Bourse : « Ok, mais cela n’explique pas pourquoi cela s’écroule aussi à Paris, à Londres… dans la même proportion »

Chabian commente il y a une heure :

Ok, mais cela n’explique pas pourquoi cela s’écroule aussi à Paris, à Londres… dans la même proportion.

L’explication se trouvait déjà dans mon billet du 19 avril : De la perte de biodiversité à la rébellion des peuples :

[…] La hausse du prix des marchandises et des produits victimes de difficultés d’approvisionnement, voire de ruptures de stock, alimente l’inflation dans les pays où elle se manifeste. Dans une politique antisociale scandaleuse mais considérée aujourd’hui comme allant de soi, les banques interviennent alors en compensant l’érosion du capital due à l’inflation en noyant son taux dans une hausse des taux d’intérêt plus élevée. Or une hausse brutale des taux entraîne automatiquement un krach obligataire : une dépression brutale du prix des obligations en circulation, selon un mécanisme qui mérite d’être rappelé.  

Les obligations sont les emprunts que les États contractent auprès des particuliers et du « marché des capitaux », c’est-à-dire auprès des institutions financières. Or, pour refléter le climat de hausse des taux dans ses nouvelles émissions obligataires, l’État doit consentir un coupon plus élevé (le taux rémunérant une obligation d’une certaine maturité) : une rente d’un montant plus élevé accordée aux prêteurs de l’État. Ces obligations nouvellement émises bénéficiant d’un meilleur rendement que celles déjà en circulation (n’ayant pas atteint leur maturité), le prix de celles-ci baissera d’un montant compensant exactement (c’est le mécanisme de l’arbitrage) le fait qu’elles ne donnent lieu qu’à un versement de coupon inférieur à celui qui constitue la nouvelle norme.  

Cette hausse du coupon augmente le coût de la charge de la dette pour l’État emprunteur. Or si dans les années récentes les États ont pu faire croître le volume de leur dette nationale à coût réduit en raison de la faiblesse des taux, souvent d’ailleurs négatifs, ils seront désarmés devant une charge de la dette à nouveau onéreuse. La réponse devra alors être une hausse des taxes et des impôts au prorata.

Implication perverse mais bien pratique de l’existence de la zone euro, les dettes nationales des états membres sont absorbées par la Banque Centrale Européenne. Ceci permet à chacune de ces nations de s’endetter toujours davantage pour assurer les frais de fonctionnement d’un État-providence soutenu artificiellement, au lieu d’exiger des plus riches une participation plus équitable de leur part à la gestion de la nation, alors qu’ils représentent une portion obscène de l’empreinte carbone.

Les disruptions des chaînes d’approvisionnement causent des hausses de prix, facteurs d’inflation. Les banques centrales haussent les taux pour maintenir le rendement du capital dans un contexte d’inflation, précipitant un krach obligataire, tandis que les États émetteurs de dette doivent en hausser le coupon, renchérissant la charge de la dette, forçant à réduire d’autant les prestations de l’État-providence, provoquant ainsi la colère de la population, qui ne tarde pas à se rebeller.

L’enchaînement des faits que je viens de décrire étant hautement plausible, le déroulement en est parfaitement prévisible, et la question qui se pose du coup est « Qui, dans les instances dirigeantes de nos pays, veille-t-il activement à l’heure qu’il est à s’assurer qu’il n’en sera pas ainsi ? »

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9 réflexions sur « Bourse : « Ok, mais cela n’explique pas pourquoi cela s’écroule aussi à Paris, à Londres… dans la même proportion » »

  1. En ce vendredi 17 juin 2022 en France, dernier jour d’une campagne électorale qui aura fait silence sur les principales questions qui se posent au monde, nous pouvons distinguer les premiers éléments concrets des crises annoncées ici depuis belle lurette sans que nul ne s’en émeuve vraiment.
    Oui, il est possible d’observer une convergence en dépit des efforts de certains de dissimuler la complexité de la réalité. Le soliton progresse et que l’on tourne la tête vers la gauche ou vers la droite, il est là sous nos yeux sidérés.

    Et que fait-on pour répondre aux injonctions venues de partout, à l’espèce humaine de s’adapter ? Que fait-on vraiment pour rassembler les gens autour de projets de proximités afin de développer de véritables consultations démocratiques ?
    Voir Murray Bookchin  » le municipalisme libertaire.

    Alors oui, que fait-on ? Pour le moment rien et rien n’est vraiment prévu pour les jours prochains. La vague de chaleur aura reculé mardi prochain et Macron aura obtenu une majorité. Quoi qu’il en soit il s’apprête à réunir à chaque crise nouvelle un conseil de défense jusqu’à ce qu’il soit contraint de se rendre à Baden-Baden ou sur une base l’OTAN et laisse le peuple s’organiser en comités locaux de salut public. Mais là il prend des risques et croit pouvoir toujours tout assumer.

    D’accord, il n’est pas tout à fait exact de prétendre que l’on ne fait rien puisque l’on plante dans certaines villes des arbres qui donneront de l’ombre dans 15 ou 20 ans ; puisque pour répondre à une demande considérable de glaçons, on en fait venir de l’étranger.

    Restez à l’ombre et buvez frais !

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  2. (Paul, ou la personne qui administre les contributions, tout ce texte est formaté en « code ». Je présume que c’est par souhait de varier la police de caractères (?), mais structurellement votre texte est considéré comme du code informatique pour le lecteur aveugle par exemple. Sémantique non adaptée. Ce n’est pas la première fois que je constate cet usage sur certains de vos billets, aussi je me permets cette fois-ci de vous le signaler. Si c’est par souhait esthétique de varier la police de caractères, il y a d’autres façons de le faire qui n’entacheront pas l’accessibilité de votre prose.)

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  3. « … au lieu d’exiger des plus riches une participation plus équitable de leur part à la gestion de la nation »
    Dans quelle mesure une participation plus équitable pourrait régler le problème ?
    Est-ce vraiment les « riches » qui déséquilibrent, à eux seuls, le système, ou est-ce que nos démocraties n’ont pas une propension atavique à creuser le déficit, car électoralement payant ?
    Je suis de gauche, j’augmente les dépenses publiques par la dette, mais je n’augmente pas les impôts car trop problématique.
    Je suis de droite je diminue les impôts et je bouche le trou par la dette, mais je ne diminue pas les dépenses publiques car trop problématique.

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    1. Il y a au moins une convergence réelle entre la gauche et la droite c’est de boucher le trou par la dette. Les tenants différants mais l’aboutissant restant unique. Dans l’équation, dépenses publiques/impôts, la valeur d’ajustement lorsqu’on a crée un déséquilibre structurel depuis les années 1980 est toujours la dette, Une dette qu’on roule (on ne la rembourse jamais vraiment).

      Dette qui n’est jamais votée par le peuple puisque le bilan en déséquilibre n’est jamais proposé au vote de l’assemblée génerale des réactionnaires (en nombre insuffisant) ni de la masse populaire (qui a peut être peur de comprendre ce que cela signifierait).

      Le problème est que cette dette n’est plus une dette remboursable par de la richesse à créer demain (il n’y en a plus ou en tout cas, il n’y en aura jamais assez pour équillibrer le grand livre des comptes planétaire) mais une dette purement monétaire qui ne fait que créer le prochain grand déséquilibre économique (en plus du climatique qui reste le plus important) celui des taux de change puisque la monnaie a ou non de la valeur en fonction de ce que représente le pays ou l’instance supranationale qui en est le garant en terme de création de richesse (la vraie celle là, pas la création de « valeur »).

      L’Euro de par sa particularité propre (aucun solde de tout compte n’est tiré à la fin de l’année entre les états membres, contrairement à ce qui se passe aux E.U. en tout cas pour le bilan des comptes de la dette fédérale) ne peut que tanguer dangereusement lorsque les déséquilibres entre états feront resurgir le chacun pour soi. Tout comme le sentiment de laissé pour compte (aux E.U.) crée le retour du fascisme.

      Nos édiles ont crées depuis les années 1980 mais surtout depuis fin des années 2000 une économie « paradoxale » ou une situation d’équilibre instable (la richesse maintenant, les couts plus tard) a été tenue en lévitation, comme en physique grâce à un super carburant. Ce super carburant c’est la liquidité. A tel point que cette liquidité a fini par être confondue avec la richesse. Mais la liquidité lorsque qu’elle n’est pas en adéquation avec la création de richesse (finie rappelons le), crée immanquablement des problèmes ailleurs.

      Il y aura un moment ou les vieux reflexes de controle des changes et des prix refera certainement surface pour proposer un os à ronger à l’opinion publique Alors, les prix resteront stables et les files s’allongeront.

      De plus, à court terme de par l’inertie de la Banque centrale européenne, les taux nominaux restant désespéremment plats, l’épargne part aux E.U. alors qu’elle est en Europe (les Américains sont d’incorrigibles super consommateurs bien plus que les Européens) puisque là bas, les taux montent, déforcant encore d’autant plus la valeur de l’Euro contre le dollar.

      Il n’y a peut être plus longtemps à attendre.

      Pour simplifier peut etre, les USA ne valent plus grand chose, mais ils détiennent encore une monnaie mondiale, ils ont des gros navires, des gros canons et de l’énergie pour les approvisionner. L’Europe? La France est à l’heure actuelle la seule puissance militaire Européenne.

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    2. @ Makaevitch – 17 juin 2022 à 11 h 11 min

      A propos de la gauche et des impôts, le programme de gauche proposé aujourd’hui, celui de la NUPES, affirme vouloir
      « Faire la révolution fiscale »
      Je vous laisse juge.

      Pour ma part, j’interprète ces mesures comme un rétablissement des recettes de l’État alors que les politiques publiques de ces dernières dizaines d’années se sont efforcées de les réduire pour justifier son désengagement.

      – Rendre l’impôt sur le revenu et la contribution sociale généralisée (CSG) véritablement progressifs avec un barème à 14 tranches
      – Rétablir et renforcer l’impôt de solidarité sur la fortune (ISF), incluant un volet climatique visant à taxer les gros pollueurs calculé selon l’empreinte carbone des actifs détenus
      – Refonder l’impôt sur les sociétés pour établir l’égalité devant l’impôt entre PME et grands groupes, instaurer un barème progressif en fonction des bénéfices réalisés et selon leur usage, et favoriser l’investissement plutôt que la distribution de dividendes
      – Création d’une caisse de péréquation inter-entreprises pour mutualiser la contribution sociale entre petites et grandes entreprises
      – Supprimer la flat tax et imposer les revenus du capital a minima comme ceux du travail
      – Augmenter les droits de succession sur les plus hauts patrimoines en comptabilisant l’ensemble des dons et héritages reçus tout au long de la vie et créer un héritage maximal de 12 millions d’euros (soit 100 fois le patrimoine net médian) et en supprimant les niches fiscales permettant aux plus aisés d’échapper aux droits de succession
      – Réduire la TVA sur les produits de première nécessité, réinstaurer une « TVA grand luxe »
      – Évaluer chacune des niches fiscales et supprimer les niches injustes, inefficaces socialement ou nuisibles écologiquement ; pour les niches restantes, transformer les « réductions d’impôts » en « crédits d’impôts » afin que chacun puisse bénéficier à égalité de ces incitations financières, quels que soient ses revenus
      – Instaurer un impôt universel sur les entreprises (basant leur taxation sur l’activité effectivement réalisée en France) et sur les revenus des particuliers dans les pays à fiscalité privilégiée pour lutter contre l’évasion fiscale
      – Rétablir l’exit tax supprimée par Emmanuel Macron
      – Taxer les entreprises ayant profité de la crise sanitaire et des conséquences de la crise ukrainienne et orienter les recettes vers les investissements nécessaires et à la bifurcation écologique et sociale
      – Refonder la taxe foncière pour la rendre progressive et pour que chacun paie à hauteur de son patrimoine total réel
      – Mettre fin au quotient conjugal, système patriarcal favorisant les inégalités salariales entre les femmes et les hommes, remplacer l’injuste quotient familial fiscal actuel par un crédit d’impôt par enfant que pourraient toucher toutes les familles
      – Faire de la lutte contre la fraude et l’évasion fiscales une priorité : débloquer les moyens humains et financiers nécessaires et prendre des initiatives en lien avec tous les pays décidés à mener cette lutte
      – Mettre fin à la convention judiciaire d’intérêt public qui permet aux entreprises de négocier leur sanction financière en cas de fraude fiscale
      – Augmenter les poursuites judiciaires et durcir les sanctions à l’encontre des délinquants en col blanc reconnus coupables de fraude fiscale, et renforcer les effectifs de l’administration fiscale

    3. @Makaevitch Pour augmenter les impôts et diminuer la dépense publique comme programme de gouvernement, de quel régime politique faut-il disposer pour arriver au pouvoir ?

      Au moins pourrait-on constitutionellement ou par vertu limiter l’endettement de l’Etat aux seuls contribuables, au taux qui en résulterait.

  4. et mécaniquement, on constate aussi une augmentation de la valeur des obligations, leur cotation. Lorsque les taux baissent, les émissions obligataires précédentes deviennent plus « généreuses » sur la distribution des coupons que les nouvelles émissions. Bon, ça, c’était l’histoire d’avant… comment vont réagir les fonds euros « sécurisants » ? L’euthanasie des rentiers vient de recommencer. Vous me direz, c’est un problème de « riches ».

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