TENET (2020) de Christopher Nolan

Pas facile de rendre compte des sorties de films ces temps-ci, mais comme je ne suis de toute manière pas critique de cinéma…

Si le spectateur se dit durant la projection d’un film : « Vivement que je puisse voir le making of ! », les choses se présentent très mal pour le producteur et le metteur en scène. Et si c’est durant les toutes premières minutes qu’il se dit cela, c’est évidemment encore bien pire. Or c’est le cas ici.

Bien sûr, il vaut mieux cela que de ne plus jamais avoir envie d’entendre parler du film, mais là le risque est quand même minime quand il s’agit de Christopher Nolan. Parce qu’il y a toujours chez lui une idée choc au départ : le type qui, chaque matin, ne se rappelle de rien comme dans Memento (2000) ou un rêve à l’intérieur d’un rêve à l’intérieur d’un rêve… dans Inception (2010). Il ne reste plus alors aux frères Christopher et Jonathan Nolan qu’à créer à partir de cette amorce un scénario plausible. Mais quand l’idée choc c’est un monde où le temps passe à l’envers cohabitant avec le nôtre où il passe dans le bon sens, l’idée même d’un scénario plausible devient automatiquement chimérique, et Nolan aura beau –  comme il le dit lui-même dans le making of – mobiliser toutes les ressources des premiers James Bond : un super-vilain vraiment très méchant, une jolie fille compliquée, du plutonium dérobé, etc. il n’arrivera à rien parce que la tâche est tout simplement impossible. Il aura beau animer, comme des morceaux de bravoure, une poursuite automobile dans les deux sens du temps, ou mettre en scène une bataille où l’ennemi est pris en tenaille (sic) entre deux bataillons où l’un attaque selon l’habitude en créant du passé derrière lui et en grignotant dans le futur et l’autre en détricotant résolument le passé en provenance de l’avenir, nous serons cependant réduits à savourer ces scènes comme des épisodes isolés, à la pensée qu’ici, comme dans ses films antérieurs, Nolan n’aura recouru qu’au strict minimum de trucages et d’images numériques. On retiendra aussi comme élément positif, Kenneth Branagh en super-vilain très vicieux : « Pas facile, dit l’acteur, de prononcer, en marchant à reculons, du russe à l’envers ! » ; on le croit sur parole. Et excellente performance, dans le rôle de la belle fille perverse mais le cœur sur la main, d’une actrice que je ne connaissais pas encore : Elizabeth Debicki. Remarquable bande-son aussi de Ludwig Göransson, que l’on pourrait écouter en se passant du reste. Quant à John David Washington, fils de Denzel, dans le rôle du Protagoniste (sic), je laisserai la parole à la productrice Emma Thomas, par ailleurs épouse de Nolan, qu’il interprète son personnage « tout en sensibilité », propos qui, quand ils s’appliquent à une supposée machine à tuer de la CIA, sont l’équivalent du tout aussi charitable « très charmante » appliqué à certaines dames.      

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18 réflexions sur « TENET (2020) de Christopher Nolan »

  1. Ce film est une injure à l’intelligence d’une rare violence.
    Vu avec mon fils (à 13 ans): avis partagé!…

  2. Rien que la photo de tête…
    Cette violence me fait horreur. Obscénité totale.

    Une culture qui produit ce genre de chose au kilomètre doit être malade. Un symptôme évident.

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  3. Quand on veut noyer son chien on dit qu’il a la rage. Le cinéma ne fait que refléter la réalité du monde, horrible, de façon ludique et oui, intelligente.

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    1. Le cinéma ne fait que refléter la réalité du monde…

      Ah oui ? TENET reflète la réalité du monde ?

      Pourquoi ne liriez-vous pas ce que j’ai écrit 😀 ?

  4. Excellente analyse.
    En voyant Tenet on est vraiment confronté à une difficulté insurmontable de se représenter l’action et donc de bien la suivre.
    Par association d’idée je me suis demandé si « be kind, rewind !  » (soyez sympa rembobinez de Michel Gondry), n’était pas indispensable pour comprendre TENET !

  5. Me sont venus les mots « Truth and Consequences », et l’idée qu’il y avait un rapport avec le Tarot.
    (Ce qui existe est « Truth or Consequences », un jeu radio pas tout jeune…).

    Bref, l’idée qui m’est venu est que dans le même mouvement qui nous bombarde de fake news, la notion de causalité
    (cause => conséquence) se voit amplement révisé, d’où ces passages de pseudo inversion temporelle dans le film, incarnation de la perte de « conséquences » et de « truth ».

    Mais au fond, n’est-ce pas logique qu’un nouveau « support de mémoire » (le cloud-web-etc.) tente au moins marginalement d’araser ce qui avait été obtenu de l’avant dernier support de mémoire : l’asymétrie du langage et avec elle la logique émergeant dans la philosophie antique grecque ?

    Mais on ne fait pas gratuitement un premier film « symétrique » avec des ingrédients si convenus, semble-t-il… Attendons un film Nuer ?

  6. « le temps passe à l’envers cohabitant avec le nôtre où il passe dans le bon sens » : pas étonnant avec un patronyme palindromique.

  7. Pourquoi voudrait-on, si l’on en juge par le décor – à moins que le sous-jacent soit riche de défis insoupçonnés – aller flinguer des reliquats de poussières dans un désert aride, sur fond d’immeubles vides de vie ? Pour quelle raison publiiez-vous cette séquence ?

  8. Quitte à fâcher certains, je trouve cette rencontre des temps inversés assez intéressante et novatrice dans son idée. Evidemment, l’interprétation n’est pas parfaite comme tout ce qui innove un peu. Mais pensez-vous que vos écrits et autres élucubrations le soit ?

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    1. Mais pensez-vous que vos écrits et autres élucubrations le soit ?

      Significativement plus que vos commentaires, mais pas davantage, je suis d’accord avec vous.

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  9. Il me semble que le cinéma  » mainstream  » cherche surtout la surenchère dans les effets spéciaux . Ce qui le fait « mainstream  » .
    Peut-être le  » cinéma  » retourne t-il à son origine : une attraction de foire .

  10. « Rencontre des temps inversés »: serait-il possible que le fait de nous proposer ce film ait un rapport avec la « nouvelle religion » évoquée il y quelques semaines ? Nouvelle religion avec possibilité de bifurcation vers un autre monde…(que l’on espère le meilleur possible of course)? Merci d’avance.

  11. Vous y allez un peu fort…

    Nolan est quasi obsédé par le concept du temps. Thème récurrent dans ses films.

    Tenet est osé. Certes critiquable sur la forme, comme toute oeuvre.
    Mais ça reste une oeuvre d’art, dans le sens littéral du terme, tout à fait respectable.

    On va pas dire qu’un tableau de peintre est nul parce qu’il peint des yeux carrés.

    Après qu’on aime, ou qu’on aime pas, c’est un autre débat.

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