Pendant ce temps-là à Moscou…

Pendant ce temps-là à Moscou, le gouvernement déclare (et la presse le confirme), que

* la population russophone du Donbass est la victime d’un génocide
* le gouvernement de Kiev ne reculera devant rien en matière de désinformation (pseudo-massacres mis en scène, opérations faux pavillon…)
* le gouvernement polonais a rejoint le camp nazi
* la Finlande menace désormais la Russie
Etc.

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41 réflexions sur « Pendant ce temps-là à Moscou… »

  1. Comme on dit, la première victime de toutes les guerres est la vérité et la propagande à Moscou n’est pas d’un niveau plus élevé ou plus faible qu’ailleurs dans des circonstances similaires.
    Depuis le début de cette guerre j’ai décidé de ne plus écouter tous les experts militaires et surtout les politologues de salon qui se contredisent tous, je me contente des faits bruts connaissant ce coin par mes origines.
    Washington veut vaincre et Poutine ne veut et ne peut plus perdre, l’escalade n’est qu’à son début, avec deux têtes brûlées de ce calibre le chaos ne peut pas être exclu.

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    1. « Comme on dit, la première victime de toutes les guerres est la vérité et la propagande à Moscou n’est pas d’un niveau plus élevé ou plus faible qu’ailleurs dans des circonstances similaires. »

      Toutes choses étant égales par ailleurs, que peut bien vouloir dire cette phrase à part être une énième tentative de noyer le poisson ?

      Alors moi je vais bien le poser tranquillement sur l’étalage que chaque passant comprenne bien ce que nous avons en magasin en fait :

      Russie = pays agresseur sans aucune raison autre que caprice interne de petit frustré qui fait dans son froc en diffamant tout le monde.

      Ukraine = pays libre et indépendant agressé qui n’a rien demandé d’autre que vivre sa vie avec qui il veut quand il veut.

      Vraiment opération très simple à comprendre, sauf chez vendeur de blabla destiné à rendre fumeux une situation très simple.

      (pitié adeptes du relativisme de salon et du « oui mais bidule pas gentil non plus « m’épargner vos réponses automatiques, moi plus lire vos problèmes de mal compréhension, on est le 15 mai 2022, si vous pas avoir compris depuis tout ce temps depuis le 24 02 2002, moi avoir autre chose à foutre maintenant).

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      1. Cloclo, quand même c’est fini le temps des westerns où le courageux cowboy sauve la veuve et l’orphelin des griffes des affreux sales et méchants indiens – je conçois que dans une guerre la position d’arbitre peut être intenable hein – faut choisir son camps camarade – mais nous ne sommes pas en guerre & c’est pas moi qui le dit c’est notre président hein 🤨😮😑 – et ton Ukraine toute habillée de la robe virginale de la démocratie et ses valeurs de liberté et d’émancipation des peuples – faudrait pas pousser mémé dans les orties non plus 🤨🙄

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        1. C’est le thème en effet de The Searchers (La prisonnière du désert – 1956) de John Ford, mais ce film fait figure d’exception : le courageux cowboy qui sauve la veuve et l’orphelin des griffes des affreux sales et méchants Indiens est en réalité un thème de western extrêmement rare.

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          1. Bien vrai et quelle exception , mais quand les gosses jouaient aux cowboys et aux indiens – les mauvais rôles n’étaient pas partagés hein 🤨😏

        2. Mais mon cher naroic, personne n’est tout blanc tout neige sauf dans tes rêves, ce que je dis moi c’est vraiment une chose très simple, depuis le début, je ne juge pas les gens sur ce qu’ils pensent ou sont mais sur ce qu’ils font.

          Et là y a pas photo, l’emmerdeur numéro UNO c’est Poutine, le reste c’est des discussions de confusianistes professionnels.

          T’es qui pour juger les Ukrainien snaroic ? Rien, t’es rien du tout. Ca vous défrise depuis le début, mais depuis le début, rien n’a changé, il y a un agresseur, la russie et un agressé, l’Ukraine. Tourne le autant que tu veux, dans tous les sens, maintenant que tu sais qu’il y a des méchants partout, des nationalistes partout, des menteurs partout, il n’en reste pas moins que la Russie a agressé l’Ukraine. Et puis c’est tout. On s’arrête là, on regarde juste ça, et on en tire les conclusions. La Russie est l’agresseur. Et elle doit cesser son agression.

          On va lui présenter la note pour ça, et heureusement d’ailleurs. Tu veux présenter la note aux USA pour toutes leurs guerres stupides et déplacées ? Aucun problème je suis avec toi aussi. Mais sommes nous en phase là dessus ? J’ai bien peur que non…

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      2. Calmos cloclo. Se battre pour qui, pour quoi ? Une espèce de Traven improbable Luis Mercier Vega, engagé dans la révolution/guerre d’Espagne s’exprime ici : (tu devrais lire Clausewitz, cela calmerait tes ardeurs (adjectif en suspens). Tu peux, dans ce texte remplacer « militant anarchiste » par « être humain », peut-être :
        « Le mouvement anarchiste se montre particulièrement discret dans ses analyses des relations et des conflits internationaux. Ses publications périodiques ou ses livres ne traitent que rarement, ou très circonstanciellement, des problèmes de politique étrangère. Il existe certes un certain nombre de principes généraux – contre tous les impérialismes, contre les nationalismes, contre la guerre, contre les armements –, rituellement répétés, qui planent quelque peu au-dessus des événements, des tensions ou des guerres lointaines. Cette répétition économise l’observation des faits et leur interprétation, plutôt qu’elle n’y invite.

        Ce silence et ces généralités, présentent un danger sérieux, celui de voir le quotidien, fait de désinformation et de propagande, modeler progressivement les réactions des militants et conduire à ce que leur comportement pratique face à des situations de fait diffère de leur convictions affichées, ou les contredise.

        Le piège du choix, identique en fin de compte à celui qui fonctionne si souvent pour les questions sociales, réside dans l’exploitation des sentiments pacifistes et internationalistes à des fins guerrières ou impérialistes. Il n’est pas question d’appeler les libertaires à s’engager dans une lutte entre régimes d’exploitation ou entre États visant à l’hégémonie régionale ou mondiale. Il est plus intelligemment, et plus utilement, fait appel aux sentiments anti-autoritaires, aux convictions antitotalitaires, aux nécessités de la défense de conquêtes ouvrières, de libertés acquises. De même qu’au nom des valeurs dont se sert la « gauche », il est demandé non de participer aux règles parlementaires, mais d’empêcher – par le vote – le triomphe d’un candidat de « droite ». Ou de faire bloc avec ceux qui défendent le « progrès » contre ceux qui s’accrochent aux privilèges du passé.

        Le procédé donne des résultats. Il faut reconnaître qu’il n’est souvent pas besoin de le mettre au point du dehors ; il surgit spontanément, au sein même des milieux anarchistes. Ainsi le Manifeste des Seize en 1914.

        La prise de position des Kropotkine, Grave, Malato, Mella ou Moineau n’est pas exceptionnelle, ni conditionnée par une situation unique. On la retrouvera, sous un autre langage, en d’autres conjonctures, en 1936 en Espagne et en 1939 – comme on pourrait la détecter aujourd’hui même.

        Tout au long de la guerre civile espagnole, en effet, l’idée d’un « camp démocratique » favorable à la République a été défendue, propagée, par les adversaires de la révolution sociale – républicains bourgeois et staliniens –, mais elle a pénétré jusque dans nos rangs. Et elle s’y est maintenue. Sans discussion. Dans l’équivoque.

        Ainsi, dès le début de la Seconde Guerre mondiale, un homme de la taille de Rudolf Rocker a pu parler du Commonwealth britannique comme d’une « communauté de peuples libres »… Mais remarquons qu’entre les affirmations pacifistes, ce cri jeté sans aucune considération pour les données ou les perspectives de la réalité visible – le tract lancé par Louis Lecoin « Pour une paix immédiate » en fournit un modèle –, et les plaidoiries justificatrices de ceux qui se rallient à un camp, il existe surtout un immense no man’s land d’ignorance et de sclérose mentale.

        Malgré les nombreuses expériences, la somme de connaissances acquises et entrées dans notre mémoire collective est maigre. Il y eut, pendant la guerre 14-18 des manifestations de la pensée et de l’action anarchistes qui témoignèrent de la lucidité et du courage des compagnons. Il y eut Zimmerwald et cent exemples de la présence libertaire. De 1939 à 1945, il n’y eut pas grand-chose qui ressemblât à cette ténacité audacieuse et prometteuse. À quelques exceptions près. L’une collective : l’équipe de War Comentary à Londres. Les autres, individuelles ou à partir de petits noyaux, celui de L’Adunata dei Refrattari étant le plus solide. Le reste bascula dans l’illusion sanglante, le silence ou l’accommodement.

        En pleine guerre, sous les bombes, l’effort de connaissance des éditeurs de War Comentary – succédant à Spain and the World – ne cesse pas. Avant toute chose, il s’agit de ne pas se laisser entraîner par les torrents de mensonges, accompagnement naturel des haines et des combats. Un effort qui pourtant ne s’imagine pas triomphant. Tout est difficile, lent, incertain, précaire. Marie-Louise Berneri – qui, avec Vernon Richards et l’équipe de Freedom Press, anime le journal – le dit explicitement : « Nous ne pouvons bâtir avant que la classe ouvrière ne se débarrasse de ses illusions, de son acceptation des patrons et de sa foi dans les chefs. Notre politique consiste à l’éduquer, à stimuler ses instincts de classe et à enseigner des méthodes de lutte. C’est une tâche dure et longue, mais à ceux qui préfèrent des solutions plus simples, comme la guerre, nous soulignerons que la grande guerre mondiale qui devait mettre un terme à la guerre et sauver la démocratie, n’a produit que le fascisme et une nouvelle guerre ; que la guerre présente provoquera sans nul doute d’autres guerres, tout en laissant intacts les problèmes fondamentaux des travailleurs. Notre façon de refuser de poursuivre la tâche futile de rapiécer un monde pourri, et de nous efforcer d’en construire un neuf, n’est pas seulement constructive, elle est la seule solution. [1] »

        Il ne s’agit pas d’incantations à la paix, mais de suivre l’actualité et d’en extraire chaque jour la leçon, de dénoncer les bourrages de crâne, de rappeler par des exemples immédiats et évidents que la Grande-Bretagne est un empire qui règne sur des peuples esclaves, que les États-Unis vont mettre à profit leur entrée en guerre pour étendre leur aire de puissance, que la Russie soviétique est un totalitarisme qui écrase prolétariat, paysannerie et peuples ; que les mots perdent tout sens quand un Tchang Kaï-chek, tyran hier, devient grand démocrate le lendemain…, que les idéologies couvrent des intérêts indéfendables. « Ne nions pas que… l’opinion américaine, et peut-être Roosevelt lui-même, n’exprime pas une véritable sympathie pour les démocraties. L’opinion des masses – ou plutôt ce que la presse leur fait croire – n’a rien de commun avec les intérêts combinés des capitalistes et des impérialistes qui déterminent la conduite du pays. Mais on doit reconnaître que ces intérêts ont tout à gagner dans une guerre européenne. [2] »

        Cette volonté de continuer à voir clair, de penser avec sa propre tête, va se manifester pour dire, exposer, propager les vérités crues. Par des publications, mais aussi par des tracts distribués aux soldats, ce qui donnera lieu à procès. Par une correspondance qui devra se faufiler dans la masse épaisse des censures et des contrôles, avec les isolés, les rescapés, les tenaces de quatre coins du monde – et qui sont l’Internationale.

        Sans doute la tradition anglaise fournissait encore, restes sans cesse grignotés du libéralisme d’expression, un terrain plus favorable à cette affirmation et à cette recherche anarchistes qu’en des pays entièrement militarisés ou soumis à un régime de police toute-puissante. Mais ces possibilités sont exploitées à fond, et non pas escamotées en attendant des jours sans problèmes. Comme, ailleurs, l’illégalité et la clandestinité s’adaptent et répondent à la loi et à la répression. L’argument ne tient pas, quand il est avancé, que ces libertés doivent être défendues en se mettant à la disposition d’un pouvoir qui s’ingénie à les réduire. Ce qui est à noter, c’est que, dans les pays dictatoriaux, nombre d’éléments de résistance ont agi en liaison avec des services d’État « ennemis » en vue de participer à l’effort de guerre de l’autre camp, et non pour des objectifs propres.

        C’est là que s’établit la différence fondamentale, pour les anarchistes, entre l’action favorisant le triomphe d’une coalition contre l’autre, et celle qui correspond à des buts de libération sociale. Différence qui était sensible en Italie, en France, aussi bien que dans les pays dits « neutres » – comme en Amérique latine –, là où les grèves étaient soutenues, déclenchées ou condamnées non par rapport aux intérêts de la classe ouvrière, mais suivant le critère du « bon » ou du « mauvais » bénéficiaire sur le plan international.

        Il existe, en dépit des situations locales parfois très complexes, un fil conducteur : c’est la guerre sociale que nous menons, et non la guerre entre nations ou entre blocs. Les « forces de libération » ne s’y tromperont pas en Italie – 1944 – quand les autorités militaires nord-américaines autoriseront la parution de toutes les publications de toutes les tendances « antifascistes », sauf les journaux anarchistes. De même que, dans le port de Buenos Aires, les staliniens s’opposeront aux mouvements revendicatifs dès lors que la production des entreprises intéressées était destinée au ravitaillement des alliés – ennemis la veille – de l’URSS.

        Reconnaissons que nous ne possédons pas de doctrine éprouvée. Nos « ancêtres » ne nous aident guère.

        Dans la logique marxiste, et pour ce qui concerne la politique internationale, il existe la même croyance dans le caractère « progressif » de l’expansion capitaliste dans le monde – étape inévitable pour que soient réunies les conditions nécessaires à la victoire du prolétariat – que pour le développement économique des nations. Miklós Molnár résume fort bien cette théorie : « Si le progrès réalisé par la bourgeoisie conquérante grâce au développement de ses forces productives est l’étalon universel pour mesurer les peuples, leur place au soleil et la légitimité de leurs revendications nationales, il est tout aussi impossible de se placer aux côtés des peuples “asiatiques” qu’aux côtés des “sous-développés” du Vieux Continent. Autrement dit, si Marx et Engels avaient voulu adopter un concept anticolonialiste… ils auraient dû l’élaborer au sujet des peuples opprimés d’Europe également et vice-versa. Faute de se placer sur le terrain de l’autodétermination sans discrimination, ils s’enferment dans le carcan de leur vision matérialiste et, dirait-on ¬aujourd’hui, “productiviste“ du monde. Dans une position idéologique, donc ? Pas du tout, puisqu’il s’agit d’une idéologie fondée sur une analyse de la réalité et qui se voulait scientifique. Ce n’est pas un vœu, un programme, un idéal que Marx et Engels prétendaient exprimer par leurs thèses, mais bien la tendance générale du développement historique. [3] »

        Il y aurait quelque cruauté à rappeler à nos bons simili¬-marxistes d’aujourd’hui qui se portent au secours des colonisés ou néo-colonisés (sauf quand il s’agit de colonies soviétiques) les positions de leurs maîtres à penser (il leur reste des maîtres, mais pas de pensée). Molnár le rappelle : « … le contenu moral du colonialisme, son infamie et sa stupidité n’infirment pas aux yeux de Marx sa nécessité en tant que processus historique global. Quelque détestables que soient les motifs et les méthodes de colonisation britanniques, ils accomplissent une tâche historique somme toute progressiste » [4].

        Côté Bakounine, le raisonnement est inverse : « La conquête faite par les nations civilisées sur les peuples barbares, voilà leur principe. C’est l’application de la loi de Darwin à la politique internationale. Par suite de cette loi naturelle, les nations civilisées étant ordinairement les plus fortes doivent ou bien exterminer les populations barbares ou bien les soumettre pour les exploiter, c’est-à-dire les civiliser. C’est ainsi qu’il est permis aux Américains du Nord d’exterminer peu à peu les Indiens ; aux Anglais d’exploiter les Indes orientales ; aux Français de conquérir l’Algérie ; et enfin aux Allemands de civiliser, nolens volens, les Slaves de la manière que l’on sait. [5] »

        Mais si l’examen des relations entre Russie, Allemagne et Pologne donne l’occasion à Bakounine de conclure de manière tout à fait opposée aux opinions de Marx, le premier considérant l’Allemagne comme l’État le plus porté à l’expansion et le second estimant que la Russie tsariste est destinée à s’étendre par la nature même de son régime retardataire et absolutiste, il n’en reste pas moins que, pour le Russe, c’est le problème de l’État qui est essentiel. « L’État moderne ne fait que réaliser le vieux concept de domination […] qui aspire nécessairement, en raison de sa propre nature, à conquérir, asservir, étouffer tout ce qui, autour de lui, existe, vit, gravite, respire ; cet État […] a fait son temps. [6] »

        Ici, déjà, le principe étouffe les analyses détaillées. Il n’est pas sûr qu’il soit suffisant pour dominer les entraînements de la passion

        On ne peut mieux résumer une certaine mentalité qui régnait dans les rangs de l’émigration cénétiste en France qu’en citant la réponse faite en novembre 1944 à l’Union nationale espagnole (UNE) – fabrication du PC espagnol –, qui, lors d’un congrès tenu à Toulouse, avait décidé d’éviter de nouvelles effusions de sang en Espagne : « Magnifique déclaration avec laquelle nous sommes totalement d’accord. Mais pourquoi dit-on aux Anglais une chose et une autre totalement différente aux Français et aux Espagnols réfugiés en France ? Pourquoi les porte-parole de l’UNE appellent lâches les exilés espagnols qui se refusent d’entrer dans les rangs de leurs guérillas qui prétendent reconquérir l’Espagne l’arme au poing ? C’est nous qui portons le drapeau de l’unité de tous les Espagnols amants de la liberté et de la République. C’est nous qui, dans un Front populaire, avons défendu la République, une République que l’UNE considère morte. C’est nous qui disons aux Anglais, aux Américains, aux Russes et à tous les peuples démocratiques du monde – et très particulièrement aux Espagnols exilés en France – que l’on doit tenter de libérer l’Espagne en évitant une nouvelle tuerie cruelle entre Espagnols. [7] »

        Que d’illusions, que de vaines et gloriolantes espérances, quel manque de connaissance des motivations qui déterminaient la politique des États « démocratiques ». Le livre de José Borras dont nous avons extrait cette citation abonde en enfantillages de ce type et en guimauve littéraire, en lieu et place d’une difficile mais indispensable analyse des conjonctures politiques internationales. La garde est baissée devant la froide détermination des États, égoïstes par nature. Après les désillusions, inévitables, viendront les aventures lancées à coups de jeunes, à coups de morts et d’arrestations, un prix aussi mal calculé que l’était la croyance en des gouvernements bourgeois démocratiques animés… des meilleures intentions.

        Car le mouvement libertaire espagnol, du moins dans ce qu’il déclare officiellement, n’a rien appris de ce que vaut « l’antifascisme » national ou international : « Une des constantes qui ont nettement marqué le comportement politique des partis et organisations exilés a été de croire – et de faire croire – que si les antifascistes espagnols perdirent la guerre civile et s’ils ne sont pas encore parvenus à abattre la dictature franquiste, la faute en est aux puissances étrangères. [8] »

        S’agit-il d’une interprétation particulière, marquée par les circonstances propres au conflit ibérique ? Il ne le semble pas, car nous retrouvons ce raisonnement, non plus à chaud, mais comme expression naturelle d’un courant de pensée, chez nombre de militants, et à propos d’autres guerres. Ainsi, sous la plume d’un excellent militant asturien, Ramón Álvarez, quand il parle d’Eleuterio Quintanilla, organisateur et propagandiste anarchiste du premier tiers du XXe siècle : « Tant que la guerre ne se manifesta pas par le choc brutal des armées sur les champs de bataille transformées en tombes gigantesques, de jeunes gens qui avaient rêvé d’une “belle époque” prolongée, Quintanilla se déchaîna contre la guerre. Il n’ignorait pas que les tueries collectives ont toujours assuré le salut du capitalisme, coïncidant chronologiquement avec les cycles de crises économiques, résultats des inévitables contradictions d’un système social basé sur l’exploitation et le profit. Une fois mortes les illusions reposant sur un internationalisme trop jeune pour être enraciné dans la conscience civique – bien qu’il doive constituer la première aspiration d’un idéaliste sincère –, Quintanilla décida rapidement de défendre le camp occidental, car il représentait une plus grande somme de libertés, où était possible l’ensemencement révolutionnaire. Alors que la victoire du kaiserisme aurait signifié un recul sensible, dont les conséquences seraient retombées de préférence sur les couches les plus pauvres de chaque nation. [9] »

        Dans la plupart des cas, le choix d’un camp est déterminé par le sentiment d’impuissance chez le militant. Demeurer en dehors de l’affrontement public majeur lui semble l’exclure de toute action, de toute existence. Or, il ne s’agit pas d’être neutre, mais de refuser les règles d’un jeu qui n’est pas le sien. C’est le choix d’un camp qui fait disparaître sa personnalité propre. Son engagement signifie son suicide en tant que militant anarchiste.

        Que les circonstances l’obligent à se trouver inséré, en uniforme ou en civil, dans les appareils de l’une des parties belligérantes, ne l’engage pas. Ce serait sa justification de ce qu’il n’a pas le pouvoir d’éviter qui le mettrait hors du combat social. C’est à partir de cette – de sa – situation de fait, non choisie, qu’il peut commercer – ou continuer – d’agir. Pour agir, il doit travailler à suivre et à comprendre les événements, tâche peu aisée mais possible. De même qu’il doit connaître le milieu où il se trouve placé, pour en saisir la diversité et les contradictions. Tous éléments de connaissance qui lui serviront, dans l’immédiat ou dans le temps. Les aspects sociaux d’un conflit, d’une tension, d’une guerre ne sont jamais absents longtemps. Non plus que les réactions individuelles. Là est son terrain.

        Quant à la sempiternelle considération que tout acte, tout sentiment exprimé, toute attitude font le jeu de l’un ou l’autre antagoniste, elle est sans nul doute exacte. Le tout est de savoir s’il faut disparaître, se taire, devenir objet, pour la seule raison que notre existence peut favoriser le triomphe de l’un sur l’autre. Alors qu’une seule vérité est éclatante : nul ne fera notre jeu si nous ne le menons nous-mêmes.

        Ne pas vouloir participer aux opérations de politique internationale, dans l’un des camps en lutte, ne signifie pas qu’il faille se désintéresser de la réalité de ces opérations, de ces formes de guerre permanente prenant les aspects les plus variés – commerciales, politiques, militaires –, de ces stratégies. Oublier que les États-Unis, par vocation et volonté de puissance, sont partout présents dans le monde, veulent assurer la défense et la garantie de leur métropole qui dépend d’un ravitaillement de nature intercontinentale ; oublier les tendances à l’hégémonie mondiale de l’Union soviétique ; oublier la capacité expansionniste de la Chine ; oublier que les poussées d’indépendance qui secouent l’Afrique, l’Asie et l’Amérique latine sont à la fois volontés populaires, surgissements de nouvelles classes dirigeantes et pions des rivalités entre grandes puissances, c’est se condamner à donner dans tous les panneaux. C’est au contraire par le tri continu des éléments décisifs entre manœuvres de type nationaliste ou impérialiste et courants de libération authentiques que la critique libertaire peut et doit s’exercer si elle veut être instrument de connaissance et de combat.

        Or, à chaque fois que le militant prend position, avec l’espoir d’occuper une place dans la « marche de l’histoire », ou qu’il refuse de manifester son soutien à une poussée sociale par souci de ne pas favoriser une autorité gouvernementale, il erre ou perd toute existence. Il faut se rappeler à ce propos l’attitude d’intellectuels libertaires italiens estimant « progressiste » la liquidation de la féodalité tibétaine par l’Armée rouge chinoise (à quoi il était possible – aussi absurdement – de mettre en parallèle le rôle moderniste de la conquête mussolinienne de l’Abyssinie). Ou encore les réticences de milieux anarchistes français lors de l’insurrection hongroise de 1956, dans laquelle ils voyaient la main de la propagande nord-américaine. Plus tard, la critique des méthodes dictatoriales castristes fut assimilée à la défense de l’impérialisme yankee. Et plus récemment nous avons pu lire dans un journal anarcho-syndicaliste norvégien une défense inconditionnelle du MPLA d’Angola.

        Ce sont exemples non de clairvoyance, mais de soumission aux artifices des propagandes, d’absence d’information directe ou de travail d’analyse. Exemples de l’inutilité des principes si ceux-ci ne sont pas constamment nourris et vérifiés par l’effort de connaissance.

        Par contre, là où nous trouvons des alliés naturels, là où surgissent des forces sur le plan social qui brisent le faux dilemme des blocs bons ou mauvais, nous ne sommes ni assez vigilants ni assez solidaires. Du moins en tant que mouvement, car fort heureusement, individus, noyaux et initiatives agiles n’ont jamais manqué. Il va sans dire que nos alliés naturels ne sont pas, dans les pays de l’Est, les services nord-américains, ni, en Amérique, les hommes du KGB. Mais réduire la compréhension des situations nationales et la complexité des rapports internationaux à ces cirques – comme il est aisé et courant de le faire – serait lamentable pour des militants rétifs par principe aux sortilèges manipulés desmass media.

        Si nos alliés naturels se trouvent parmi ceux d’en bas qui, sous des formes infiniment variées luttent ou se défendent dans les entreprises ou dans les quartiers populaires des villes ou des burgs bulgares, cubains ou sud-africains, russes ou chinois, argentins ou nord-américains, ou à Hong Kong ou au Japon, nos ennemis non moins naturels sont les systèmes et les régimes qui les dominent, les exploitent ou les répriment. De même que nos préoccupations portent sur l’évaluation des résultats des mille formes de résistance aux conflits – non pas théoriques, mais réels –, c’est-à-dire sur la façon de savoir, par exemple, si les dizaines de milliers de déserteurs ou de réfractaires nord-américains ont accéléré la liquidation de la guerre au Vietnam – ce qui ne nous place nullement à la traîne ni aux ordres du gouvernement de Hanoï.

        À regarder de près, nous ne sommes pas absents du combat si nous menons le nôtre tout en connaissant et en dévoilant celui des autres. Nous dirions même que notre combat dépend étroitement de la connaissance de celui des autres. Les chausse-trapes se préparent évidemment bien à l’avance. Pour ne pas y tomber, nos généralités préventives ne sont pas suffisantes. Il nous faut dès maintenant apprendre à détailler : antagonisme-collaboration entre États-Unis et URSS, eurocommunisme, libérations du type angolais, éthiopien ou cambodgien, démocratie à la japonaise, etc. Des détails qui nous renforceront dans notre hors-jeu international et notre possible action internationaliste. »

        Santiago PARANE
        Interrogations, n° 11, juillet 1977, pp. 3-13.

        Notes :

        [1] « Neither East nor West », Freedom Press, Londres, 1952.

        [2] War Comentary, décembre 1939.

        [3] Marx, Engels et la politique internationale, Paris, Gallimard, 1975.

        [4] Ibidem, p. 199.

        [5] Aux compagnons…, Archives Bakounine, II.

        [6] Étatisme et anarchie, Archives Bakounine, III.

        [7] José Borras, Políticas de los exiliados españoles 1944-1950, Paris, Ruedo Ibérico, 1976.

        [8] Ibidem, p. 23.

        [9] Ramón Álvarez, Eleuterio Quintanilla. Vida y obra del Maestro, Editores Mexicanos Reunidos, México, 1973.

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      3. @ Cloclo
         » Russie = pays agresseur, Ukraine = pays agressé  »
        Mais oui Cloclo, encore bravo pour ce constat, mais qui dit le contraire ici ?
        Et après l’avoir répété mille fois, que fait-on, on renverse l’agresseur, c’est donc ça ta position ?
        Juste une remarque : mon commentaire ne concernait que le sujet de cet article, à savoir la propagande diffusée par Moscou, et rien d’autre, pour simplement remarquer que les pays agresseurs utilisent très souvent ce procédé.
        Les fioles de Colin Powell en 2003 pour agresser l’Irak, ça te parle ou pas, pas de la propagande peut-être ?
        Et en 2003, après cette guerre en Irak, la Russie, l’Allemagne et la France pourtant opposés à cette agression avaient-elles à l’époque souhaité renverser Bush, pourtant responsable de centaines de milliers de morts ?
        Bush l’aurait pourtant mérité, comme aujourd’hui Poutine, mais serions-nous là aujourd’hui pour en parler ?

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  2. Assuré 100% hors propagande :

    « Avant-hier puis hier » : https://ichef.bbci.co.uk/news/976/cpsprodpb/7BA7/production/_124155613_nato_member_states_23.02_640map_2x-nc.png

    Plaintes, de son point de vue justifiées, de Poutine…dans le vide.
    24/2/2022 au petit matin il fait envahir l’Ukraine par l’armée russe..
    …Quatre-vingts jours plus tard, les conséquences inattendues.. :

    « Aujourd’hui et (sans doute?) demain » : https://www.ft.com/__origami/service/image/v2/images/raw/https%3A%2F%2Fd6c748xw2pzm8.cloudfront.net%2Fprod%2F0fd6a250-7c5d-11ec-acb2-11b53b3b8ef8-standard.png?dpr=1&fit=scale-down&quality=highest&source=next&width=700

     » Bravo Vladimir..! « 

    1. Bonjour,

      J’ai trouvé intéressant l’article d’Henri Guaino, paru dans le Figaro : «Nous marchons vers la guerre comme des somnambules»
      Bonne journée.

      3
      1. @konrad Excellent point de vue, le mécanisme est en place, comme il concerne habilement les deux plus gros détenteurs d’ogives, le feu d’artifice pourra résoudre les problèmes de climat, soit directement par l’hiver nucléaire, soit par l’effondrement économique, point sera besoin de régime écologique totalitaire.

        On cherche à nous rassurer sur le non usage d’armes tactiques par la surveillance continue des préparatifs, aussi l’usage préventif d’armes stratégiques (qui par nature sont à délai court) par la Russie est à envisager par Poutine.

        Dans le cadre d’un ultimatum s’il est fair-play.

        1. En effet c’est compliqué mais l’horizon n’est pas prêt de s’éclaircir.
          Il faut dire que pour les démocrates américains, entendre Poutine et céder à ses désirs c’est laisser revenir Trump et son populisme. Pas vraiment un succès.
          (:-D.
          Est-ce la solution ? Est-ce la solution que le monde se poutinise et que les US renoncent de leur propre chef à leur position de leader et leurs valeurs affichées, du jour au lendemain ?
          Peut-être bien que oui, peut-être bien que non mais en théorie seulement.

          Quant à l’Europe … comment pourrait-elle se laisser gagner par la poutomanie ? Difficile à vendre l’alarme à sonnettes d’Henri Guaino.
          Les sociétés européennes sont déjà accablées par ce qui les attend « naturellement » … et puis … qui parmi les élites aux commandes est capable de faire accepter le principe d’invasion de la Russie ?
          Qui va payer les pots cassés ? Les russes ?…
          L’Europe peut-elle subitement ignorer les Navalny et autres opposants et considérer que leurs places est en prison ?
          L’Europe peut-elle accepter et valider le discours anti-libéral de Poutine ?
          En théorie sans doute mais en pratique ?

          Existe-t-il un chemin médian qui pourrait instaurer la paix et éviter l’escalade ?
          Ce serait une divine surprise.
          On croise les doigts.

          https://hervey-noel.com/le-temps-presse-un-vendredi-13/

        2. L’analyse de M Guaino est fort intéressante. Le peuple russe se sent « acculé » sur ses 17 millions de km2. Le peuple russe a subi de multiples invasions dont il s’est sorti victorieusement. Le peuple russe se sent supérieur aux autres.
          Quelle conclusion en tirer: se coucher devant la race russe supérieure ?

          1
      2. Guaino au début de la guerre applaudissait quand on livrait des armes pour que les Ukrainiens se défendent et maintenant qu’ils parviennent à se défendre il faudrait qu’ils renoncent à se défendre et acceptent un marchandage entre occidentaux et Russes se gardant bien de dire à quelles portions de leur territoire les Ukrainiens devraient renoncer.
        Guaino ne cite pas une seule fois le nom de Vladimir Poutine, ni celui de Zelinsky, il n’y a que des forces abstraites, d’un coté l’occidentalislme et de l’autre le slavophilisme.
        De même qu’à Abidjan Guaino pouvait déclarer sans que l’Afrique n’était pas encore entrée dans l’histoire, l’Ukraine à ses yeux n’a qu’une histoire possible, celle qui la rattache, ou plutôt l’attache à la Russie.

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        1. Henri Guaino, avec son passif, n’est certes pas la personne qu’on a envie de lire.
          Son rappel de l’enchainement des événements de 1914 (qu’il emprunte à un autre) n’est cependant pas sans intérêts dans le contexte actuel.
          Quant aux « forces abstraites », sont-elles vraiment négligeables dans l’histoire des conflits ? Certains historiens appellent ça la culture de guerre.

        2. Puisque Mr Guaino aime bien la réthorique, peut il se montrer plus pratique et nous expliquer comment on aurait du amadouer Hitler? ou les japonais à la grande époque ?

          Ou encore comment on attrape un chien enragé avec un paquet de croquettes en étalant sa suffisance sur les plateaux télé ?

          Parce que c’est bien beau de théoriser la diplomatie, quelqu’un croit il encore que l’on a à faire à des gens traitables, engagés dans une guerre censée ? Il n’y a même pas de but de guerre, je pense qu’on a jamais vu ça de l’histoire.

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          1. @alex cinq Le but de guerre est parfaitement clair changer le régime au Kremlin pour un régime plus compatible avec les Etats-Unis.
            Biden lui même a exprimé son souhait de renverser Poutine.
            Les ukrainiens ont été armés et formés depuis au moins 2014 et tout a été fait pour que Poutine tombe dans le piège.
            Maintenue plus éloigné d’une influence occidentale par Loukachenko, ce schéma n’a pas pu être mis en oeuvre en Biélorussie.
            Lors d’une intervention à l’est dans une ex-république soviétique pour maintenir l’ordre, personne n’a trop trouvé à redire.

            En acceptant l’adhésion de la Finlande et de la Suède à l’OTAN comme un non évènement à condition qu’aucune base ou arme nucléaire y soit installée, la Russie affiche une position raisonnable, qui pourrait permettre (sait-on ?) la même position à terme pour l’Ukraine.

            Une évacuation a eu lieu à Azovstal.

            1. Ruiz

              Tu as tout compris il n’y a rien à ajouter. Ha si: c’est effarant de régurgiter de la propagande aussi grossière en aussi peu de mots.

              Finalement la deuxième guerre mondiale je ne la voyais pas comme cela, mais ce fut un grand succès des Etats Unis cet empire caclulateur et perpétuellement belliciste qui comme tout pays de l’’otan de brie-conte-robert à pise n’a qu’une idée en se rasant le matin: comment anéantir la grande Russie. Là aussi ils atteignirent tous leurs buts de guerre vis à vis de l’Allemagne et du Japon.

              Tu devrais peut être aller vivre en Russie ou mieux en Bielorussie tant le burlesque post soviétique semble t’inspirer. Ayant de la famille là-bas je peux t’aider si tu veux!

              « Maintenue plus éloignée d’une influence occidentale par Lukashenko… » cette phrase est hideuse, mensongère et une insulte aux Bielorusses.

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            2. Ruiz
              Ne renversez pas les rôles, l’agresseur c’est Poutine et personne d’autre.
              Les US n’iront pas à Moscou renverser Poutine.

              Par contre il n’est pas exclu qu’il tombe comme un fruit mûr après toutes ses déconvenues, et si c’était le cas il me semble que personne ne s’en plaindra, sauf ceux qui sont impliqués jusqu’au cou dans sa guerre, ou encore peut-être Ruiz.

              Quant aux militaires qui ont été évacués d’Azovstal ils auraient été dirigés vers la Russie.

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            3. Sacré Ruiz,

              Il me rappelle un jour une audience aux assises pour un gars jugé pour viol sur une jeune femme.

              Une (pas un, une !) des jurés n’a pas pu s’empêcher de trouver publiquement que quand même la tenue courte de la jeune dame le soir dans une rue n’était aussi pas très adaptée…

              Voilà y a des gens ainsi, la victime a toujours une forme de responsabilité, même si c’est juste d’exister.

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            4. Le point de départ est la discussion « nous avançons dans la guerre comme des somnambules ». L’idée est développée par Guaino, je n’irai donc pas la lire.
              La difficulté entre nous est que d’un côté on peut lire l’histoire de l’Est européen comme un mouvement de peuples vers la démocratie et la liberté et le développement économique par les échanges avec l’Europe, et d’un autre côté on peut la lire comme un effort permanent des américains pour avoir une main mise sur notre continent, faisant de l’Europe un nain politique et militaire, soumis à leurs objectifs. Il faut selon moi prendre au sérieux ces deux lectures. (D’autres diront qu’il faut ridiculiser et agonir le messager et choisir la bonne lecture simpliste).
              Sur la première lecture, c’est un fait que l’effondrement de l’URSS a amené des hauts fonctionnaires (=apparatchik), à prendre le pouvoir sur le plan policier et économique avec des collègues (oligarques et autres participants au pouvoir), et en donnant souvent une parodie d’élections. Pas de débats, pas de médias libres, pas de liberté de manifester. Partant de ce fait, une évolution politique, économique, mais surtout sociale (travail, conditions de vie) est souhaitable. Et cette évolution ne se conçoit que rarement comme pacifique. D’où des « révolutions oranges ».
              Sur la seconde lecture, il faut partir de l’après-guerre. Quel pouvoir sera légitime à l’effondrement de l’Allemagne nazie, et déjà à son recul avec le débarquement ? En principe, les mouvements résistants ont tout à dire, et parmi eux les communistes dominent et animent les syndicalistes et les sociaux-démocrates (qui doivent s’épurer et se reconstruire). Mais de cela, les milieux capitalistes ont une grande frayeur ; et une légitimité qui leur vient des armées alliées au débarquement. Ce sont « les gouvernements de Londres ». Leur crainte n’est pas infondée de leur point de vue : en décembre 44, une guerre civile démarre en Grèce. Leur crainte porte surtout sur l’Allemagne, complètement détruite : ce sont surtout les USA qui vont faire passer la reconstruction plutôt que la vengeance durable.
              De ce point de vue, vont venir des refus persistants d’armer la résistance communiste, des actions rapides de reconstruction judiciaire et de répression tenue par l’Etat, avec des procès hautement symboliques (y compris Nuremberg), un plan de reconstruction (plan Marshall), un report des payements des dommages de guerre par les allemands (et leur annulation en 1990) et un discours idéologique de « panique » que les russes vont manipuler l’Europe par la prise de pouvoir des partis communistes (sections obéissantes à Moscou de l’Internationale). Rideau de fer, création de l’Otan, blocus de Berlin, etc : ce moment est décisif pour le début de l’histoire que nous vivons. Et l’autre moment décisif se joue en 91 avec l’effondrement de l’URSS. Pourquoi n’avons nous pas démonté l’OTAN ? Pourquoi avons-nous sur-aidé l’Allemagne, ouvert la concurrence économique des pays de l’Est en Europe ? pourquoi n’avons nous pas cherché un désarmement généralisé ? De très nombreuses questions se jouent à ce moment. Et ces questions sont pour moi sans réponse ! En fait c’est l’époque post Reagan-Thatcher, avec Bush père. (Et les épisodes Irak, Serbie, etc.).
              Or notre épisode effarant et odieux « Poutine fait le choix de la guerre d’invasion » doit quand même être relié à d’autres faits qui précèdent, il ne peut en être isolé.
              Tout cela demande une lecture des « rapports de force », une théorie des dominos. Et d’y intégrer des faits externes qui changent la donne (comme l’arrivée de dirigeants religieux en Iran, puis ailleurs dans la région).
              Et effectivement, aux yeux de bien des gens, il semble que la suite naturelle de cette évolution, la « finalité » la plus simpliste, c’est la guerre des USA contre la Chine, on se demande bien pourquoi.

              En fait, et c’est pour moi la problématique centrale : la panique devant une épreuve cruciale et inattendue nous « interdit de penser » (Simone Weil) ; et cela nous amène à définir émotionnellement où est « le Bien ! » et où est « le Mal ! », avec force clichés. Dans certains cas, c’est nécessaire pour tous (le nazisme), dans d’autres ce n’est pas clair (défendre la république espagnole contre Franco a paru superflu à toutes nos Etats démocratiques).
              Depuis début 2020, nous en sommes à ces dilemmes mal résolus.

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    2. A force d’escalader on finit par atteindre la dernière marche…

      Le risque de chute est alors élevé. A moins qu’on se décide à redescendre d’un cran.. https://www.lalibre.be/international/europe/2022/05/16/poutine-la-russie-jugera-lotan-sur-ses-infrastructures-militaires-en-finlande-et-en-suede-G7GUTUYNZZFNTILVH65UTMVNKI/

      Il semble que Poutine soit amené à lui aussi quelque peu reculer : … » « Grave erreur », ensuite « préoccupation », enfin « pas une menace immédiate »  : en une journée, les Occidentaux ont pu entendre toute la palette des réactions russes à l’annonce de la candidature à l’Otan de la Finlande et de la Suède.
      Si le vice-ministre des Affaires étrangères, Sergueï Riabkov, a été particulièrement alarmiste en déclarant que cette « grave erreur » aura « une portée considérable », le mot de la fin est probablement venu de la bouche du président Vladimir Poutine, lundi lors d’un sommet d’une alliance militaire régionale au Kremlin
      Selon lui, un tel « élargissement de l’Otan ne constitue pas une menace immédiate […] mais
      le déploiement d’infrastructures militaires sur les territoires de ces pays entraînera bien sûr une réponse ».

      Une réaction modérée donc du Kremlin, qui semble indiquer que la Russie de Poutine va jauger l’élargissement de l’Otan en fonction de la menace strictement militaire qu’elle observera, selon ses critères, à ses frontières.  » …

  3. Bonjour
    Existe t-il une « méthode » pour que des commentaires ou des interrogations critiques puissent apparaitre sur ce blog ???

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    1. 1/ Apportez du contenu utile (notamment des liens). Pas de l’anecdote (sauf pour la distraction et l’humour).
      2/ Ajoutez votre commentaire qui force à l’esprit critique (questionnez les contenus).
      3/ Oubliez le fatras de commentaires violents « ad hominem » (méthode typique du complotiste) et ne prenez pas des airs supérieurs.
      4/ Si quelqu’un abuse, faites-lui un « stop » en réponse, mais rien qu’un.
      5/ Sans cesse sur le métier remettez votre ouvrage. (avec abnégation).
      6/ Apportez votre reconnaissance aux contributions critiques…
      Voilà mon expérience. Finalement les tabous sont rares, si on s’y prend adroitement.

  4. Je pense que ce qui suit n’est pas encore apparu sur ce blog… (Dans le cas contraire…poubelle)

    Important : Un intervenant LCI ce lundi vers 16h.. :  » Les réserves de gaz de l’Ukraine sont essentiellement situées dans le Dombass et.. la Crimée..! Selon les estimations connues ces réserves couvriraient les besoins européens pour au moins QUINZE ans..!!  »

    Bon… Comment dire…! (à vérifier bien sûr..)

      1. Ce serait plutôt à mon sens une (très forte) tentation pour l’ UE »quasi-cobelligérante » de passer ses dépenses en armement(s) destinés à l’Ukraine de la colonne comptable « coûts » dans la colonne voisine « dépenses d’investissements » … avec pour corollaire obligé=la tentation de soutenir la poursuite de la « contre-offensive » ukrainienne « le temps nécessaire » à l’atteinte de l’objectif de reconquête du Dombass + récupérer la Crimée..!
        Le temps nécessaire..

        1. A contrario du scénario précédent(16/5 à 22h52) , Médiapart reprend « in extenso » ce mardi 17 , et sous la seule responsabilité de l’auteur..quoique..!!.. , un billet d’un certain  » Frédéric Lemaire-Economie politique, finance et autres joyeusetés.-Abonné·e de Mediapart  »
          accessible ici: https://lvsl.fr/la-guerre-economique-contre-la-russie-est-elle-un-echec/
          et dont la lecture critique pourrait faire florès sur notre blog… : (extraits)

          … » Le contraste est saisissant.
          D’un côté, le cours du rouble caracole, début mai, à son niveau le plus haut depuis deux ans. Les exportations de gaz russe atteignaient un nouveau record en avril, avec 1.800 milliards de roubles de recettes, soit un doublement par rapport à 2021. Malgré les obstacles techniques liés aux sanctions et l’annonce d’un défaut de paiement imminent, la Russie est par ailleurs parvenue à ce jour à effectuer les remboursements sur sa dette extérieure.

          De l’autre, les nuages s’accumulent sur les marchés US et européens : flambée des prix des matières premières, perturbations persistantes dans les chaînes logistiques mondiales, resserrement de la politique monétaire… Début mai, le CAC40 et le S&P500 (indice américain de référence) accusaient une chute de près de 15% par rapport au début de l’année. Le Nasdaq, qui regroupe les valeurs technologiques, s’est quant à lui effondré de 25% sur la même période. Le tout en l’absence de filet de sécurité : confrontées à une inflation élevée, les banques centrales disposent de marges de manœuvres limitées pour soutenir les cours et les économies au bord de la récession. Une situation qui fait non seulement resurgir le spectre d’une crise financière, mais également de graves famines et d’une crise de la dette sans précédent.
          …(…)…
          Est-ce à dire que la vague des sanctions se serait échouée contre les murailles de la « forteresse Russie » ?
          Loin s’en faut. Mais force est de constater que sur le plan financier et monétaire, la Russie a tenu bon. La présidente de la banque centrale de Russie, Elvira Nabioullina, a joué un rôle majeur à cet égard. Les mesures drastiques qu’elle a mise en œuvre – relèvement du taux d’intérêt, contrôles des capitaux, obligation de change pour les exportateurs russes – ont permis à terme de stabiliser le cours du rouble.

          La Russie est notamment parvenue, jusqu’à présent, à tourner à son avantage le jeu de poker menteur concernant le paiement des intérêts de la dette russe. Annoncé à plusieurs reprises par les agences de notation, le défaut sur la dette russe n’aura pas eu lieu. Pour régler sa dette extérieure libellée en dollars, la Russie a pu dans un premier temps avoir recours à des avoirs censément « gelés » par les sanctions – grâce à une dérogation accordée par les Etats-Unis pour permettre le paiement des intérêts sur la dette russe . Un trou parmi d’autres dans la raquette des sanctions…
          …(…)…
          Le second jeu de poker menteur concerne le règlement du gaz russe.
          Le 23 mars, Vladimir Poutine affirmait que les pays « inamicaux » souhaitant acheter du gaz à la Russie devront le faire en rouble, sous peine d’être privés d’approvisionnement. Cette annonce n’a pas manqué de faire bondir le prix du gaz, déjà élevé, sur les marchés mondiaux – prenant jusqu’à +70% entre le 23 mars et le 5 mai. Pourtant le changement annoncé serait moins « radical » que prévu : les clients européens pourront finalement régler en euros auprès de Gazprombank mais ils devront ouvrir un compte en roubles. La banque russe, une des rares exemptées de sanctions , se chargera du change auprès de la banque centrale et le paiement sera validé une fois la somme transférée en roubles.
          …(…)…
          Pourtant selon l’économiste Christophe Boucher, ce nouveau mécanisme ne devrait pourtant pas, au-delà de l’effet d’annonce, gonfler outre-mesure le cours du rouble par rapport au circuit de paiement « normal ». Dans les deux cas, le paiement en euros est converti en roubles – les exportateurs étant déjà tenu de le faire à hauteur de 80% avant l’annonce de Poutine fin mars.

          Le nouveau circuit de transaction a cependant plusieurs avantages pour la Russie. Il permet de s’assurer que les paiements à Gazprom sont à 100% changés en roubles (plutôt que 80%), ce qui soutient d’autant plus la monnaie russe. En instituant Gazprombank comme intermédiaire du paiement, il permet d’éviter de prêter le flanc à de futures sanctions, comme le gel des comptes européens de Gazprom. Enfin, il ouvrirait des possibilités de contourner les sanctions en réinsérant la banque centrale de Russie dans le circuit de paiement. « L’entreprise qui achète son gaz à Gazprom ne sait ni quand la conversion sera faite, ni à quel taux de change, ni même où va l’argent entre le moment où elle l’a versé sur le premier compte et le moment où il arrive chez Gazprom » notait un expert de la Commission européenne dans les colonnes du Monde (02/05). « Cela peut être assimilé à un prêt à la Banque centrale russe. Le paiement doit être effectif lors du versement sur le premier compte » estimait-il : «l’ouverture d’un second compte constitue une violation des sanctions ».
          …(…)…
          Le Pentagone affirme par ailleurs que les sanctions perturbent l’industrie de l’armement russe. Cela expliquerait, selon le département de la Défense, les problèmes d’approvisionnement et l’embourbement de la Russie dans le Donbass où elle concentre désormais ses troupes.
          Quand bien même les sanctions auraient en partie touché leur cible, il est clair qu’elles n’ont pas eu l’impact attendu : l’économie ne s’est pas effondrée et, pour l’heure, les Russes ne se sont pas révoltés.
          Si le verrouillage médiatique mis en place par le Kremlin a sans doute joué, il n’est pas la seule explication plausible.
          Comme l’affirme l’ancien vice-ministre des Affaires étrangères d’Hugo Chavez dans le cas du Venezuela, les sanctions économiques peuvent avoir pour conséquence de renforcer l’adhésion de la population au pouvoir en place. D’une manière générale, comme le notent Hélène Richard et Anne-Cécile Robert dans le Monde diplomatique, les sanctions économiques ont parfois des effets contraires à ceux recherchés.
          …(…)…
          Jusqu’où mènera l’escalade des sanctions et des contre-mesures dans laquelle semblent désormais pris les dirigeants américains, européens et russes ? L’issue d’une telle surenchère reste imprévisible.
          Elle provoque déjà de lourds dégâts : la puissance du choc inflationniste frappe de plein fouet les économies du monde entier, et en particulier les classes populaires.
          Le resserrement de la tenaille dans laquelle sont prises les banques centrales contribue à faire resurgir le spectre de la récession et de crises majeures (crise boursière, crise de la dette des pays en développement ou encore crise de la zone euro).
          Les sanctions contribuent par ailleurs à la fragmentation de l’économie mondiale et à la remise en cause de la domination du dollar comme monnaie internationale, au point que le FMI ne s’en émeuve.

          Certes, certains périls étaient déjà bien présents, des bulles financières alimentées par des années de mise sous perfusion de liquidité du système financier, aux tensions inflationnistes sur les chaînes logistiques mondiales.
          Certes, le déclenchement de la guerre a exacerbé les déséquilibres de l’économie mondiale.
          Mais la spirale des sanctions et des contre-mesures a indéniablement jeté un peu plus d’huile sur le feu.
           »

          Autant savoir , admettre? , contester en tout ou partie(s)… ((Et on n’a pas parlé de résilience (hivernale) des différentes populations antagonistes…))

  5. Nous nous trouvons devant deux attitudes, classiques: les pacifiques vs les résistants.
    Les pacifiques sont prêts à toutes les concessions aux (néo)nazis de la clique de Poutine. On peut nommer Mélenchon ou Le Pen en France (les « souverainistes »), le PTB (communistes) en Belgique. Ils disposent d’un énorme argument aujourd’hui: l’arme nucléaire.
    A l’époque de Hitler, c’étaient Daladier et Chamberlain, suivis par Pétain, les résistants: Churchill et De Gaulle.
    Chez les résistants à Poutine, on trouve les Ukrainiens de l’Ouest, les anglo-saxons, Ceux qui ont connu les « joies » de l’occupation russe.
    Je vous invite à vous définir, pour Hadrien: je me classe chez les résistants, même si j’ai des enfants et un petit fils.

    1
    1. Hadrien : exemple typique de la réduction simpliste à un dilemme du Bien et du Mal (dont j’ai parlé). Votre langage fait l’entonnoir pour votre chute dans le camp de votre Bien (résistant, ex-dominé, grands hommes) et rejette les repoussoirs (kollabos « aux nazis de la clique de », souverainistes, communistes…).

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