#2, par Peggy Avez

Aussi sur Simone et les philosophes. Ouvert aux commentaires.

Les murs de nos existences confinées en disent long sur ce qui nous éloigne les un·e·s des autres. Sur ce qui peut aussi nous rapprocher.

Notre crise rend intensément perceptibles toutes les formes de distances sociales, jusqu’à les décaler. Le privilège d’habiter un appartement parisien cède le pas sur la jouissance d’un jardin provincial. Les professions médicales prestigieuses, majoritairement occupées par des hommes, se trouvent fragilisées par l’absence de matériel et le risque de contamination, comme le sont les professions sociales et médicales subalternes largement féminisées. Des noms de ministres, députés, princes, acteurs et sportifs infectés ont marqué les débuts médiatiques de l’épidémie, contrastant avec le traitement habituel des épidémies renvoyées à la misère sociale.

Ces décalages n’ôtent rien à la dangerosité extrême des violences les plus ordinairement dramatiques de nos sociétés capitalistes. Du côté des non-confiné·e·s, celles et ceux qui nettoient, soignent, nourrissent, livrent, encaissent, en prenant un risque majeur de contamination pour eux et pour leurs proches, font les frais de leur précarité tout en étant promus au titre d’indispensables. Du côté des confiné·e·s, le huis clos des espaces trop réduits exacerbe les tensions, les souffrances et les fatigues, engageant des risques gravissimes pour les femmes isolées sous les coups de leur conjoint et les enfants maltraités.

Dans ce chaos imposé, on a dernièrement qualifié d’indécente la pratique – visible dans les médias – d’une « romantisation » du confinement. D’une promotion lyrique, éthique et poétique de l’expérience du confinement, qui occulte la détresse d’une partie de la population pour laquelle cette démarche esthétisante est rigoureusement impossible. Et à vrai dire peu recommandable. Pour trouver au plus vite un hébergement d’urgence en période d’épidémie, mieux vaut ne pas se perdre dans la lecture de Rimbaud ni se croire dans un conte de fée…

Aussi cette crise rend-elle à la fois visible et insoutenable l’exercice de la domination intellectuelle – si habituel dans nos sociétés patriarcales. L’un des leviers bien ancrés de cette domination consiste, par exemple, dans l’adulation des enfances nanties des artistes, intellectuels, savants.

Sartre n’a choqué personne lorsqu’il écrivait dans Les mots cette phrase maintes fois citée : « J’ai commencé ma vie comme je la finirai peut-être : au milieu des livres. » Sans doute parce que c’était un homme, on n’y trouva pas à redire et on ne verra pas de contradiction entre son gauchisme intellectuel et son auto-promotion bourgeoise, fût-elle habilement et ironiquement poétisée. Parler de ses parents, de ses grands-parents, de sa bibliothèque et de sa maison de vacances sont des constantes bourgeoises auxquelles on se réfère pour définir l’intérêt qu’on doit porter à une personne. C’est une coutume dans les interviews d’être invité·e à parler de ses parents, comme pour pouvoir se grandir des valeurs qu’on leur usurpe au prétexte d’en hériter. Pourtant, une telle pratique satisfait à moindres frais notre besoin d’admirer et soutient les discriminations socio-économiques le plus agréablement du monde. Sans doute en raison de mon milieu natal (sans livre, ni foyer, ni vacances), cette violence de notre culture m’a toujours paru non pas tant indécente que stupide. Avoir besoin de circonstances arbitraires (genre, profession des parents, livres lus, sorties culturelles, etc.) pour s’épargner l’attention aux actes et aux idées de quelqu’un témoigne d’une lâcheté intellectuelle dommageable au progrès de nos sociétés.

Voici où je voulais en venir. Ladite poétisation des privilèges étalés pour eux-mêmes, par manque de considération pour le reste de la société, a au fond l’indécence de manquer de cette faculté poétique fondamentale : l’art de créer une expression singulière d’une expérience éminemment plurielle, d’une expérience en laquelle d’autres que moi, d’autres qui ne sont pas comme moi, pourront reconnaître un bout de leur propre réalité.

L’expérience poétique du dépouillement n’est pas en soi une affaire bourgeoise. Des ascètes de toutes sortes en ont témoigné. Même dans une cellule, un brin d’herbe qui s’échappe du ciment gagne à devenir poétique. Il donne au regard du prisonnier une matière à s’approprier, ne fût-ce que sous la forme la plus minimale: celle de la pensée. La moindre occasion de penser et d’habiter l’espace peut fournir une raison de vivre. Réserver la poétisation de l’existence aux personnes bien nées – et ultimement aux hommes – est précisément la stratégie de notre culture patriarcale.

La poétisation de l’existence quotidienne n’est pas non plus une affaire bourgeoise. Les femmes – dans l’ombre des modestes foyers et du mépris masculin pour les détails de la vie domestique – ont toujours cherché à embellir leur environnement avec les moyens du bord. Une manière pour les femmes confinées de ne pas se regarder à travers les yeux du patriarcat est de maintenir la valeur créative et esthétique de leurs actions, de leurs savoir-faire et de leurs préoccupations. De lutter contre cette constante de notre société patriarcale qui ôte toute valeur poétique au travail des femmes. En ce sens, la volonté de réprimer par la critique sociale la liberté des femmes soucieuses de sublimer leur existence domestique et maternelle, aussi modeste soit-elle, procède encore et toujours du dédain patriarcal pour les activités reléguées aux femmes, au rang desquelles figure l’art d’embellir les aspects les plus picaresques de la vie confinée.

La poétisation de l’existence confinée procède de la résilience, de la capacité spirituelle à transfigurer ce qui nous aliène dans les murs de nos sociétés. Pour ne pas nous abandonner tout à fait à l’humiliation sociale, sous quelque forme que ce soit. Elle n’a rien à voir avec le réenchantement narcissique de privilèges érigés en valeurs, que vénère la culture dominante. Elle a à voir avec ce qu’il faut à nos cœurs et nos corps pour se rapprocher.

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33 réflexions sur « #2, par Peggy Avez »

  1. Vous dites : « Même dans une cellule, un brin d’herbe qui s’échappe du ciment gagne à devenir poétique. Il donne au regard du prisonnier une matière à s’approprier, ne fût-ce que sous la forme la plus minimale: celle de la pensée. »
    Non.
    J’ai fait ailleurs un commentaire sur nos prisons. Elles sont surpeuplées et abominables ; visiblement tout le monde s’en fiche en France. Une honte.
    Vivre à quatre dans une cellule pour deux, sur des matelas par terre et maintenant sans parloir. Certes il y a des prisons plus modernes et dit-on également inhumaines.
    Alors la « poétisation » « même dans une cellule », ça va être dur.
    SVP, informez-vous.

    1. Bien que votre impératif final me semble très déplacé, j’ai envie de vous répondre.
      1. Loin de moi l’envie de faire passer nos prisons pour des espaces de bien-être. Je crois que vous n’avez pas bien compris mon propos, mais surtout :
      2. L’exemple du brin d’herbe salvateur est une référence directe au récit que fait Michel Vaujour de ses années en cellule d’isolement dans le film documentaire de Fabienne Godet « Ne me libérez pas, je m’en charge ».

      1. @ Peggy Avez,

        Je regrette mon impératif final et je vous prie de m’en excuser.

        Je ne doute pas de vos convictions solidaires. Je suis sans doute trop impulsif : c’est le contexte présent qui l’explique car nous avons appris qu’en plus de la situation « habituelle » de nos prisons, l’enfermement se renforçait avec les parloirs interdits.

        Il suffirait que le monarque élyséen accorde une grâce pour des milliers de prisonniers diminuant ainsi drastiquement la surpopulation. Des actions limitées vont dans ce sens mais largement insuffisantes.
        Que tout le monde y réfléchisse : autrefois pour le 14-juillet il y avait ces remises de peines présidentielles. Depuis nos lâches présidents n’ont pas voulu contrarier la vox populi : la pire, celle du FN/RN.

        NB – évidemment en finir avec les amnisties pour les infractions routières était parfaitement justifié !

    2. vous avez raison et Peggy aussi. C’est ce genre de contradiction qu’il faut apprendre à mener ensemble.

      1. @ Jean Duchene,
        C’est exact : apprendre à gérer les contradictions. Et il faudrait ajouter mieux gérer nos échanges virtuels et sans âme. Je vois bien que nous avons tendance à lire avec des lunettes déformantes les propos et que nos réactions sont focalisées sur un point particulier.

  2. Ne sommes-nous pas tous confinés dans ce monde ?
    Chacun cherche (dés sa naissance (sic)) le moyen d’en sortir.
    Ensuite, certains épousent la multitude pour être ensembles et se tenir chaud, d’autres se retirent à l’écart pour inventer ou méditer (artistes, religieux, chercheurs….).
    Il faut des COV-19 pour découvrir ce qui est essentiel, que l’humanité tient à plus simple qu’on ne pensait.
    C’est la première réflexion qui me vient sur ce coin de table à 21h45.

  3.  » Réserver la poétisation de l’existence aux personnes bien nées – et ultimement aux hommes – est précisément la stratégie de notre culture patriarcale. »
    Un extrait parmi d’autres possibles.

    Je dois dire en tant qu’homme qui a perdu ses dents, au coeur malade et assez fatigué que je partage cette impression.

    On peut difficilement changer l’homme mais l’homme le peut si il le veut vraiment. J’en avais évoqué une réalisation assez inhabituelle, il y a quelques années.

    A part ça, je ne vois que deux autres possibilités:
    -Dire basta à Sartre et ses semblables. Qui lit Sartre? Qui sait qui est Sartre? Y-a-t-il quelqu’un dans le monde qui se soucie de Sartre? Dans mon entourage, personne. Et pas mes 2 filles qui ont vraiment autre chose à faire et penser.
    -Dire basta à la poëtisation. Ma femme dort, mais si je la réveillais pour lui poser la question de savoir si la poëtisation figure à son programme d’actions dans le futur, demain par exemple, je crois que je recevrais une ses chaussures en travers du visage.
    Et je l’approuverais. J’ai la faiblesse assumée de croire qu’elle a toujours raison, ses réactions ou réflexions les plus spontanées étant les plus justes.

    Je me demande si l’auteur à bien conscience de l’incongruité d’associer ‘personne bien née’ à poëtisation. Avoir une idée, même sommaire, de savoir ce pourrait être une ‘personne bien née’ me laisse perplexe. En tout cas, j’en suis pas, et je ne le voudrais pas. Bref, au lieu de hausser les épaules, geste impassable au clavier, je dirais l’équivalent transmissible: ‘C’est cela même. J’en parlerai à mon cheval. Il est toujours de bon conseil.’

    Y’a des choses, comme ça, où je me dis qu’on va chercher trop loin. Si la culture patriarcale mérite d’être réformée -elle doit l’être certainement. Supprimée en fait- le chemin à peine esquissé ici n’aidera guère.

    1. Tout dépend de ce que l’on entend par poétisation.

      La prise de conscience du beau fait du bien , La
      musique des mots aussi , diraient les poétesses et les poètes.
      Et là je prend conscience que j’aurait dû chercher la rime…Mais bon les rimes , à quoi ça rime ?

      1. Nous aimons le beau et, bien sûr, nous sommes tous des poëtes.
        Je m’y essaie:
        « Amours,
        Tambours,
        Toujours. »

        Et je suis un fervent admirateur du brin d’herbe, plus exactement de ma glycine.
        Elle est cachotière, discrète et timide.
        Un brin d’explication: chaque année elle pousse un rameau au ras du sol ( en plus d’envahir la façade et le balcon).
        Ce rameau atteint la longueur de 8 m en 10 semaines. (on peut être poëte et aimer les chiffres). Et je ne le vois jamais grandir. 15 ans que je m’astreins à une observation attentive par séances de plusieurs heures de suite. Elle attend sûrement que j’ai le dos tourné pour donner un coup de collier.
        Adorable. Vivante.
        C’est un vrai crève-cœur de devoir la tailler en fin d’automne. La taille lui assure un éternel ( 40 ans, au moins) recommencement.
        Et je ne vous parle pas de la beauté des Alpes, vues de ma porte.

        Mais ça nous éloigne un peu du sujet.

  4. J’ai été un peu perplexe devant la tournure de votre texte. Il est traversé par une problématique de classe, mais il est plein de références culturelles. Il oppose la poésie réelle à la poétisation du bourgeois dominant et à la posture de l’intellectuel, mais il écrit un texte non-populaire repris ici sur un site de vieux barbons intellectuels (mes excuses pour ceux qui ne le sont vraiment pas).
    Il m’a manqué 1/ une description plus concrète des mécanismes intellectuels perturbés par la domination, 2/ une description plus précise de la poésie accessible aux classes populaires.
    J’ai fréquenté durant des décennies la classe travailleuse -Je ne dirais pas que je suis parvenu à changer de classe, c’est fou comme cela vous revient facilement. Mais chaque classe a son patrimoine paternel / patriarcal (les agriculteurs notamment), et je pense à la mémoire des travailleurs immigrés (les italiens pour être concret).
    Ne pensez pas que je sois en désaccord déjà : merci d’éclairer ma perplexité.

    1. La poésie populaire n’ a pas perdu ses dents, elle !

      https://www.youtube.com/watch?v=YCLt7pD-3eM

      « Tout d’un coup, les oreilles sifflent car le contenu est illicite
      Oui le prolo s’exprime et le propos est maîtrisé
      Incroyable, hein ? Viens tu vas te faire ridiculiser
      À me prendre pour un con, je crois que j’ai fini par comprendre
      Si le savoir est une arme maintenant vois là ce que ça engendre
      J’irai pécho les munitions dans les livres ou au cinéma
      Sur le net, au théâtre comme au bistrot en bas de chez moi
      Et je te pilonnerais d’un ton froid et ferme
      Conscient de la puissance d’une idée qui arrive à terme
      J’ai faim »

      🙂

  5. 1. Il y a autant d’hommes battus que de femmes battus. Et dans certaines régions francophones, ce sont les hommes qui sont les premières victimes…
    On ne voit pas très bien pourquoi le confinement serait plus dommageable à un genre plutôt qu’à l’autre en terme de violences domestiques (à moins de considérer que les coups font plus mal que les mots et qu’être poussé au suicide est moins grave que d’être assassiné…).

    2. Le lien entre « us et coutumes (manière de se présenter à un public) « d’une classe dite « bourgeoise » et système familial/système de parenté n’est absolument pas établi. Qui plus est, même s’il y en avait un, en quoi serait ce signifiant d’un point de vue moral/éthique (c’est juste… indifférent ?) ? Indépendamment de la classe sociale, par définition, dans la mesure où il ne s’agit pas d’actes moralement répréhensibles, quiconque poétise ce qu’il veut ! Et personne n’a jamais rien réservé à personne en la matière.

    3. Les sociétés matriarcales sont par bien des aspects bien pires que les sociétés « patriarcales ». Mais au demeurant, si je me fonde sur le discours de ma copine française originaire du royaume du Dahomey – un pays d’amazones !-, ce qu’elle met en avant, elle, ce sont… ses grands mères (dans sa culture, les hommes sont « le petit sexe » : ils n’ont pratiquement droit à aucune considération). Est ce que c’est mieux ? Non. Critiquer la « société patriarcale » (le plus souvent d’ailleurs sur la base de traits qui ne doivent rien en fait au système de parenté/familial), si c’est pour nous vanter les sociétés matriarcales (un scoop : c’est soit l’un soit l’autre!), ca n’a aucun intérêt (que je sache, la France, ce n’est pas le Mexique ou l’Inde… si?).

    4. Il y a une justice : ceux qui ont des plaisirs « non intellectuels », la plupart du temps plus coûteux souffrent davantage. Ceux qui souffrent habituellement de formes diverses d’isolement/d’exclusion sociale (beaucoup d’autistes), et plus généralement les personnes introverties souffrent cette fois moins que les autres (voire ne souffrent pas du tout), parce-qu’ils sont habitués à être « confinés » dans un monde où il n’y en a que pour les personnes extraverties ou « celles qui communiquent ». Le trait de caractère est ici plus déterminant que la classe sociale.

    5. Et merci de ne pas nous imposer une grille de lecture conceptuelle (américaine) complètement étrangère à la culture politique française (par exemple, on n’a pas du tout le même concept de domination : le discours sur les subsistances de Robespierre n’a rien à voir avec le discours des SJW – il lui est même carrément frontalement opposable sur des points fondamentaux). Merci de ne pas mélanger les torchons et les serviettes.

    Il ne manquait plus que l’écriture inclusive pour que la caricature du racisme de genre/social soit total.
    Pour cette raison, je place le propos du billet dans la même catégorie que le tract infâme de l’industriel fortuné déjà étrillé sur le blog. Sous couvert de « mobiliser », les braises de la haine sociale issue de « l’entre-soi ».

    Ouais, je ne suis pas sympa.

    1. Merci d’exprimer la chose avec patience et précision, Jorion n’ayant plus le goût pour les empressés dans mon genre qui envoient directe ment à la benne ce cloaque de non pensée (et là croyez-moi ou pas mon parcours m’a rendu particulièrement compètent).

      Question : comment peut-on publier « ça » et Annie Lebrun? Moi j’ai un poil de cohérence et de fidélité (et au fond de candeur), ergo « je ne comprends pas.

      1. Rappelez vous du temps de « vigneron » sur le blog : l’éco-système comprend : la ronce, l’ortie, les plantes capiteuses, etc.
        Sans remuer ces connections , on risque de tomber dans la fadeur béate, je crois que c’est le côté sombre de la dynamique d’affect.
        (…)

      2. La critique, oui. Les imprécations, les attaques personnelles, non.

        Vous voyez Jicé, il suffit que vous rejoigniez les rangs des gens civil(isé)s pour que la parole vous revienne.

      3. L’imprécation ça pourrait être une option, c’est presque un genre littéraire.

        À part ça il faudrait une franche explication avec ce type de position qui finit d’euthanasier la gauche (ben ouais je revendique le signifiant totem, les + de 50 me comprenant sans qu’il soit besoin d’ajouter un mot).

  6. « Voici où je voulais en venir. Ladite poétisation des privilèges étalés pour eux-mêmes, par manque de considération pour le reste de la société, a au fond l’indécence de manquer de cette faculté poétique fondamentale : l’art de créer une expression singulière d’une expérience éminemment plurielle, d’une expérience en laquelle d’autres que moi, d’autres qui ne sont pas comme moi, pourront reconnaître un bout de leur propre réalité. »

    Vous faites bien de le préciser.

      1. Formidable !

        (C’est pas mon ami Todd qui a écrit Les Luttes de classes en France au XXIe siècle ? – je devrais le savoir : c’est le livre que je lis en ce moment).

  7. Je trouve indécent (mais inévitable) de profiter d’une catastrophe pour se livrer à de la propagande politique du genre: « …des violences les plus ordinairement dramatiques de nos sociétés capitalistes… »
    Le coronavirus n’a rien de capitaliste. La violence est humaine, elle existe aussi en Corée du Nord. A-t-on oublié le goulag et Pol Pot ?
    La priorité doit aller aux laboratoires et chercheurs, pas aux idéologues.
    Il faut soutenir les réactions sensées des politiques, même imparfaites car humaines.

  8. Vous voulez de la « vraie » poésie alors en voilà un exemple – poème d’Henri Pagneux écrit après avoir lu dans les faits divers qu’un « Français musulman avait été trouvé mort dans sa chambre et que le médecin avait constaté que le décès remontait à plusieurs jours, mais que les causes en étaient naturelles.

    MORT NATURELLE

    Tu vas mourir, Merzouk Mohamed
    tu vas mourir tout seul
    Merzouk Mohamed
    dans ton garni qui sue la mort
    loin des soleils
    Tout va finir, Merzouk Mohamed
    tout va finir ce soir
    Merzouk Mohamed
    et ton lit danse danse danse
    comme le bateau d’autrefois
    le vieux cargo
    qui balançait tes espérances
    vers la terre des illusions
    Ils t’on tout pris Merzouk Mohamed
    Ils t’on tout volé méchamment
    Merzouk Mohamed
    corps rongé de brouillard
    coeur meurtri de sarcasme
    mal payé mal nourri toujours pauvre
    Et c’est la mort Merzouk Mohamed
    la mort brutale
    eau froide où se glacent tes mains
    soleil noir Merzouk Mohamed
    soleil noir qui brûle tes yeux
    sable fin qui brûle ton souffle
    sable tenace à pleine bouche
    sable à plein flot dans tes artères
    O Merzouk Merzouk
    tant de sable perdu pour toi
    Le docteur a conclu à la mort naturelle
    Naturellement Merzouk
    naturellement
    Que pouvait-il y avoir de plus naturel
    que ta mort ?

    Poème écrit au début des années 1950

  9. Cette « expérience en laquelle d’autres que moi, d’autres qui ne sont pas comme moi, pourront reconnaître un bout de leur propre réalité », ne serait-ce pas tout simplement la vie ?

    La supercherie n’est-elle pas justement cette sournoise intention d’hiérarchiser (loin de l’accomplissement de soi) qui se cache très souvent derrière la poétisation ? Je ne parle pas de la poésie qui s’installe d’elle-même car la poésie finit toujours par s’installer comme un mode de vibration de la vie, de toute vie. Aucune intention ne fait échapper le brin d’herbe du ciment et c’est foncièrement ce qui est poétique. Je me méfie donc cette prétention obsédante à la poétisation. J’admets qu’on la rencontre bien davantage chez les bourgeois (aussi bien chez les mâles que chez les femelles) mais elle opère également comme une injonction culturelle intériorisée par tous. Les femmes ne sont pas du reste bien au contraire, mais peut-être l’observe-t-on davantage au sein de chaque classe sociale (en dehors donc des rapports de classes).

    C’est bien séduisant de présenter la poétisation comme ce « qu’il faut à nos cœurs et nos corps pour se rapprocher » mais vous dite, par la même occasion, qu’il faut quelque chose de plus à nos corps et à nos âmes pour se rapprocher !

    Cette crise ne nous montre-t-elle pas, au contraire, que nous sommes proches et que la chose en soi se passe de médiation, fût-elle poétique ?

  10. « Poésie » … tiens… ça rime avec « euthanasie »…
    A quand un poème-récit d’avant-garde sur les délices du passage rêvé dans l’ « eau de là  » des recalés du tout proche tri d’entrée des centres de soins administrativement étayé et éthiquement mis en oeuvre par un réquisitionné de « première ligne » au bord de l’écoeurement et du burn-out.
    Une vidéo à prix règlementé pour la famille , sur demande , « au format » téléchargeable , en accès conditionnel sur autorisation préfectorale.
    Quant aux conditions du dernier transport , voyez les conditions générales de votre centre funéraire le plus proche.

    Je rêve ou cauchemarde ou les deux ?
    Ça n’existe pas , puisqu’on n’en parle pas.
    Poussière , qu’on m’a appris.
    Rien.

    1. Sur le « tri » des urgences , on notera cependant que ça n’est pas ( indépendamment de la médecine militaire en situation dégradée ) un dilemme nouveau pour le personnel médical qui est amené à connaître des situations plus  » courantes » , où le choix est pressant , sans avis de  » la famille » .

      Quand , lors d’un accouchement difficile ( embolie amniotique ) il faut choisir en moins de deux minutes si on sauve la mère ou l’enfant , on choisit la mère . Le bébé meurt ( une fillette , on a même eu le poids de son cœur après l’autopsie à l’institut médico-légal ) . Et sa maman l’a suivi un quart d’heure après .

      L’horreur absolue et « l’impératif catégorique  » de faire front .

      La fréquentation de la mort est un épuisement .

      1. Bonjour à vous ,

        Sur votre commentaire (que je partage entièrement) , le début.. :
         »  »  » Sur le « tri » des urgences , on notera cependant que …  »  »  »
        J’ai souligné le vocable qui m’importe… (^!^) …!
        J’imagine ( je suis certain ) que vous avez pu lire certains liens que j’ai insérés sur ce fil comme sur d’autres.
        La France ( en réalité ..de trop nombreux français , mais pas du tout de manière homogène .. d’où peut-être cet espèce de « détachement » effarant sur ce blog comme sur d’autres.. la localisation géographique imaginée « privilégiée » par la plupart sans doute..?..) la France donc est à [S – 1 (semaine) ] de la situation italienne …
        Et chacun? est(semble) prêt à subir(lui-même) et faire subir( à ses proches) ce « trou noir » solitaire total et définitif en cas de coup de dés défavorable à l’entrée des « urgences » .. « subir et faire subir » pour ne rien avoir pu légalement préparer/concerter/décider/exprimer/… de ses volontés dernières dont la Loi , à ce jour , n’a que faire … « on » pensera pour lui.. « au mieux »..?
        En France.!!.
        Mais où sont-ils tous ces brasseurs de vent?? Cachés dans leur trou , à l’abri..? Invincibles donc non concernés?..Inconscients? .. Connaissaient-ils pour eux-même une filière « privilégiée » ?.. privilégiée jusqu’à « demain ».. sauf qu’à partir d’ « après-demain »…

        Certain que vous , particulièrement , pouvez comprendre de désarroi qui est le mien.
        Inutile sursaut de réalisme semble-t’il. Soit.
        Que votre ultime voyage , le mien , celui de nos proches , soit , quand il débutera , à la hauteur de nos espérances.

  11. Faut il tenir un journal du confinement ou pas, est ce bien utile de romantiser une existence ?

    Vu ce qui reste de temps à vivre pour certains, on ne peut pas en vouloir à ceux qui préfèrent l’occuper de telle ou telle façon.
    Quoiqu’il en soit ,pour finir, on ne comptera TOUS que sur ceux qui se concentrent exclusivement sur la recherche de solutions.Alors, face au gaspillage du temps , est ce que rechercher à comprendre le mystère de notre pénurie de masque est tout aussi inutile et inopportun?

    Oui, si les masques ont été planqués quelque part .

    En tout cas, j’ai vraiment du mal à poétiser la situation …mais peut être cela va venir.

    Poème sans faim.

    Marie sole Touraine avait promis ,
    Marie sole Touraine avait promis
    Que bien des masques il y avait
    Mais Les comptes sont tombés
    Bien des masques se sont tirés
    Dansons la Covidiole , vive le don, vive le don
    Dansons la Covidiole , vive le don de l’abandon.

    https://www.francetvinfo.fr/sante/maladie/coronavirus/coronavirus-les-stocks-de-masques-chirurgicaux-n-ont-jamais-ete-en-dessous-de-720millions-entre-2012-et-2017-assure-marisol-touraine_3880895.html

  12. @Bernard
    Ne confondons pas journal intime et roman.
    Nous en avons appris beaucoup sur la Grande Guerre grâce aux notes griffonées sur des calepins d’écolier à l’abri dans les cagnats et à la lueur d’une bougie.
    Puisque « nous sommes en guerre », prenons des notes (la mémoire à postériori étant tellement défaillante), ça pourra peut-être servir un jour.

  13. Taratata…

    Et qu’est-ce qu’on fait d’autre ici que tromper notre ennui petit bourgeois ? Enfin je veux dire derrière l’excuse de s’informer ? Ou de valoriser sa face sous l’arbre à palabres l’autre version du concours de… ? A part les contributeurs constructifs s’entend (Alexis pour le boulot fourni, Philippe toujours aware, Jorion qui tient le bordel à bout de bras, François le médecin super actif, et les autres que j’oublie) et malgré ce à quoi nous enjoignait Juan ?!

    Pour certains, dont nous sommes, ce sera plus facile. Et ça ne tient pas à la surface habitable et ce n’est pas strictement une question de moyens. Pourquoi… je sais pas. C’est ce que je demandais à Dissonance l’autre fois. Si, peut-être parce que les cartes ont été distribuées aléatoirement, déjà, et que chacun a bien le droit de passer ses dernières heures supposées à faire ce que bon lui semble avec ce qu’il a comme bagages, sac Carrouf ou Vuitton. De toute façon quand les hôpitaux seront pleins, ça ne fera pas grande différence.

    Environné par la mort depuis deux ans – proche, très proche, trop proche – je confirme que c’est épuisant. Et au risque de choquer, libérateur. Pour soi. On n’est que cela après tout. Rien. Une cérémonie, quelques personnes peut-être, et puis voilà. Chacun retourne à ses préoccupations, à soi, et c’est terminé. En fait, ça ne change rien. Présence, absence, tout ça c’est du vent. Face à la vie qui reste.

    Allez ! Dans la famille Marley, je demande le petit neveu du fils de sa première femme… à moins que ce ne soit le petit cousin de la fille de sa cinquième épouse…

    https://www.youtube.com/watch?v=Jq2IfkMr_x0

    Et souhaitons aux survivants d’être moins…

      1. Salut Arkao,

        Ne le prenez pas pour vous, c’était plus général. Concernant le billet et les commentaires. Réserves mises à part, la littérature blanche me tombe des mains, les ego-trips de tous les petits bourgeois confits m’indiffèrent… pour situer mon opinion sur les journaux de confinement.

        Ce que je voulais dire, c’est que si on omet la souffrance, la mort… la sienne, celle des autres, ça peut être tellement vite torché. Quelques minutes, quelques jours, quelques mois et c’est fini. Tout le monde retourne à son truc et moyennant la tristesse qui n’est jamais éternelle, ne reste que la vie.

        S’attendre à ce que dans ces occasions les cons soient moins cons, c’est comme espérer que les Parisiens restent chez, ou les Italiens du nord, espérer qu’on ne se batte pas pour des rouleaux de PQ, ou que les charognards ne fassent pas de blé en jouant nos vies aux dés. Alors que les bourgeois continuent à se regarder le nombril et soient diffusés par leurs pairs ?! Que faisons-nous d’autre de vraiment utile ?

        Pas de leçons à donner, laissons-les clapoter… Plutôt démocrate dans un premier temps ce corona !

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