespérément à la sauver.

  8. Moi qui suis « à moitié italien » (par mon père), dois-je davantage m’inquiéter?https://www.lemonde.fr/planete/article/2020/03/10/toute-l-union-europeenne-est-desormais-touchee-par-le-coronavirus_6032427_3244.html
    Boutade (malvenue, je le reconnais) à part, parmi les mystères de « la chose »: pourquoi l’Afrique (1,3 milliards d’habitants aux dernières nouvelles, comparable à la Chine) paraît-elle quasi épargnée, à la -relative- exception de l’Algérie?

    1. le R0 des pays chauds et dense en UV (donc quelque part au sud du tropique nord en cette saison) semble proche de 1. Avec des cas isolés pour l’instant, ça pourrait être un cas limite, entre propagation « light » qui s’ajouterait sans immense bruit au tableau sanitaire global de l’Afrique (peu de vieux, donc ça passerait sous pas mal de radars) , ou dans les cas les plus positifs arrêt au premier « obstacle », jusqu’à l’arrivée du touriste suivant.

    2. Pour l’Afrique (mais aussi l’Amérique du Sud, l’Amérique Centrale, l’Australie, voire le Texas ou la Floride) l’explication optimiste est que ce virus n’aime pas la chaleur et l’explication pessimiste est qu’on y fait attention à ne pas provoquer de paniques en faisant le moins de tests possibles et en classant les décès dans la rubrique pneumonie (ce derniers cas pouvant d’ailleurs se produire en toute bonne foi.)

      1. Je suis arrivé en Argentine lundi.
        À la descente de l’avion, le personnel de bord distribue un questionnaire à remplir obligatoirement avant le passage à la migration (basique, demandant simplement d’où on vient, par quel pays a-t-on transité, si on a des symptomes etc.)
        Arrivé devant l’agent qui contrôle mon passeport, je lui tends le questionnaire : « non merci, il faut le donner après… » je récupère mon sac et sors de l’aéroport… le questionnaire est toujours dans une poche de mon sac. Aucun contrôle de température ou autre.

  9. Après mùre reflexion nocturne , un protocole épidémiologique me vient à l’esprit afin de limiter les mesures restrictives en liberté :
    1- demander aux retraités de se mettre en « auto-confinement » , car fortement capables de développeren cas de contamination des pathologies lourdes nécessitant hospitalisation et réanimation , cela éviterait qu’ils « encombrent » les services de soins. (notez que je suis un vieux médecin à la retarite de + de 70 ans)
    et cela aurait des conséquences modérées sur le plan socio-économiques ++++
    2- idem pour les populations à risques sur le plan médical ,mais plus difficile à évaluer….
    3- à l’opposé , peu d’intéret à fermer les écoles , les sujets jeunes sont peu contaminables , donc potentiellement peu contaminants.
    4-les populations intermédiaires pourraient donc bénéficier d’un maximum de disponibilité des services de soins et les restrictions seraient à apprécier foyers par foyers de contaminations.

    cordialement à Tous

    1. A113,

      Il me semble aussi que c’est une démarche très intéressante, que toute la population de plus de 65 ans soit confinée strictement chez elle. Afin de limiter les risques graves.

      Il sera plus simple pour le reste de la population d’organiser un ravitaillement correcte et une suivi de qualité, par la famille, et les services sociaux ou spécialisés en appliquant des gestes et des protocoles d’hygiènes connus pour ceux qui seront en contact avec eux. Ainsi, des masques et du gel, des désinfectant seront ciblés, au lieu de voir toute la population faire fondre des stocks nécessaires et vitaux pour les personnels soignants et les anciens…

      Ainsi le reste de l’économie tourne à peu près normalement. Et laisser les écoles ouvertes, si pas de foyer massif, afin de laisser les parents qui sont aussi des soignants parfois pouvoir faire leur boulot tranquillement.

      Car contrairement à ce que l’on lit sous la plume de certains très alarmistes ici, en Italie par exemple, les gens peuvent aller au travail, doivent aller au travail, sauf si ils sont malades bien entendu ou si ils ont une suspicion sérieuse de leur état. Après annuler tous les événements, fermer les cinémas, toutes les activités culturelles hors lieu de travail, et déclarer un « couvre feu » social après 18h pourquoi pas.

      Et bien expliquer que ne pas se serrer la main pendant un temps entre adultes, ce n’est pas perdre son humanité. Mais câlinez vos gosses ! Et si les circonstances se présentent dramatiques pour un enterrement, une souffrance, ben embrassez vous, étreignez vous, si vous êtes en forme et que les personnes ne sont pas fragile. C’est aussi ça la vie.

      1. D’accord sur le fond. Avec quand même des drames dans quelques millions de foyers où va cohabiter un enfant revenant avec « un p’tit rhume » coronesque et X vieux (ou parents de > 60 ans, ça existe). Ce serait à chacun de voir en conscience, mais ce n’est pas jojo de revenir à une logique individuelle de ce type là.
        Vous imaginez la suite, la réunion de famille 6 mois après avec les reproches de la belle famille au parent qui a décidé de laisser cohabiter le pitchoune contaminé à l’école et l’abuelo/abuela au foyer ou tout près.

        Mais il est vrai que contre un effet de panique, c’est une forme de responsabilité. A part la réquisition des hotels que j’envisageais (soit pour un parent touché qui veut s’isoler de son foyer, soit pour un vieux valide et peu médicalisé qui signe qu’il ne fera pas le con pendant 6 semaines et mangera ses plateaux repas avec des couverts en plastiques sans barguigner), je ne vois pas de réponse facile à cela.

    2. @a113
      Imaginons « assignés » à demeure un petit mois les retraités (et leurs cohabitants/conjoints bien entendu) + les personnes (et leurs cohabitants/conjoints bien entendu) clairement spécifiées « à risque élevé » par les médecins-traitants. Tout le reste , écoles comprises , fonctionne « normalement ».
      A condition que tout soit rigoureusement décrété et planifié pour que le service public de proximité (commune… autres) se charge (bien protégé) du suivi de toute nature , y compris le ravitaillement… il me semble qu’on éviterait ainsi le gonflement brutal et catastrophique du flux de « demandeurs de lit spécialisé » à l’hôpital … ce qui est le but recherché.. ((on ajoute en réserve disponible les réquisitions d’hôtels aux normes d’accueil acceptable comme l’avait suggéré bien plus tôt @timiota))
      Étonnant qu’on (que je) n’aie JAMAIS entendu quelle qu’évocation que ce soit de cette suggestion..!!??

      1. @ Otromeros
        Oui, ça fait sans doute trop « médecine de guerre », et pourtant un hosto n’a pas une infinité de chambres confinables, c’est pas très compliqué à voir pourtant…

      2. Et en plus ca contribuerait à « sauver » le secteur hôtelier qui est de toute façon vide! Tout serait pris en charge par la collectivité.

  10. Petit témoignage personnel sur la stratégie ***effective*** appliquée par les autorités en France.

    Je suis actuellement en quarantaine à domicile, car le père d’une jeune fille dans la même classe que mon fils dans un lycée parisien a subitement du être hospitalisé en état grave du fait du Covid-19 en fin de semaine dernière. Voici trois exemples de réaction.

    1) Mon employeur, une grande entreprise du secteur privé tertiaire

    Dès que j’ai signalé la situation ce week-end, expliquant précisément la chaîne potentielle – assez distante – de transmission entre le malade et moi, avec pas plus qu’un petit risque que je sois porteur du virus, ma hiérarchie a décidé que je passerais en télétravail pendant deux semaines. La situation a été expliquée dans mon milieu de travail, la décision de ne pas faire courir un risque à la communauté, même un risque objectivement limité, a été comprise par tous
    ===> J’ai reçu le soutien non seulement de mes collègues, mais aussi crucialement de la hiérarchie de l’entreprise

    2) Mon épouse, psychologue pour enfants dans le secteur public

    La même communication avec la même description du même risque a donné lieu à demande par la hiérarchie d’un avis médical – sur base de cette seule description. L’avis médical, rédigé dans des termes méprisants, revenait à dire qu’un petit risque était acceptable, y compris pour quelqu’un qui est appelé à recevoir d’assez nombreux enfants et parents. C’est un arrangement local avec l’aide de la seule hiérarchie immédiate qui a permis que mon épouse soit elle aussi en quarantaine
    ===> Elle a reçu le soutien de ses collègues et de son hiérarchique immédiat, mais pas de la hiérarchie « au-dessus »

    3) Mon fils, dans une classe d’un lycée parisien dont une élève présente un risque élevé d’être porteur sain

    Cette classe n’a ***PAS*** été mise en quarantaine, et les cours continuent cette semaine. Seule la fille du malade est en quarantaine, après avoir passé une dizaine de jours en classe alors que son père était déjà porteur en l’ignorant. C’est nous ses parents qui avons imposé au lycée notre décision de placer notre fils en quarantaine lui aussi et de travailler à la maison les cours que des camarades lui transmettent. Divers signes nous indiquent que ce n’est pas la hiérarchie du lycée qui a décidé de maintenir les cours pour cette classe, mais probablement plutôt l’Autorité Régionale de Santé. Ce ne sont pas les directeurs de lycée qui sont décisionnaires dans ce cas
    ===> Les professeurs ont exprimé à notre fils leur compréhension de notre décision. Mais aucune décision de quarantaine n’a été appliquée pour la classe dont une élève est probablement porteur sain – contrairement par exemple à la classe de CE2 de l’école Blomet à Paris 15ème, voir les médias hier. J’ajoute que certains des professeurs de cette classe sont plutôt âgés donc plus vulnérables. Sans parler des familles des enfants, et des gens qu’ils connaissent etc.

    Je soupçonne ***TRÈS*** fortement que la politique consistant à négliger tous les risques de transmission « petits » – voire pas si petits que ça voir la classe de lycée – ne peut aboutir qu’à laisser au virus presque toute latitude pour se développer. Se laver les mains et éviter tout contact physique dans la vie courante est fort bien, mais insuffisant à soi seul si on laisse de potentiels porteurs sains sans leur conseiller – voire sans leur permettre – la quarantaine.

    Cette politique n’est pas celle du secteur privé. Mais bien celle du gouvernement français.

    J’appelle cette politique une incompétence criminelle. Je m’attends à ce qu’elle se fracasse d’ici une à deux semaines sur la réalité d’une progression des contaminations – et des morts – qui du fait de cette politique restera exponentielle.

    Il y aura un moment dans l’avenir où Emmanuel Macron dira comme Paolo Conte lundi « Nous n’avons plus de temps. Tous à la maison ! » Probablement pas avant que l’erreur ne soit devenue si manifeste qu’elle sera impossible à nier plus longtemps.

    Le général américain Mac Arthur l’a dit « L’histoire de l’échec dans la guerre, ou dans toute autre entreprise humaine, peut se résumer en deux mots : Trop tard »

    1. Un modèle standard avec un R0 de 2 jusqu’à un point X de remplissage des services puis un R0 de 1 (on n’est pas au PCC ici) une fois qu’on passe au stade « quarantaine globale » +/- comme l’Italie, peut être utilisé … mais avec le bon X !
      Si, comme la fable du nénuphar sur la mare, on pense que X=50% est OK, on fait le pari qu’une fois le pays fermé, on n’augmente plus le nb de malade que d’un facteur 2, pour arriver à la limite X=10% (qui pose les pbs habituelles d’inégalité territoriale spatio-temporelle : trop à Mulhouse dans 10 jours, trop à Guéret-Creuse dans 28 jours). Le cas d’ l’Italie ou de Wuhan pointent des facteurs bien plus grands, je dirais de l’ordre de 5 au moins.
      Donc le gouvernement pourrais faire ce genre de pari risqué, en croyant qu’il utilise au mieux le curseur économie/X(t), le numérateur freinant et le dénominateur daignant s’arrêter à 100% au doigt mouillé.

      Si il y a un dieu pour Salomon (le prof) et Véran (le ministre), le point X=20% sera le jour du 2nd tour (22 mars) et le facteur ne sera que 5, on tangente X+100% comme prévu.

      Si les dieux sont absents, X=20% le 17 mars, et le dépassement fait passer à X=200% ou 400% avec les mêmes tragédies qu’en Italie : choix des survivants à l’entrée à l’hosto, tant pis pour les vieux et les malades, on ne mettra en réanimation respiratoire que les <60 ans en bonne santé respiratoire.

      Demander au système sanitaire d'endosser cette demi-boucherie qui ne dira pas son nom (ou rappellera les mortalités pré-antibiotiques pour se consoler, les tuberculoses, etc.) n'est pas bien reluisant.

      1. On avait bien compris timiota tkt. 😉

        En tout cas, voilà comment on se retrouve avec toute une tripoté d’élites à la gouverne de notre pays, qui n’hésitent plus un seul instant à jouer la vie des gens au dés appuyés d’ailleurs par des conseils bien trop intéressés à mon goût, et tout cela au profit bien dérisoire d’ailleurs, d’une économie d’ores et déjà à l’agonie…

        Alexis dit que c’est criminel ! Moi je maintiens qu’il s’agit bel et bien d’un crime contre l’Humanité, car les Dieux de Salomon et Veran seront forcément inscrits aux abonnés absents ; et même s’ils devaient être subitement présents, on ne joue jamais la vie des gens aux dés au regard de ce qui se passe notamment en Chine et en Italie…

        Merci en tout cas Alexis pour ce témoignage percutant ! Et surtout bon courage en quarantaine en famille donc ; solutions : lecture, écriture, musique, films, jeux de société, bonne cuisine, etc.

    2. Merci,
      je crois que tout est dit dans votre témoignage à cet instant t du développement de l’épidémie et de son traitement par les autorités de santé.
      A verser au dossier d’un futur procès si les choses tournent vraiment mal.

  11. Bonjour Docteur Marius Gilbert,
    J’ai entendu dire dans la population que les personnes atteintes de la grippe annuelle habituelle ne risquaient pas d’être atteintes par le covid-19. Je n’en ai aucune information mais aimerais en avoir confirmation.
    Avant de recevoir une réponse et ayant travaillé (laborantine) fin des années 80 et début 90 au labo de virologie entre autre à l’hôpital Erasme, je me disais ce matin que la province de Luxembourg ( où j’habite) était jusqu’à présent plutôt épargnée. Pourquoi tout compte fait ? Car sans doute (?) ,des familles de notre région aussi se sont rendues dans des zones rouges de pays déjà contaminées ( à vérifier !?) et puis comme partout dans le pays belge sont rentrées soit au travail (parents) ou à l’école ( leurs enfants) comme partout dans toute la Belgique.
    Alors, pourquoi moins de cas positifs jusqu’à présent en province de Luxembourg ?
    Avant l’arrivée du virus covid-19 en Belgique, il y avait et il y a encore ici une ( petite ou grande ? ) épidémie de varicelle.
    Ce virus de la varicelle pourrait-il avoir une influence sur le covid-19 ?
    Retarder ou ralentir la percée du covid-19 ?
    Ou mieux encore ( sans pour autant se faire une illusion ) diminuer son intrusion ou dominer la percée du covid-19 ??
    À réfléchir peut-être …si le temps vous le permet.

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