L’honneur perdu de la collection « Terre Humaine » (1988)

L’honneur perdu de la collection « Terre Humaine » a paru dans L’Âne Le magazine freudien, 34, 1988 : 24-25.

Bien que l’ « enquête de terrain » de l’ethnologue constitue en effet, comme chacun l’imagine, ses vacances, on aurait tort d’imaginer pour autant qu’il s’agisse là d’une mince affaire, ou qu’elle soit sans risques pour celui qui la vit. Il y a vingt ans, Michel et Françoise Panoff publiaient L’ethnologue et son ombre, ouvrage qui revenait avec insistance sur la dimension « galère » de tout terrain ethnologique, et qui fut dans l’ensemble mal reçu pour cette raison même : il ne fallait pas – disait-on – révéler au monde les coulisses de l’exploit ethnologique, fait d’aventures captivantes sans doute, mais aussi de sinistres naufrages. D’autant que certains, et non des moins fameux, font cependant carrière sur les quelques provisions qu’ils ou elles ont pu arracher à l’épave avant son engloutissement.

Les leçons frustrantes que relatent l’expérience exotique des prédécesseurs sont supportées durant les quelques années de l’apprentissage comme le prélude inévitable à la seule expérience de terrain qui compte : la sienne propre. Où l’on découvre alors hélas quelquefois que l’on n’était pas fait pour la solitude prolongée, ni pour l’hostilité passive ou même active de villageois dont la vie apparaît sur le coup mesquine, brutale et abrutie. Mais il est alors bien tard : ethnologue l’on est devenu et on le restera. La désillusion se maintiendra, cachée : la carrière sera menée sur le mode du demi – ou des trois quarts de bluff. Ce sera sous l’empire de la fatigue et de l’alcool que l’on confiera une nuit : « J’ai récolté trois mythes en tout et pour tout, est-ce que je peux décemment faire une thèse avec cela ? ». Ou plus tristement encore, « Je me levais vers midi et je consacrais à ma toilette plus d’une heure. Parfois, je me brossais les dents pendant vingt minutes. À dix-sept heures, vaincu par l’écœurement qu’ils provoquaient en moi, j’allais me coucher ».

Les terrains les mieux préparés, les plus proches des préférences initiales, virent aisément à la haine de l’autre : Sauvage coupable d’être le témoin d’une déchéance, et dans la haine de soi : sa propre personne, insuffisamment et mal cartographiée, inadéquate, incapable d’approcher une vie qui est pourtant celle quotidienne de l’homme objet d’observation. Alors, quand on part à contre-cœur : « un dernier recours, un prétexte pour ne pas perdre une occasion d’aller sur le terrain », qu’il s’agit d’un troisième choix après d’autres plus séduisants, quand enfin la fondation soutenant financièrement votre aventure rejette un appel au secours : votre supplique d’être rappelé et affecté à un autre terrain, alors, toutes les conditions sont réunies d’un naufrage, d’un désastre personnel.

Et c’est ce qui advint à Colin M. Turnbull [1924-1994], autrefois ethnologue heureux des Pygmées Mbuti, et devenu par indignité, au début des années 1970, la bête noire de l’ethnologie : rejeté par la profession, pour une fois unanime, dans les ténèbres extérieures. Mis au ban, c’est peu de le dire, et ce dont il ne s’est pas relevé, quinze ans plus tard. Il faut lire attentivement et, peut-être, avec commisération, les quelques lignes prudentes qu’il accepta d’écrire en 1986 pour une deuxième édition française de ses Mountain People (1972), traduits une première fois en 1973 comme Un peuple de fauves, et une seconde fois aujourd’hui – et de mal en pis – comme Les Iks. Survivre par la cruauté. Nord Ouganda.  « J’ai supprimé dans cette édition Terre Humaine », écrit-il, « deux passages qui suscitèrent, il y a quinze ans, beaucoup d’émotion. Ces passages concernaient une solution autoritaire que je préconisais : le déplacement de cette population, dans son intérêt. Les Iks vivent toujours auprès de leur montagne sacrée. Voilà un fait objectif. Je regrette cette solution violente que je proposais, il y a quinze ans, et qui était l’expression de mon désespoir devant une impasse ».

Hélas, il y a bien plus et bien d’autres choses dans les passages aujourd’hui censurés qu’un « simple » plan de déportation des Ik prévoyant « une opération d’encerclement quasi militaire pour les empêcher de fuir » et la dispersion ultérieure des hommes, des femmes et des enfants « par petits groupes d’une dizaine », il y a aussi l’aveu d’avoir soustrait à la consommation d’une population atteinte par une famine abjecte, deux petits léopards, un babouin, un chimpanzé et « d’autres animaux domestiques plus communs », il y a aussi et surtout cette malédiction inédite sous la plume d’un ethnologue et adressée à ses hôtes :

« Heureusement, les Iks ne sont pas nombreux – environ deux mille – et ces années ont encore sensiblement réduit leur nombre. J’espère donc que leur isolement restera aussi grand que par le passé, jusqu’à ce qu’ils disparaissent complètement. Je déplore seulement que tant d’individus doivent mourir lentement et douloureusement, avant que la fin arrive pour tous ».

Qu’avaient donc fait les Ik à Colin M. Turnbull pour mériter tant de haine ? Ils l’ont moqué, ridiculisé pendant deux longues années, sort commun à bien des ethnologues. C’est tout me direz-vous ? Eh oui, c’est tout mais c’est beaucoup, car Turnbull n’est apparemment pas de la race qui pardonne. Ils ont mérité ainsi qu’un ethnologue les mette en scène, peut-être à jamais, comme ceux qui « survécurent par la cruauté ».

Population de chasseurs contrainte à une reconversion rapide dans l’agriculture, les Ik habitent au Nord Ouganda une zone-refuge de maigres savanes situées entre des collines parfois assez hautes. Les commentateurs récents [écrit en 1988] font grand cas de la création sur leur territoire du parc naturel de Kidepo : inconséquence en effet d’une autorité coloniale (nous sommes en 1946), qui, sous prétexte d’abstraire l’Homme de la Nature, l’en exclut et le réduit à la faim. Il faut se souvenir cependant que les populations africaines étaient parvenues historiquement à conquérir une certaine stabilité démographique malgré un tribut énorme payé à la maladie ; les apports – même parcimonieux – de la médecine européenne, tels que vaccinations, antibiotiques et antipaludéens, conduisirent partout à des explosions démographiques difficilement assimilables. Il ne va pas de soi, dans ces conditions, que les états issus de l’indépendance puissent se permettre aisément de tolérer en leur sein des populations, elles-mêmes en expansion, de chasseurs avides d’immenses territoires de savanes.

En 1964, Turnbull découvrit un peuple Ik affligé par la disette et partiellement absent, émigré vers des régions moins éprouvées. Victime d’une vision dévoyée des sciences humaines qui envisage son rôle de manière caricaturalement objectiviste, Turnbull se conçut semblable à un correspondant de guerre : « l’ethnographe est un reporter avant d’être un analyste », écrivit-il lorsqu’il eut à se défendre devant ses confrères. Aucune intervention donc de l’ethnologue, dans un contexte qui s’apparentait merveilleusement à des « conditions expérimentales ». Geddes relève dans le texte de Turnbull qu’un jeune homme appelé Kauar meurt d’inanition alors même que l’ethnologue l’employait à collecter son courrier à deux jours de marche, fait qui prend une dimension particulièrement dérisoire lorsque l’on sait que Turnbull disposait d’une land-rover ! À sa décharge toutefois, l’incapacité manifeste de l’ethnologue à interpréter avec justesse les signes de la famine dans les personnes.

Dès le début de son séjour, l’ethnographe s’associa aux projets gouvernementaux de déportation des Ik. Plus tard, il abusa aussi de sa situation d’autorité en s’introduisant par effraction dans les grottes sacrées où les Ik enterrent leurs morts. C’est ainsi que se construisit son opinion des Ik comme inférieurs en humanité aux babouins. Les Ik le lui rendirent bien. McCall, un collègue, a parfaitement analysé la situation qui s’était mise en place : dans le contexte existant de famine et d’aide internationale, les Ik refusaient de reconnaître l’extrême dépendance où ils se trouvaient vis-à-vis de ceux qui pouvaient les aider d’une manière ou d’une autre, et leur répondaient sur le mode d’une dérision que Joseph Towles (l’ethnologue noir américain qui accompagna Turnbull un moment) qualifie de « stoïque », et que McCall rapproche du Galgenhumor évoqué par Freud dans Le mot d’esprit : le ricanement nietzschéen exprimant une rébellion sans espoir. L’ethnologue était aux yeux des Ik l’un des éléments du mal nécessaire que constituait cette dépendance à l’égard de ceux qui contribuaient pourtant à tempérer quelque peu leur déchéance.

Le texte, publié aujourd’hui par Terre Humaine sous le titre Les Iks, inclut, outre Un peuple de fauves, un ensemble d’appendices dont la pièce Les Iks, montée par Peter Brook, écrite par Colin Higgins et Denis Cannan, et inspirée du livre de Turnbull. L’ethnologue y est situé plus lucidement que dans son ouvrage : il y apparaît comme un benêt entretenant des peuples « ethnographiables » une représentation naïve et stéréotypée, ses a priori le conduisant à être roulé dans la farine pas des Ik qui le confrontent au pragmatisme cynique auquel la famine les a acculés. Cette réalité apparaît détestable à l’ethnographe, non pas en raison de ce qu’elle est comme tourment, mais parce qu’elle le frustre de ce qui a seul justifié sa venue : une vie sociale luxuriante faite de solidarités massives et de manifestations fastueuses.

Que les Ik aient constitué le cauchemar d’un ethnologue appelé C. M. Turnbull, la chose est désormais avérée. Mais que celui-ci se soit en conséquence arrogé le droit de mettre en scène sa haine et son ressentiment, en désignant les Ik à la vindicte du monde, voilà qui est insupportable. Un terrain qui tourne mal, qui vire à la haine, autant d’évènements qui relèvent de l’expérience privée ; leur accorder publicité par la publication est une erreur : le fantasme relève de la fiction romanesque ou poétique, non de la collection Terre Humaine qui s’est acquise une réputation inégalée dans le domaine des sciences de l’Homme. Comme le fait remarquer l’ethnologue Geddes : « même si la sentence de mort prononcée par Turnbull sur la culture Ik ne s’est pas concrétisée, la réputation du peuple Ik demeure en jeu ». La réponse embarrassée de Turnbull consistant à affirmer qu’ « il aurait dû être clair que mon livre ne s’adressait pas aux anthropologues », ne fait qu’aggraver son cas : c’est précisément lorsque l’on sort du cadre strict de la littérature professionnelle, que la retenue déontologique devrait s’exercer avec une vigilance toute particulière.

Dans ces conditions, la publication en 1972 de l’ouvrage de Turnbull fut une erreur, sa republication en 1987, alors qu’ont été mis à jour la rancœur injuste de l’auteur, sa mise en scène truquée d’une réalité tragique, les modalités même de sa falsification, c’est, cette fois, et sans aucun doute possible, une faute. Et, d’autant plus, que le prestige de la collection Terre Humaine semblera cautionner aux yeux du lecteur le texte de l’ethnologue. On trouve, il est vrai, à sa suite, le commentaire éclairant, empreint d’une grande humanité et digne cette fois de l’ethnologie, de Joseph Towles qui accompagna au début Turnbull, puis revint plus tard en pays Ik. Le fait que l’éditeur n’ait pas pris la peine de réconcilier, de Turnbull à Towles, l’orthographe des noms propres, révèle le peu de cas fait de ce témoignage autrement respectable (on lira aussi avec intérêt, l’interview accordée par Towles, et publiée dans Libération le 6 octobre 1987).

Pourquoi republier alors ce document atroce qui ne reflète que la mauvaise humeur meurtrière de son auteur ? Faudrait-il prendre à la lettre la justification offerte par Jean Malaurie à la suite du texte ? Si oui, il convient de s’inquiéter que celui-ci se révèle si mal informé des éléments du dossier : ainsi, par exemple, les Ik n’étaient pas « une ethnie inconnue », au moment de l’enquête de Turnbull, et celui-ci n’était pas l’« unique témoin occidental » – à moins qu’un ethnologue américain noir ne puisse être compté à leur nombre ; la famine en pays Ik ne se déroulait pas non plus dans « l’indifférence générale » et l’ethnologue mentionne l’aide internationale ; Turnbull ne « s’est pas fait violence pour rester » : il s’est plus simplement vu refuser de rentrer par ses employeurs ; il ne manifesta non plus aucune « volonté de tenter, par un témoignage écrit, de (…) porter secours en alertant l’opinion la plus large », puisqu’il avoua par ailleurs avoir conservé son matériel sous le coude durant six années, « faute de trouver », dit-il, « un moyen de l’utiliser dans un cadre académique conventionnel », et ainsi de suite.

Plusieurs faits rendent en outre l’entreprise de republication éminemment suspecte. Pourquoi ne pas avoir repris dans la partie de l’ouvrage qui se présente pourtant comme « les Iks et l’opinion internationale », certains des commentaires critiques parus autour de l’ouvrage, rédigés par des ethnologues en 1974 et 1975 ? Pourquoi – contrairement à l’habitude de la collection Terre Humaine – présenter en jaquette un dessin « dramatisant » une des photos présentées en pages intérieures ? Quelle est l’intention qui se cache derrière la traduction de Mountain People, en Les Iks. Survivre par la cruauté ? Quel est surtout le sens du texte en quatrième de jaquette qui affirme entre autres infamies que « le rire des Iks a glacé le Britannique Colin Turnbull qui, durant une année, s’est obligé à regarder l’horrible », ou mieux encore, « les Iks (…) ne sont-ils pas les frères des marginaux au chômage de notre société en crise ? », « le ‘stress’ renforcerait-il une société en dérive ? ».  On croit rêver !

S’agirait-il d’en finir avec les Sauvages, en nous présentant une population dont il est suggéré – contre toute évidence – qu’elle réagit à la famine selon sa nature, c’est-à-dire par l’abjection ? Il y a quelques années, la télévision nous présentait le film de Satyajit Ray, Tonnerre Lointain (1973), chronique toute en pudeur d’une famine indienne, montrant les victimes s’isolant pour mourir discrètement, sans déranger ceux à qui il est donné de survivre encore pour une durée incertaine. Parmi les participants à la table ronde qui s’ensuivit, un très savant indianiste qui avoua candidement n’avoir rien compris à l’argument du film. Heureux Européens ! qui, confrontés à la mort par la faim, confessent n’y rien comprendre. C’est un interlocuteur de Joseph Towles, l’agent de police Tukei, qui s’avère le plus clairvoyant quand, pour caractériser l’égoïsme individuel des Ik au plus profond de la famine, a ces paroles d’or : « Ces gens-là ne se conduisent pas comme des Ougandais, Mr Joseph, ils sont comme des Européens … ».

Locoal, le 31 octobre 1987.

Références :

Colin Turnbull, Les Iks. Survivre par la cruauté. Nord Ouganda, Terre Humaine, Plon, Paris, 1987.

Colin Turnbull, Un peuple de fauves, Stock, Paris, 1973.

Fredrik Barth, « On Responsibility and Humanity: Calling a Colleague to Account », Current Anthropology, 15, 1974 : 99-102.

P.J. Wilson,  G. McCall,  W.R. Geddes,  A. K. Mark,  J. E. Pfeiffer,  J. B. Boskey & Colin M. Turnbull,  « More Thoughts on the Ik and Anthropology », Current Anthropology,  16, 1975 : 343-358.

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5 réflexions sur « L’honneur perdu de la collection « Terre Humaine » (1988) »

  1. Au fil des lectures sporadiques que le temps me laisse dans l’exploration des écrits de l’effondrement, je me suis souvenu d’un passage que Joseph Tainter consacrait à une population africaine.

    Celle-ci était prise pour exemple de la disparition d’une société humaine par la raréfaction progressive et inéluctable des ressources environnementales disponibles dans un contexte de changement climatique irréversible mais n’en modifiant pas moins l’attachement géographique indéfectible de ces êtres humains à leur territoire malgré son inhospitalité quasi définitive.

    Il en décrivait la lente déréliction manifestée par des pratiques graduellement déshumanisantes. Y figurait notamment et selon ses dires la mise en esclavage systématique des enfants dès leur plus jeune âge (5-6 ans), poussés à voler les récoltes alentours par le chef de famille afin d’apporter les moyens de subsister à ce seul adulte, les enfants étant alors invités à garder leurs distances ne devant se contenter que des quelques miettes restantes,tandis que les femmes étaient poussées sur les chemins pour trouver une aléatoire pitance de quelques racines disparates dans l’errance de chemins désertiques.

    D’autres détails lugubres et cruels placés ça et là signalaient ce peuple comme le parfait exemple d’un ensauvagement provoqué par la rudesse des conditions d’existence dans un récit aussi pathétique que désespérant.

    Puis le souvenir diffus gagnant, une nouvelle recherche du texte me remémora qu’il parlait lui aussi des Iks. Je me pose désormais la question de savoir si du coup ne s’appuyait pas sur le témoignage ethnographique ou les confessions dépressives de Turnbull pour échafauder sa théorie de l’effondrement. Si le sujet n’avait pas été abordé dans un billet précédent, auquel cas serait immédiatement sollicité le pardon pour ce vil défaut d’attention, je laisserai le maître des lieux apporter son éclairage.

    1. C’est en effet des Iks que Tainter parle dans L’effondrement des sociétés complexes (pp. 20-21), sa référence, c’est le livre de Turnbull. Son bouquin est de 1988 : la même année que mon compte-rendu.

      1. Cela fut aussi repris dans Books, il y aqqs années
        (revue des fois sulfureuse quand O Postel-Vinay prenait la flûte climato-sceptique, fut-ce en haute compagnie (Freeman Dyson, décédé, et la revue, elle, est en faillite depuis peu)

        Je n’avais pas idée de la part des choses quand je l’avais lu.

        Mais l’égoïsme en situation d’extrême dénuement ne me semblait pas étranger à la palette humaine, même si pas privilégié dès que la moindre alternative existait.

  2. Je me souviens en effet qu’à la lecture de ce bouquin, j’avais eu beaucoup de mal à croire ce récit, qui ne reflétait en rien mes propres expériences de terrain, et que j’avais longuement réfléchi à ce qui avait bien pu arriver chez les Ik, pour que Turnbull en revienne si enragé.
    En dépit de l’objectivité de principe dont s’arme l’ethnologue, je crois que les plus belles études ethnographiques sont précisément celles où la subjectivité s’y exprime largement, lorsque l’ethnologue “tombe amoureux” de son terrain.

  3. J’avais lu le livre de Terres humaines sans comprendre grand’chose et sans le terminer. J’avais ressenti une impression de malaise grandissante.
    Merci, Paul, d’avoir rendu justice aux victimes.

    Donc pesé, jugé et exécuté. Qui ça? Nous.
    Nous européens, avons tous quelques (petites) choses de Turnbull en nous: vindicatif, sommaire et expéditif.

    Tous? Non pas tous.

    Entre 1815 et 1860, la Marine a régulièrement envoyé en mission de découverte autour du monde des équipages de marins, médecins-naturalistes, astronomes, géologues et ethnologues (en herbe, cependant observateurs et perspicaces). Leurs consignes étaient invariablement de respecter les peuples îliens nouvellement découverts. Ils se sont fait agressés, ils sont tombés dans de véritables pièges sans jamais répondre.

    Parmi les exécutants de ces voyages au long cours, beaucoup étaient opposés aux thèses du ‘bon sauvage’ de Rousseau. Ils savaient qu’ils n’apportaient pas le progrès. Et ils avaient en horreur le colonialisme (pas pour longtemps, 50 ans pour virer vent debout) . Les contre-exemples du Portugal et de l’Espagne, et surtout des Britt (officiels et baleiniers) en Australie et Tasmanie-Terre de Van Diemen, étaient bien connus. D’autre part la Société des Observateurs de l’Homme avait été probablement influente parmi ces hommes.
    Les scientifiques ont sérieusement travaillés. Leurs moissons et leurs découvertes ont été respectables, mais il ne s’est pas trouvé de Darwin parmi eux. Et par bonheur aucun Turnbull.

    Restant sur le même sujet, violences et honneur perdu, je signale un petit livre:
    Le Malaise Turc par Cengiz Aktar, Editions Empreinte. Dans la région, depuis 1918, l’avenir n’a jamais été souriant. Quelques uns conspirent à le rendre très sombre.

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