18 réflexions sur « Veille effondrement #88 – Vidéo – Les visiteurs inattendus »

        1. A la limite j’aimerais mieux un vieux médecin de campagne avec un costard en velours côtelé et une montre gousset. Non? Ce genre de femme me glace le sang, ce qui pour passer de l’autre côté peu présenter certains avantages, mais bon… J’aime mieux le froid de la mort après qu’avant. Non? Pas vous?

        2. Juannessy,

          Cette séquence, judicieusement choisie, est bien sûr très émouvante.
          Cependant, comment êtes-vous arrivé à imaginer qu’Alexandria Ocasio-Cortez puisse se glisser dans la peau d’une hôtesse d’accueil, au Foyer ?
          Serait-ce due à la vertu apaisante de sa beauté ?
          Le vieux Sol aurait certainement apprécié…
          Mais si tout comme dans « Soleil vert », les océans, les mers, les forêts, les animaux ont disparu ; comment une femme aussi jolie pourrait-elle encore nous y accueillir ?
          Soleil vert : laideur partout, beauté nulle part… sauf au Foyer ?
          Ainsi, on constate que même le détective Robert Thorn (Epine) éprouve, lors d’une conversation avec un autre inspecteur, de réelles difficultés pour décrire la beauté d’une (jolie) femme, réduite au rang de meuble :
          ⁃ Et le mobilier ?
          ⁃ Comme des pamplemousses.
          ⁃ Mais tu n’as jamais vu de pamplemousse !
          Et de fait, Thorn n’avait encore aucune idée du « beau », avant de découvrir cette infinie beauté disparue, au moment de la mort de Sol…

          Enfin, cette séquence nous ramène aux cyclamens sauvages de Paul Jorion, et à une question essentielle : après la disparition de la faune et de la flore sauvages, pensez-vous, Juannessy, qu’on soit encore capable, au détour d’une allée, de dire d’une fleur qu’elle est mignonne ou d’une femme qu’elle est jolie ?

          …………….

          Le jardin de ma mère (par Andrei Tarkovsky)

          Il y a des années, avant de me marier, j’allais souvent rendre visite à ma mère, à la campagne. Elle était encore en vie à cette époque. Sa maison, une petite chaumière, était entourée d’un jardin, un petit jardin affreusement négligé et envahi par la végétation. Personne ne s’en était occupé depuis de nombreuses années et je ne pense pas que personne n’y ait jamais été. Même quand, ma mère était très malade. Elle ne quittait presque jamais la maison. Pourtant, au milieu des ruines du jardin, il y avait quelque chose qui était, à sa manière, beau. Oui, maintenant je sais ce que c’était. Quand il faisait beau, elle s’asseyait souvent à la fenêtre, regardant le jardin.

          Une fois, cependant, j’ai décidé que je rangerais les choses, dans le jardin. C’est-à-dire, je voulais tondre l’herbe,
          brûler les mauvaises herbes, élaguer les arbres. Dans l’ensemble, j’ai eu envie de refaire le jardin à mon goût, de mes propres mains. Oui, simplement pour faire plaisir à ma mère. Et pendant deux bonnes semaines. J’y suis allé avec des ciseaux et une faux. J’ai creusé et coupé et scié et désherbé. J’ai littéralement gardé le nez au sol. Et j’ai pris beaucoup de peine pour le préparer au plus vite.

          L’état de ma mère s’est aggravé et elle est restée alitée. Mais je voulais qu’elle puisse s’asseoir près de la fenêtre et voir son nouveau jardin. Bref, quand j’ai eu fini et que tout était prêt, j’ai pris un bain, mis des sous-vêtements frais, une nouvelle veste, voire une cravate. Puis je me suis assis sur sa chaise pour voir ce que j’avais fait, à travers ses yeux, pour ainsi dire. Je, je me suis assis là, et j’ai regardé par la fenêtre. Je m’étais préparé à profiter de la vue. Bref, j’ai regardé par la fenêtre et j’ai vu. Qu’est-ce que j’ai vu ? Où était passée toute la beauté ? Le naturel ? C’était tellement dégoûtant. Toutes ces preuves de violence !

          Je me souviens d’une fois quand ma sœur était jeune. Elle est allée chez un coiffeur et s’est fait couper les cheveux.
          C’était alors la mode. Ses cheveux étaient incroyablement beaux. Jaune doré, comme celui de Lady Godiva. Elle rentra à la maison ravie. Puis mon père l’a vue. Il se mit à pleurer. Je pense que c’était la même chose avec le jardin.

  1. l’apparition des cyclamens dans cette allée de tilleuls appartenant à une essence particulièrement résistante au réchauffement climatique n’est peut-etre pas le fruit du hasard…j’ai pu observer en effet que de tous les tilleuls rep)lantés dans une foret dans laquelle je me promène régulièrement n’ont pas succombé aux canicules de ces dernières années, alors que d’autres essences, elles n’ont pas résisté.

  2. Les cyclamen sauvés par la propriété privée ?

    j’ai pas bien pigé le statut initial de cette allée .

    Pour ce qui est d’un lien potentiel entre nature de la propriété d’un territoire et conservation écologique de la bio diversité , mes observations assez longues maintenant sont plutôt favorables aux grandes propriétés aristocratiques . Par exemple , lors de ma période  » monts et plaine du Forez  » , indépendamment des zones rurales difficiles d’accès des monts , les meilleure réserves de biodiversité étaient clairement les grandes propriétés de la vieille noblesse française ( petits domaines allant de 800 à 3000 hectares d’un seul tenant), malheureusement mises à mal souvent lors du décès des aïeux , et du partage parfois en 5 ou 6 lots entre des héritiers souvent citadins , dont certains n’avaient pas de souci plus pressant que de vendre rapidement un  » bon prix  » à un promoteur et de jouir de leur fric .

    Mais , qu’il soit public ou privé , géré ou pas , j’ai toujours constaté que la première précaution pour garder une chance à un espace de rester harmonieux et vivant , c’était de limiter drastiquement le nombre d’accès aux représentants de la race dite humaine , ce qui est ma version écologie  » responsable  » de la maxime :  » pour vivre heureux , vivons caché » .

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    1. àJuannessy
      15 septembre 2021 à 15 h 45 min

      « Les cyclamens sauvés par la propriété privée ?
      j’ai pas bien pigé le statut initial de cette alléeé .
      Octogénaire, je pense que si des cyclamens poussent dans cette allée , c’est justement du fait qu’elle est maintenue actuellement dans le flou quant à son statut  social:
      Une telle allée ne nous présente pas un coin de nature . C’est une re-présentation : une nature paysagée . L’ absence de statut défini de qui en assume en propre le devoir d’entretien ( le maître d’un domaine ? et-ou une municipalité, et-ou des copropriétaires?) permet le retour d’éléments vivants divers propres à la Nature dans sa grande diversité et en fonction du biotope local.
      Par exemple si je ne pratique plus la culture d’un gazon réputé digne, je vois assez vite réapparaître naturellement toutes les plantes et les fleurs propres au milieu (des insectes butineurs, et même des papillons) semblables à ce que fut le décor perçu durant mon enfance

    2. Ça me fait penser que je suis née à l’ombre du château des Lafayette, dans les plaines du Forez, à Bouthéon… Beauté partout, laideur nulle part… Aujourd’hui, plus de cyclamens nulle part, mais des villas médiocres et des caméras vidéos partout, des murs hérissés de tessons de bouteilles, et des yeux de beaufs soupçonneux, derrière des rideaux en dentelle du Puy… Bref, L’ENFER…

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      1. Ces villas médiocres hérissées de tessons, c’est une toute petite partie que nous appelons « richesse ». Elles contribuent au sacro-saint PIB. Leur construction à la place de superbes lieux s’appelle « croissance ».

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        1. Il a réussi à me faire pleurer, ce mec en chemise rouge qui réclame la lumière et la beauté. Hélas… Mais le monde n’était pas si beau que ça… Trop de souffrance, trop de manque, trop de cruauté…

      1. à Hervey
        15 septembre 2021 à 16 h 25 min
        Gravelotte-Nimes 708 km
        Ces belles photographies du Parc Naturel de Gravelotte (à but touristique) nous montrent la nature en tant que paysage culturellement construit, et non en tant qu’espace naturel. Le livre de Sébastien Baudoin  » Aux origines de la nature writing » (2020) permet de vérifier les écarts , selon les auteurs principaux cités, entre le sentiment esthétique de la forêt domestiquée, ou bien sauvage, et sans doute de mieux  » saisir ce qui se passe et nous concerne aussi au premier chef en tant qu’être vivant appelé à mourir  » ( page 151)

    1. Philippe,

      En fait, je crois que ce que Paul Jorion essaye de nous faire voir et/ou entendre, via ses vidéos sur «l’infinie beauté de mère-nature», comme le dit si bien un lecteur , est en réalité si énorme que nous avons bien des difficultés à le percevoir.
      D’ailleurs, je me demande même si une Intelligence Artificielle réussirait, sans être dotée d’affects, à trouver ce que nous-mêmes avons tant de mal à imaginer, toujours dans le cadre dudit effondrement. À moins qu’en recoupant, ici, quelques commentaires, on puisse trouver quelques bons indices ?

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