Victoire des multinationales par K.O. sur l’establishment ?, par Thomas Saupique


Arnold Schwarzenegger fut d’abord un banal migrant autrichien. A force d’efforts il deviendra d’abord Mister Universe puis acteur hollywoodien. Mais comme Reagan en son temps, ce ne fut pas tout. Il surprendra par son désir de devenir politicien. Lorsque l’on connait l’ingratitude de la fonction, il fut désigné sans surprise facilement par ses pairs et ses fans, gouverneur de la Californie deux mandats durant. Considéré comme un républicain modéré, affirmant être conservateur sur les questions fiscales mais progressiste concernant les question sociales, Schwarzenegger est toujours actif sur les réseau sociaux, lui qui, s’il était né sur le sol américain, aurait certainement convolé vers une présidence des Etats-Unis, parfaisant cette image de “l’American Dream”. Arnold donc, a publié une video récemment sur Twitter qui a accumulé déjà plus de 38M de vues. Evoquant l’histoire de la Nuit de cristal (1938), il rapproche ce tragique évènement de l’insurrection menée le 6 janvier contre les représentants siégeants alors au Capitole, en rappelant qu’une identique abondante propagande mensongère fut le carburant de ces 2 expressions historiques différentes de violences populaires. Au delà de son indignation face à l’attitude des certains élus de son parti Républicain, Schwarzenegger reprend dans sa video une métaphore qui a le mérite de parler d’elle même. Il compare la démocratie à une épée que le ferronnier plongerait dans l’âtre brulante, martèlerait coup à coup puis tremperait dans l’eau glacée pour la rendre toujours plus robuste, tranchante, indestructible. Cet épisode marquant de l’histoire du début du XXI ème siècle des Etats-Unis auquel nous venons d’assister donnera-t-il raison à ce fervent défenseur de l’idéal américain ? En somme, la démocratie va-elle ressortir plus forte d’un tel épisode ? Je pense personnellement que oui, sur le moyen terme. Mais je pense aussi que cette violence est symptomatique de la transition difficile a opérer entre une phase néo-libérale finissante du capitalisme où la règle d’or était le recherche à tout prix du profit. Et une phase montante dite “responsabilisante” ou “consciente” encouragée par un duo inédit Biden / Harris.     

Le bateau tangue et toute la planète entière s’accroche aux balustrades. Il va sans dire que le grand frère américain de la fratrie des nations Occidentales semble fiévreux depuis les attaques du 11 septembre 2001 et la crise de 2007-2008. Sa petite soeur rebelle la France et bien d’autres nations amies ou ennemies observent. Inévitablement ébranlés par ce qui nous indique une transformation de taille en cours dans notre famille d’appartenance, il me semble cependant que ces évènements sonnent l’oraison funèbre du fameux néo libéralisme américain qui devrait entamer sa phase de mutation.

Bref retour en arrière. Depuis 1945, l’avance industrielle outrancière et la prospérité des USA sur les autres Nations en pleine reconstruction post WW2 ont permis 75 ans d’extravagantes dépenses militaires, seule industrie importante aujourd’hui 100% localisée sur leur territoire national. Ce qui ne les empêche pas de privatiser des missions pourtant régaliennes, comme de confier à des entreprises privées (Blackwater now Academi) le soin de recruter des mercenaires pour commettre partie de leurs actes de guerre. La République Vénitienne faisait de même en son temps, elle qui en avait aussi les moyens, plusieurs siècles avant. Et les tableaux exposés au Palais des Doges sont les mémoires sanglantes de ces batailles navales bestiales. Dans cette marche en avant de l’idéologie capitaliste américaine confortée durant l’après guerre les années 80 marquèrent le début d’un nouveau courant de pensée, rendu possible grâce au dollar US devenu roi des transactions commerciales et financières (gold standard, 1973). 1980 où le début d’un cycle de 40 ans de croissance financière menée à grand train par Wall Street, sur fond de dérégulation des marchés. Un phénomène d’une importance capitale lorsque l’on regarde 40 ans plus tard l’état des institutions publiques aux US. Si les marchés eux se portent comme des charmes, protégés par l’archange Fed (Federal Reserve System), le fonctionnement démocratique semble lui bien grippé.

L’avènement de Trump président élevé totalement hors sol, sans expérience des arcanes institutionnelles est un premier symptôme de taille. Trump ou l’exemple parfait du néo libéral accompli, au culot sans limite, sans foi ni loi. L’anti héros tel Clint Eastwood en Dirty Harry, Henry Fonda dans “Il était une fois dans l’Ouest”. Une personnalité comme seule l’Amérique peut les aimer, excessive, vulgaire, inimaginable pour représenter une nation. Mais si. Donald Trump ou l’homme le plus ambitieux de la caste des nouveaux riches, vivant de la rente démultipliée de leurs capitaux personnels. Comment ? Grâce à la théorie néo libérale pardi ! Encouragement des profits à court terme obtenus par la réduction des coûts de la main d’œuvre, corvéable à merci et non syndiquée. Délocalisation des industries vers le Mexique et l’Amérique centrale d’abord puis la Chine et l’Asie ensuite. Compétition déloyale, augmentation significative des transports longues distances et de son impact environnemental, casse de la working class organisée en Unions, chômage… Cette histoire c’est celle de ces 40 dernières années. La société de consommation se mondialise, les échanges commerciaux et de personnes s’accélèrent dramatiquement au profit d’un certain cosmopolitisme et d’une production de richesse supplémentaire élevée oui mais…

Pourtant Reagan, merci Milton Friedman, nous l’avait promis : non le “trickle-down effect” n’aura pas lieu. Les Happy Few seront donc plus riches et d’autres en conséquence deviendront exagérément pauvres. Ce manque de redistribution des bénéfices d’un effort pourtant collectif se concrétisera par l’arrivée des fonds d’investissement, nouveaux acteurs majeurs sur les marchés financiers. Ces mathématiciens de la spéculation cherchent des rendements de plus en plus rapides et développent des stratégies sophistiquées aboutissant notamment au trading à haute fréquence. La mode est celle des avocats d’affaires qui savent faire adroitement échapper les corporations à la taxation grâce aux montages financiers usant de l’accueil discret et cinq étoiles des paradis fiscaux, qui bizarrement ne sont que rarement brocardés par les chefs d’état.

Les salaires de la “working class” stagnent, les infrastructures publiques locales et nationales se dégradent. Les pouvoirs de la classe des nantis sont accrus au point de rendre certain d’entre eux dangereusement décadents, rien ne résistant au pouvoir de l’argent. La vieille Europe a connu ce phénomène à la cour des rois souvenez-vous ! Oisifs en leur temps, certains nobles s’enivrèrent tellement au point de voir leur bon roi décapité… Addiction à l’ivresse des cinq sens, recherche d’un confort absolu, désir de luxe individualisé, tentation du repli sur soi. Le contrat de société néo libéral est radical : il autorise l’enrichissement extrêmement rapide d’un petit groupe d’individus et le développement de technologies nouvelles mais coupe les amarres avec les notions d’éthique, souvent empruntées au spirituel. Les entreprise sont prédatrices entre elles et n’assument guère leur part de responsabilité que sous la pression des consommateurs et du législateur, rejouant David contre Goliath. Les multinationales pratiquent l’exil fiscal, l’obsolescence programmée, la non participation au paiement des fameuses “externalités” économiques et utilise le lobbying politique pour maximiser leurs profits. Le contrat de société néo libéral implique l’utilisation de la propagande publicitaire pour fidéliser ses consommateurs. Et à se structurer verticalement grâce à un management des ressources humaines mesuré en terme de soumission, remplaçabilité, rentabilité. C’est dire combien les valeurs de solidarité ont été oubliées. 

Bien entendu, il y a chez les Américains cet encouragement de la créativité sous toutes ses formes. Une vision séduisante à bien des égards et qui a prouvé de son efficacité dans bon nombre d’industries. Mais la polarisation idéologique actuelle de la population nous donne un aperçu des injustices créées par cet écart grandissant entre les détenteurs du capital et les forces de travail. Les pro Trump aiment à croire que la fermeture des frontières les préserverait d’une compétition avec les nouveaux migrants et rendrait ses habitants plus riches. Certainement. Cependant, ils se trompent sur l’ennemi. La trahison de la working class a été faite dans les années 80 lorsque la classe managériale encouragée par les classes dirigeantes et possédantes (spéculateurs, rentiers) souhaitaient voir les marges de profitabilité augmenter. Il va sans dire que la gestion des ressources humaines est moins contraignante lorsque votre usine recrute des paysans parfois illettrés dans un pays sous développé pour occuper des postes d’ouvrier. Au lieu de rester à Detroit Michigan pour produire ses voitures, GM s’installe au Mexique. Le néo libéralisme est un rapport de force dans lequel les actionnaires gardent toujours la main. Et c’est ce qui rend la discussion si compliquée avec les Trumpistes qui sont persuadés que les migrants représentent la fin d’un certain vivre ensemble américain sans admettre que Trump lui même recrute à tour de bras ces mêmes migrants pour les faire travailler dans les hôtels, golf clubs et autres restaurants où la main d’oeuvre à bas coût est très recherchée. C’est tout le problème du néo libéralisme. L’injonction est paradoxale : “Je veux des employés dociles et peu chers mais je ne veux pas de leur enfants dans l’université de mon fils. Je veux bien qu’ils me servent à manger dans mon restaurant favori mais pas qu’ils mangent et parlent différemment à la table d’à côté. Je veux bien faire des affaires avec eux mais certainement pas risquer demain de les voir racheter mon business”. Le drame le plus cocasse est que nombreux sont les migrants qui cherchent à fuir leur pays pour rejoindre les USA car leur qualité de vie s’est drastiquement dégradée suite à l’ingérence américaine dans les propres affaires de leur nation (vente d’armes, opération de déstabilisation, corruption). 

Ce qui se déroule sous nos yeux avec l’éviction quasi forcée de Donald Trump de son fauteuil de président signe selon moi le moment funeste du cycle haut de la croissance néo libérale. Trump, pur produit de cette époque est l’homme d’affaire qui ne résiste à aucun caprice, aucune lubie, qui repousse les limites de ce qui peut être obtenu grâce à la baguette magique du billet vert. Mais la fin de la récréation pourrait bien sonner. Les alternatives numériques au dollar US se multiplient et les Chinois comme les Russes, les Iraniens, les Vénézuéliens et autres nations particulièrement concernées par la politique de sanctions menée selon les intérêts unilatéraux des Américains, entendent bien retrouver leur liberté de commercer. La “fintech” avance plus vite que les institutions qui par nature sont plus lourdes et moins agiles que les opérateurs privés en pleine révolution numériques des transferts de devises. Trump comme Biden sont les derniers dinosaures d’un monde en mutation accélérée. Macron pourtant plus jeune assiste lui aussi démuni à cette perte du modèle d’autorité patriarcale traditionnelle. La nouvelle génération fonctionne en réseau, en équipe, connectée. La différence de taille entre Donald Trump et une autre icône américaine aka Schwarzenegger, c’est que le premier a hérité d’un empire immobilier colossal, constitué de toute pièce grâce à la détermination de sa grand-mère paternelle, veuve allemande déracinée, puis de son père Fred Trump. Tandis que le second lui a construit de zéro sa propre réussite et semble se distinguer pour avoir conservé un certain sens de la gratitude pour ce qu’il a reçu. 

Mais comment l’impensable élection de Trump en 2016 face à Hillary Clinton est survenue ? Finalement assez logiquement : en appliquant les techniques propres au contrat néo libéral. Trump s’est appliqué à construire sa notoriété auprès de la “working class” en étalant généreusement sa vie privée et son argent dans les pages people et les émissions de télé réalité pendant les 15 ans précédant son élection. Pour le reste, il n’a eu qu’à surfer la vague de lassitude vis-à-vis des Démocrates dont les programmes révolutionnaires sont systématiquement perçus comme des postures électorales peu suivies de concrétisation (Clinton, Obama). La working class elle à l’arrivée se voit toujours prise en tenaille entre un immigrant et un manager, à savoir tiraillée par la peur de perdre son job. Trump avec son discours pourtant démagogique mais bien éloigné de celui très mesuré des figures politiques classiques, réalisa en 2016 le miracle de déposséder soudainement l’establishment démocrate et républicain de la fonction reine du pouvoir : la Maison Blanche. S’en suivent quatre ans d’une nation submergée de déclarations équivoques et de provocations diverses. Broutilles au regard des 40 ans de néo libéralisme.

Donald Trump est la créature née de la théorie économique de Milton Friedman qui méprisait le Keynésianisme et qui fut le démiurge du retrait de l’Etat des affaires. Trump n’en n’est pas l’inventeur. Héritier d’une fortune, devenu adulte durant cette phase néo libérale débridée, il incarne admirablement le goût du luxe de cette période : ce que l’on appellera chez nous le “bling bling”. Cependant, cette fin de cycle révèle au grand jour un autre type de leaders. Plus réfléchis et partageant avec Schwarzenegger l’obstination unique des self made men, il s’agit des gourous multi-milliardaires (Bezos, Musk, Gates, Zuckerberg, Branson…). Promoteurs des nouvelles technologies, ils se sont enrichis sans limite durant cette même séquence historique néo libérale. En retirant les “frictions” dans la vie des consommateurs que nous sommes, ils rendent les choses plus simples et confortables grâce à des outils numériques. Ces quadra, quinqua ou sexagénaires qui ont grandi dans ce contexte favorable à la liberté d’entreprendre mais extrêmement compétitif (prédation) et sont devenus les visionnaires d’un monde en pleine mutation. Architectes aux commandes de la machine de production numérique, de l’imaginaire, de l’information et des relations virtuelles, ils sont désormais à la tête des programmes spatiaux les plus complexes et orientent les grandes évolutions concernant l’organisation du travail, l’apprentissage, la vie privée, l’éthique, l’impact des énergies et des politiques environnementales de demain… Cette crise marque donc aussi l’avènement de ces nouveaux gourous de la Silicon Valley dont le moindre tweet est suivi d’une réaction immédiate de millions de followers. A l’avant garde des industries les plus innovantes, ils décident de manière univoque où, comment, combien, pourquoi investir dans telle ou telle direction. Une influence de ces gourous qui souligne en creux la perte d’autorité des leaders actuels de l’establishment américains, dont la fonction a été finalement reléguée à celle d’administrateur plus que d’acteur de premier plan dans les processus de décision. Là encore, le résultat de 40 ans à museler l’intervention du politique pour laisser la bride sur le cou aux entrepreneurs chers à Milton Friedman. Cependant, la génération de ces septuagénaires voir octogénaires associée à ce cycle (Pelosi, Biden, Trump, Sanders, McConnell…) étant par nature vouée à disparaitre prochainement de l’échiquier politique, la nouvelle génération de leaders composée de voix plus féminines (Harris, AOC, Cori Bush, Ilhan Omar…) se fait déjà entendre. Elle aura fort à faire pour inspirer cette transition de leurs concitoyens et du milieu des affaires vers de nouvelles règles du jeu et un retour des politiques publiques, le sang de l’idéal commun de toute nation démocratique (Egalité, Fraternité). Ainsi comme Angela Merkel en Allemagne, il semblerait bien que Kamala Harris soit en position idéale pour incarner une énergie féminine du pouvoir durant les années à venir et dans le cas de Kamala, une vision multiculturelle de la société. Sortie à inventer de ce cycle durant lequel la notion de profitabilité fut le sceau implacable du néo libéralisme. 

Qui a dit qu’être adulte c’était avant tout savoir prendre ses responsabilités ? L’expérience de la pandémie va-t-elle nous faire grandir et nous permettre d’affronter les challenges planétaires environnementaux de demain ? L’Occident va-t-il s’ouvrir à collaborer davantage avec l’Orient (Inde, Chine) en matière de gestion d’infiniment plus large groupes d’individus ? Quant à la démocratie, sera-t-elle assez solide pour résister, comme le glaive trempé dans le plus solide des aciers ? Tout dépend de nous parait-il ! Bonne chance à tous donc.  

Partager :

22 réflexions sur « Victoire des multinationales par K.O. sur l’establishment ?, par Thomas Saupique »

  1. Bonjour,
    7e paragraphe, 6e ligne, il y a une coquille sur le “et” de “gestion des ressources humaines et moins contraignante”.
    Cordialement

    1. Tant qu’on y est, même si tout le monde sur le blog sait qui est ‘AOC’ ce serait peut-être mejor de mettre Alexandria Ocasio-Cortez… ? 🙂

  2. A mon sens, si une chose est certaine, c’est que ca ne va sûrement pas renforcer la démocratie aux USA (quelle démocratie, d’ailleurs? Ne s’agit il pas déjà de toute façon, au départ, d’une République?).

    En revanche, ce que ca va faire, c’est accélérer encore davantage la division du pays (chaque entité disposant à terme de ses propres réseaux sociaux, pour commencer) pour aboutir à l’alternative guerre civile ou sécession) , ou bien au contraire renforcer la tournure fasciste voire totalitaire qu’a pris les USA (alliance du capital et de l’armée), imposant à sa population locale ce qui était autrefois réservé aux populations civiles sous dominium US.

    L’avis de Schwarzie, c’est que la démocratie US à résisté. L’avis de 75 millions d’américains, c’est au contraire que la démocratie US est morte avec ces élections, et comme dans Star Wars sous un tonnerre d’applaudissements.
    Ca commence d’ailleurs sur les chapeaux de roue avec un nouveau président qui se propose d’augmenter sa base électorale en passant l’immigration en mode turbo (provocation des Etats trumpistes du Sud), et avec un futur ancien président qui ne reconnaitra vraisemblablement pas le nouveau, pas plus que ces mêmes 75 millions d’américains, et qui ira installer sa base arrière au Texas (d’où il ne pourra vraisemblablement jamais être extradé s’il devait être jugé). Parallèlement, on apprend qu’une mesure d’impeachment est en gestation contre J. Biden.

    Il y en a au minimum pour 2 générations, pour effacer ce mauvais souvenir. Si le pays n’explose pas d’ici là, c’est qu’il sera devenu une dictature à la chinoise (destin auquel je ne crois pas beaucoup). Il semble d’ailleurs que les démocrates se regroupent désormais dans les mêmes Etats, et que les républicains font de même. Les camps commencent à se compter.

    2
    1. un futur ancien président qui ne reconnaitra vraisemblablement pas le nouveau, pas plus que ces mêmes 75 millions d’américains, et qui ira installer sa base arrière au Texas (d’où il ne pourra vraisemblablement jamais être extradé s’il devait être jugé) ” .

      Vraisemblance ??

      1. Le futur ancien president c’est Trump. Il ne reconnaitra vraisemblablement pas Biden (je peux me tromper, mais s’il le faisait il perdrait ses derniers soutiens idéologiques).
        Les 75 millions d’americains, c’est sa base électorale (au bas mot).
        Sur son installation au Texas. Ou irait-il, sinon? C’est là qu’il a le plus de soutien et qu’il sera le mieux protégé.
        Sur les règles d’extradition : les Etats fédérés ne sont pas des départements français. Sur ces matières les Etats jouissent d’une grande autonomie juridique et politique (même si quasiment jamais mise en oeuvre).

        1. Bien d’accord avec l’essentiel de votre réponse… mais c’est sa dernière phrase qui m’avait interrogé .. : ” Sur les règles d’extradition : les Etats fédérés ne sont pas des départements français. Sur ces matières les Etats jouissent d’une grande autonomie juridique et politique (même si quasiment jamais mise en oeuvre). ” .

    2. “une dictature à la chinoise”
      Déjà, les individus ont été remplacés par des drapeaux pour l’inauguration, tout un symbole.

  3. C’est tellement riche que j’ai shunté les coquilles .

    https://www.pauljorion.com/blog/2020/11/10/jorion-galpin-express-comment-sauver-le-genre-humain-pour-gens-presses/

    Sur le fond , c’est un peu ce que j’imaginais en disant qu’enfin , “on va pouvoir passer aux choses sérieuses” ( pas que les USA ) et c’est le sérieux des choses qui devraient motiver et trancher les prochaines échéances électorales ( dont la nôtre ) , la vocation de l’Europe des peuples et les nouveaux apports des pays occidentaux .

    PS : en vous lisant ,et en me souvenant des jeux économiques qui ont fait la richesse des USA d’abord puis le monstre ultra-libéral , je note que ce “top ” départ américain a surtout bénéficié de deux guerres mondiales .Par exemple à la fin de la première , les USA ont prêté à l’Allemagne , qui leur a remboursé aux échéances dites et pouvant ainsi aussi payé à la France les ” pénalités de guerre” ( dont le montant “supportable” était déterminé par les américains …) ,dans le même temps où prêtant aux français , ils se faisaient aussi remboursé par la France aux échéances dites . Dans ce tric-trac , je crois d’ailleurs que la France remboursait aux USA 600 millions de dollars de plus que ce que l’Allemagne lui versait au titre des dommages de guerre . Merveilleux circuits où les horreurs de la guerre ont permis au pognon de partir et revenir (plus gros ) dans les mêmes coffres .

    Les rapports entre guerre et pognon sont étroits . On peut aussi se souvenir que la Suisse modèle , a , assez largement ” acheter ” sa neutralité à Hitler et lui servant de banquier prêteur de fonds dès 1940 ( mais le régime nazi n’a honoré qu’au tiers les remboursements ) . Les américains ont mis la pression sur les banques suisses en bloquant les avoirs suisses aux USA , pour faire comprendre à Guillaume Tell qu’il n’était plus temps de permettre aux allemands d’acheter du minerai de fer en pays nordiques .

    C’est peut être la bombe , dans la mesure où elle rend une guerre mondiale suicidaire , qui favorisera , avec le corona virus , l’anémie du capitalisme libéral et de l’ultra-libéralisme …

  4. Le chapitre commençant par:
    “Mais comment l’impensable élection de Trump en 2016 face à Hillary Clinton est survenue ? ” me semble très suspect.
    Combien de fois faudra-t-il vous le dire: Trump a été élu grâce à Poutine. Oui, Poutine lui-même, vrai Joueur de flûte de Hamelin, maître ubiquiste des réseaux d’influence, du chantage et du pognon. Vous ne pouviez l’ignorer. Tout le monde le dit et le répète à satiété depuis 4 ans. Vous faudrait-il une preuve supplémentaire?

    Très cher auteur, Thomas Saupique, vous allez vous faire souffler dans les bronches et même brûler en effigie par les gardiens de la foi, hérétique incroyant que vous êtes!
    Et ce serait dommage de vous voir priver de moyens d’expression.

    Car, votre fresque reconstruite sur des événements passés ne manque pas d’intérêts. Cependant, je crois que des décisions de nature géopolitique ont joué un rôle plus important que votre tableau ne le laisse penser. La guerre froide puis la volonté du ‘roll-back’ vis à vis de la Russie après 1992 devraient être mentionnées dans une reconstitution. C’est peu de dire que le ‘roll-back’ étendu à la Chine sera encore longtemps dans les réflexions des stratèges US, qui n’en manquent pas. Etant une stratégie fondamentale, elle joue un rôle aussi important, et complémentaire, à celui symbolisé par Friedman. Il n’est d’ailleurs pas question de minimiser la nocivité pour notre cohésion sociale de ce dernier. Reagan symbolise assez bien cette unité et complémentarité entre politique intérieure (=économique) et extérieure.

    Dans ce cadre, le retour à la maison des industries essentielles ou non s’explique aisément, en plus de contenter les populistes. Ne dit-on pas que les USA ne peuvent envisager une guerre contre la Chine car trop de sous-ensembles dans leur armement sont d’origine chinoise? C’est sans doute une boutade avec une parcelle de réalité. Et elle n’a qu’une solution, l’autre étant impensée pour l’ indispensable phare du monde.

    A votre décharge, vous ne pouviez pas tout dire en un texte assez court. Un livre, alors? Que je dévorerais, promis.

    1
    1. @ daniel

      Dans une vision à la Naomi Klein, l’irruption poutinienne n’est-elle pas un de ces “chocs” dont l’oligarchie capitaliste a su faire profit ? Car pas grand chose n’embêtait les amis de la volatilité chez Trump, tandis que la camomille d’Hillary était au fond bien de leur goût, quand bien même Wall street eut-il arrosé le parti démocrate (un peu plus que les lobbyistes affiliés à la Chambre US du Commerce toutefois) ?

      Est-elle une “vraie manipulation” d’un “Deus ex-machina” Vladimirien ou bien n’est pas aussi que, l’influence de ce géant géographique qu’est la Russie — double maléfique (en principe) de la guerre froide — ne pouvant tout à fait disparaitre, c’est le “précipité capitaliste” qui a agi pour catalyser un choc de plus ? Pas besoin de calculer, tout effet “isotrope” est profitable avec un cliquet situé du bon côté.

      ((Cette notion “d’isotropie” est d’ailleurs un axiome fondamental, dans un autre domaine, de Darwin dans sa théorie de la sélection naturelle : les variations ne doivent avoir aucun “sens” privilégié [notion physique d’isotropie] , il suffit qu’en face, l’environnement fasse le tri pour que le cliquet reste du côté de la variation la plus favorable.))

      1. Heu! De quoi s’agit-il?
        Où voulez-vous en venir? Inutile de vous le cacher: c’est une question qui me revient souvent quand je vous lis. Encore une fois, ma faiblesse pas la vôtre. D’ailleurs, je vous l’ai déjà dit, vos lectures sont souvent marquées d’une poësie subtile délicieuse.

        1- Poutine: il est eut-être la réponse russe à la tentative de destruction-appropriation opérée par des universitaires et génies économiques US sur la Russie toute entière.
        Il y a assez longtemps j’avais donné l’adresse d’une intervention d’Hélène Carrère d’Encausse devant une commission du Sénat Elle expliquait très bien le point de vue russe d’humiliation sur ces questions douloureuses. Elles sont encore mieux résumées par une réflexion d’une infirmière française en stage, à l’époque, dans une maternité de Sibérie: “L’enfant russe passe directement du sein de la mère au goulot de la bouteille de vodka”. On ne peut mieux résumer une descente aux enfers de tout un pays.
        Donc Poutine est une réaction salvatrice locale. Pas pour nous, monde libre.
        Donc Poutine, sauveur russe. Comme vous le savez sans doute, au moment des élections, il rassemble sous son nom un pourcentage d’électeurs (électeurs, pas simplement votants) à faire pâlir de rage nos chefs politiques aux score anémiques.
        Poutine, comme de Gaulle il y a longtemps.
        Autre parallèle: le département d’Etat a tenu de Gaulle pour de la graine de dictateur jusqu’en 1963 environ. Un document de ce même département d’Etat listait de Gaulle comme ennemi des USA en compagnie d’ Hô Chi Minh, Castro et quelques autres de moindres pointures. Concernant le risque de dictature, il avait missionné un journaliste pour l’évoquer lors d’une des célèbres conférences de presse. Réponse cinglante: “Dictateur, moi? Vieille homme de 77 ans reclus d’épreuves…”. Ça n’a pas été suffisant pour convaincre ceux pensant autrement. Saisissant non?

        2-Isotropie. En voilà une notion cardinale en physique. Mais pour en dire plus ou mieux, je sèche. Ça n’a sans doute rien à voir, mais il me semble incontestable que l’effet de cliquet introduit une anisotropie dans la majestueuse régularité d’un univers, sans cela admirable. Vous conviendrez, j’en suis sûr, que cette vision idyllique nous éloigne bien trop du plancher des vaches, frappé d’une anisotropie originelle en matière sociale.

        L’effet de cliquet est une notion très importante, parlante aussi. Pour ma part: ©, date inconnue, Paul Jorion.

    2. Combien de fois faudra-t-il vous le dire: Trump a été élu grâce à Poutine. Oui, Poutine lui-même, vrai Joueur de flûte de Hamelin, maître ubiquiste des réseaux d’influence, du chantage et du pognon.

      Ah ! Vous y venez enfin ! Je savais que ce n’était qu’une question de temps avant que les écailles ne vous tombent des yeux.

      Non, je vois bien que vous ironisez. Ce qui n’est quand même pas très prudent, parce que s’il sera de l’intérêt des États-Unis en tant que nation qu’on ne sache jamais exactement ce qui s’est passé, il n’est pas tout à fait impossible qu’on l’apprenne quand même.

      Mais votre ironie (courageuse parce que périlleuse) va me permettre de faire un petit tableau récapitulatif des 4 hypothèses susceptibles d’expliquer pourquoi Trump est le laquais servile de Moscou qu’on peut observer.

      1 – Hypothèse “Michael Cohen” : Trump fait tout ce que Moscou souhaite parce que les oligarques amis de Poutine achètent ses appartements à des prix grossièrement gonflés.

      2 – Hypothèse “Guerassimov” : La doctrine Guerassimov préconise que la Russie attise les dissensions préexistantes au sein des nations ennemies et Trump est simplement, de par son caractère, un Guerassimov spontané.

      3 – Hypothèse “John Le Carré II. Smiley’s People” : La Russie fait chanter Trump grâce aux enregistrements de ses galipettes dont elle dispose.

      4 – Hypothèse “John Le Carré I. Tinker, Tailor, Soldier, Spy” : Trump est un agent russe.

      Bien sûr les 4 ne sont pas nécessairement exclusives les unes des autres, mais je ne vais pas me défiler – de toute manière si vous avez lu mes livres, vous le savez déjà – selon moi, Hypothèses 1 + 2 + 3 combinées = 80% ; Hypothèse 4 = 20%.

      2
      1. Et si Trump avait simplement choisi de faire ce qui convenait à la Russie parce que à l’opposé de l’époque de De gaulle et Nixon, son énemi géostratégique qu’il s’était choisi était la Chine ?

        1. Pas facile de prouver que Trump a fait ce qui convient à la Russie et non pas en même temps ce qui convenait objectivement aux Etats-Unis, vu le rapport de force militaire qui l’oppose à la Russie (et son avance technologique).
          1. De loin, ca n’est pas tellement le cas.
          2. Cela suppose de savoir ce qui effectivement convient dans chaque cas particulier et en général Russie. Pas évident à déterminer.
          3. Vous supposez qu’il faut être sous influence russe pour faire ce qui convient à la Russie, sans penser le moins du monde qu’il est possible que ce qui convient à la Russie est aussi 9 fois sur 10 ce qui convient tout court, parfois aux USA, parfois à la stabilité d’une région dans son ensemble.
          Pour ce qui est d’un Trump sous influence, je dirais que la probabilité est de 15%.
          Et la probabilité qu’on sache un jour (parce qu’effectivement les USA auraient intérêt à ce que ca ne se sache pas – mais bon… c’est le genre d’explication de la main cachée suspecte), de 5%

          Théorie du complot pour théorie du complot, on pourrait également citer d’autres ouvrages de Le Carré qui présenteraient cette hystérie complotiste anti-Trump comme une mesure classique de contre-feu en guerre de la communication, lancée par H. Clinton et ses amis de la CIA, pour détourner l’attention du public des exactions commises dans le cadre de la Fondation Clinton (attention qui commençait à se faire trop pressante avec le “hack” du serveur de la dame. Cette théorie de l’écran de fumée qui sert de contre-feu, je ne l’ai pas inventée. C’est celle des trumpistes. Elle se tient à peu près tout autant.

          De quoi tisser un roman de Le Carré également:
          Des activistes BLM ont également été impliqués dans les évènements du Capitole, ce dont on parle (assez) peu.
          Fort opportunément, cette pseudo redite de la Nuit de Cristal a permis que les éléments de preuve éventuelles d’un doute sur le résultat véritable des élections, qui devaient être présentés par les sénateurs en direct à la TV, n’ont pas pu être rendu publiques ( – par exemple, le fait qu’il y a beaucoup plus de gens qui ont voté que d’électeurs inscrits sur les listes electorales, ce qui au fond suffisait déjà sans doute comme argument), puisque la séance a fort opportunément dû être… suspendue 🙂
          Là encore, on ne saura peut-être jamais ce qui s’est joué dans les coulisses, l’autre hypothèse (Trump se tirant une balle dans le pied) étant également plausible.

          Dans tous les cas, ca n’a pas tellement d’importance au fond.
          Comme pour Rome, la dégénérescence de l’Empire se traduit par une vie politique disons “douteuse”, épiphénomènes rapportés à la fin d’une ère géopolitique dans laquelle les américains croyaient encore au rêve américain, et dans laquelle les USA dictaient au reste du monde ce qu’ils devaient dire, faire et acheter.

          En ce qui nous concerne, qu’il s’agisse de la France ou de l’Europe, l’objectif sera surtout de ne pas sombrer avec eux/périr dans leurs remous. Evidemment, leur éviter de se noyer serait déjà un premier bon point.
          Mais, helas, le niveau de polarisation et de haine mutuelle semble désormais tel aux USA (ce n’est peut etre qu’une illusion donnée par le spectacle outrancier des medias, des politiques et des réseaux sociaux, qui ne concernerait pas l”‘homme de la rue”… mais j’en doute) qu’éviter la tragédie US à venir semble désormais impossible.
          On n’a jamais vu un Empire disparaitre sans combattre.
          La politique étrangère de Trump a évité ca. Esperons que Biden fera preuve de la même sagesse, que ce soit dans l’intéret objectif des russes… ou pas. Mais comme Biden est, lui, assurément, dans la main des chinois (il leur doit plusieurs milliards, et ils disposeraient de quelques video également), ca devrait bien se passer pour la stabilité du monde.
          Ironie de l’histoire, avec ces histoires de chantage, et même grâce à elles, tout se passe peut-être, pour tous, au mieux (même si c’est pas terrible).

      2. En effet, Paul, j’accepte entièrement le point de vue de Thomas Saupique sur le sujet des élections US de 2016. Il est grand temps de réintroduire de la rationalité dans cette affaire en invoquant le jeu normal de la Démocratie, cependant corrompue par le pognon des grandes entreprises. Les preuves matérielles manquent pour penser autrement et il faut, aussi bien, laisser faire le temps. Si la trahison existe, ses évidences perceront.

        Fait-il rappeler les lourdes ingérences US (CIA et caches-sexes associés et services diplomatiques) dans les élections italiennes et, au même moment, dans les affaires syndicales et électorales en France? 70 ans plus tard qu’en reste-t-il? Au mieux, la description méprisante d’un Guy Mollet enfournant en vrac dans son porte-document 100000 dollars en petites coupures, à partir du bureau de l’ambassadeur. Avec ce seul commentaire: «les imprimeurs sont si chers». Le pauvre homme n’avait pas conscience d’être le véhicule d’une humiliation infligée à la France. Humiliation réitérée avec détermination en 1956 au même homme et au pays, pour la folie de Suez. Les interventions US en Italie sont tout autant documentées. Quelles en sont les conséquences? Avec le temps, quasiment rien, sauf ce clientélisme que tous nos gouvernants déboussolés en Europe nomment «politique».

        A long terme, tout ceci n’a pas plus d’importance qu’un jeu de bambins dans le bac à sable, première année de maternelle.

        Mais par dessus tout, je crois de mauvaise politique, malavisée surtout, de faire apparaître les Russes pour ce qu’ils ne sont pas. La culture russe n’est pas universaliste. Nous ne les comprenons sans doute mal mais eux ne comprennent pas grand’chose à ce qui nous fait agir. D’où l’impression d’un éléphant maladroit, d’où leurs échecs constants. Ils nous faut certes être vigilants. Toute faiblesse sera exploitée par eux sans état d’âme. Mais, de grâce, cessons ces jeux stupides de piqûres d’épingles impuissantes à régler quoique ce soit. Ils montrent bien trop nos déficiences intellectuelles et notre hypocrisie. Ou bien nous avons des preuves, alors fonçons leur dans le lard forts de notre légitimité. Les faiblesses géopolitiques russes dans son étranger proche sont immenses. Ou bien, à défaut de preuves, taisons-nous. Sans cesser une sourcilleuse vigilance.

        Avec ce placard, vous comprendrez facilement que je me suis tenu à distance respectable de vos deux livres. Alors que j’ai lu presque tous vos autres ouvrages avec plaisir, sinon avec difficulté. ‘Difficulté’ étant un compliment à vos talents.

        Je me sens maintenant en droit de répéter mon slogan: «KGB (FSB, GRU etc.)?: 1 siècle (104 ans) d’échecs ininterrompus!»
        Et foin d’obsession, passons à autre chose.

        Note pour Thomas Saupique: je fais tant de fautes d’orthographe ou d’accord que je n’en rougis plus. Mais elles sont impardonnable quand elles altèrent le sens. ‘dévorerai’ est un futur affirmatif, pas une moitié de conditionnel.

    3. Et Cambridge Analytical qui a permis en volant les données de 12 millions de comptes FB, de faire basculer 70.000 voix dans les états clefs en faveur de Trump ? Où sont les russes là-dedans ?
      Biden a joué sont élection à moins de 50.000 voix dans 5 états clefs…

  5. Avec cet article du HPost, je ne pense pas que le trumpisme soit un phénomène économique:
    https://www.huffingtonpost.fr/entry/les-partisans-de-donald-trump-ne-lont-pas-choisi-pour-des-raisons-economiques_fr_6006fe0cc5b6efae62fc0c40
    Il s’agit de l’émergence du communautarisme blanc, suite aux autres communautarismes poussés par le “politiquement correct”.
    L’universalisme des droits humains s’efface partout: On ne s’intéresse plus au programme ou aux idées d’une personne, mais à son genre et à sa couleur de peau (comme dans cet article). Ceci est incompatible avec la démocratie. Plus grave, l’article se trompe de coupable: le “néolibéralisme” aggrave certes l’effondrement en cours mais celui-ci est provoqué par la fin de l’augmentation des ressources naturelles disponibles (à commencer par le pétrole) par individu. Les catastrophes viendront non pas de l’injustice sociale mais du fait physique que la planète est dorénavant trop petite pour 8 milliards d’humains revendicateurs en constante prolifération. Nationalisme et racisme , renommés souverainisme et racialisme tenteront de résoudre le problème de la surpopulation par la guerre.

    1. Mon billet du 13 mai 2019 : Les supporters suprémacistes de Trump : plutôt mourir pour nos idées !

      Quand vous lirez à l’automne le premier tome de ma saga en plusieurs volumes, La chute de la météorite Trump, intitulé “Un objet populiste mal identifié”, vous aurez l’occasion de vous souvenir que j’appelais Trump en août 2017 : “Le dernier général de l’armée sudiste en déroute”, et vous noterez que j’ai été le premier à l’appeler ainsi.

      Depuis, et pas plus tard qu’il y a huit jours, je vous ai resitué, pour vous les expliquer, des événements récents aux États-Unis, dans le contexte toujours non-digéré d’une Guerre de Sécession inachevée, et d’un héritage du passé esclavagiste des États-Unis pesant encore toujours de tout son poids sur les événements récents.

      Quand il s’est agi d’expliquer en janvier l’hystérie de Trump devant une prétendue “invasion imminente” des États-Unis à partir de la frontière mexicaine, je vous ai parlé de cela sous le titre : Les cowboys et les Indiens et dans un papier publié simultanément dans Le Monde en France et dans L’Écho en Belgique intitulé : Trump : la vraie raison de son intransigeance, j’ai expliqué que ce qui le terrifie, lui et les gens de son acabit, ce n’est pas qu’il y ait des candidats à l’immigration aux États-Unis – c’est après tout comme cela que la nation s’est faite – mais que les immigrants d’aujourd’hui soient des Amérindiens en provenance de l’Amérique centrale, et que ce qui se dessine en filigrane, c’est une revanche des “Pré-colombiens” sur les conquistadores, et non la confirmation du bien-fondé de la colonisation par les “Pélerins” protestants qui, après que les Indiens leur offrirent des présents en nourriture, alors qu’ils mouraient de faim, s’empressèrent d’aller piller les greniers de ceux-ci (un épisode qui constitue l’exemple marquant d’une histoire, mais dont on se s’étonne pas qu’elle s’évanouisse de la mémoire sélective d’une nation).

      Et c’est ce qui a conduit l’un d’entre vous à me signaler la parution du livre d’un auteur américain qui – pour la première fois (à ma connaissance) – explique les événements récents sous le même éclairage que le mien : un passé colonial toujours présent, dictant les comportements du présent, et conduisant à la catastrophe.

      Quelle est la thèse de Dying of Whiteness. How the Politics of Racial Resentment is Killing America’s Heartland (New York : Basic Books 2019) : “Mourir de sa blanchitude. Comment une politique de ressentiment est en train de tuer l’Amérique profonde”, par Jonathan M. Metzl ? Que si la classe ouvrière et une partie des classes moyennes américaines soutiennent la politique de Trump “Make America Great Again” – ce qui constitue un suicide pour elles car elles en sont les premières victimes – c’est DE PEUR que des politiques d’intérêt général ne bénéficient AUSSI aux Noirs américains et à ceux que l’on appelle là-bas “Hispaniques” ou “Mexicains”, qui sont en réalité à 95% des Amérindiens en provenance de plusieurs pays d’Amérique centrale.

      Jonathan Metzl, qui est médecin de formation, aligne à l’infini les exemples de personnes qu’il a vues, interviewées, des Blancs à la dérive, et qui préfèrent leur misère et leur mort lente, au fait de voir des mesures qui pourraient les sauver bénéficier aussi à des gens qu’ils considèrent comme leurs inférieurs. Pourquoi cette hystérie anti-État, se demande Metzl, et la réponse que lui apportent les victimes en face de lui c’est “Parce que l’État traite DE LA MÊME MANIÈRE que moi des Noirs descendants d’esclaves et des Peaux-rouges”, sous-entendu : “Il ne reconnaît pas que je vaux mieux qu’un quelconque bougnoule !”

      P.S. Je ne suis qu’au tout début de ma lecture, le livre m’est parvenu samedi. Je vous tiens au courant.

      2

Les commentaires sont fermés.