La peur de la mort : le retour ? par Gilbert Chabian

La pandémie nous a confronté soudain, à des degrés divers pour chacun, à la peur de la mort. Et la « seconde vague » lui permet de taper sur le même clou. C’est là une des peurs les plus marquantes de la vie humaine. C’est vis-à-vis d’elle que la culture a trouvé ses meilleurs productions. De grands récits qui nous expliquent notre début et notre fin comme espèce particulière. Pour beaucoup, la mort ne sera pas la fin, mais une vie dans l’au-delà, heureuse et sans les frustrations de la vie d’ici (-bas ?), y compris celles de la mort. « Là, tout n’est qu’ordre et beauté, luxe, calme et volupté » (Baudelaire). Pour d’autres, ce sera le grand voyage, le saut dans l’inconnu, pour lequel on nous conserve, on nous habille, on nous entoure de provisions, on nous adjoint telle compagne ou tels subalternes qui nous suivent dans la mort, pour éviter une éventuelle solitude.

Et la manière actuelle de vivre dans nos sociétés a élaboré aussi le déni culturel de la mort. Les découvertes médicales, l’organisation de la paix, la protection d’assurances mutuelles et de mesures de sécurité, mais aussi l’allongement de la vie et la sécurité de revenus jusqu’à la fin, tout nous enjoint d’oublier la mort. Et c’est plutôt réussi. Il ne peut rien nous arriver, ou presque. Les morts de personnes trop jeunes se font rares, alors que c’était un fléau quotidien, sans beaucoup de remèdes. Nous pouvons laisser pour bien plus tard l’heure de notre mort. Et prendre même le temps de la préparer ou de l’accepter, sereinement.

Or voilà soudain que la mort est répandue parmi nous, comme risque arbitraire. Le phénomène est étonnant, la peur est inévitable.

Nous avons sans doute la mémoire de certains risques récents de mort en un sens collectif : les attentats « de terreur » voulue, les maladies insidieuses telles le Sida, les violences arbitraires d’un ennemi occupant notre territoire et réprimant nos libertés, nous infligeant des privations, parfois jusqu’à la mort. Mais ces périodes sont distinctes, localisées, ces risques sont épars, au point qu’on peut se comporter pour les éviter : prudence et protection, collaboration avec l’occupant, résistance aussi. Il en va de même pour les catastrophes « naturelles », pour lesquelles on cherche à protéger et prévenir de mieux en mieux. La peur est momentanée. Et nous pouvons compter aussi sur une certaine solidarité dans l’épreuve. La parole politique affirme cette cohésion par quelques formules : « La France est en guerre », « La France est blessée » mais aussi « La France est debout ». C’est ici le grand récit national qui est ravivé. Contre la peur, contre le délitement social. Or notre époque de crise sociale, économique, financière, climatique et cette pandémie mettent à l’épreuve les grands récits. Et d’abord le récit scientifique (que nous acceptions comme par magie) qui se démonétise face à l’urgence, et a ses manquements. Mais aussi la légitimité politique, déjà bien mal en point et donc mal placée pour tenir la cohésion par des mots.

Nous voilà donc désunis, en face d’une épreuve renouvelée de la mort. Les uns vont souhaiter restaurer le déni et l’insouciance, et ils ont assurément quelques bonnes raisons de le faire. Et spécialement cette idée que « cela ne concerne que les vieux », ceux qui sont (peu ou prou !) à l’heure de la mort. D’autres vont se fonder sur leur peur ravivée et réclamer discipline et violence pour suivre les mesures… qui symbolisent une solidarité. Et on ne voit pas bien comment éviter ce clivage.

Plus encore, ce qui est mis en avant, c’est « la peur » comme seul outil pour convaincre ceux qui sont justement dans le déni, démarche pathétique car sans espoir. Outil qui va au contraire bloquer les « peureux » dans une panique incontrôlable. Il est assez curieux de voir que nous « avons besoin de nous faire peur » au-delà du raisonnable. Et pour certains, jusqu’à l’incroyable. Les médias se délectent à nous asséner des chiffres qui ne permettent en rien de mesurer la situation, mais bien de nourrir ou étouffer la frayeur. Les chiffres absolus (de morts, d’hospitalisations, de contaminations, de tests effectués) ne servent en rien s’ils ne sont rapportés à une population précise, donnant un taux, et inscrits dans une évolution. (Le travail de réflexion commune de ce blog a notamment porté sur la compréhension et l’interprétation des chiffres et des statistiques).

Cette situation de peur se confronte alors avec les grands récits (religion, science, nation, valeurs) mais en reçoit peu de secours. On peut s’attendre à un retour du discours religieux, présentant le virus comme une sanction divine et néanmoins naturelle, et indiquant dès lors des culpabilités qu’il faut débusquer. Les blessures infligées au vivant, aux animaux, à l’équilibre de la biodiversité, à nos conditions pour respirer et s’alimenter doivent nous procurer ce sentiment de faute. Nous l’avons « bien mérité ». Et notre insouciance, notre méconnaissance, notre imprévision sont aussi des manques pour lesquels un coupable, au sens politique, serait bien utile. Et, pourquoi pas, un bouc émissaire, étrange/étranger au milieu de nous. Coupable pour le virus, coupable pour notre insouciance, coupable pour notre désunion. Et de nouveaux auteurs de grand récit religieux ou scientifique ou charitable pourraient surgir.

Donald Trump est un prêcheur de cette acabit : il construit sans arrêt un discours promettant le merveilleux et l’horreur tout à la fois. Qui peuvent surgir dans l’espace politique national ou dans l’espace économique mondial. Il constitue ainsi une secte, rassemblant des groupes qui s’avancent déjà, et pour conquérir de gré ou de force la majorité des esprits. Il profite aussi de la puissance économique restante de son État. Mais il a évité jusqu’ici presque tous les gestes guerriers, qui briseraient la promesse merveilleuse. Il les a souvent délégués à autrui. Il s’est limité aux manœuvres plus insidieuses.

Les collapsologues pourraient également être regardés comme des prêcheurs d’une nouvelle réalité « après la mort », faite de parfaite solidarité et de vie simple, guérie de nos frustrations mortifères. Par opposition, des climato-sceptiques évacuent tous les signes de crise, et transforment les perspectives sur le climat de grand récit sans caution, parlant d’ailleurs d’une « religion verte », pour mieux la dénigrer. Cette position qu’on dira « scientiste » des gens par exemple favorables au nucléaire et à diverses autres technologies comme pouvant maintenir et même accroître notre confort (la 5G, le voyage spatial…), donc aussi notre plaisir et notre insouciance pourrait être vue comme un déni, un maintien du grand récit du XXe siècle, qui fut assurément un discours crédible et enthousiasmant… jusqu’à la prise de conscience de la menace climatique.

Pour affronter cette situation de pandémie de manière efficace, il faudrait peut-être mieux considérer et mesurer cette peur de la mort. Et d’abord, travail macabre, relativiser ces nombreux morts selon l’évolution de la mortalité annuelle et les causes diverses (accidents, cancers, pollutions, etc.). L’attention à la surmortalité est un bon indicateur, mais il vient a posteriori. Ensuite, se demander si ces morts prématurées sont à ce point intolérables, « quoi qu’il nous en coûte » selon l’expression de Macron. La question est légitimement posée devant la nouvelle vague annoncée : nous n’avons plus l’excuse de la surprise et de l’impréparation. Et sans doute de nombreuses morts pourront être évitées, par de meilleurs soins, un meilleur suivi des Ehpad, un équipement de protection disponible. Faut-il encore s’indigner face à la mort ?

Mais une nouvelle limite surgit alors, et avec elle une nouvelle peur : la résistance et la résilience de notre système de santé. Et notre capacité à adapter une politique de santé aux conditions de cette période d’aggravation. Le risque est grand d’un débordement du système : de manquer de lits, de manquer de médecins, de voir beaucoup de personnels soignants ne plus pouvoir faire face à l’épreuve. Et le risque est réel de voir un recul de la protection sanitaire de la population, faute de soins hospitaliers ou ambulatoires nécessaires : les mesures de protection face au virus alourdissent tous les parcours. Manifestement, la crainte est là. Et que ferions-nous en cas de débordement ? Que ferons-nous pour avoir un personnel infirmier ? Que faisons-nous pour les autres soins ? Que ferons-nous in fine d’un excès de morts ? On ne voit pas se construire un discours rassurant sur une politique de santé publique efficace. D’ailleurs les arbitrages économiques ne sont pas faciles à faire dans une crise sanitaire et économique. On est donc souvent contraint à écouter des promesses relevant de la magie. Ainsi de ces quatre mille lits hospitaliers supplémentaires pour la France (et des 12 000 infirmiers qui devraient les desservir) à créer en trois mois.

La production d’un vaccin anti-virus pour très bientôt, est de ce point de vue à considérer comme une promesse visant à maîtriser la peur. Diverses rumeurs s’y adjoignent, telle la vaccination obligatoire, etc.

Une politique de santé publique, c’est essentiellement une planification. Elle n’est plus aujourd’hui que « bricolée » selon les impératifs budgétaires, et laissée aux partenaires pour la mise en œuvre. L’incapacité à coordonner les acteurs a été patente. Elle ne pouvait venir que d’une coordination, qui faisait défaut. Mais une planification digne de ce nom intégrerait des objectifs de prévention, de services à domicile, de maisons médicales par quartier, de suivi personnalisé (sans se tenir à la demande de soin) et pas seulement des hôpitaux et des « actes » médicaux.

Qu’allons-nous faire alors de cette peur généralisée ? Elle va avoir des effets, psychologiques et somatiques, qu’on ressent déjà comme importants. Et les limites portées à la vie sociale, la vie affective, avec son surcroit de frustrations, le manque de tous ces gestes de convivialité et de rassurance, vont se surajouter à l’état de peur.

Je viens de parcourir un livre qui a déjà trois ans, « N’ayons plus peur ! » du psychanalyste Ali Magoudi (qui est aussi commentateur politique, et le romancier de « Un sujet français » en 2011). Il m’a inspiré en partie pour les réflexions qui précèdent. Le livre, qui ne sait rien donc de la pandémie, a plutôt un ton optimiste. Il vise à désamorcer un repli sur soi consécutif aux attentats de 2015. Il nous invite à « ne pas être soumis à la désorganisation de la pensée induite par un régime généralisé des peurs ». Il parle de soigner des phobies, qu’on peut relier à la peur de la mort, mais qui se matérialisent dans la peur des souris, par exemple. Soigner la peur, nous dit l’auteur, c’est non pas la légitimer en voulant rassurer, mais « repérer l’emprise de scénarios imaginaires qui expédient (les humains) dans l’au-delà, alors que ces fables n’ont aucun lien avec un danger réel ». Mais il est dit aussi : « il ne revient pas au sujet individuel – qui n’est pas le créateur de son propre système culturel – de se dégager seul de comportements que la présente enquête définit paradoxalement comme irrationnels, alors que ces derniers sont devenus des quasi-normes sociales ». Sont visés ici des grands récits, anciens ou nouveaux, discours discriminants du nationalisme ou du colonialisme par exemple, et qui menacent de nous hébéter durablement.

La question de nos peurs face à la pandémie mérite d’être posée et discutée.

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16 réflexions sur « La peur de la mort : le retour ? par Gilbert Chabian »

  1. Beaucoup flirtent avec celle des autres, plutôt que de méditer sur la leurs.
    (Normalement, les poissons ne Pêchent pas.)

  2. C’est quand même pas si compliqué d’accepter les choses telles qu’elles sont , et après :

    Quelle tranquillité, quelle Paix !

    1
  3. Bon-Jour à tou-te-s,

    Pour celles et ceux qui préfèrent la Vie avant l’après…

    « Dédicace antidote peur »

    Quand l’antidote de la peur
    Est notre humaine intelligence
    Il nous revient la bonne humeur
    Qui enchante notre existence !

    Puis l’antidote de la peur
    Se transforme en devenant Joie
    Comme l’hormone du bonheur
    Qui se diffuse par toutes les voies !

    Ainsi l’antidote de la peur
    Nous permet de tisser les liens
    Entre humains qui avec leur cœur
    Ré-enchantent leur quotidien !

    Oui c’est l’antidote de la peur
    Qui nous anime depuis toujours
    A travers tant de jours et d’heures
    Depuis que nous sommes faits d’Amour !

    Combien d’esprits restés stupides
    Auront permis la décadence
    De nos sociétés si cupides
    Malades de leur existence ?

    Signature : luami
    « Médiateur de l’innovation
    Qui allie raison et passion
    Pour mieux vivre le temps restant
    Et en partager les instants ! »

    Bon voyage dans la Vie !
    http://luami.viabloga.com

  4. Est-il réellement question du « retour de la peur de la mort », lorsque comme le rappelle l’introduction du texte, en sous-entendu (interprété personnellement) beaucoup semble se satisfaire, être réconforté du moins, de croire qu’après être passé de vie à trépas en ce « bas-monde » (« déclin » de la civilisation occidentale… pas pour les plus riches, celles et ceux qui ayant plus que bien vécu au dessus de leurs moyens, veulent finir leur vie et laisser en « héritage », le fait de vivre au dessus de ceux moyens, de celles et celles en manquant cruellement – modèle de croissance du pib épuisant et consumant plus de trois planètes par an. quelques unes des plus grosses fortunes mondiales, dont une Française montrée en « exemple » possèdent plus que ce que la moitié de l’espèce humaine, peine à mettre de coté, pas de la rue, mais pour hypothéquer ce qui manquera « demain, après demain » aux futures générations, à la compétitivité » des croissances démographiques des civilisations), après avoir prétendu « mériter » d’être récompensé d’avoir « pris tous les risques »… le « monde à voir », celui de l’après les pandémies, de l’après le détachement des contraintes physiques culpabilisantes de la chair (restriction de liberté, etc/assumer sa part de responsabilité dans le dérèglement climatique, la perte de biodiversité, les « externalités négatives » polluantes… induisant ce genre de futures pandémies, gestions néolibérale des sociétés, des problèmes de santé publique – manque de lits de réa, personnel des services publics hospitaliers, etc – de la misère des inégalités… ) ce « monde à voir » donc pourrait plus les séduire… ?

    Ne serait-ce pas plutôt le « retour »en force de « l’espérance »… à nouveau « religieusement » et « férocement » cultivée… à l’heure ou toutes les peurs de mourir, « de la mort »… de « vivre avec… » … d’être contaminé par des « fausses nouvelles », « théories conspirationnistes », par « l’ennemi invisible » d’une « guerre » prônant le contraire du vivre ensemble, de la tolérance de l’intérêt général (« distanciation sociale », assistanat , sans contreparties, prioritaire, pour sauver les propriétaires privés du temple « économique ». Peur du réfugié… d’un culte différent rassemblant une partie de la population mondiale, la plus démunie discriminée – ventes d’armes au Qatar, à l’Arabie saoudite, à des pétro-monarchies richissimes… ) d’être instrumentalisé par les incertitudes doutes, de la science bataillant contre le « scientisme » (dominant en macro et micro « économie »)… s’entremêlent, se confondent, au point de se valoir quelque part (« moralement »)… alors qu’il est des causes de la mort, qui ne sont pas aussi « naturelles » que la simple vieillesse, la « fin de vie » prématurée (cumule de facteurs de comorbidité et pathologies chroniques, impactant plus les plus pauvres précaires, en état de faiblesse structurelle, conjoncturelle, d’inégalité… d’insécurité, d’injustice, perpétuelle, pour qui plus de 6 générations à patienter dans la file d’attente de « l’escalier social », pourrait ne pas suffire – s’il ne nous reste que trois générations avant la cascade d’effondrements, les « solitons » . Peur des vaccins…)… ?

  5. La peur d’avoir peur est souvent la caractéristique de groupes orientés  » passé » . Il y a d’autres types de peur pour ceux qui privilégient d’autres rapports au temps .

    Si on s’en tient à ceux qui ont peur d’avoir peur ,il faudra pouvoir faire deux ou trois choses atteignables :

    – laisser s’exprimer en demandant et faisant demander,
    – faire participer à la recherche de solutions,
    – vérifier ensemble la réalité des dangers , permettre l’erreur partagée , personnaliser les solutions autant que possible .

    Dans toutes peurs l, a difficulté est celle qu’un psychanalyste doit surmonter vis à vis d’un patient dont le  » corps » ( et sa manifestation ) est malade et qui doit faire un bout de chemin , le temps nécessaire pour que sa « raison » accepte et accompagne la renaissance .

    Sinon , Bernard pourrait rappeler à Johan , le message du Pape en Colombie en 2017 .

    PS : Tiens , je vais renouveler ma demande d’avis de Madame Chabian , sur les peurs de son mari cette fois ci .

    1. Renouvelez, j’entends bien ( et je me demande pourquoi cette demande). Par ailleurs, je ne peux pas soumettre à la question une personne malade. Voilà tout.

      1. Excusez moi ., et je souhaite bien évidemment meilleure santé à votre épouse .

        Sur le pourquoi , c’est parce que je me suis aperçu que lorsque je ne comprends plus rien à ce que je dis ou pense , ma femme me remet les idées en place en moins de deux phrases ( ce qui n’en fait qu’une ) .

  6. La peur est un sentiment qu’il est tout à fait courant et naturel d’éprouver. Elle est liée indissolublement à notre condition humaine.

    La question est la réaction à la peur. Savoir quelle est la meilleure réaction à la peur, ou à telle peur en particulier, n’est que le premier pas, car après avoir déterminé intellectuellement quelle réaction serait la meilleure, il faut encore l’adopter pour de bon, ce qui n’est pas forcément facile ! On se souvient de cette phrase du général Turenne avant une bataille « Tu trembles, carcasse, mais tu tremblerais bien davantage si tu savais où je vais te mener ! » Turenne était admiré pour son courage, mais même pour lui ce courage n’était en aucun cas acquis d’avance, c’était le résultat d’un effort sur lui-même.

    Mais enfin il faut bien commencer par se demander quelle serait la meilleure réaction. Il me semble qu’il y a deux écueils à éviter, d’une part la décomposition dans la panique ou l’obsession du danger, d’autre part le déni. Ce dernier n’est d’ailleurs peut-être qu’une autre forme de la panique : si l’on nie avec insistance le danger qu’on a pourtant tous les éléments pour discerner, ce doit être par « peur de la peur », panique devant le risque de se décomposer si l’on accepte l’existence du danger. La bonne réaction est donc de regarder le danger en face – un navire doit aborder les vagues de front – tout en conservant notre sang-froid. Ce qui, encore une fois, n’est pas toujours facile (n’est-ce pas, carcasse ?)

    Notons par ailleurs que l’injonction peut-être la plus fréquente dans la Bible – elle reviendrait, sous différentes formes, 365 fois – est : « N’ayez pas peur ! »

    Il va de soi que ne pas avoir peur ne signifie pas négliger les dangers. Bien au contraire, puisque nier les dangers alors qu’on en est informé serait le signe d’une « peur devant la peur », une peur au carré en quelque sorte. Il me semble que cela signifie plutôt prendre en compte les dangers avec soin, tenter de les parer avec grand sérieux – car la vie est précieuse, la mienne et celles des autres – et avec autant de sang-froid que je peux en rassembler… mais sans oublier de vivre 🙂 « La vie est plus que la nourriture, et le corps plus que le vêtement » et vivre est davantage que nos efforts pour prolonger nos jours.

    1. Quand la peur est  » trop » , on ne s’en sort qu’avec les autres et/ou un apport extérieur .

      Quand le « trop » de peur s’empare de tout un peuple , il ne s’en sort qu’avec l’apport des autres peuples . C’est la version  » Internationale » de Socialisme ( Fraternité ) ou Barbarie .

  7. Je dirai plutôt que la mort (notre fin) refait surface dans la conscience ; le reste du corps, inconscient compris, sait très bien, et ça depuis la naissance, que tout passe.
    Avoir peur du passage vie -mort est compréhensible mais pour la suite, quand nos molécules rejoignent le grand tout, qu’y -a-t-il d’effrayant ?
    Être conscient du temps limité que nous avons est un formidable moteur pour dire ce qu’on à dire « avant qu’il ne soit trop tard » mais aussi pour l’appréciation de chaque instant, de chaque perception.

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    1. Oui, ce qui disparaît assurément, c’est l’ego, la conscience de soi, et tout ce qu’on y met. Si mon ego disparaît, personne ne pourrait s’en préoccuper aussi bien que je le faisais ! Restent mes restes, et l’image qu’autrui se fait de moi, laquelle s’estompe.
      La vie sait-elle que tout passe ? Ou a-t-elle pour moteur de passer partout et de repasser sous une autre forme de vie ? Et l’inconscient, pourquoi le saurait-il ? L’enfant construit la disparition (de la bobine de fil, puis des morts) progressivement. Par contre l’animal sait souvent qu’il vaut mieux fuir, c’est un réflexe antérieur à la conscience : question développée par Paul dans un de ses trois textes en début d’année.
      Les réactions ne sont pas toutes les mêmes face au temps limité, face au risque de mort, enfin face à la mort « prochaine ». Ma compagne me dit s’être voulue « toujours prête » depuis toute jeune. Moi je n’ai mis en place que récemment (mort des parents) les choses telles que je les ai écrites ici.
      Et la pandémie exacerbe ces réactions diverses, c’est le motif de mon billet.
      Je ne sais si, comme Alexis Toulet dit, la question de « la meilleure réaction » se pose ainsi, par la raison. Il faut prendre conscience, s’apaiser par son expression, et sans doute apporter des réponses collectives. Pas des « mesures », c’est une autre question, mais un discours qui construit de la cohésion, de la convivialité, si malmenée par les mesures justement. Dans lequel nous dépasserons notre peur dont nous avons pris conscience.

      1. Tant qu’on a peur de mourir , c’est qu’on est vivant .

        Sur les affirmations d’attitude devant ce grand questionnement de façon « anticipée » , je reste méfiant tant que l’auteur(e) n’est pas en situation d’urgence . Et encore …. Il y a eu dans l’actualité récente ( Alex dans l’arrière pays varois ) l’exemple de ce couple ( 92 et 96 ans ) que le maire du village a tenté par deux fois de les décider à évacuer leur maison menacée par la crue , et qui ont refusé en affirmant qu’ils préféraient mourir chez eux que le traumatisme d’une évacuation . Quelques heures plus tard , la situation devenant très critique , ils faisaient des signaux lumineux pour appeler à l’aide . Trop tard , tout a été embarqué et eux avec .

        De mon côté , j’ai eu et j’ai une attitude au fil de mon vieillissement ;

        Jusqu’à la soixantaine , l’idée de ma mort m’inquiétait plutôt dans l’esprit : comment ta femme , tes enfants , tes petits enfants vont s’en sortir si tu n’es plus là .
        Quelques morts ou alertes propres plus loin , cette crainte s’est dissipée , pour être davantage présente en tant que peur de souffrir avant de rendre les armes , plus que de mourir . J’en suis là avec morphine et corticoïdes comme béquilles mentales .

  8. Billet très dense qui mériterait discussion pour chaque alinéa.
    En ce qui concerne un éventuel « déni culturel de la mort » dans notre société contemporaine, c’est un sujet de débat chez les spécialistes de la chose.
    D’un point strictement formel, juste trois remarques pour alimenter la réflexion:
    -La popularité actuelle de la crémation (après 2000 ans d’inhumation) constitue un indice fort d’une révolution anthropologique en cours, comme pour les transitions Âge du bronze / premier Âge du fer / second Âge du fer / Antiquité romaine. Là il se passe un truc important concernant nos relations avec la mort.
    -La mort à l’hôpital plutôt qu’à domicile (le laboureur et ses enfants) n’est sans doute pas pour rien dans tout ça.
    -La sensibilité de certains de nos concitoyens au sujet de la mort des animaux destinés à l’alimentation participe à mon avis à ce « quelque chose qui est en train de se passer ».

    Pour aller plus loin, les récents débats sur les relations hommes / femmes, la longueur des jupes et l’ampleur des décolletés, me semblent participer de la même révolution (l’histoire du décolleté à travers les âges est éclairante)
    Éros et Thanatos.
    Avis aux psychanalystes, anthropologues, sociologue et historiens: il y a du pain sur la planche.

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