Le point sur le taux de décès du coronavirus en Russie, par Alexis Toulet

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Un petit point sur le taux de décès du coronavirus en Russie, notamment la question de savoir s’il y a là une anomalie, un taux de décès nettement plus bas qu’ailleurs dont il faudrait alors chercher l’explication – par exemple l’utilisation de tel ou tel traitement.

En y regardant d’un peu plus près, il me semble qu’il n’y a pas d’anomalie en fait :

  1. Au 14 mai, la Russie avait détecté 252 245 cas et 2 305 morts du fait du covid-19. Je ferai l’hypothèse par la suite que le chiffre des morts est sincère, éventuellement entaché d’imprécisions comme dans tout autre pays bien sûr, mais rien de pire. Ma chère et tendre, d’origine russe, est assez loin d’en être convaincue, à voir les nombreux cas de « pneumonie extra-hospitalière » apparus comme par hasard à peu près au moment où la pandémie s’établissait dans le reste de l’Europe… mais sans qu’on parle à l’époque de « coronavirus », puisque la Russie avait réussi à l’arrêter à la frontière, enfin c’est ce qui se disait dans les médias dépendants du pouvoir notamment à la télévision, les autres exprimant quelques doutes. Retenons tout de même l’hypothèse que le chiffre des morts est sincère
  2. Le délai moyen entre apparition des symptômes et décès, pour ceux qui succombent au covid-19, est de dix jours. Rapportant le nombre total des morts au 14 mai au nombre total de contaminations détecté au 4 mai soit 145 268, il vient une approximation du taux de mortalité à environ 1,6%.
  3. Ce taux est d’une part à peu près en ligne avec les taux constatés dans les pays qui font beaucoup de tests comme la Corée du Sud avec 260 morts au 14 mai parmi 10 804 cas au 4 mai soit 2,4%, d’autre part très différent des taux constatés dans les pays qui font peu de tests comme la France avec 27 425 morts au 14 mai parmi 131 863 cas confirmés au 4 mai soit 20,8%.
  4. La question à se poser est donc de savoir si la Russie fait beaucoup de tests, ou si elle en fait peu. Comparons avec la France, qui le 11 mai avait réalisé 318 290 tests de présence du virus, tandis que la Russie le 14 mai en avait réalisé plus de 6,1 million. Soit une fréquence des tests rapportée à la population de 4,7 pour mille en France, 41,5 pour mille en Russie soit pratiquement dix fois plus, alors que la Russie est moins avancée dans son épidémie que la France dans la sienne

===> Il n’y a donc pas d’anomalie en Russie de plus faible nombre de décès qu’attendu par rapport aux contaminations. Il y a tout simplement une image plus complète du nombre de contaminations dans le pays, du fait d’une politique de tests de dimension adaptée

Pourquoi la politique de tests est-elle plus sérieuse en Russie qu’en France ?

Sans doute faut-il incriminer le fait que tandis que la Russie est un pays hautement développé avec un commerce extérieur diversifié et un système social développé, la France n’est que moyennement développée avec des îlots de richesse tapageuse fondée sur l’exportation de matières premières surnageant dans un océan de pauvreté plus ou moins profonde… Vous dites ? C’est le contraire, en fait ?

Ça ne peut pas être en tout cas parce que la politique française de lutte contre le coronavirus serait mauvaise au point où même le gouvernement russe, pourtant généralement plus soucieux de se payer sur la bête que de travailler au bien-être de la population du pays, arriverait à faire mieux !

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19 réflexions sur « Le point sur le taux de décès du coronavirus en Russie, par Alexis Toulet »

  1. Un commentaire intéressant sur ces données par le chef de pôle du centre hospitalier de Valenciennes :
    https://www.lesechos.fr/idees-debats/cercle/opinion-coronavirus-les-hopitaux-francais-ne-font-pas-moins-bien-que-les-allemands-1201716

    On y apprend :

    « Rappelons que le coronavirus Covid-19 est une pathologie bénigne dans 85 % des cas et que ceux-ci ne doivent pas arriver à l’hôpital à ce stade. »

    « On sait par ailleurs que le nombre d’infections dans un pays est peu fiable car il y a beaucoup de patients asymptomatiques et qu’il dépend du nombre de tests réalisés. »

     » L’Islande nous renseigne ainsi sur le taux de mortalité qui doit être, avec un système de santé moderne de l’hémisphère nord et une pyramide des âges européenne, autour de 0,4 % (chiffre corroboré par l’étude dans la ville allemande de Gangelt). Ainsi, le nombre de 26.300 décès en France (certes encore sous-évalué), indique juste que le nombre de personnes d’infectées est donc supérieur à 6 millions et non de 139.000″

    1. @Richelieu : à ce propos (Institut de Santé belge, conférence de presse quotidienne, aujourd’hui), on apprend que les chiffres allemands ne sont pas comparables, même pour la surmortalité, car « plusieurs landërs ne rapportent pas le nombre de morts chez eux ». Encore un biais !

  2. Est ce que la logique de votre raisonnement ne suppose pas implicitement que multiplier les tests n’empêche pas les morts ?

    1. La question je pense est de savoir si la multiplication des tests permet à la Russie de tracer les cas contacts, leur isolement pour quarantaine rendant alors possible de casser les chaînes de contamination du virus.

      C’est sauf erreur ce qui a été réussi par les Sud-Coréens, d’où un nombre de morts limité à 260 dans une population de 52 millions – performance impressionnante s’il en est.

      Les Russes sauront-ils utiliser les informations recueillies par tests massifs pour contenir la propagation du virus ? A plus de 2 400 morts déjà parmi 147 millions, ils ne peuvent plus faire aussi bien que les Sud-Coréens. Mais il n’est pas forcément trop tard pour faire mieux que les Allemands, ou du moins que les Français et autres Italiens, ou alors au moins les Britanniques ou les Américains ? C’est à voir.

      Le test en masse ne suffit pas, ça dépend de ce qu’on en fait. Mais il a bien l’air d’être un élément indispensable – comme l’OMS le répète et serine depuis un bon moment déjà…

      1. Ça , je m’en doutais un peu , mais il me semblait que votre démonstration faisait l’impasse sur l’efficacité du nombre de tests .

  3. Monsieur,
    Vous prenez comme référence le chiffre de JHU. Celui de Santé Publique France est de 141 356 (mettant de facto la France « en tête »). D’où vient l’écart?

    1. Aucune idée, franchement.

      Le fait que la France soit légèrement au-dessus de la Belgique pour cette mesure, ou que la Belgique soit en tête comme indiqué sur le graphique ci-dessus, ne me semble pas fondamental cela dit.

      1. La fragilité des chiffres, qui ne sont pas comptabilisés de la même manière, rend les comparaison boiteuses. Ci-dessous, un extrait d’un article du Soir qui explique pourquoi la Belgique est championne du monde des décès (compte rendu de la conférence quotidienne lors de laquelle les autorités médicales fédérales font le point) :

        « C’est aussi ce qu’a tenu à recadrer le virologue Yves Van Laethem, s’appuyant sur les chiffres publiés dans The Economist. Là où certains pays ne comptabilisent dans les décès « Covid-19 » que les morts déclarés en hôpitaux, la Belgique intègre dans ses statistiques l’ensemble des décès, tous endroits confondus, mais intègre aussi les personnes testées et « suspectées », c’est-à-dire pour lesquels aucun test n’a pu être réalisé et dont on soupçonne qu’elles ont pu décéder des suites du Covid-19. Ce qui débouche, comme l’a exposé le spécialiste de la santé sur des chiffres de surmortalité quasi équivalents au nombre de décès « covid-19 », contrairement à de nombreux pays où l’écart est beaucoup plus important entre la surmortalité constatée sur ces dernières semaines – soit le nombre de morts en plus par rapport à la moyenne sur plusieurs années – et les chiffres des morts du coronavirus.

        L’Italie est un, précise encore le SPF Santé publique, un exemple flagrant, avec des chiffres allant du simple au double. « Cela vous montre que notre manière de montrer les choses est la plus scientifiquement exacte et honnête », conclut Van Laethem et, en écho, Steven De Gucht en néerlandais. Et de se réjouir : « La Belgique a été félicitée par l’OMS pour son suivi de la crise, que les autres pays sont invités à adopter dans le futur ».

        Pour observer cette surmortalité au cours des semaines où la pandémie a frappé la Belgique, nous avons cartographié par arrondissement les chiffres belges depuis la semaine du 15 mars jusqu’au 6 mai, semaine après semaine, sur base des données du nombre de morts quotidiens en Belgique. Et pour calculer la surmortalité, nous avons comparé ces chiffres avec une moyenne calculée sur la même période pour les années 2015-2019. Comme nous le détaillions la semaine dernière, le virus a été particulièrement meurtrier dans trois arrondissements du pays, Mons, Hasselt et Bruxelles, où le nombre de morts est deux fois supérieure à la « normale ».

      2. @Alain Adriaens 19h19
        Le dernier paragraphe de votre extrait vaut son pesant d’or.
        Enfin un journaliste qui « comprend » de quoi il parle… C’est d’ailleurs ainsi qu’on « calcule » ( le moins mal possible) la « sur-mortalité » par exemple excessive due à une « grippe sévère »…. sur la (même!!) période de référence par différence à la moyenne sur les x dernières années « normales » ou « normalisées » … et rien d’autre.
        Tout le reste n’a que la valeur qu’on veut bien admettre de donner en discussion aux décideurs .
        La période actuelle de début de déconfinement va donner lieu à une floppées de nombres (voire AU PIRE de taux) plus ou moins fiables (plutôt moins d’ailleurs …puisque on semble assuré qu’il y a dorénavant… une population méfiante et non naïve , des masques, des gants , du liquide, du télé-travail , de la désinfection , des quotas d’occupation des commerces etc etc etc… toutes conditions qui n’étaient pas réunies au premier trimestre , voire dont l’utilité était officiellement niée). La comparaison avec le déroulement du passé récent sera donc très délicate!!
        Ainsi que le travail des modélisateurs.. ^!^ ..
        En outre il n’y a toujours ni traitement-type ni encore moins de vaccin. Bémol important , mais on ne peut à mon avis faire « pire » que pendant la période précédente.

  4. BAROMÈTRE QUOTIDIEN DE SUIVI DE LA CRISE DU COVID 19 : VAGUE 58

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    BAROMÈTRE QUOTIDIEN DE SUIVI DE LA CRISE DU COVID 19
    COMMENT LES FRANÇAIS VIVENT-ILS LA PÉRIODE ACTUELLE ?

     

    Vague 58 – 15 mai 2020

    A l’issue de cette première semaine de déconfinement, globalement bien vécue (par 80% des sondés), le moral des Français reste meilleur que pendant toute la période du confinement, avec une note moyenne de 6,5/10 pour refléter leur état d’esprit. Néanmoins, on ne peut pas vraiment parler de « moral au beau fixe » avec une telle note et les inquiétudes demeurent vives :

    D’un point de vue strictement sanitaire d’abord :

    • Plus de 4 Français sur 10 estiment toujours que « le pire est devant nous » (41%), un résultat qui ne décroît pas et a même progressé depuis le 11 mai. Seule une petite minorité (15%) a le sentiment que le pire est passé.
    • Cette perception de l’évolution de la situation reflète un niveau de peur important : plus des ¾ des Français ont peur qu’eux-mêmes ou un membre de leur famille n’attrape le Covid-19 (77%) et une proportion semblable (75%) redoute, dans les prochains mois, une 2ème vague d’épidémie qui conduirait à un nouveau confinement en France.
    • Ces craintes sont elles-mêmes nourries par un sentiment de relâchement dans les comportements : moins d’1 Français sur 2 pense que ses concitoyens appliquent strictement les recommandations sanitaires qui accompagnent le déconfinement (48%) dont 6% seulement « tout à fait ». Ce jugement apparaît moins sévère en Ile-de-France où plus nombreux sont ceux qui ont le sentiment que les autres respectent les recommandations (52% dont 11% « tout à fait »). Un résultat qui s’explique sans doute en partie parce que la crainte d’attraper le virus y est plus vive (81%), la région étant classée en zone rouge.

    D’un point de vue économique ensuite :

    • Plus de 7 Français sur 10 anticipent toujours une crise économique durable, dont les effets se feront ressentir au-delà de 2020 (72%, -1 point en une semaine) même s’ils sont un peu plus nombreux à penser que la crise pourrait ne ternir que l’année en cours (21%, + 3 points), en raison peut-être de la multiplication des annonces de plans de relance.
    • Dans le détail, les niveaux d’inquiétude restent très élevés quel que soit le sujet, compris entre 80%, le « plus bas », s’agissant de la croissance économique de la France et 88% pour la situation économique des artisans, commerçants et des petites entreprises. A noter : les Français – de façon globale – restent plus confiants en ce qui concerne leur situation personnelle que la situation macro du pays.


    Sondage réalisé du 13.05.2020 au 15.05.2020

    1. Une enquête d’opinion, basée sur un panel de 1000 personnes, avec les interprétations non dites des chiffres (?) selon les méthodes habituelles des instituts de sondage : c’est souvent une photo instantanée… et floue ou grossière.
      Une étude de comportement sur 40;000 répondants, avec ici le biais de l’autodéclaration sur son propre comportement aussi :
      https://www.rtbf.be/info/societe/detail_pourquoi-les-belges-respectent-ils-moins-le-confinement-voici-ce-que-revele-l-enquete-sciensano?id=10502611

    1. Bizarre, un rapport militaire qui a fuité à ce seul magazine (« leaked to FP »), dont je ne connais pas l’orientation. Et qui incrimine « The opaqueness and mistrust of outsiders in the Chinese Communist Party’s system », ce qui permet de tout légitimer. Plus sobrement, Yahoo parle de « La Chine communiste ». Soyons curieux, mais pas avec l’aveuglément idéologique traditionnel…

  5. Bonsoir,

    Le graphique indique 27077 décès pour 178184 cas, soit 15,2% pour la France, mais le tableau quotidien de Santé publique France indiquait ce matin 27425 décès pour 141356 cas, soit 19,4%, ce qui place(rait) la France « en tête »…

    Le même tableau mentionne (source ECDC et non SPF) un taux de 11,9% pour l’Europe, et de 6,8% pour le monde, ce qui montre surtout que ce taux n’est pas comparable d’un pays à l’autre. Même en Europe et même le décompte des décès, on l’a vu, sont assez disparates, alors le nombre de cas, c’est à peu près n’importe quoi, c’est certain.

  6. Des appels à la pelle ? Aujourd’hui doit paraître dans 36 journaux à travers le monde, un appel de plus de 3000 « académiques », initié par trois femmes puis huit femmes d’autant de disciplines universitaires (selon l’item « backgrounds » du site). Il parait chouette, mais je n’ai pas lu le détail, donné en nombreuses langues. Un avis de Paul Jorion ? un billet de quelqu’un ?
    https://democratizingwork.org/

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