« Dix-sept portraits de femmes » XIX. Ce qu’on n’a jamais pris la peine de révéler sur la jouissance des hommes

Quand je vois une femme nue ou la représentation d’une femme nue, dans un magazine, ou sur l’écran, c’est sur ses yeux que mon regard se fixe en premier. Au moment où j’en ai pris conscience, cela m’a surpris. J’en ai tiré aussitôt la conclusion que si c’est de cette manière que le désir fonctionne chez moi, il doit en être de même, sinon chez tous les hommes, du moins, chez un certain nombre. Mon incertitude résulte du fait que les hommes ne s’expriment que très laconiquement sur ce genre de choses. Et il y a à leur silence plusieurs raisons. Tout d’abord la pudeur, le sujet étant intime et donc de manière très typique, du genre qui les fait fuir, car ils préfèrent de beaucoup, comme l’a observé il y a longtemps Aristote, compter sans atermoiements sur leur confrontation nue avec le monde, où la force brute résout bien des questions en deux temps, trois mouvements, plutôt qu’analyser les rapports entre les personnes et se sentent du coup mal à l’aise sur ce genre de terrain. Il y a ensuite que les femmes, s’étant récemment interrogées à profusion sur la question, et ayant investi un temps et une énergie considérables dans son élucidation, ont atteint un très haut degré de sophistication dans les explications qu’elles en proposent (lesquelles supposent que quand un homme et une femme entremêlent leur corps, ce que l’homme ressent est à la fois banal et facile à caractériser, alors que ce que la femme éprouve est complexe et ne mobilise pas moins de trois organes distincts), et en conséquence, elles ne peuvent s’empêcher de couper systématiquement le sifflet aux hommes s’ils font mine de vouloir exprimer une opinion sur le sujet, lesquels battent alors en retraite avec un « Bon ! bof ! pour ce que j’en disais… », sur l’étroite ligne de crête séparant le courage de la lâcheté, attitude qui les caractérise de manière générale.

Je possède un très beau livre, intitulé Love and Desire, consacré à la sensualité photographique, où sont reproduites, entre autres, quelques photos pornographiques des tout débuts de la photographie. On retrouve sur plusieurs une composition identique : la femme relève sa jupe et s’en sert pour cacher le bas de son visage, les seules parties d’elle que l’on continue de voir étant constituées exclusivement de son sexe et de ses yeux, le fait étant intéressant en soi puisqu’il permet au voyeur – moi-même en particulier – une économie considérable du regard puisque ce sont de toute manière les deux seuls endroits où celui-ci est attiré.

Le plaisir de la femme est replié sur lui-même, elle y coule devant moi, elle s’enfonce, d’abord petit à petit, puis chavire et disparaît rapidement, en direction du fond : « Mets ton habit, scaphandrier ! », et l’homme la perd alors de vue. Et la seule chose qu’il puisse alors faire, c’est observer le corps qui est resté étendu là tandis que l’âme a disparu, absorbée dans un trou noir, dont on sait que de la lumière y est contenue mais sans qu’elle puisse jamais s’en échapper.

Tant que la femme est seule avec son plaisir, l’homme la protège. Dans le film La Matrice, un héros imagine vaquer à quelque besogne dans le monde virtuel qu’il croit authentique alors que dans l’univers réel, son corps, dont les yeux sont clos, est agité comme en proie au plaisir, tandis que ses compagnons : son amant ou son amante, veillent sur elle ou sur lui.

Le plaisir de la femme est au centre. Et comme c’est vers ce centre le plus profond que son regard converge, ses yeux sont nécessairement fermés. Les yeux de l’homme tentent eux de la retrouver là où elle s’est retirée : ils fouillent le centre de la femme où sa jouissance et elle ont rendez-vous. Et l’homme a donc les yeux ouverts, et de ses yeux ouverts, il fixe ces deux yeux féminins clos, tout proches de son propre visage. Et au-delà l’ourlet des lèvres gonflées, par la bouche entrouverte, il entrevoit le centre, et provenant de ce centre, il entend le chant rauque et modulé des soufflets de la forge de Vulcain.

C’est là le cœur de la relation entre les hommes et les femmes : la jouissance que l’un et l’autre tirent précisément de cet objet qu’on imaginerait « abstrait » et qui est le rapport existant entre eux deux. Certains ont utilisé les termes « actif » et « passif », pour évoquer cela. Mais ces termes sont sans lien avec ce dont il s’agit vraiment : de la capture, interne pour la femme, externe pour l’homme. Car son centre qui a capturé la femme est au sein d’elle-même tandis que pour l’homme, captivé par ce même foyer, il se situe pour lui à l’extérieur : dans cet autre corps collé au sien, suant et convulsé.

La femme aime son plaisir parce qu’elle peut s’y perdre mais, fidèle en cela à sa nature fondamentalement clivée, elle veut tout aussi bien s’y soustraire et pour la même raison : parce qu’elle craint de s’y perdre. Le désir de l’homme est qu’elle y demeure : il est l’allié puissant de l’une de ces deux composantes contradictoires qui déchirent la femme. Elle peut, par un effort de concentration, échapper à l’orgasme en s’ébrouant comme le fait un chien détrempé par l’averse. L’homme au contraire aime l’observer prisonnière de sa jouissance et il tentera le tout pour le tout en vue de l’y maintenir. Il la sait en sûreté, parce qu’il veille au grain aussi longtemps qu’elle s’y trouve, attentif aux menaces en provenance du monde ; ce dont elle doute, ne faisant confiance en cette matière – la chose est bien connue –, ni à lui, ni davantage à elle-même. Du coup, il cherche à l’immobiliser pour qu’elle s’y livre toute entière, privée par lui de pouvoir s’y arracher en se débattant. Le plus militant, le plus prosaïque, ne se contente pas de la métaphore : bénéficiant de sa complicité bienveillante, il l’entrave littéralement, et pour ce faire, il se procure des cordes.

Toutes les femmes ne sont pas réconciliées avec le périple intérieur, intestin, de leur jouissance. L’homme le sait, parce qu’au tréfonds de celles qui ne le sont pas, il fait froid, et ce froid glace le cœur de celui qui, s’il avait fait preuve de quelqu’intelligence, n’aurait jamais dû s’avancer imprudemment, à découvert, dans des régions aussi inhospitalières.

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20 réflexions sur « « Dix-sept portraits de femmes » XIX. Ce qu’on n’a jamais pris la peine de révéler sur la jouissance des hommes »

  1. Bonsoir Paul,

    “Quand je vois une femme nue ou la représentation d’une femme nue, dans un magazine, ou sur l’écran, c’est sur ses yeux que mon regard se fixe en premier. Au moment où j’en ai pris conscience, cela m’a surpris.”

    De manière générale (nudité ou non… photo ou personne réelle), j’ai pris conscience il y a une quinzaine d’années que mon regard se fixe naturellement et en premier sur le regard des femmes… Peut-être parce que les yeux ne mentent jamais et en disent beaucoup plus que les attitudes corporelles ou la voix.

    Vos yeux ne fixent-ils pas en premier les yeux de ces femmes pour s’assurer que la nudité qu’elles vous offrent… est sincère ! Qu’il s’agit bien d’un “don de soi” (de leur corps, de leur nudité, …) ?… D’une réelle invitation à les regarder (avec bienveillance) ?…

    Vous est-il arrivé de ne pas oser regarder le reste d’une photo de nudité après avoir fixer le regard ?… D’avoir ressenti comme un “malaise” ?…

      1. En ces occasions, tout est dans les pectoraux.

        “Pectore nudo”, Jules César , la guerre des Gaules, siège de Gergovie.
        Ce sont les femmes (“matres familiae”) qui se montrent ainsi pour supplier les romains de les épargner.
        D’autres trouvailles dans Jean-Paul Savignac, ‘Le bonheur d’être gaulois- Mœurs, coutumes et croyances’. Editions Imago 2020.

        Les gaulois étaient philhellènes. Le beau était cultivé et recherché.
        Pour les hommes: corps sain et sport dont athlétisme grec. Nombreuses représentation par des artistes grecs et romains.
        Pour les femmes, c’est plus difficile à déterminer. Mais aucune raison d’en douter. Par exemple, trois prénoms féminins: ‘Ardasina’ (seins dressés) , ‘Titiluxsa’ (hauts tétons) et ‘Uxsesina’ (seins hauts). L’auteur ne dit pas si ces prénoms ou sobriquets étaient usuels.

        Peu de représentations féminines qui nous soient restées, sauf sur des monnaies d’or retrouvées dans la région de Rennes.

        Heureux comme Dieu en France, ces gauloises et gaulois. Mais la société était assez violente bien que la culture celte tenait la mères de famille en grande estime et lui assurait une bonne indépendance. Tant que vous n’êtes pas esclave ou promis au sacrifice humain (très rare, paraît-il). Le glorieux Jules a dû forcer la chose pour justifier ses sept ans de guerre.

        Autre temps, autres mœurs…

  2. J’ai toujours été maladroit avec les chiffres , et un chapitre XIX à “Dix-sept portraits de femmes” m’interpelle 😉
    Sinon, c’est de mieux en mieux 🙂

  3. Oyez, oyez ! Voyez le tir manqué de Billy Bender, adolescent tout juste pubère assis sur le bord de son lit. Il est confus. Aidez-le, si vous le pouvez, à maintenir posé sur ses hanches son livre de biologie ouvert ; allez-y doucement ; vous y êtes. Puis, en tenant vos mains à plat sur sa bouche pour empêcher que s’en échappe un petit cri, chantez ce qui vous passe par la tête. Ne soyez pas timides, encouragez celui qui tente désespérément de récupérer, en raclant le coton rêche de sa couverture, du bout des ongles, de cette jouissance échouée ou du moins ce qu’il en reste. Il est mûr ; exprimez votre puissance. Les institutions veillent au grain.

  4. Vous aurez un bel embarras du choix de l’éditeur pour faire de ces portraits de femmes, un beau volume de Librairie.

  5. Je commenterai peut-être, mais je n’ai pas tout lu encore (j’achoppe…)
    Pouvez vous procurer la référence d’Aristote que vous évoquez ? Merci d’avance.

  6. Bonjour,
    Le texte me plaît pour son côté lyrique, mais j’achoppe sur ce qui me paraît une essentialisation de “la” femme.
    Une des phrases célèbres de Lacan n’est-elle pas “La femme ne s’écrit qu’à barrer le ‘la’” ? Ce que je comprends comme “Il n’y a pas ‘la’ femme, mais des femmes”.
    Vous dites aussi “Il la sait en sûreté, parce qu’il veille au grain“, ce qui me paraît de la même eau. Si nous essentialisations “la” femme, du même coup nous essentialisations l’homme, ce qui ne semble pas faire problème à Lacan, ni à Freud avant lui, qui confessait à la fin de sa vie qu’il n’avait jamais rien compris à la sexualité de ‘la’ femme, que les psychanalystes après lui ont appelé un continent noir. D’où leur admiration pour la merveilleuse Marguerite Duras, dont les sortilèges, mais non les effets, échappent en effet aux hommes – ce qui n’engage que moi, n’ayant pas investigué ce qu’en pensent les femmes.
    Et cependant, il me paraît essentiel de reconnaître en quoi diffèrent les femmes et les hommes, sachant que nous (les hétérosexuels), nous nous recherchons les unes les autres, tout en revendiquant (pas tous) plus d’égalité des droits et des statuts. L’égalité est une visée émancipatrice et indispensable, mais elle exige une “commensurabilité”, et le point de savoir en quoi nous différons, ici les femmes et les hommes, est donc tout aussi indispensable si nous voulons l’égalité.

    Il y a peut-être dans ce sujet une question sans réponse (ultime), et personnellement j’aime que soient reconnues les questions sans réponse. Si les grandes questions de la condition humaine pouvaient avoir une réponse définitive, il y a longtemps que nous le saurions, juste avec nos deux mille cinq cents ans de philosophie occidentale.

    Dans mon utopie personnelle, la société tiendrait à jour une Liste des Questions sans Réponse, qui serait débattue en permanence et questionnée, variable donc, enseignée aussi dès le début de la scolarisation, qui me paraît la seule alternative de progrès qui puisse empêcher le retour des religions et de leurs miasmes, que l’on a observé dans toutes les expériences d’État athées à ce jour, parfois sur plusieurs générations comme en Russie. Ceci semble s’éloigner du sujet, mais sans doute pas vraiment.

      1. Ha ha !
        Celles que j’ai connues en effet avaient peu de choses en commun, et surtout des différences insondables !
        D’où ce qui me perdra: la recherche de l’insondable étoile…

  7. Paul, j’ai essayé de suivre votre chemin, mais j’ai butté à plusieurs fois, en regardant vos sautillements. Peut-on aller plus loin ou ailleurs ? Echanger sur le sujet, entre hommes, aussi avec les lecteurs, serait déjà une prouesse.
    1/ Quand je regarde une femme dans la rue, d’abord je la fusille du regard. Je fusille d’abord ses yeux. Je considère qu’il s’agit de l’espoir d’un contact, d’une relation. De sorte que votre observation sur l’image d’une femme nue et la recherche de son regard, je lui donnerais une portée plus générale…
    Mais ensuite je regarde autour de ce regard, et je commence à “dépecer la bête”… comme le ferait un boucher ? Pas vraiment. Je cherche à fantasmer des seins, des jambes, une stature, ce qui interviendrait dans un rapport sexuel. Je ne m’arrête pas à du concret (trop grande, trop ceci, trop peu cela, et cela juste bien…) mais l’expression d’un regard ajouterait alors quelque chose au fantasme en projetant ce qui relèverait de sa physionomie, sa mimique de visage. De sorte que concrètement, malgré que je l’ai fixée, je n’ai pas vu grand chose, je serais presque en peine de la décrire ! Est-ce différent chez d’autres hommes ? Sans doute. Quand je vois des hommes se retourner sur une femme, regarder sa croupe, sa démarche, je suppose qu’ils ont une image plus palpable que la mienne. Mais image réaliste ou encore fantasmée ? Je sais aussi qu’il y a de ma part une certaine peur qui joue.
    Ce que je veux dire, c’est qu’il y a donc un désir de l’homme même en absence de nudité. La nudité facilite la réification comme objet sexuel, mais dans le fantasme de la femme de papier (ou d’autre représentation). Plus curieux est la femme qui se donne nue en spectacle devant plusieurs hommes : elle regarde en même temps qu’elle se montre sur une scène, concrètement accessible et inaccessible en même temps.
    Il me semble que les femmes ont appris, dieu sait pourquoi, à ne pas fixer les hommes en rue, à regarder au sol, ce qui n’est pas détourner le regard ailleurs, mais ne pas donner son regard. Et pourtant, elles pourront ensuite donner une image précise de l’homme ou de la femme croisée dans la rue : tu as vu ses chaussures, sa dégaine, sa mise, etc. Par contre, en groupe, en réunion, les femmes regardent, elles participent à un jeu collectif de regards, car l’enjeu est autre, donné par le type de réunion et son rituel (dont même le classique : Vous dansez ? Oui – Non).
    2/ De cela les hommes parlent peu, c’est évident. Mais votre phrase d’explication de ce fait est un peu alambiquée. Vous parlez de pudeur parce qu’il s’agit de l’intime et que les hommes cela les fait fuir. Ensuite vous appelez en renfort Aristote qui dirait (un peu incrédule, je vous ai demandé la référence : fait-il ici une distinction hommes/ femmes ou une remarque générale sur notre abord de toute réalité ?) que les hommes préfèrent se confronter directement et brutalement plutôt qu’analyser les rapports humains, ce qui les met mal à l’aise. Reprenons, à mon rythme. D’abord les hommes échangent peu entre eux (moins qu’avec une femme) : pourquoi cette pudeur ? Pourtant les hommes peuvent entre eux se vanter de prouesses sexuelles, etc. et le mot de pudeur n’est pas adapté. C’est un peu eux mêmes qu’ils veulent protéger, éviter un “aveu”, mettre des mots sur ce qui se passe en eux. On serait là en deçà de l’analyse de rapports humains, dans le fait même de ce que me fait l’évènement de toute rencontre intime. Et ce que vous en dites par la suite est de l’ordre de l’esthétique. Dira-t-on que c’est aussi de l’ordre d’une description concrète d’un rapport intime ou dans une généralisation, niveau de parole plus accessible aux hommes ?
    J’avancerai deux idées. D’abord le dominant ne met pas de mots sur sa domination, alors que la & le dominée & -né la décrit facilement, avec mille détails. Le bourgeois, l’élu, le professeur, le visage pâle, l’homme sont dans ce cas. Et cela malgré sa faiblesse. C’est Patrick Martin, l’auteur du documentaire sur La domination masculine qui avait été frappé par cette remarque de tant de femmes après le film : “Et tant d’hommes souffrent, ils sont mal dans leur peau, dans ce rôle. Nous vous l’affirmon. C’est paradoxal avec leur domination”. En quelque sorte, ils ne voient pas le rapport humain dans lequel ils sont. Ils le fuient, et se donnent une allure d’égoïste. Et comme ils parlent peu entre eux, ils passent sous silence même leur difficulté à être ce qu’ils sont ! Ensuite, l’homme n’a avec le corps qu’un rapport extérieur. Il reste à la surface du corps des autres, et même souvent du sien propre (sauf problèmes de santé). Il ne s’arrête pas à ses sensations. Et il échange très peu, très brièvement sur ces questions, entre hommes. Souvent les femmes informent les hommes a posteriori de ce qu’elles ont partagé entre femmes. Ici encore un aveuglément sur lequel je m’interroge – et la réponse d’Aristote ne me satisfait pas. Un tabou propre aux hommes ?
    3/ Vient alors votre affirmation que les femmes ont récemment travaillé ces questions de l’élucidation du rapport intime. du désir (?) et de la jouissance, je crois lire, qui mobilise trois organes chez elles et si peu chez les hommes. Je ne vois pas bien ce que vous évoquez comme travail, ni qu’il serait immédiatement partagé par des millions de femmes. Qui se retrouvent pourtant selon vous à “castrer” la parole des hommes — et ce n’est plus la pudeur masculine qui est le motif mais “la ligne de crète entre le courage et la lâcheté, attitude qui les caractérise de manière générale”. Jolie formule pour ce qui me parait une pirouette autant qu’un renversement soudain de responsabilité. Or, même en l’absence de femmes, même entre hommes, le silence est là. Même dans l’amitié masculine, ou des aveux sont plus courants, ils porteront sur leurs sentiments publics, dans les relations sociales (“prendre la parole en public me fait plaisir, me fait peur, etc.) mais peu sur leurs sentiments intimes.
    4/ Vous sautez soudain au livre Love and Desire. Vous signalez la présence des yeux… “ce qui permet une économie de regard”.
    Mais vous passez à autre chose, où soudain vous établissez que la femme disparait dans son plaisir, dans son corps, qu’elle n’est plus qu’avec elle-même, rassurée de la protection masculine. Et l’on peut bien vous suivre comme homme dans cette description. Mais est-elle légitime ? Car c’est assurément le regard d’un homme. Qui parle de la femme et non pas de l’homme (cette pudeur encore ?). En quelque sorte, la femme pénètre en elle-même et l’homme pénètre aussi en elle, et là est le rapport. Ce que je veux dire simplement, c’est que cette description ne nous implique plus comme homme. Que mettons-nous dans notre membre viril ? Dans notre effort ? Que partageons-nous en commun avec d’autres hommes et sur quoi nous ne mettons pas de mots, et vous non plus quand vous mettez tout dans la femme ? Peut-être est-ce le contenu du livre, ces images de sensualité photographique, qui vous a porté. Mais j’ai achoppé. Je suis resté en chemin. Et avec les interrogations du début. Et celles de l’intime.
    Et les autres lecteurs ?
    “Mais au bout du compte, on reste toujours tout seul au monde” chante Mauranne.

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  8. Pour rejoindre Guy Leboutte, une autre manière de présenter le questionnement (je ne partage pas fort toutes les réponses, mais il s’agit d’ouvrir les yeux pour mettre en questions ce qu’est l’homme) :
    https://mrmondialisation.org/comment-notre-perception-de-la-virilite-genere-de-la-violence-envers-les-femmes/
    Et j’aime bien dire plutôt que “sans réponse”, il y a des questions qui doivent rester ouvertes. Il faudra faire des détours, creuser encore, avant de mieux poser la question pour qu’elle soit à cerner.

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  9. ” Quand je vois une femme nue ou la représentation d’une femme nue, dans un magazine, ou sur l’écran, c’est sur ses yeux que mon regard se fixe en premier.”

    Nous venons de passer une très longue période au cours de laquelle, les unes et les autres masqués, nous n’avons donné à voir que nos yeux et n’avons pu regarder que des yeux. Les yeux qui seraient autant de portes permettant d’accéder… À quoi ? À l’âme ? Au continent dont chacun soupçonne la réalité et l’étendue mystérieuse recelant la foultitude de réponses aux questions que nous nous posons. Puisque nés de la matière, nous ne pouvons ignorer, par exemple les explications du passage de l’inerte au vivant. Et mille et mille autres réponses à des questions que nous ne nous sommes pas encore posées.

    Que s’est-il joué de nouveau pendant cette période entre hommes et femmes, femmes et femmes et hommes et femmes ? Et avec quelles conséquence sur la vie sociale et singulièrement sur la vie amoureuse ? Et aussi sur la connaissance de soi et d’autrui ?
    J’en arrive comme souvent à entrevoir des abysses que je ne sais encore nommer. Des idées que je ne comprends pas.

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  10. magnifique texte sur l’impossible capture d’un objet indicible, celui de l’imaginaire féminin, celui de l’imaginaire masculin. Et parfois, à l’issue, la reproduction humaine.

  11. On ne sera jamais assez reconnaissant à cette pandémie d’avoir masqué les visages .
    Soyons honnêtes : jamais les yeux des femmes n’ont été aussi beaux , aussi profonds, aussi mystérieux .

  12. Paul attention,
    dans quelques jours le delicieux mois de juillet est de retour!

    Quelle belle écriture et quel foisonnement sur tant de sujets, merci de partager ainsi, là où vous mène votre rare et généreux talent.

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