La psychanalyse, est-ce que ça marche ? le 20 août 2021 – Retranscription

Retranscription de La psychanalyse, est-ce que ça marche ? le 20 août 2021.

Bonjour, nous sommes le vendredi 20 août 2021 et je vais appeler cette vidéo : « La psychanalyse, est-ce que ça marche ? ». 

J’ai une expérience de psychanalyste. J’ai été formé à ça. Pendant très longtemps, je n’ai pas exercé le métier bien que je m’y sois formé. J’ai en particulier fait une psychanalyse de plusieurs années, 4 ans, peut-être un peu plus, essentiellement parce que je voulais apprendre là un métier. Je m’étais convaincu que c’était quelque chose d’intéressant. J’avais fait une première psychanalyse qui m’avait convaincu qu’il n’y avait absolument rien à tirer de cette méthode : c’était sympathique et les idées étaient intéressantes, c’était intéressant de lire Freud et d’autres auteurs comme Lacan mais le fait de faire une analyse avec ce psychanalyste m’avait convaincu que ça ne donnait absolument rien et c’est une amie devenue psychanalyste par la suite qui m’a convaincu de donner une seconde chance à la psychanalyse. Eh bien, c’était une excellente décision. J’ai fait quelque chose qui m’a convaincu au-delà de mes espérances, de mes représentations, qu’il y avait là une méthode extrêmement intéressante, extrêmement efficace, efficace bien au-delà de ce que j’aurais pu imaginer non pas seulement à partir de la première psychanalyse mais même d’avoir lu la littérature de ce que les psychanalystes avaient pu dire sur ce que c’était. 

Mon analyste, Philippe Julien, je ne pense pas qu’il était convaincu avant de m’avoir eu moi comme analysant que l’analyse pouvait aller aussi loin. Je le sais parce que, voilà, sur quatre années ou plus, il y a eu parfois des réactions de sa part qui étaient des réactions de surprise et nous en avons parfois parlé d’ailleurs en cours de séance, nous avons parfois débordé un petit peu sur une discussion où nous pouvions échanger des points de vue. En particulier, je me souviens d’une séance où nous avons discuté de quelque chose qui s’était passé entre nous et qui nous rappelait quelque chose qui s’était passé entre Jung et Freud et dont il était question dans leur correspondance. 

Mais si on avait demandé à Philippe Julien avant l’analyse que j’ai faite avec lui s’il était possible qu’un analysant ou une analysante revive sa naissance dans une séance, je suis presque sûr qu’il aurait dit : « Non, ce n’est pas possible », de la même manière que, sur la foi de ce que j’avais vécu avec mon analyste précédent, j’aurais dit non, j’aurais souri, j’aurais même haussé les épaules en disant : « Non, non, ça, c’est tout à fait en dehors de ce que l’on peut atteindre probablement ». 

Et là, je me souviens de cette séance où j’ai dit à un moment donné : « Est-ce que je suis en train de revivre ma naissance ? » et avec un peu d’hésitation mais fermement, Julien a dit : « Oui, c’est ça qui est en train de vous arriver ». Et de la manière dont il l’a dit, je tire cette conclusion qu’il pensait la chose impossible comme moi d’ailleurs, bien entendu. Et quand on nous dit en anthropologie que les Esquimaux disent qu’ils peuvent revivre leur naissance, ou que certains l’ont fait, c’est considéré comme une de ces fantaisies que certains peuples ont dans leurs représentations et qui est digne d’intérêt parce que c’est curieux mais peut-être pas davantage. 

Et, donc, j’ai fait cette analyse, je dirais, entre 1987 et 1991 ou 1992, je ne me souviens plus exactement mais je n’ai pas pratiqué à ce moment-là. J’exerce depuis une douzaine d’années mais il y a une différence entre ma pratique en ce moment et celle, voilà, d’il y a 4 ou 5 ans. Je prenais une personne à la fois. Je n’avais pas toujours même un analysant ou une analysante et c’était une personne à la fois. Pour le moment, j’ai une dizaine de personnes en parallèle. C’est un peu un maximum mais comme le roulement se fait rapidement, c’est possible et là, il y a quelque chose de différent de cette pratique, entre ça et la pratique séquentielle d’une personne à la fois, c’est que je peux faire des comparaisons. Par exemple, dans les deux séances qui ont eu lieu aujourd’hui, il y a un rapprochement intéressant auquel j’ai pu faire allusion d’ailleurs avec la deuxième personne – de manière tout à fait anonyme et en termes absolument généraux – sur le thème de « une autre personne pense à faire ceci ou cela ». Des comparaisons sont possibles. 

Et ce qui apparaît aussi, beaucoup, comme une information qui est intéressante de mon point de vue, c’est que beaucoup de ces personnes, la quinzaine que j’ai vues récemment ont eu une expérience déjà de psychanalyse et font des comparaisons, disent : « Il s’est passé ceci dans la première analyse » et de dire : « Il y a une continuité ou il y a une discontinuité » et là, je m’aperçois que ma méthode est quand même très très différente. Moi, j’ai le sentiment qu’elle est très proche de celle de Freud personnellement, probablement très proche aussi de celle de Lacan. J’ai l’impression qu’elle est proche aussi de celle de Mélanie Klein à partir, voilà, de ce que ces personnes ont pu dire. Ma méthode, c’est fort une méthode « Sherlock Holmes » ou « Chevalier Dupin », c’est de partir à la recherche de choses, de reconnaître des clues ou des cues – comment on appelle ça en français – des indices, des signaux, des choses qui connectent avec autre chose, etc. Et c’est ça sans doute qui permet que certaines analyses soient extrêmement rapides : qu’elles couvrent quelques semaines ou quelques mois et arrivent à conclusion. 

C’est un thème qu’on trouve déjà chez Freud, c’est « analyse terminable ou interminable » ? C’est un grand thème dans la littérature psychanalytique : comment reconnaît-on ou comment peut-on dire, l’un ou l’autre, qu’une analyse est terminée ? Et ça, c’est une expérience que je n’ai jamais eue. Pour moi, on arrive à une conclusion. Pourquoi ? Parce qu’il y a une demande. Si la demande de la personne c’est : « Je voudrais mieux me connaître moi-même ». Alors, là, oui, une analyse peut effectivement durer des années. Mais là aussi, je vois que même quand la personne me dit ça, on peut quand même aller très vite. Alors, ça dépend, je dirais, de la profondeur de la découverte que la personne veut faire pour elle-même. Mais quand il s’agit d’une souffrance, quand il s’agit de quelque chose qui est de l’ordre de l’intolérable, du malheur, de la douleur, de la souffrance, là, j’ai le sentiment qu’on peut aller très très vite, si on adopte la méthode Sherlock Holmes. 

Qu’est-ce que je comprends de ce que font les autres psychanalystes que ces personnes ont pu voir ? J’ai l’impression qu’il y a deux grands styles qui conduisent à des analyses interminables. Le premier, c’est la personne qui se contente d’écouter. On appelle ça parfois « analyse lacanienne ». Je n’ai pas fait d’analyse avec Lacan mais je ne crois pas qu’il ne disait jamais rien. C’est une manière, comment dire ? c’est une façon assez sûre pour un psychanalyste ou une psychanalyste de conduire une analyse puisqu’il n’y a pas de critère de réussite ou d’échec. La personne parle et elle découvre toute seule des choses ou non. S’il n’y a pas d’interprétation, il n’y a pas ce petit coup de pouce qui permet d’aiguiller dans une direction particulière. 

Et d’autre part, manifestement, il y a d’autres psychanalystes qui parlent éventuellement mais dont on a l’impression qu’ils ont une espèce de catalogue devant eux, comme un psychiatre peut en avoir un avec la liste des maladies, et ça consiste à dire – j’entends ça parce qu’on me le rapporte : « Oui, quand j’ai dit ça, on m’a dit ‘Il y a un conflit entre vous et votre mère’. Quand j’ai dit ça, ça voulait dire que… ». C’est-à-dire que j’ai l’impression que ces psychanalystes ont devant eux une grille [d’interprétation] et ça ressemble en fait, en réalité, fort à une clé des songes, les clés des songes anciennes dont Freud dans sa « Traumdeutung », dans son « Interprétation des rêves » a dit que ça ne servait à rien parce que les symboles des rêves sont une histoire personnelle. Et Lacan dit que le rêve est un rébus : il faut lire ça comme un rébus. J’ai l’impression que, dans ces « clés des songes », la première, j’ai oublié le nom, je crois que c’est Artémidore [Artémidore de Daldis] qui a fait une « clé des songes » il y a très longtemps, au deuxième siècle après Jésus-Christ quelque chose comme ça [correct], où on dit : « Vous rêvez d’un parapluie, c’est parce que vous avez envie de vous couvrir », c’est-à-dire des trucs, je dirais, assez bateau, des choses, voilà, des interprétations qui valent en principe pour tout le monde et j’ai l’impression que beaucoup de psychanalystes font ça. Ils regardent, ils écoutent des trucs et puis, ils disent : « Ça veut dire ça » et là, ce que j’entends souvent, c’est que la personne qui me dit : « Je lui ai évoqué ça dans mon histoire et il me dit : ‘C’est un truc sans importance’ » ou bien une autre chose, on dit : « Je ne crois pas qu’il faille s’y attacher » et moi, je découvre à ces endroits-là, précisément à ces endroits justement, la clé : la clé du mystère, le mystère de la douleur de cette personne, de sa souffrance, c’est là que ça se trouve. 

Ce que ça veut dire, c’est que, ce que ça me fait dire, c’est quand même que ces personnes qui écoutent sans jamais rien dire et les personnes qui ont, voilà, une clé des songes, un schéma d’interprétation, je dirais, qu’ils lisent devant eux comme une sorte de barème, ça permet quand même au psychanalyste ou à la psychanalyste, de faire l’économie véritablement d’une écoute, d’une écoute dont la nature serait de faire le travail, c’est-à-dire que – et ça, certains psychanalystes vous l’expliquent très très très bien comme [Juan-David] Nasio – que se reconstitue à l’intérieur de vous l’inconscient de l’autre personne, mais comme ne sont pas attachées les mêmes valeurs d’affect chez vous – parce que c’est une reconstitution – que chez la personne, vous pouvez voir les endroits où ça coince. Vous pouvez relancer la machine, vous pouvez dire le mot, le mot qui a été rendu tabou pour reprendre l’expression de Freud et que vous pouvez, vous, nommer et faire sauter le bouchon chez la personne en face. 

Alors voilà, quand une personne vient avec une demande particulière qui est une souffrance, j’ai le sentiment qu’on peut effectivement faire, dans ces analyses que je fais en ce moment, résoudre ça en quelques semaines ou en quelques mois parce que c’est une question, je dirais, de faire correctement le travail de Sherlock Holmes, de l’analyste, et de trouver l’endroit où cette souffrance avait lieu, où elle avait sa cause, son origine, et qu’au moment où ça a disparu, on peut dire que l’analyse a réussi et donc la question est une question, je dirais, fausse de l’analyse terminable ou interminable dans ce cas-là. Et comme je l’ai dit tout à l’heure, si la personne dit : « Je veux me connaître, vraiment me connaître en profondeur » ou comme dans mon cas, on pourrait me dire : « Oui mais votre cas, vous avez fait quatre ans d’analyse. C’est un contre-exemple de ce que vous dites ». Non, non, non, là, je cherchais, je cherchais à faire une exploration, je dirais, totale et j’aurais pu considérer qu’au moment où je revis ma naissance mais que c’est dans une exploration où je suis remonté dans mon histoire à des évènements où j’avais 4 ans, puis à 3 ans, 2 ans, un an même, des évènements dont mes parents ont pu les dater très exactement à partir d’un agenda – parce que ça avait été noté – un évènement qui se passe quand j’ai 3 semaines – 3 semaines d’âge – et là, à ce moment-là, je dirais, la question commence à se poser : est-ce qu’on peut encore remonter de 3 semaines supplémentaires et vivre sa propre naissance ? Et là, la réponse que j’ai maintenant, c’est oui et ce n’est pas une réponse que je donne tout seul : c’est à partir d’une confirmation faite par mon analyste dont j’ai le sentiment, comme j’ai dit tout à l’heure, qu’il aurait été extrêmement sceptique sur la possibilité même de faire ce genre de choses. 

Donc, est-ce que l’analyse, ça marche ? Si vous lisez, je ne sais pas, des choses comme Onfray, voilà, qui écrit un livre sur Freud et qui se méprend complètement sur ce que Freud a voulu faire et sur qui Freud était et sur ce que la psychanalyse a pu faire. Ou bien quand vous avez des gens qui résistent à l’analyse comme on le voit en ce moment, comme des gens qui résistent à la vaccination simplement parce qu’ils n’aiment pas l’idée d’une seringue qui s’enfonce dans votre corps, il y a des choses qui réagissent à la psychanalyse de cette manière-là simplement parce que l’idée qu’on pourrait devenir une autre personne que ce qu’on est en ce moment, c’est une idée qui leur fait peur, comme celle de l’intrusion d’un objet pointu et piquant à l’intérieur de la peau, entrant dans le corps. C’est un peu la même idée. Si ces gens-là se retrouvent en analyse avec une demande, c’est une souffrance, c’est une souffrance véritable qui les conduit là et – comme je viens de le dire – une souffrance qui peut disparaître et qui me convainc moi, à mes yeux à moi, que la demande a disparu parce que la demande, c’était de faire disparaître cette souffrance comme c’est le cas, je dirais, de manière générale dans un domaine parallèle mais apparenté qui est celui de la médecine et de la maladie. 

Voilà, j’espère vous avoir donné quelques éléments d’interprétation, de réflexion, si vous vous posiez des questions du type : à quoi ça sert la psychanalyse ? 

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8 réflexions sur « La psychanalyse, est-ce que ça marche ? le 20 août 2021 – Retranscription »

    1. @Didier
      En tout cas, vous accédez quant à vous, de manière bien involontaire je suppose, à une vie parallèle sur ce blog – à moins que ce soit moi qui y accède ?
      Après la forclusion du nom du père, la multiplication des paires de noms ?
      Ou bien, en ces lieux, le support de l’identité n’est-il plus le (pseudo-)nom, mais uniquement l’avatar graphique? Effacement de la lettre, du texte, pour l’avatar, le pictogramme, l’image : autre symptôme de l’effondrement en cours ?
      Et du coup je m’interroge: combien sont-ils ici à signer leurs contributions «Paul Jorion» ? Un seul ? Deux ? Une multitude ?

      Signé: l’autre Didier.

  1. « Si ces gens-là se retrouvent en analyse avec une demande, c’est une souffrance, c’est une souffrance véritable qui les conduit là et – comme je viens de le dire – une souffrance qui peut disparaître et qui me convainc moi, à mes yeux à moi, que la demande a disparu parce que la demande, c’était de faire disparaître cette souffrance comme c’est le cas, je dirais, de manière générale dans un domaine parallèle mais apparenté qui est celui de la médecine et de la maladie. »

    On remplace « en analyse » par « malade du Covid », on obtient une phrase que ne renierait pas le professeur D. Raoult dans son IHU non ? 😀

    Le fait de voir une blouse blanche ça participe de la guérison y paraît… (Sauf que notre grand manitou en chef Emmanuel 1er a décidé au contraire que c’était au lit avec 3 dolipranes jusqu’à ce que la mort vienne vous cueillir sans passer par la case médecin). Ce fut bien entendu éminemment criminel et cela devra être un jour jugé par la Justice !

    Après, faudrait faire des trucs genre essais randomisés en double aveugle sauf que, sauf que, c’est juste pas possible pour la psychanalyse comme pour l’imposition des mains ou la guérison des brûlures à distance par téléphone interposé, voir le chamanisme et autres bizarreries chinoise par exemple. Y en plein pour jurer sur leur père et mère que ça fonctionne aussi.

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  2. Je pense que vous survolez vaguement la psychanalyse, les styles, etc.

    La question n’est pas là, mais de savoir ce qu’il reste de la psychanalyse après la chute de patriarcat. La grille de lecture risque d’être mise en question. La prévalence de la famille aussi, qui s’efface au profit de l’école et de la puissance d’émission et de diffusion, des médias et réseaux sociaux.

    Vous avez une formation, allons donc. 4 ans de psychanalyse, enfin la formation de psychanalyste, elle est continue aussi, et ne se termine jamais, parce qu’il y a du nouveau en permanence… J’ai dix ans de psychanalyse, et j’ai suivi toutes le conférences à Saint Anne, dans les années 90, de Melman, de Green, etc. c’est une passion, la psychanalyse, ce n’est pas un « métier » = une vocation, qui est difficilement conciliable avec votre biographie, il me semble, assez diverse. C’est une pratique, une clinique même, une mise en question en permanence.

    Laurent H

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    1. il faut savoir que Jorion est psychanalyste comme moi je suis plombier zingueur!. Jorion marche sur l’eau , on le voit souvent faire Conleau Séné à pieds et en plus c’est un grand intellectuel autoproclamé!

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      1. Vous me voyez ravi d’apprendre que vous soyez un aussi excellent plombier-zingueur !

        « Grand intellectuel autoproclamé » ? Pourquoi « autoproclamé » ? Parce que les chaînes d’extrême-droite ne m’invitent pas ? Parce que les personnes à qui l’on propose de débattre avec moi se désistent (parfois à la dernière minute) ? J’y vois autant de compliments déguisés.

        Ce qui a toujours compté pour moi, c’est la qualité des personnes qui m’ont dit au fil des années « Faites-moi l’honneur de venir travailler avec moi ». Croyez-moi, si cela avait été votre cas, vous seriez bien incapable d’exprimer autant de rancœur en si peu de mots.

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  3. Paul Jorion psychanaliste diantre! au bas mot 10 années d’etudes,beaucoup de clinique et d observation. Rien à voir avec les maths et l economie. A propos quel silence sur l ‘economie actuelle totalement inédite, c’ est tres etonnant.

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