De si belles promesses…, par Prof

Ouvert aux commentaires.

De si belles promesses…

Et de une …

Vous avez dû tous entendre, comme moi, Monsieur Macron dire, lors de son allocution télévisée de jeudi dernier, quelque chose comme « un service de garde sera mis en place région par région pour que les personnels indispensables à la gestion de la crise sanitaire puissent faire garder leurs enfants et continuer d’aller au travail. »

Conséquence de la fermeture des écoles, collèges, lycées, et universités de France, il y avait effectivement incompatibilité à demander à des personnes d’aller travailler à lutter contre le Covid-19 d’une part, et à garder ses enfants à la maison d’autre part. Chacun, en entendant cette phrase, a dû imaginer des solutions, qui de s’appuyer sur les systèmes de garde périscolaires proche des hôpitaux – lorsque l’hôpital ne possède pas son propre système de garde d’enfants – , qui de s’appuyer sur les périscolaires de chaque ville, ou d’une partie des villes. Après tout, ce sont des spécialistes, ils savent gérer les enfants de 7h00 du matin à 19h00 le soir, les occuper, les nourrir le midi,… le seul problème étant, qu’avec cette solution, ces enfants auraient difficilement accès à la « classe à la maison », autre promesse vertueuse, dont nous parlerons un peu plus bas.

« La santé n’a pas de prix. Le gouvernement mobilisera tous les moyens financiers nécessaires […] pour sauver des vies, quoi qu’il en coûte ». « Il est des biens et services qui doivent être placés en dehors des lois du marché ». Vous avez tous en tête ces phrases prononcées par le président.

Naïvement, je me suis dit.e : « tiens, le gouvernement va financer lesdites garderies pour qu’elles puissent assurer la garde des enfants des personnels hospitaliers ». Ce ne sera même pas un « pognon de dingue », juste quelques centaines de milliers d’euros. Bien loin donc du « quoi qu’il en coûte ».

Mais non, le gouvernement a trouvé mieux, aucun frais supplémentaire, des personnes sans doute à ses yeux corvéables à merci, à qui on a déjà demandé beaucoup : les fonctionnaires, et plus particulièrement les professeurs ! On ne les a, entre autre, quasiment pas augmenté depuis 10 ans (gel du point d’indice), on leur promet une belle baisse de leur pension de retraite, on leur propose maintenant de faire « garde d’enfants ». Dans un document filigrané « projet », envoyé à tous les chefs d’établissement et directeurs d’école vendredi soir, appelé « Lignes directrices pour la garde des enfants des personnels indispensables à la gestion de la crise sanitaire », il est indiqué :

«  Le ministère de l’Éducation nationale accueillera les enfants des professionnels qui n’ont pas d’autre solution de garde scolarisés à l’école maternelle, primaire et au collège dans les lieux de scolarisation habituels. Ces modalités pourront être adaptées par la suite par les recteurs, en lien avec les ARS, de manière à favoriser la cohérence pédagogique des groupes d’élèves (qui ne devront pas dépasser 8 à 10 élèves par classe). Cet accueil s’organisera dès lundi 16 mars matin. »

Étant enseignant.e, bien évidemment que l’on s’arrangera entre collègues pour ne pas laisser un enfant sur le carreau.

Les critiques négatives en public envers mon administration étant interdites, il est évident que je vous affirme que c’est une très bonne décision ! Les enfants des enseignants vont pouvoir avoir la joie de partager des moments (et des virus) avec d’autres élèves qu’ils ne connaissent pas, plutôt que de suivre la « classe virtuelle » comme les autres.

Les enseignants vont pouvoir montrer combien ils sont multitâches : ils vont pouvoir « en même temps »

  • faire classe aux élèves des personnels indispensables à la crise sanitaire,
  • faire classe avec les autres élèves restés chez eux via la « classe à la maison »,
  • faire leur métier de parent en aidant leur.s propre.s enfant.s qui se connecte-ra/-ront on ne sait comment sur sa « classe à la maison qui est l’école » à lui/eux,
  • et aller faire du porte à porte chez Rémi, Dylan ou Fatima pour transmettre les cours à ceux qui n’ont pas, ou n’arrive pas, à avoir accès à internet. Voire, les dépanner. Après tout, on est tous des ingénieurs réseaux… Et sans masque bien sûr, on n’est pas au carnaval ! Et puis si Dylan est en train de regarder son dessin animé préféré sur Disney Channel, de patienter un peu quand même ! Non ?

Et de deux…

Car oui, cerise sur le gâteau (trop fade sinon), les enseignants ont également reçu, vendredi matin, un autre document  du rectorat qui indique : « Dans les établissements où le débit est faible, et dans tous les cas où les familles rencontrent des difficultés de connexion ou d’équipement, tous les moyens seront mis en œuvre par vos soins pour maintenir le lien pédagogique et éducatif. »

Voici là une deuxième promesse, si facile à dire : « aucun enfant ne sera oublié ».

Et de trois…

Grâce à « ma classe à la maison » du CNED, dont le serveur sera capable de tenir 15 millions de connexions avec vidéo en simultanée (aux crédules, je signalerai que le ministère l’a affirmé, c’est donc vrai), les enseignants, qui ont été averti de cet outil mercredi dernier, sont prêts ! Ils ont tous un équipement au top avec casque et micro, connexion internet chez eux, à l’école primaire ou au collège bien sûr ! Ils n’ont pas besoin de formation, car ils sont les meilleurs du monde. Quant aux supports, il y a en a tellement sur Internet, au CNED, sur Eduscol, … un bonheur !

La France est prête, puisqu’on vous le dit !

Arrivé là, l’auteur.e de ce billet a besoin de se détendre un peu… et va vider son sac !

Le comment de l’application de toutes ces promesses ministérielles n’est pas expliqué, mais après tout, les enseignants insistent tellement sur la liberté pédagogique, pour une fois qu’on leur en donne, ils ne vont quand même pas se plaindre ! Un porte à porte pour un prof de collège, quand les collèges de campagne reçoivent des élèves habitants à 20 km à la ronde, où est le problème ?

En tout cas, nous avons le plaisir de voir que notre pays est prêt.

  • La preuve, le premier document est filigrané « projet », ça veut bien dire qu’il y en avait un, de projet !
  • La cantine étant fermée, les enseignants se feront aussi un plaisir de préparer un bon petit repas aux élèves, avec toutes les règles d’hygiène et plus encore en période de pandémie. Le premier document ne le précise pas, mais un mail à envoyer dimanche soir est déjà rédigé, juste pour le leur dire, mais les enseignants l’avaient bien compris ! Car la France est prête !
  • Les infirmiers sortant de l’hôpital tard le soir, où y allant tôt le matin, voire y allant également la nuit, le mercredi et le week-end, les enseignants, dans leur grande intelligence, auront compris qu’il fallait organiser un service 24h/24 et 7j/7. Solidarité, a dit le président ! Pas besoin de le préciser dans le document, car la France est prête !

Nous avions déjà eu des preuves depuis longtemps :

  • Des affichettes « antivirus » aux frontières (les filtrer ne servant à rien parait-il), car la France est prête.
  • Des masques FFP2 à gogo, mais comme nous avons le meilleur personnel soignant au monde, nos soignants n’en ont pas besoin. Comme la France, ils sont prêts !
  • Pleins de tests, mais comme les français sont des gens raisonnables, ils ne réclament pas d’être testés. Comme la France, ils sont prêts !
    (Voir la première vidéo avec Karine Lacombe dans : https://www.francetvinfo.fr/sante/maladie/coronavirus/coronavirus-le-ministre-jean-michel-blanquer-et-l-infectiologue-karine-lacombe-ont-repondu-a-vos-questions-sur-l-epidemie-et-les-ecoles_3865297.html)
  • Des hôpitaux avec des moyens matériels, humains, largement suffisants. Car la France est prête !

Soyons solidaires !

Vive la solidarité ! Car c’est important la solidarité ! L’État peut tout faire, bien sûr, car la France est prête ! Mais il n’y a rien de mieux que laisser à chacun le plaisir de montrer combien il prend plaisir à la solidarité. Surtout quand on est en bas de l’échelle.

Oups ! Non, je suis sûrement une méchante langue, je suis sûr.e que Monsieur Macron va rétablir immédiatement l’ISF, pour que nos riches puissent avoir le bonheur, eux aussi, d’être solidaires à leur façon.

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30 réflexions sur « De si belles promesses…, par Prof »

  1. Faudrait savoir, paraît que l’organisation du confinement selon les grands commentateurs avisés du blog e PJ c’est très simple à mettre en place. J’ai loupé un épisode des yaka fokon ?

    Parce que sérieusement sans minimiser un instant l’importance de votre témoignage Prof, franchement, niveau opérationnel question survie, vous êtes selon moi au même étage que les restaurants ou les discothèques en mode urgence. Sans vous manquer de respect hein, je suis encore civilisé.

    Vous crachez dans la soupe, je l’ai lu ici même du boss.

  2. @Prof
    Effectivement les établissements scolaires restent ouverts pour accueillir les enfants du personnel soignant (qui ne sont pas mieux payés et sont tout autant épuisés que vous) et les enseignants en quelque sorte « réquisitionnés ».
    Vous voyez une autre solution ?
    Après, il ne faut écouter les délires de Blanquer. La réalité c’est que les enfants vont rester un à deux mois sans enseignement et ce n’est pas pour autant que cela va créer une génération de crétins analphabètes.
    Et désolé de vous le dire, mais quand on s’engage dans la Fonction Publique, on accepte d’être en première ligne en cas de gros pépin. Sinon faut aller vendre des pommes sur le marché.

  3. Je comprends PROF évidemment.
    On parle de 2-3% des élèves, j’imagine, c’est l’autre aspect de la question.
    (Suivant situation conjoint).

    Pour un accueil collège, ça fait une classe ou une demi-classe par niveau
    Pour un accueil d’une école primaire, là aussi 30 au lieu de 400.

    Je n’ai pas de solution toute prête mais on est dans le même ordre de grandeur que la réquisition des hôtels pour abriter 1% de la population qui sera malade et ne voudra pas contaminer ses vieux, comme je ‘lai évoqué 3 ou 4 fois sur le blog.

  4. Salut mon CloClo,

    Tiens, tu tombes bien là…

    Ce soir à 18h, j’ai exercé mon droit de retrait au boulot. Tu sais le truc niveau pas urgent que tu suggères, genre les restos. Pas trop tôt, deux heures plus tard c’était bâché de toute façon.

    Ceci dit, à toi qui fait le malin, je t’expose la situation et puis tu viens me remplacer quand tu veux !

    Mon resto, il est situé dans la rue derrière tous les hôtels du front de mer d’une grosse station balnéaire doublée d’un bon gros spot touristique. J’ai pas les chiffres, c’est sûrement pas le Mont St Michel mais on doit pas être très loin non plus tout cumulé dans la saison.

    Les hôtels, y’en a douze mille, dont un énorme machin pour curistes, je te situe pas la tranche d’âge, y’a p’t’être des satyres mais j’ vois pas les nymphettes. Depuis une semaine, le resto c’est 70 à 80% de têtes blanches et ponctuellement, une famille ou deux en même temps, particulièrement le week end, mouflets, parents, grands-parents… la smala au grand complet avec deux ou trois bombes à retardement, de la poussette – j’en profite ici pour dénoncer la taille démesurée des charriots à bébés, 4×4, avec toit ouvrant et V8 minimum vu la taille du bordel, c’est comme les SUV ça, alors qu’on devrait tous rouler dans des bagnoles de 200kg qui consomment 1.5l au 100 on trimballe des monstres de 4 tonnes assoiffés comme vigneron ! – de la poussette, donc, au lycée, des nuées de porteurs sains… Saleté de mouflets.

    C’est pas la foule, mais 20 couverts par service, c’est standard. Boissons, plats, desserts, cafés. A chaque fois, tu mets les mains dans leur bave, sur les verres, les couverts, les assiettes, tu passes les cartes qui vont de mains en mains et crois moi, vu ce qu’on consomme comme savon, les Français et particulièrement certaines générations ont pas tout-à-fait assimilé le concept, ce, quelles que soient les circonstances. C’est à gerber quand tu commences à y réfléchir. Et ça vire vite à la phobie, crois-moi.

    Depuis quelques jours, je demande, un brin énervé, d’où viennent les gens. De partout ! Paris, beaucoup, la Normandie, le Sud, reliquat des dernières vacances, et de l’Est aussi. De partout. Des Britts, des Belges pas mal.

    Dans confinement, c’est quoi qu’ils comprennent pas ?! Finement ?!

    Donc tu passes ton temps à tripoter des trucs sur lesquels des gens à risque ont consciencieusement bavé pendant des plombes. Des gants ? Mouarf. C’est pas le standing non plus. Du gel hydroalcoolique ? On l’a reçu y’a deux jours. J’ai déjà les mains défoncées. Et tu le fais entre chaque action ? Sans te toucher le visage ? Sans te passer la main dans les cheveux, sur les fringues, sans toucher les poignées de portes, les interrupteurs, sans toussoter toi-même ? C’est im-pos-sible.

    Il faudrait donc que moi, population à risque, je prenne des risques pour que des inconscients à qui on a demandé de rester chez eux et qui, eux, ont le choix, viennent me refiler leurs miasmes tout ça parce qu’un pimpin planqué derrière une armée de médecins estime que nous sommes « deplorable », « expendable » ?!

    J’en ai marre qu’on me demande d’être aussi bête que la moyenne ! C’est le triste avantage de se donner le mal de lire ce blog, t’es pas plus finaud que les autres mais t’es grave mieux informé. T’as toujours 8 jours d’avance minimum et avec une fiabilité que n’atteignent pas la plupart des grands médias !!!

    Alors mon CloClo, tes grandes idées, t’es gentil, tu les remballes, ou sinon, tu viens gérer tous les débilos qui comprennent pas ce que limiter les déplacements et éviter les rassemblements en lieux clos veut dire.

    Je te remercie d’avance, te souhaite une bonne soirée, tu peux garder les pourliches…

    1. Ca va mieux 2 casa ? T’as bien fait d’utiliser ton droit de retrait, j’aurai fait pareil à ta place.

      Qui a dit que c’était idiot de fermer les restaurants et les cafés ? T’as compris ça de mon truc là haut ? Bah pas du tout, on dirait. Bonne précaution, comme les bons gestes, on doit pouvoir aller plus loin.

      Je faisais juste relever, un peu polémiquement, que le texte de Prof, prouvait que rien n’est véritablement organisé, et que la gestion de 4 à 8 semaines de confinement de la population n’a pas dû être bien plus pensé, je pense même qu’elle n’a pas été envisagée tout simplement. On va donc voir ce qui va se passer.

      Bon en même temps, si tu me dis que c’étaient surtout des têtes blanches en terrasse et en salle, y aura pas besoin de les gérer trop longtemps les débilos. Et faut toujours garder ses grandes idées, c’est à sa qu’on sait qui l’on est soi- même à la fin des fins.

      T’acceptes le sans contact ? 😛

  5. Bonjour,

    Dans ma famille, plusieurs personnes font partie du personnel essentiel mobilisable.

    Nous nous organisons comme il se doit et comme nous pouvons.

    Et la solution est assez simple : auto-confinement pour toutes les professions non-essentielles et garde des enfants. Et chacun(e) au niveau national y arrive forcé(e) ; nous n’avons guère le choix désormais au regarde de la rapidité de la pandémie et du nombre de porteurs potentiels d’ores et déjà présents au sein de la population à la date du 15 mars 2020 ; de l’ordre de 2 millions… le mal est fait.

    Le fait de passer en phase 3 et d’ordonner (certes tardivement) la fermeture jusqu’à nouvel ordre des restaurants, des cafés, des cinémas et des discothèques, montre bien à quel point les choses sont nécessairement en train de se durcir dans la bonne direction ; Emmanuel Macron l’avait laissé entendre : les ministres vous diront la marche à suivre. C’est bien la méthode graduelle qui a été retenue par l’Etat… le mal est fait.

    Ensuite, que pouvons-nous faire de plus chacun(e) à son niveau, notamment concernant les municipales ?

    Réponse systémiquement simple bien évidemment (un choc pour un choc) :

    #restecheztoi et réfléchis à la civilisation 2.0…

    https://www.huffingtonpost.fr/entry/restecheztoi-face-au-coronavirus-les-hopitaux-lancent-un-nouveau-challenge_fr_5e6cf15cc5b6dda30fca00a0

  6. Petite remarque trollesque:

    On aurait pu espérer qu’un shutdown de tous les centres d’éducation scolaire durant une période de plusieurs semaines permette enfin aux élèves de respirer et de sortir la tête de la propagande libérale-mondialiste dont on les gave à longueur de temps…

    Eh bé non! Pas de répit pour leur cerveau!

    Conseil de lecture à tous: le Décaméron de Boccace, l’Heptaméron de Marguerite de Navarre, le début de la Guerre du Péloponnèse de Thucydide, la fin du De NAtura de Lucrèce… Et un certain roman de CAmus dont j’ai oublié le titre…

    Beau programme de lecture, il me semble, … En temps normal, on ne propose jamais à personne d’aller voir de ce côté là… Alors profitons-en tous!

    1. Ah, Lucrèce, un petit clinamen et nous voilà disruptés tous ensemble grandeur nature. N’a pas tort.
      De natura virum disruptium.

      1. Mors ultima ratio.
        La mort n’est rien, c’est bien se donner de la peine d’en avoir peur. Il n’y a pas d’Enfers, pas de châtiments divins…
        Par contre, la perspective de mourir, je ne dis pas!

      2. Merci pour cette profession de foi, que personne ne vous avait demandé …

        Qu’il n’y ait pas de châtiment divin, c’est une chose, qu’un théologien catholique vous concèderait volontiers.

        Qu’il n’y ait pas d’enfer, ou rien du tout après la mort, vous n’en savez strictement rien.

        De la même façon que personne ne vous a demandé votre avis pour venir en ce monde, personne ne vous demandera votre avis pour aller dans un autre, s’il y en a un.

        En attendant, il y a quelques milliers d’évènements appelés « miracles » qui attendent une explication rationnelle qui n’impliquerait pas 1. de jeter tout ce que nous connaissons de la physique théorique ou de la biologie à la poubelle ou 2. de reconnaître qu’une partie de ce que nous sommes n’est pas vraiment ou pas seulement (?) « de ce monde » (appelons là « âme »).

        Bonne journée à vous , et que le Seigneur vous garde. 🙂

        Empiriste radical : l’Expérience, rien que l’Expérience, mais Toute expérience, y compris celle qui a le heurt de ne pas se plier au lit de Procuste du protocole expérimental.

    2. Sans oublier, évidemment, «J’irai cracher sur vos tombes» (et non «dans vos soupes»), indispensable par les temps qui courent.

  7. Rien de simple…mais c’est sûr que si ça ne faisait pas 30 ans que l’on insultaient (+ gel du point d’indice, etc.) les fonctionnaires…ce serait plus facile. D’ailleurs, ils vont se montrer solidaires…l’inverse reste à prouver…comme on dit aujourd’hui.

  8. Une France désorganisée ? Celle entre 1940 et 1945. Nous en connaissons la formidable capacité d’adaptation de l’espèce humaine ainsi que les terribles dérives des voyous et des margoulins. Nous disposons de moyens inconnus à l’époque, de l’imagination et de la connaissance des gens du peuple et des analyses nombreuses des intellectuels dans tous les domaines de la réflexion. Avons-nous d’autres choix que de nous accorder la confiance ?
    Oui, les enfants continueront d’apprendre et iront très vite pour rattraper ce que certains fâcheux  » pédagogistes  » seront tentés de nommer du retard. Retard ? Mais par rapport à quelle position préconçue ?
    Oui, il sera nécessaire de rationner l’accès à l’alimentation pour assurer notre sécurité.
    Oui, nous allons devoir réinventer la démocratie et stopper la folle machine qui s’est emballée depuis… la dernière grande guerre.

     » On arrête tout, on réfléchit et c’est pas triste … »

  9. Plusieurs voix s’élèvent pour dire : nous allons devoir nous débrouiller entre nous plutôt qu’attendre le salut de l’extérieur. C’est l’expérience des gens en risque de Sida : nous devons prendre notre intérêt en main, eux prennent des décisions contre nous. C’est aussi ce que dit à sa manière François Ruffin depuis sa cuisine dans une dernière vidéo. Et par exemple, il était évident que bien des enfants allaient quand même être surveillés par les grands parents : c’est la première des solidarités connues…
    @ Arkao : et tant pour les marchands de pommes que pour les fonctionnaires ; l’altruisme n’est pas lié à un statut de travail !

  10. Je pense qu’ils ont un peu près raison de d’abord compter sur la responsabilité de tous, c’est ptêtre le mieux qu’on puisse faire avec les moyens du bord.

    1. Fascinant.

      Sur le forum, peut-être qu’une personne à la réponse :

      – Si ce sont des clans, pourquoi parler de guerre civile, et non pas de guerre tout court?

      – Comment se distinguent objectivement et reconnaissent entre-eux 2 clans de singes l’un de l’autre : y a t-il un marqueur « culturel »/ »sémiotique »/génétique ?

  11. Et si nous songions aussi à écouter un instant l’avis du professeur Guy McPherson ?

    Il y a aussi dans cette vidéo datant du 11 mars des conseils inédits vraisemblablement importants…

  12. Tiens, les nouvelles du dernier front : hier soir 35 couverts et mes collègues en ont refusé plus d’une dizaine. Qu’est-ce que tu veux que je te dise mon CloClo ? La bêtise érigée en système et son R0 = plus l’infini ! Je te laisse faire le calcul du nombre de contacts via les cartes, les couverts, les verres, les toilettes…

    Dernière remarque, j’écoute la radio depuis ce matin et l’UMIH on les entend pigner, comme d’hab’, les détenteurs de la convention collective la plus pourrie qui soit, mais pas un mot du personnel, comme d’hab’. « J’veux pas perdre ma came, mes résas, gnagnagna (parodiant Finkelkraut en un sanglot) », le personnel on s’en cogne, ils sont tellement nombreux ces caves.

    T’es plein de bon sens mon CloClo mais parfois faut quitter ton clavier et assumer tes grands principes.

    1. Puisque tu m’y incites amicalement, de grands principes, selon moi, le plus important a toujours été, sera toujours savoir rester dans sa chambre. Et Pascal ne disait pas autre chose, en disant que tout le malheur de l’homme était de pas savoir juste rester dans celle-ci.

      On peut y penser, rêver, dormir, lire, faire l’amour. C’est l’invention la plus importante de l’Humanité de toute son histoire, une chambre à coucher, un rêve dont chaque êtres vivants doué de conscience dans la longue histoire évolutive de notre espèce a caresser dans sa vie . Mais je ne sais pas pourquoi, ça ne fonctionne pas ! Faut toujours qu’on en sorte.

      Tu sais donc maintenant que je suis un adepte du confinement radical depuis longtemps.

      Le clavier va rendre le confinement plus tolérable, t’es pas un peu dingue de m’inviter à sortir non ? 😛

      1. J’avoue que j’ai un peu de mal à suivre l’évolution de ta position entre le début des commentaires et maintenant. Elle s’est assouplie, tant mieux. Je ne me prétends compétent en aucune manière mais à la lecture de ce qui se dit ici, il est quand même possible de se faire une opinion raisonnablement éclairée même pour un novice.

        Deuxième remarque sur la flambée de points d’exclamation ; combien des commentateurs ici sont – étaient, à tout le moins – obligés, à leur corps défendant et contre les analyses développées sur le blog, de se trouver confrontés à la « bêtise systémique » du moment ? Atteints ou menacés directement sans possibilité d’esquiver on comprend facilement la montée en tension de certains, dont je suis. Aussi je te prie, toi, ainsi que tous les autres de bien vouloir m’en excuser.

        Je sais pas qui tu es, ni ce que tu fais, mon cher CloClo mais ce qui transparaît de tes écrits m’incite à penser que t’es quelqu’un de bien. Juste pour dire… au cas où. 😉

        Dernière remarque : j’entends à l’instant que les hôtels restent ouverts. J’invite donc tous les crevards de l’UMIH à aller tenir la réception, faire les chambres et servir les petits-déj’.

        Ah et aussi, me remonte que le personnel vacataire de l’EN a reçu des menaces de « ne pas être payé s’il ne venait pas lundi assurer la permanence ». Il s’agit d’un témoignage unique, s’il y a d’autres échos ?

        Viendra un moment où il faudra rendre des comptes.

  13. @ 2 Casa
    Je suis aussi curieux de voir si les chantiers BTP, tenu aux c.. par les pénalités de retard, vont s’arrêter.
    (Les contrats prévoient quand même « force majeure », mais qui le déclare ? cf. les « évènements de crédits » pour les CDS et autres)

    Fi de la promiscuité du vestiaire dans l’Algéco, tout se passe au plein air ou dans la cabine en solo du grutier ou du conducteur de camion toupie, alors pas de problème, vont-ils dire.
    Et puis c’est majorité de jeunes blacks et beurs au vestiaire, ça vont pas le dire, n’y aura que le grutier et les deux chefs de chantiers et contremaitres qui seront « à risque » mais pas en vestiaire par n’importe quelle astuce.

    Enfin, si j’ai bien lu dans Benoit Coquard « Ceux qui restent » comment ça se passe dans les bourgades rurales du Grand Est (où ce sociologue a vu pendant 10 ans ce qui est en gros un prémisse des gilets jaunes : des gens qui s’auto-organisent pour acquérir de la dignité et de la confiance « homme-à-homme » pour se faire tuyauter sur le peu de jobs qui restent en local), on s’invite fréquemment chez l’un ou l’autre pour l’apéro, vu qu’il n’y a plus de bar du coin (ou un seul mais trop fréquenté par les « cassos »(=cas sociaux) du coin). Et là ça ne va pas fermer, c’est devenu une raison d’être. On leur souhaite de trouver une forme de compréhension de la situation, au moins pour leurs vieux.

    1. Bonjour Timiota,

      Retex : le chantier de la maison mitoyenne à la mienne (13 mois de travaux non-stop, à rendre barjot quelqu’un qui bosse en horaires décallés !) est ouvert aujourd’hui. Pas de blacks, pas de beurs, mais des bons gros artisans bien de chez nous dont la correction n’a d’égale que la discrétion… pas sûr que ce soit une grosse perte si je veux faire preuve d’un peu de cynisme.

      Un copain électricien intervient aujourd’hui sur le chantier d’un gros hôtel du coin… qu’est-ce que tu veux que je te dise ? Je lui ai conseillé d’exercer son droit de retrait !

      La clientèle de mon précédent job – toute une bande de vieux poivrots à l’alcoolisme social très bien toléré, lui – dont la moyenne d’âge à la louche n’excède pas 75 ans ( 😉 ) – continuait jusqu’à samedi, jour de marché drainant des forains de tout le département et une foule dense et compacte, à s’agglutiner par grappes de douze pour se baver sur la tronche, se cracher dessus et accessoirement s’arsouiller copieusement… pas sûr que ce soit une grosse perte là non plus, surtout compte-tenu de leurs options politiques. Peut-être que le rafraîchissement de la démographie électorale est le changement que l’on espère… En tout cas, ils ont fait ce qu’il fallait !

      Tant que les gens ne sont pas OBLIGéS d’y aller… Et là, on se trouve confronté à tout ce que je tente de démonter depuis quelques jours et particulièrement depuis hier – j’ai passé ma journée en contact avec tous mes potes, par tel, par mail – pour démonter les DRAMATIQUES ERREURS de communication en circulation pour le moment :

      1/ non, ce n’est pas une grosse grippe,
      2/ non, ça ne touche pas que les vieux,
      3/ non, le confinement c’est pas des vacances, les mouflets vont pas voir leurs potes sinon ça ne sert à rien,
      etc

      Le poids de ces FAUTES est tel que j’en viens à interroger la part de responsabilité de chacun. J’ai l’impression que les gens entendent ce qu’ils veulent entendre. Que la nouvelle est si inouïe, impliquant une telle reconfiguration mentale, un tel changement des habitudes inconnu de nos générations que ça court-circuite là-haut !

      Merci le blog en tout cas pour le travail exceptionnel fourni dans tant de domaines et l’avance prise en chaque occasion. C’est pas Delphes mais bon…

      1. Deux moments « de grâce » hier :

        Deux grands ados (17 ans) qui prennent subitement conscience de la situation alors que le beurre vient à manquer et nécessite de s’organiser pour aller en acheter. L’expression dans leur regard, incrédulité mêlée de surprise, et en même temps, les petits rouages qui s’engrènent là-haut trahissant le début de compréhension « charnelle » de la situation, c’était magnifique !

        La fermeture annoncée en Hollande de tous les commerces alors que j’expliquais à mon pote résidant là-bas qu’ils n’avaient que 24 à 48h de retard sur nous… Trop bonnard ! Je crois que le message est passé. 😉

      2. Merci, @2Casa, très précieux Retex des régions (les chantiers IdF-coeur c’est moins « local » comme entrepreneurs).

        c’est vrai que je comprends un peu mieux parce que :
        – J’étais à Wuhan genre 15-16 novembre dernier (quasi jour J0 du Patient00 d’après les conclusions actuelles). Pas de mal à se représenter le choc de l’imposer déserte, même si on m’a évité les quartiers les plus grouillants.
        – J’étais en Italiedu 16 au 20 février (Ski limite Trentin-Lombardie, pas super bilan C, …) et c’est dans le train du retour à peine parti de Milan que j’apprends que ça vient de redémarrer à Codogno mais que la traçabilité est déjà problématique…
        – J’ai parmi mes sujets d’études les « marches aléatoires browniennes multiplicatives » (celles derrières mes billets sur les modèles « Piketty/Gattaz »), où l’on jongle avec des facteurs multiplicatifs « pas stabilisés ». Et dès que je suis allé voir la courbe des cas du SRAS de 2003, j’ai retrouvé ce genre de chose : des flambées qui sont contenues ici ou là en un certain temps, qui repartent ailleurs. Les asiatiques ont « profité » de cette expérience antérieure du SRAS d’une certaine façon, alors que nous n’avons eu ici que la H1N1 qui nous a donné l’impression opposée (bah, c’est rien ces virus, quoi, sauf pour les labos qui s’empiffrent avec nos zimpots).

        Bref, je n’ai pas moi non plus gueulé assez face à l’inconscience de la semaine écoulée, mais je me suis impliqué sur le blog ces jours-ci, quelque part c’est le moment du maximum d’efficacité absolue, puisque c’est l »effet ciseau » : c’est pendant la fermeture que les derniers +10% ou +20% déterminent le chiffre final, sans doute avec un facteur 2 (Calculs du type \int{R0(t)^n dt} avec un R0(t) chutant mollement, genre 1/(max(t-10jours),3) ),

        Bon mais j’ai pas le tableau et ça ne changera pas grand chose, ça va se jouer chez les gens ordinaires pour qui il faut penser l’impact en termes sociaux et acceptabilité, pas avec une formule évidemment?

      3. Il faut préciser que les deux ados sont bretons alors les priver de beurre, ça laisse des traces !

        A l’autre bout du spectre, petite leçon de civisme, mon pote steward dans une grande compagnie aérienne française, décolle demain pour Montréal. Je lui ai demandé d’exercer son droit de retrait et il m’a simplement répondu « qu’il fallait bien rapatrier les gens ». Et bim dans ma tronche.

        Etrange sensation de rentrer dans l’histoire d’une certaine façon, nos comportements devront être à la hauteur.

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