« Le Débat » (1980-2020)

La revue Le Débat est donc morte après quarante ans d’existence. On y vu beaucoup de beau monde. Il y a aussi beaucoup de beau monde qu’on n’y aura jamais vu. L’éventail politique des idées qu’on y défendait s’étendait de la droite (jusqu’à la droite limite) au centre-gauche. Qu’on s’en tienne là était logique puisqu’il s’agissait de conjurer l’intellectuel engagé sartrien qui avait dominé l’autre partie du spectre.

L’entreprise n’était pas innocente : on laissait entendre ainsi qu’aucun véritable intellectuel n’habitait les terres situées à gauche du centre-gauche. Gallimard n’y était pour rien, qui continuait d’accorder son hospitalité aux Temps Modernes, plus ou moins fossilisés depuis la mort du patron.

Le décès du Débat a-t-il une signification secrète, au-delà du simple entérinement de l’âge avancé des Nora, Gauchet et Pomian ? Peut-être, mais je n’en suis pas sûr, même si ses anges tutélaires disent y lire une. 

Cela dit, l’appel d’air que créera la disparition du Débat, après celle des Temps Modernes, incitera-t-il un éditeur à offrir à ses lecteurs une revue où l’on pourrait lire Serge Audier, Alain Badiou, Pierre Dardot, Régis Debray, Gaël Giraud, Paul Jorion, Christian Laval, Annie Le Brun, Frédéric Lordon, Jean-Claude Michéa, le regretté Bernard Stiegler et sa fille Barbara, Alain Supiot, Emmanuel Todd et Sophie Wahnich ? Je sais qu’une telle revue serait lue. Mais cela compte-t-il encore aujourd’hui ? Le problème est essentiellement là.

N.B. j’ai contribué à quatre numéros du Débat. Par ailleurs Pierre Nora et Marcel Gauchet m’ont très aimablement publié et fait bénéficier de leurs conseils dans la Bibliothèque des Sciences Humaines, également chez Gallimard.

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7 réflexions sur « « Le Débat » (1980-2020) »

  1. Si j’étais éditeur je créerai des diiirect
    « le socialisme des temps moderne » avec ceux que vous citez.
    A défaut de faire du flouz ça permettrai aux personnes encore un peu ouvertes ( si il en reste ) de réfléchir encore .

  2. « Je sais qu’une telle revue serait lue. Mais cela compte-t-il encore aujourd’hui ? Le problème est essentiellement là. »
    Discutons-en…
    La revue doit être vendue. C’est le premier point. En kiosque, en abonnements, en librairie, en point-presse…?
    De nombreuses nouvelles revues naissent, parfois avec un succès d’estime : « Wilfried » est souvent citée en Belgique. Cela se présente comme autre chose qu’un magazine, plutôt une grosse brochure, un syllabus. Une rubrique de « débats » s’y insérerait facilement, plutôt de style « interview approfondi ». Mais aussi en textes de « contribution intellectuelle » ? Il y a moins de clients pour cela.
    Les revues d’aujourd’hui ont souvent pour prolongement une partie « web » : vidéos, documentaires et leurs critiques, etc.
    Une revue plus intellectuelle vit essentiellement d’abonnements, et notamment auprès des bibliothèques, scolaires, universitaires, ou de lecture publique.
    De nombreuses « revues » sont aujourd’hui sur le Web, ou en vente morcelée par article sur le web (cfr CAIRN…)
    Quel public aussi ? Il y a plus d’argent dans les milieux de l’orientation donnée au Débat ! Mais il y a un public pour le Diplo, qui est plus un journal d’information qu’un journal de débat ou de proposition intellectuelle et qui parait parvenir à se maintenir.
    Enfin quelle thématique ? Pourquoi pas Piketty (sans doute oubli de la part de Paul), et Pablo Servigne et aussi Bernard Friot (qui a ses fans, je n’en suis pas). C’est plutôt un contour idéologique (politique) qu’il faut donner au projet, même si cela parait contradictoire avec une approche de débat scientifique ou de sciences humaines. Par ailleurs une forte représentation féminine serait hautement salutaire.

  3. La remarque sur le « contour idéologique » qui peut être (est) contradictoire ( la contradiction est le propre du débat !) à l’impartialité du rapport des forces confrontées , vaut certainement d’être …..discutée .

    Je crois effectivement qu’un débat de bon niveau n’est pas une  » négociation » ou un combat dont l’issue doit avoir un vainqueur .

    Il doit plutôt organiser les paroles entre deux ( au delà on se perd vite )  » champions » doués de la capacité d’énoncer clairement et simplement leurs arguments contradictoires et faits mis en perspective , de façon exhaustive et signifiante dans le fil des échanges , sans a priori idéologiques ou « vérités évidentes » assénées ( c’est le plus difficile à assurer ) .

    Il y a aussi sans doute plus de respect des règles et temps de réflexion ( au moins pour le lecteur ) dans un débat écrit , que dans un débat oral ou les facteurs de subjectivité de l’auditeur sont plus à la merci du talent des orateurs ou -trices qui peut n’être qu’un talent de bonimenteurs ou -teuses . Et pourtant le « spectateur » de débats ira toujours , par paresse et goût du spectacle , plus volontiers vers le débat oral .

    Mais ceci est un autre débat ( ou pas !) .

  4. La presse écrite est en crise.
    Pas uniquement « Le débat » et pas uniquement en France.
    Il n’y a pas que la presse, l’industrie du livre a demandé des amendements pour subsister.
    Internet a changé la donne.
    Les lecteurs ne veulent plus que de l’information gratuite.
    Une information avec du son, de la vidéo et tous les autres médias, utiles pour la représenter.
    En fait, Internet a aussi cassé la télé dans sa prépondérance.
    Le fameux # hasch tag a permis en partie de rectifier le manque.
    Le lecteur et le téléspectateur veulent aussi y gratifier cette info d’une interactivité aléatoire.

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