La fabrication de respirateurs artificiels, par Alexis Toulet

Voici un entretien intéressant avec Andreas Wieland, le directeur général de Hamilton Bonaduz SA, fabricant suisse de respirateurs artificiels et leader mondial de son secteur.

J’en tire quelques enseignements ou étonnements :

– Sans surprise, la demande adressée à Hamilton Bonaduz est écrasante. En un mois, on leur a commandé leur production d’un an

– Même avec une augmentation de « +50% » de leur production (« nous travaillons jour et nuit, également le samedi et le dimanche ») ils ne produiront à bien lire l’article qu’au plus 3 600 respirateurs par an, soit 300 par mois. Rappelons qu’il y a 5 500 lits de soins intensifs rien qu’en France, et qu’à considérer l’augmentation des cas on peut s’attendre à ce que les unités de soins intensifs soient débordées d’ici quelques jours au plus tard, même si l’armée réussit à répartir les malades sur tout le territoire. Autrement dit, l’augmentation du nombre de lits de soins intensifs ne peut nous sauver, elle sera fort utile, mais comme un verre d’eau versé sur un brasier. Redisons encore une fois que Hamilton est le leader mondial du secteur, et même en faisant tous les efforts ils ne peuvent produire plus de 300 respirateurs par mois !

– Comme Wieland le souligne, les concurrents de Hamilton Bonaduz cessent d’exporter, les Italiens bien sûr, mais aussi les Allemands
« Un de nos concurrents, l’entreprise allemande Draeger, n’exporte plus aucun appareil et n’alimente plus que le marché intérieur. Nous ne faisons pas ça ».
Autrement dit, ceux qui pensent encore le plus aux autres à ce stade sont des Suisses… qui ne font pas partie de l’Union européenne ! Autant dire qu’entre la solidarité en paroles ou en textes de régulation, et la solidarité réelle, il peut y avoir un monde…

– Dans ce genre de crise, le monde repose – encore davantage que d’habitude – sur ce que des gens pas nécessairement en position de grand pouvoir peuvent faire en matière de décisions humaines, ou simplement raisonnables. Bref sur ce que les Anglo-Saxons appellent la « common decency », une idée et une pratique généralisée de ce qu’il est bien de faire, pas nécessairement quoi que ce soit de spectaculaire, juste correct et humain pourvu que ce soit répandu – et que ça tienne en temps de crise bien sûr
« Mais qui peut encore obtenir vos appareils et à qui devez-vous dire non? »
« Nous essayons de livrer là où les besoins sont les plus urgents »
« Concrètement, qu’est-ce que cela veut dire? »
« Un exemple: l’armée américaine en a commandé une énorme quantité. Mais nous ne leur livrons pas tout. Nous constatons que le problème est plus grave en Italie. Nous fixons nos priorités en conséquence. »

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