Qu’est-ce qui fait que les poutinistes et les poutinisants perpétuent les traditions les plus abjectes de la gauche internationale ?, par Yorgos Mitralias

Une première conclusion de la lecture des textes de Trotsky  » Il faut apprendre à penser » et « Sur la guerre sino-japonaise » (1) est qu’ils expliquent de façon bien convaincante et détaillée, la position que les gens de gauche devraient adopter… dans la guerre en cours de Poutine contre l’Ukraine ! Il suffirait par exemple de remplacer dans le texte de Trotsky, au titre très éloquent « Il faut apprendre à penser », les mots Algérie par Ukraine, France par Russie, et Italie par États-Unis, pour fournir aux gens de gauche d’aujourd’hui un guide pratique extrêmement utile sur la question de la guerre que Poutine est en train de mener contre le peuple ukrainien. Et voici tout de suite un passage clé du texte auquel nous nous référons :

“Admettons que dans une colonie française, l’Algérie, surgisse demain un soulèvement sous le drapeau de l’indépendance nationale et que le gouvernement italien, poussé par ses intérêts impérialistes, se dispose à envoyer des armes aux rebelles. Quelle devrait être en ce cas l’attitude des ouvriers italiens ? Je prends intentionnellement l’exemple d’un soulèvement contre un impérialisme démocratique et d’une intervention en faveur des rebelles de la part d’un impérialisme fasciste. Les ouvriers italiens doivent-ils s’opposer à l’envoi de bateaux chargés d’armes pour les Algériens ? Que quelque ultra-gauche ose répondre affirmativement à cette question ! Tout révolutionnaire, en commun avec les ouvriers italiens et les rebelles algériens, rejetterait avec indignation une telle réponse. Si même se déroulait alors dans l’Italie fasciste une grève générale des marins, en ce cas, les grévistes devraient faire une exception en faveur des navires qui vont apporter une aide aux esclaves coloniaux en rébellion ; sinon ils seraient de pitoyables trade-unionistes, et non des révolutionnaires prolétariens.

Parallèlement à cela, les marins français même s’ils n’avaient aucune grève à l’ordre du jour, auraient l’obligation de faire tous leurs efforts pour empêcher l’envoi d’armes contre les rebelles. Seule une telle politique des ouvriers italiens et français serait une politique d’internationalisme prolétarien”.

Sachant à qui il avait affaire, ce n’est pas un hasard si Trotsky anticipe d’éventuelles contestations en citant –  » intentionnellement  » comme il le dit – l’exemple le plus extrême possible, celui « d’un soulèvement contre un impérialisme démocratique et d’une intervention en faveur des rebelles de la part d’un impérialisme fasciste » ! En effet, qui oserait dire que l’OTAN, l’UE ou les États-Unis qui envoient des armes en Ukraine sont pires que l’Italie fasciste du Duce ? Ou que l’impérialisme de la Russie de Poutine est meilleur que  » l’impérialisme démocratique  » de la France de l’entre-deux-guerres ?

Bien sûr, personne n’est assez naïf pour croire que nos poutinistes actuels ne chercheront pas frénétiquement quelque chose qui différencie l’exemple algérien de Trotsky de la présente tragédie ukrainienne. Comme, par exemple, que contrairement à l’Algérie, qui était une colonie française, l’Ukraine n’a jamais été une colonie de la Russie. La meilleure réponse à cet « objection » n’est pas fournie par les siècles d’asservissement de la nation ukrainienne à la Russie, mais par ce qu’affirment presque quotidiennement les actuels dirigeants russes Vladimir Poutine et Dmitri Medvedev, qui se sont relayés ces vingt dernières années à la direction du pays. Tous deux déclarent presque chaque jour, soit que … l’Ukraine et la nation ukrainienne n’existent pas ( !), soit qu’elles font partie intégrante de la mère patrie russe, à laquelle elles doivent retourner même… rasées au sol et en ruines! Et tout cela dans le même langage et avec les mêmes « arguments » utilisés par l’ensemble du personnel politique français lorsqu’il « jurait » pendant un siècle et demi que l’Algérie était et devait rester partie intégrante de la France métropolitaine au même titre que l’Alsace, la Provence ou toute autre région ou province de l’État français. Quant aux soulèvements populaires contre le colonialisme étranger – français ou russe -, aux 4-5 grands soulèvements algériens des 19ème et 20ème siècles qui ont été réprimés dans des bains de sang par l’impérialisme français, la nation ukrainienne a à offrir au moins autant de soulèvements populaires qui ont également été noyés dans des fleuves de sang par l’ impérialisme grand-russe à travers les siècles….

Une deuxième conclusion que l’on pourrait tirer de la lecture de ces textes est que les poutinistes et les poutinisants d’aujourd’hui ne constituent pas un phénomène sans précédent puisqu’ils ont de brillants ancêtres spirituels que Trotsky n’avait aucun problème à appeler…. des « idiots » ! Mais les similitudes s’arrêtent là. Aujourd’hui, nous n’avons pas affaire à des « idiots » mais de bonne foi, comme l’étaient probablement les « ultras gauche » critiqués par Trotsky. En fait, les poutinistes et poutinisants d’aujourd’hui ne peuvent malheureusement pas être qualifiés d’ultras gauche ou d’idiots, car ils sont généralement pleinement conscients des choix qu’ils font. Mais alors pourquoi les font-ils ?

•  Plus concrètement, certains d’entre eux, et notamment les poutinistes méta-staliniens, se distinguent par leur primitivisme théorique et pratique qui leur fait prendre des vessies pour des lanternes. Cela a, entre autres, eu pour conséquence de leur faire prendre – plutôt souvent, au cours des 70-80 dernières années – l' »anti-impérialisme » d’une certaine extrême droite comme un signe de progressisme, au point de faire de cette extrême droite leur interlocuteur sinon un allié potentiel et digne de leur soutien ! C’est exactement ce qui se passe aujourd’hui, avec la rhétorique anti-occidentale de Poutine, comme hier avec celle de Karadzic-Mladic, qui, combinée à leur croyance – si naïve et dangereuse – selon laquelle « l’ennemi de mon ennemi est mon ami », fait qu’ils ne réalisent pas (?) et passent sous silence le fait que cette rhétorique anti-occidentale du Kremlin n’a rien de progressiste, étant par contre extrêmement réactionnaire et obscurantiste.

Cependant, l’attirance ou plutôt la fascination qu’exerce Poutine sur cette partie de la gauche ne peut s’expliquer pleinement si l’on ne tient pas compte de certaines de leurs… affinités électives. Ainsi, le fait que ces gens de gauche méta-staliniens ne sont pas choqués et restent apparemment impassibles devant l’étalage quotidien de l’extrême conservatisme de Poutine et de son régime (ainsi que de leurs homologues dans le monde entier) est dû au fait qu’ils sont eux-mêmes très conservateurs, voire réactionnaires. Et pour appeler un chat un chat, il est bien connu qu’ils se sont toujours – et souvent ostensiblement – abstenus de tous les grands mouvements sociaux de notre époque, tels que les mouvements féministes et LGBTQ+, pro-immigrants et pro-réfugiés, celui de l’écologie et celui contre la catastrophe climatique, alors qu’ils ne se sont jamais distingués par leur soutien fervent aux mouvements pour les droits de l’homme et des minorités de toutes sortes, n’hésitant souvent à les qualifier même d’imposture et d’invention de . . l’impérialisme, ce qu’ils disent d’ailleurs aussi du changement climatique !

Alors pourquoi devraient-ils se rebeller contre les agissements extrêmement conservateurs, obscurantistes et terriblement répressifs de Poutine à l’égard de tous ces mouvements en Russie, alors qu’ils sont eux-mêmes inspirés par le même conservatisme qu’ils ont hérité du stalinisme contre-révolutionnaire ? Pourquoi se révolteraient-ils alors qu’ils en sont venus à considérer le triptyque « patrie-religion-famille » comme une sorte de quintessence de… leur marxisme totalement perverti et dévoyé ?

Mais la tragédie de cette gauche ne s’arrête pas là, elle a une suite et une conclusion qui commence déjà à se dérouler sous nos yeux. Compte tenu de la convergence de vues entre cette gauche et l’extrême droite sur nombre des questions les plus cruciales de notre époque et de l’humanité, les conditions sont désormais réunies pour l’absorption progressive d’au moins une partie de cette gauche par une extrême droite beaucoup plus puissante et en constante ascension. Et cela d’autant plus que ce processus cauchemardesque est renforcé de manière planifiée et coordonnée par leur idole commune Vladimir Poutine, qui joue l’intermédiaire et le médiateur, en jetant des ponts entre eux tout en tirant littéralement les ficelles au niveau international. Et que personne ne nous dise que tout cela n’est qu’un improbable scénario de science fiction politique, car nous assistons déjà depuis plusieurs années au début de sa réalisation. Et pas seulement en Grèce…

•  Contrairement aux poutinistes méta-staliniens, qui ne brillent pas par leurs capacités analytiques, les poutinisants de gauche sont préparés pour comprendre dans une large mesure les tenants et les aboutissants de la guerre de Poutine contre l’Ukraine. Alors pourquoi… ils poutinisent ? Pourquoi en arrivent-ils souvent à s’auto-contredire et à s’auto-ridiculiser en essayant de justifier l’injustifiable par des  » théories  » improvisées et au rabais ?

La réponse à ces questions légitimes est qu’ils n’osent pas aller à contre-courant. Qu’ils sont irrémédiablement terrifiés par l’idée qu’ils pourraient être coupés de la « masse » des gens de gauche, qu’ils pourraient s’isoler. En d’autres termes, ils font preuve d’opportunisme. Même si cela est fait – du moins pour certains – avec les meilleures intentions du monde et avec la perspective de revenir à des positions plus acceptables une fois qu’ils auront influencé positivement la « masse » dont ils n’auraient pas été coupés.

Malheureusement, la réalité les contredit : ce ne sont pas eux qui influencent la masse des poutinistes, c’est plutôt le contraire. Au fur et à mesure que leurs compromissions se succèdent, c’est en un temps record que ces poutinisants se transforment en … poutinistes, perdant ce qui leur restait de capacités théoriques et, surtout, de sensibilité humaine !

Mais leurs errements et leur déchéance ne sont – hélas – pas sans précédent. Malheureusement, l’histoire du mouvement ouvrier et socialiste/communiste est pleine de cas similaires de militants qui, pour diverses raisons, ont refusé d’aller à contre-courant même si cela les rendait complices des crimes les plus monstrueux de l’histoire moderne ! Et à cet égard, nos poutinisants de gauche d’aujourd’hui sont les dignes continuateurs d’une tradition pitoyable qui a coûté et continue de coûter très cher au mouvement ouvrier et socialiste international…

•  Enfin, il y a ces gens de gauche qui, tout en n’étant ni des poutinistes ni des poutinisants, sont aussi responsables de la situation actuelle puisqu’ils ont choisi… de regarder ailleurs. Bien qu’ils soient parfaitement conscients de ce qui se passe et qu’ils expriment – mais seulement en privé et jamais en public – des opinions correctes, ils s’abstiennent de parler et d’écrire sur la “question ukrainienne », préférant s’occuper des questions plus anodines, attendant – apparemment – de voir de quel côté le vent finira par souffler avant de décider de prendre position. Cependant, à mesure que les mois passent, que la guerre de Poutine contre l’Ukraine s’éternise et que la balance tarde désespérément à pencher dans un sens ou dans l’autre, ils commencent à s’habituer au cynisme et à l’insensibilité dont ils doivent faire preuve à l’égard de la souffrance du peuple ukrainien. Et un jour, ils découvrent que, sans l’avoir voulu, ce cynisme et cette insensibilité deviennent peu à peu une seconde nature pour eux, les éloignant irrémédiablement et en un temps record de ce qu’ils étaient et de ce qu’ils voulaient devenir…

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Sachant qu’un des arguments forts des différents poutinisants de gauche est qu’ils refusent de choisir entre deux  » régimes bourgeois « , à savoir le russe et l’ukrainien, nous terminons ce texte comme nous l’avons commencé, c’est-à-dire en recourant aux écrits de Trotsky. Cette fois, il s’agit d’un troisième de ses textes (2) dans lequel il invite ses interlocuteurs « ultra-gauche » à prendre position non pas sur un exemple hypothétique mais sur un exemple réel : la guerre coloniale de conquête de l’Italie fasciste contre l’Éthiopie de l’empereur Hailé Sélassié (Negus).Trotsky écrit donc ce qui suit :

Maxton et autres pensent que la guerre italo‑éthiopienne était « un conflit entre deux dictateurs rivaux ». Il semble à ces politiciens que ce fait dispense le prolétariat de son devoir de choisir entre ces deux dictatures. Ainsi définissent‑ils le caractère de la guerre par la forme politique de l’État, en abordant eux‑mêmes cette forme politique de façon superficielle et purement descriptive, sans prendre en considération les bases sociales de ces deux « dictatures ». Un dictateur peut également jouer dans l’histoire un rôle très progressif, par exemple Olivier Cromwell, Robespierre, etc. En revanche, au cœur même de la démocratie anglaise, Lloyd George a exercé pendant la guerre une dictature au plus haut point réactionnaire. Si un dictateur se plaçait à la tête du prochain soulèvement du peuple indien pour briser le joug britannique ‑ Maxton lui refuserait‑il son appui ? Oui ou non ? Si non, pourquoi refuse‑t‑il de soutenir le « dictateur » éthiopien qui tente d’écarter le joug italien ?

Si Mussolini l’emporte, cela signifiera le renforcement du fascisme, la consolidation de l’impérialisme et le découragement des peuples coloniaux en Afrique et ailleurs. La victoire du Négus, en revanche, constituerait un coup terrible pour l’impérialisme dans son ensemble et donnerait un élan puissant aux forces rebelles des peuples opprimés. Il faut vraiment être complètement aveugle pour ne pas le voir”.

Paraphrasant les mots de Trotsky dans le passage ci-dessus, nous poserions à nos poutinisants de gauche la question suivante : « pourquoi refusez-vous de soutenir le Premier ministre bourgeois ukrainien Zelensky qui tente de briser le joug russe », alors que le mouvement ouvrier et communiste international auquel vous vous référez a toujours soutenu- et il a bien fait – de toutes ses forces des dirigeants bourgeois comme Kemal Atatürk, Gamal Abdel Nasser et tant d’autres dans leurs guerres contre les impérialismes occidentaux ? Le bourgeois Zelensky est-il pire qu’un Atatürk ou un Nasser qui ont systématiquement exterminé leurs compatriotes communistes ? Ou bien son régime est-il pire et plus illibéral que ceux de tant d’anti-impérialistes du tiers-monde qui étaient – à juste titre – soutenus par la gauche radicale internationale ? Pourquoi deux poids et deux mesures ?

Trotsky a écrit à l’époque que “la victoire du Négus constituerait un coup terrible pour l’impérialisme dans son ensemble et donnerait un élan puissant aux forces rebelles des peuples opprimés”.Dans un article précédent (2), nous avons écrit essentiellement la même chose, en soulignant que “une victoire finale, même aux points, des Ukrainiens aura sans doute des conséquences cataclysmiques non seulement en Russie. Elle sera un formidable encouragement et une source d’inspiration pour les mouvements et les luttes d’émancipation sociale et de libération nationale bien en dehors de l’Europe !”  » Et Trotsky concluait alors par la phrase suivante, qui est peut-être encore plus vraie aujourd’hui : « Il faut être vraiment complètement aveugle pour ne pas voir cela. »

Notes

1. https://www.marxists.org/francais/trotsky/oeuvres/1937/09/lt_23091937.htm

https://www.marxists.org/francais/trotsky/oeuvres/1938/05/lt19380520.htm

2. https://www.marxists.org/francais/trotsky/oeuvres/1936/04/lt19360422.htm

3. http://www.europe-solidaire.org/spip.php?article61837

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56 réflexions sur « Qu’est-ce qui fait que les poutinistes et les poutinisants perpétuent les traditions les plus abjectes de la gauche internationale ?, par Yorgos Mitralias »

    1. Je demanderais plutôt une thèse sur « le coup suivant » :
      La gauche risquerait-elle d’être dévaluée et brocardée par la droite dans une phase ultérieure,
      où on lui reprocherait de n’avoir pas hésiter à soutenir les états bourgeois et impérialistes
      quand le bifteck (de l’occident) était en jeu ?
      Il me semble qu’il est nécessaire de regarder aussi la dialectique du « coup suivant », sur le mode
      « les luttes d’émancipation des russes et des ukrainiens ont avancé grâce à notre choix, car … (compléter les pointillés) ».
      Ça balance pas mal à Paris.

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      1. @Timiota
        Si par balancer vous entendez tangage, ça balance pas mal à l’Assemblée et l’élection d’E. Coquerel ne doit pas faire illusion sur les dérives extrêmes droitières en cours et à venir. Pendant ce temps M. Mitralias nous délivre ses grandes leçons de commissaire politique semant la zizanie à gauche comme pendant la guerre d’Espagne. On connait la suite de l’histoire.

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        1. Non arkao les Poutinistes de gauche sont des nationalistes de droite qui s’ignorent ! Les ennemis de mes ennemis ne sont pas forcément mes amis…

          1. @CloClo
            Si vous voulez.
            En attendant en France qui a le pouvoir ? C’est cela qui importe dans la situation actuelle. M. Mitralias devrait plutôt se pencher sur la position de notre chef des armées, les réseaux poutiniens du RN, leurs ententes avec LR et Ensemble au lieu de se répandre en querelles dogmatiques et byzantines tordues sur « la gauche » qui ont souvent eu pour conséquences dans le passé la victoire du fascisme !

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            1. Hier dans dans le figaro en ligne, un sondage donnait 85% de mécontents face à l’élection de Coquerel.
              Me suis dit que c’était une bonne nouvelle.
              S’ils enragent à ce point là, c’est qu’on doit leur titiller le bon cliquet…

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  1. Une bonne analyse du moment et de la situation. Et c’est pas peu de le dire, vu les cas effarants que l’on peut lire ici même assez régulièrement. Je crois que je souscris quasiment à tout le texte. Et j’ai des noms moi sur les gens de « gauches » qui regardent ailleurs en attendant de voir comment va tourner le vent dans la guerre en Ukraine ! Un silence assourdissant qui décrédibilise toute leur pensée politique et toutes leurs théories sociales de mon point de vue. A quoi ça sert de pondre des bouquins et des articles pendant des années quand lorsque les événements demandent une réaction rapide et claire, ils s’embourbent dans le silence ou les phrases à rallonge destinée à noyer le poisson en accusant tout le monde de la rage où en appelant à l’Histoire des 60 dernières années. Ah oui comme ils disent, ils veulent comprendre, expliquer, mettre en perspective ! Oui oui. On a bien compris, pas besoin d’explication. Ce sont des idiots. On peut s’estimer heureux encore qu’ils ne basculent pas (encore ?) du côté des Poutinistes de droite hein Arkao ?

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    1. #CloClo
      « des gens de « gauches » qui regardent ailleurs en attendant de voir comment va tourner le vent dans la guerre en Ukraine »

      Absolument d’accord. Ils se cachent derrière l’argument majeur de la « diplomatie ». Mais s’il est vrai que la diplomatie est absolument nécessaire et implique beaucoup de tact, de finesse et donc d’intelligence, chez nombreux elle est bien commode pour regarder ailleurs.
      Je pense qu’ils sont surtout pleutres comme la majorité des humains dépassés par les évènements qui sagement s’abstiennent d’émettre une opinion (très rares sont les « héros »), sauf que les responsables politiques (de gauche comme de droite), dont les responsabilités devraient leur imposer de regarder bien en face la réalité, ceux de gauche particulièrement façon macronite, ne regardent que les intérêts économiques (le leur propre parfois), argument justifié mais surtout bien commode.

      Cependant il est vrai qu’il y a la vraie menace du nucléaire, c-à-dire un énorme os parce que…. inédit : on est à 2 doigts qu’elle ne soit plus « dissuasive »…
      Qu’elles seraient les conséquences avec un Poutine à la tête qui enfle et à 2 doigts de pêter un cable ? Vous savez vous ?
      Car en fait ici sur ce blog ou d’autres, vous, nous, on parle, on parlotte, ça ne mange pas de pain ; on ne se mouille pas.

      1
  2. Au cas où Yorgos Mitralias serait en panne d’inspiration sur les sphères françaises de droite et d’extrême-droite favorables à V. Poutine, un exemple, presque caricatural:
    https://fr.wikipedia.org/wiki/Pierre_Malinowski
    J’en sais personnellement beaucoup plus sur ce bonhomme et ses excellentes relations avec de grands organes de presse français et le cercle des écrivains amoureux de la belle et sainte Russie.

    1. L’activisme souterrain, en quelque sorte, ce Malinowski.
      Je n’imaginais pas ça comme filon! On dirait de la mauvaise SF.
      Et tant qu’à fureter, préférer les librairies éponymes du Nord (https://www.furet.com/) à ce genre de choix malsain !

  3. La limite du parallèle n’est pas atteinte par le statut de colonie de l’Algérie à l’époque car c’est oublier un peu vite les exactions d’une partie des ukrainiens contre d’autre ukrainiens. Il serait plus approprié d’imaginer une Algérie où les algériens musulmans se seraient mis à massacrer le algériens juifs ou, pour mieux parler à M. Jorion, une Belgique ou les flamands interdiraient aux wallons l’usage du français et les bombarderaient joyeusement pendant 8 ans.

    Personne ne peut oublier les imprécations de Porochenko lorsqu’il déclarait que les enfants ukrainiens de l’ouest iraient à l’école tandis que ceux de l’est iraient à la cave.

    Il semble clair que la majeure partie de la population ukrainienne était lassée de cette situation, ce qu’indique le score « poutinesque » de Zelensky qui a été élu avec 74,5% des suffrages sur la base de deux promesses de campagne :

    1. En finir avec la mainmise des oligarques et la corruption
    2. Faire la paix au Donbass

    Mais une fois élu, Zelensky s’est empressé de faire tout le contraire :

    – Fin 2020 il renforce le partenariat stratégique OTAN-Ukraine en vue de l’adhésion de cette dernière, c’est écrit noir sur blanc sur le site de l’OTAN
    – Début 2021 il décrète que la Crimée doit être réintégrée à l’Ukraine, au besoin par les armes et organise ses troupes dans ce sens. En réaction, la Russie déploie des forces aux frontières, et les USA crient alors au loup.
    – Début 2022, il intensifie les bombardements sur le Donbass au point que les russes ne peuvent faire autre chose qu’intervenir.

    Et, c’est là un dernier point : ce sont les russes qui interviennent, pas Poutine. Comme l’a dit et répété Henry Kissinger (qu’on ne peut guère soupçonner d’être un crypto-trotskiste) depuis 2014, diaboliser Poutine n’est pas une politique mais un alibi pour masquer l’absence de politique. Regardez la Russie actuelle telle qu’elle est, Poutine n’est pas seul, il a un entourage et au sein de cet entourage, c’est lui le « modéré ». La seule opposition politique structurée et qui détient actuellement 20% des sièges de la Douma est le Parti Communiste. S’il devait y avoir un changement de régime, ce sont eux qui gagneraient et ils veulent le retour de l’URSS, contrairement à Poutine et son parti.

    Alors oui, Poutine, comme nombre de dirigeants dans le monde, est probablement un « sale type ». Mais le rendre seul à porter le chapeau dans cet histoire relève d’un aveuglement qu’aucune pseudo référence historique ne pourra rendre acceptable.

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    1. Abiram sortie du talus. Le remplaçant de MR Propre ? Lave plus blanc que blanc ! Bravo mec. Tu crois en ce que tu racontes ou tu débites comme perroquet ?

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      1. Non Abiram ne croit pas un seul instant à toutes ses justifications pseudos historiques et de propagandes minables. Il fait semblant de ne pas aimer la réaction de Poutine ou de ses affidés mais en fait il jubile. Abiram aime pouvoir justifier que des enfants soient broyés et explosés par des bombes thermobarique et du pilonnage incessant d’obus de 155. Car Abiram le vaut bien. Abiran est un pur esprit analytique de tarte à la crème ou un idiot comme les dénonce Yorgos à juste raison. Mais personnellement je pense que c’est plutôt un collaborateur du pire et un officier de la haine.

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    2. « c’est lui le modéré »

      C’est bien connu, il ne vise que des militaires dans le respect scrupuleux des « lois de la guerre » et surtout jamais son armée ne vise les civils, jamais elle ne commet des crimes de guerre. Jamais elle ne bombarde les silos à grains, ni ne vise les infrastructures vitales (eau, électricité) .

      Vous vivez sur quelle planète Abiram ?

      Boutcha, Marioupol, Kramatorsk (la gare), Krementchouk (le supermarché), la région d’ Odessa, c’est de la mise en scène, des fake news ?

      Boutcha : https://fr.wikipedia.org/wiki/Massacre_de_Boutcha

      Marioupol : https://www.amnesty.fr/conflits-armes-et-populations/actualites/attaque-theatre-marioupol-ukraine-crime-de-guerre

      Kramatorsk :
      https://fr.wikipedia.org/wiki/Bombardement_de_la_gare_de_Kramatorsk

      Krementchouk : https://observers.france24.com/fr/europe/20220629-attaque-sur-le-centre-commercial-de-krementchouk-en-ukraine-les-affirmations-des-pro-russes-passées-au-crible
      https://www.rfi.fr/fr/europe/20220701-guerre-en-ukraine-frappes-meurtrières-près-d-odessa

      Odessa : https://www.rfi.fr/fr/europe/20220701-guerre-en-ukraine-frappes-meurtrières-près-d-odessa

      Silos à grains : https://www.latribune.fr/economie/international/ukraine-la-russie-bombarde-a-nouveau-des-terminaux-cerealiers-dans-la-ville-portuaire-de-mykolaiv-922975.html

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    3. @Abiram
      Vous dîtes n’importe quoi.
      Que cherchez-vous à prouver? Que Poutine avait les meilleures raisons du monde d’envahir l’Ukraine?
      – Je vous propose par exemple de vérifier par vous-même le discours de Victor Porochenko, ces fameuses « imprécations » que « personne ne peut oublier ». Faîtes-vous aider par quelqu’un qui parle la langue, ça vous évitera de répéter des mensonges de propagande grossiers.
      – Le renforcement du partenariat stratégique OTAN-Ukraine est une conséquence du conflit depuis 2014, du point de vue de l’Otan.
      – Notre hôte se fera un plaisir de vous reprendre au sujet de la Belgique pour vous apprendre, monsieur qui dit n’importe quoi, que les flamands interdisent bel et bien l’usage du français dans de nombreux endroits en Belgique.

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    4. @ Abiram
      Attention Abiram, vous dites comme moi que Poutine est un sale type, mais vous osez relater des faits avérés qui démontrent que Washington et Zelenski ont tout fait pour torpiller les accords de Minsk et in fine donner à Poutine l’occasion de régler le problème à sa sauce, une sauce inacceptable bien sur.
      Et on nous traite quand même de sales poutinistes !
      La preuve que BHL et Washington ont des défenseurs même sur ce blog, je tombe un peu de l’armoire.

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  4. 1 / Trotski ? Hum. Curieuse référence, non ?
    https://blogs.mediapart.fr/bruno-hubacher/blog/221018/quand-le-trotskiste-tire-sur-les-anarchistes

    Où l’on rappelle la répression sanglante du mouvement anarchiste par l’armée rouge, le rôle joué par les anarchistes ukrainiens, etc.
    2/ De plus, certains d’entre vous auront noté les appels du pied faits à plusieurs reprises par Mélenchon aux anarchistes lors de ses interventions ?
    Dès lors, peut-être faut-il y voir une explication du clivage avec Roussel le défenseur du coup de rouge et de l’entrecôte ?
    3 / Pour élargir la réflexion, on ne manquera pas de noter non plus les manœuvres en cours à l’Assemblée Nationale qui illustrent une recomposition politique de part et d’autres d’une nouvelle ligne de démarcation entre la gauche et la droite.
    D’un côté l’extrême droite, la droite extrême, le centre-droit, les restes de la sociale démocratie et peut-être quelques députés PCF ‘’ rousseliens ‘’ qui ont choisi de poursuivre l’aménagement du capitalisme pour en tirer parti sans vergogne et assurer des positions acquises. Et qui ne s’interdisent pas de combiner ensemble.
    Et de l’autre côté celles et ceux qui soulignent à quel point le capitalisme, le marché, la concurrence, la spéculation et la finance incontrôlée ont détruit la planète et les rapports sociaux. Et dont le programme a effrayé tant d’électeurs et de caciques de partis dits de gouvernement.
    Le Tout Marché vs l’Hypothèse écolo-anarchiste incarnée par LFI et une partie de la Nupes n’est-ce pas ce qui se construit sous nos yeux ?
    Oui, je sais, je marche sur des œufs.

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    1. Je plussoie, la pertinente et juste dénonciation du campisme de gauche n’avait pas besoin de la caution de Trotsky.

      Trotsky, il faut le rappeler, c’est la création des premiers camps de concentration en Russie :

      « Si le Goulag, en tant que direction administrative regroupant l’ensemble des structures pénitentiaires des différentes républiques soviétiques, date de 1934, les camps apparaissent en Russie soviétique dès les premiers mois du régime soviétique. À partir de l’été 1918, les dirigeants bolcheviques expérimentent un instrument de répression inconnu dans la Russie tsariste, le « camp de concentration ». Le 8 août 1918, Trotski ordonne la création, à Mourom et à Arzamas, de deux camps pour « les agitateurs louches, les officiers contre-révolutionnaires, les saboteurs, les parasites, les spéculateurs [qui y seront internés] jusqu’à la fin de la guerre civile ». Le lendemain, Lénine télégraphie au comité exécutif de la province de Penza : « Enfermez les koulaks, les popes, les gardes blancs et autres éléments douteux dans un camp de concentration… »

      https://www.universalis.fr/encyclopedie/goulag/1-le-goulag-avant-le-goulag/

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  5. Les traditions les plus abjectes de la gauche internationnale ne sont pas très différentes de celles de tout à chacun…
    On appelle ça l’hypocrisie!
    Et c’est vrai ce que dit Yorgos!
    C’est pas bien du tout!
    Un de mes amis héberge chez lui tant bien que mal, une dizaine de réfugiés Ukrainiens…
    Normal, peu de gens le savent, sa femme est originaire d’Ukraine.
    Cela ne les empêchent pas de s’exprimer en véritables gauchistes au zinc du coin…
    « Pas étonnant, il est bourré de pognon! »
    Ou ça va se nicher la lutte des classe, je vous dis pas!
    Eric.

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    1. @ Mister
      Oui, et les aficionados de la « pensée » de BHL sont nombreux, ici même et ailleurs, par contre les dégâts causés par ce philosophe faussaire sont toujours passés sous silence .

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        1. CloClo, BHL est ton ami, si tu ne le sais pas, lui le sait, vous êtes frères jumeaux sur tous les plans, haine de LFI et de la gauche en préférant s’abstenir pour mettre la Le Pen au second tour et adoration de l’Empire pour toutes ses guerres d’intervention de type impérialiste.
          Un bon petit sous marin qui n’a même pas le courage d’avouer d’être un va-t-en guerre au service de Washington comme BHL.

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          1. BHL est très très pote avec un garc qui porte une rolex made in fleury mérogis à la cheville et qui quelques jours avant l’invasion de l’Ukraine faisait encore des poutous à Poutine lors de ses conférences…
            On s’en tape de ce que dit BHL!

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    2. Excellent ! Ah ah ah !
      Bon assez rigolé, à Trotsky je préférais Nestor Makhno, vous connaissez ?

      Source wikipédia : qui se réclamait du communisme libertaire et s’opposait par l’action directe (nb: dans son cas : pacifique) à la terreur gouvernementale

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  6. Ce qui rapproche les poutinistes de gauche de ceux de droite, c’est le trou noir du nationalisme. Rien ne ressemble plus à un meeting de Le Pen que celui d’un Mélenchon, drapeaux et hymne. Ces gens restent au 19 ème siècle, voire à celui de Louis XIV et Pierre le Grand prêts à admirer les tortures d’un Ivan le terrible. Ils refusent l’universalité des droits humains, incapables de transcender la NATION qu’ils déifient. Poutine, qui n’hésite pas à massacrer pour la « grandeur » de sa nation incarne leur caricature du héros à suivre.

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      1. (:-))
        (bien que ça ne prête pas à sourire)
        … et non, pas tête en l’air mais au ras des pâquerettes. Et c’est ce que je conseille de faire pour prendre jugement plutôt que d’aller chercher au fond d’un terroir ces vieilles rancoeurs moisies.
        Faut pas tout mélanger.
        Je sais le monde est compliqué mais « la salade russe » là, ça va bien !

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  7. Coucou,

    « Avec le temps, tout va … ». Circonvolution, méandre, reculade, peur, compréhensible, car la logique inéluctable voudrait qu’on aille se castagner contre la dictature. Mais la réalité immédiate irrecductible nous confronte à nos idéaux et à l’absurdité de la guerre. POurquoi moi et maintenant ? J’avais prévu grillade avec mes potes !

    S’inventer une bonne logique pour dire, non, faut pas y aller, c’est pas lui le méchant, c’est les autres, pas encore la mort. pas tout de suite.
    Demain …c’est les autres… les méchants …pas moi …

    reveil !

    Bonne journée

    Stéphane

  8. Bonsoir à tous,

    Il serait grand temps pour la partie de la gauche « Poutinophile » de se réveiller, de sortir des schémas usés de la guerre froide et de procéder à une analyse concrète de la situation : il est essentiel de déplacer son attention de l’impérialisme occidental – sans toutefois l’ignorer/oublier – vers l’impérialisme agressif de Poutine, qui a une base idéologique, politique et économique qui s’est accentuée depuis son retour à la présidence russe en 2012.

    Car il ne fait plus se faire d’illusions sur ce qu’est le régime « Poutine » : c’est loin d’être une alternative au capitalisme occidental ! Il s’agit – ni plus ni moins – d’un capitalisme autoritaire et oligarchique qui dispose de la même « tare » (l’impérialisme belliqueux).

    Nier cette réalité, c’est s’enfermer dans une logique qui fait la part belle au révisionnisme historique sur lequel Poutine appuie son discours pour justifier « l’injustifiable » et, ainsi, tenter de masquer la réalité de ses « aspirations » impérialistes.

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    1. @Benjamin La pratique économique poutinienne est pourtant une alternative au capitalisme des actionnaires et du marché, en confisquant les ressources de Gazprom au profit de l’état, comme il est fait en France sur EDF pour renflouer le constructeur national (« AREVA ») sous-capitalisé, développer un tissu de distributeurs parasites pour plaire à l’U.E. ou contenir les prix à la consommation, ou pourrait l’être sur Total à l’initiative de LFI.
      Il faudrait peutêtre regarder sans préjugé les orientations économiques de l’action poutinienne, certaines involontaires remettant en cause puissament la mondialisation économique des marchés et des puissances financières non étatiques.

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      1. Non Ruiz, préférer la peste au choléra n’est pas la solution alternative.
        Les deux sont destructrices et avec Poutine ça va plus vite. Les amoureux de la vitesse sont aux anges.

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  9. Vérité criante
    On peut avancer
    toutes les théories du monde
    sur les dessous de cette guerre-ci
    rappeler tous les crimes commis
    dans le passé
    proche ou lointain
    par les génocidaires
    les esclavagistes
    les colonialistes
    contre l’ensemble des peuples de la terre
    mais on ne pourra pas nier
    la vérité simple
    criante
    irrécusable
    que dans la guerre
    qui nous occupe aujourd’hui
    les Ukrainiens défendent leur terre
    leur liberté
    et les soldats russes
    agissent
    en esclaves aveugles
    d’un tyran

    Abdelatiff Laâbi

    je pense à tous ces Ukrainiens , les anonymes, qui conduisent les trains de réfugiés, soignent les malades, continuent à maintenir les services publics, les pompiers , à tous ceux qui assurent la distribution des aides humanitaires . Oui à tous ces anonymes qui sont des héros.
    Alors s’il vous plait arrêtez de regarder la gauche française . Pour le moment ça n’a aucun intérêt.

  10. Remarque en passant . Qu ‘est-ce que la « gauche internationale » (ou la gauche tout court ) et qui lit encore les textes de Trotsky ?

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  11. re amateur

    (suite) ….. ou plutôt 1 seul commentaire : née à la suite de la Révolution Industrielle……
    Faites vos déductions

  12. Yorgos, je ne sais pas pourquoi Paul Jorion vous donne sa tribune.

    Vous êtes tourmenté par une « gauche internationale » qui me paraît microscopique, quoique grande dans vos cauchemars, dont vous avez sans doute souffert dans votre vie militante, que je veux bien vous supposer avoir eue autrement qu’en paroles. La « gauche poutinisante » , les « poutinistes méta-staliniens » , les « poutinisants [de gauche] d’aujourd’hui », « vite devenus des poutinistes » ? Des micropartis dans des micro-minorités.

    Trotsky comme Lénine était un sanguinaire. Et ces deux-là et leurs camarades étaient en outre des scientistes, car ils se convainquaient de disposer de la science de l’histoire, le matérialisme historique. En toute bonne science de leur époque, il n’y avait qu’une seule vraie réponse à toute question, et leur science justifiait donc la monomanie de la ligne juste, autant que celle du seul parti unique possible. Donc le génial dirigeant ukrainien de type « anarchisant » Makhno était leur allié tant qu’il était utile, on connaît la suite. Et donc des camarades de lutte ayant connu les geôles tsaristes se sont entretués une fois leur groupe arrivé par effraction au pouvoir. (Le pourrissement du tsarisme, les manœuvres de l’Allemand, le poids de la paysannerie et son massif désir de paix, pesaient en effet peut-être un peu plus que le matérialisme historique.)
    Par la suite Trotsky en exil a eu l’occasion de faire de la belle théorie sans risque vital, mais la prison lui aurait peut-être aiguisé davantage les sens comme elle a pu aiguiser ceux de Gramsci. (Je n’en sais rien, je veux juste souligner que l’exil de Trotski a été plus confortable que la prison de Gramsci, et ses écrits moins intéressants. Même Marion ex-Le Pen lit Gramsci.) Trotsky, plus exactement son public, a aussi « bénéficié » d’une mort qu’il n’a évidemment pas désirée, mais qui lui a donné à bon compte une image de martyr.

    Notons qu’en outre, ces dirigeants trotsko-léninistes ou lénino-trotskystes de 1917 se réclamaient d’un Marx qui ne voyait l’émancipation pouvoir venir que d’un pays au capitalisme bien industrialisé, et bien maturé, ce qui est cohérent dans sa vision rédemptrice du genre humain par le prolétariat capitaliste. Cependant la Russie de 1905-1917 n’avait rien d’un capitalisme industriel « mûr », ni plus tard la Chine non plus, du reste. Cherchez l’erreur.
    Le marxisme fut une théorie d’importation qui a permis à des combattants de construire une idéologie d’Etat national, avec laquelle en Russie, Poutine a rompu, Lénine étant pour lui un traître à la patrie grand-russe, car il aurait « inventé » le peuple ukrainien, tandis que l’avatar de cette farce de l’Histoire sévit toujours à Pékin. Etc, etc.

    Yorgos, je vous vois donc prisonnier d’un passé plus personnel qu’historique. La gauche poutinisante d’aujourd’hui, je ne la vois pas. Je ne doute pas qu’elle existe dans des groupuscules trostko-marxo-léninistes hors sol. J’en ai connu qui doivent y être s’ils ne sont pas morts. Évidemment certains aimeraient y compter Mélenchon, qui a longtemps eu une position envers Poutine et plus largement, sinon surtout, en fait, envers la Russie, qui dérangeait. Mais JLM sur ce point est hors suspicion aujourd’hui quel qu’il fut ou puisse avoir été, de même qu’il a fait un virage, ou plutôt une course à partir de zéro, sur la question environnementale dont il est aujourd’hui dramatiquement conscient et programmatiquement (il n’est pas seul) conséquent, et son mouvement, le seul même, en France, qui allie réponse climatique/environnementale et réponse à l’urgence sociale.

    Les gauches radicales ont selon moi une triste caractéristique, que j’appelle les fidélités absurdes, qui à la réflexion sont très communes et trop humaines, et en politique un rien rationnelle ne devraient exister que chez les droites plus ou moins obtuses ou chez les gauches molles et tièdes. Cela commence par l’incapacité de reconnaître les erreurs de ses alliés. C’est humain, mais un peu nul, et dans notre sujet, contre-productif dans l’action politique.
    Ici du reste, je charge aussi Mélenchon ce héros, pour sa défense pitoyable lorsque l’ineffable Pablo Iglesias Turrión a quitté son domicile en quartier populaire pour une villa de 400.000 euros en quartier bourgeois. Je charge de même Henri Ziegler que je tiens pour une grande conscience de notre temps, pour sa défense nourrie de son admiration de jeune homme, d’un Cuba aujourd’hui sénescent, une défense inconditionnelle et absurde qu’affiche aussi l’inestimable – je suis sérieux – ex-président uruguayen José Mujica. J’ai un projet d’article sur ce sujet, mais la vie est courte, et les femmes sont belles.

    Cependant, où les gauches plus ou moins radicales se signalent, c’est par leur fidélités absurdes au passé</em. Elles adorent se réclamer de gloires défuntes et donner des réponses prétendument justes à des questions que l’histoire ne pose plus. Trotsky, Lénine, Mao, appartiennent indiscutablement à ce club des idoles « de gauche » qui ne devraient plus avoir cours aujourd’hui. Même Karl Marx l’inestimable (un peu de marxisme aurait fait gagner beaucoup de temps à Paul Jorion pour sa théorie des prix), doit évidemment être repositionné par les gauches, quoique pas n’importe comment, parlons ici des « vraies » gauches. Un bon début de repositionnement indispensable, c'est-à-dire fraternel, de gauche donc, est offert par le livre d’André Gorz, Adieux au prolétariat.

    Bon. J’arrête là.

    La gauche poutinienne en Occident est microscopique, arrêtez, Yorgos.
    Elle n’a aucun pouvoir et ne présente aucun risque de contamination culturelle. Effectivement, elle pourrait banalement se fondre dans l’extrême-droite, qui n’en n’a pas besoin du tout.

    PS :
    Ah oui, tout de même, Yorgos, je m’en voudrais de ne pas vous servir cette formidable citation de votre idole Léon Trotsky, tirée de son essai Art révolutionnaire et art socialiste des années 1920 :
    « «L’homme socialiste maîtrisera la nature entière, y compris ses faisans et ses esturgeons, au moyen de la machine. Il désignera les lieux où les montagnes doivent être abattues, changera le cours des rivières et emprisonnera les océans. »

    Allons-y, courons !

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    1. @Guy Leboutte « L’homme socialiste maîtrisera la nature entière, y compris … »
      Voilà une belle déclaration progressiste. Macron est encore progressiste …

  13. Je suis mal à l’aise de cet article de Yorgos Mitralias. Critiquer les poutinistes, poutiniens, de gauche, de droite, les meta-staliniens, et autres, ne m’apprend rien.
    J’ai besoin de plus de clarté.
    Au moins, il y a un commentaire qui cite Le Pen et Mélenchon. C’est déjà un peu ^plus clair.
    Si je quitte le chapitre pro-poutine et anti-Poutine, et si je passe au chapitre pro-nucléaire et anti-nucléaire, c’est pour moi assez identique. Je me moque des qualificatifs dont on affuble les gens. C’est, au mieux, de la paresse, au pire de l’invective. J’ai besoin de savoir pourquoi un tel se dit pour ou contre le nucléaire.
    Ici c’est pareil. C’est clair que la Russie est un grand pays; que Poutine est chez lui un dictateur et en Ukraine un agresseur. Mais si on critique Le Pen ou Melenchon (ou d’autres) d’être pro-Poutine, il faut expliquer en quoi ils sont pro-Poutine, quelles sont les raisons qu’ils avancent, et en quoi ces raisons sont critiquables.
    A ma connaissance ni Le Pen ni Mélenchon n’ont soutenu le fait que Poutine soit un dictateur et qu’il ait agressé l’Ukraine.
    Que leur reprochez vous exactement ?

    En tous cas merci à Paul Jorion de nous permettre ces échanges.

    1. J’ai fait un lapsus.
      Il faut lire ; A ma connaissance ni Le Pen ni Mélenchon n’ont NIE le fait que Poutine soit un dictateur et qu’il ait agressé l’Ukraine.

      1. ILs ont nié à partir du 24 février 2022, par qu’en dépendait leur survie électorale.
        Cela ne signifie pas qu’ils ont abandonné leurs convictions campistes , d’ailleurs ni l’un ni l’autre ne se sont livrés depuis à un examen critique de leurs propres positions passées à l’égard du régime poutinien. ILs ont seulement admis que Poutine a envahi l’Ukraine, c’était bien le moins qu’ils puissent faire.
        J’admettrai volontiers que Mélenchon a changé quand il publiera un livre ou un communiqué officiel qui nous expliquera qu’il se trompait lourdement quand il affirmait ou suggérait fortement l’idée que la Russie de Poutine jouait en rôle positif en tant qu’adversaire des USA. Bref, que son campisme était idée stupide et dangereuse.

        Par exemple, il faudra que Mélenchon revienne sur ceci, qui résonne étrangement à la lumière de l’actualité de la guerre en Ukraine et de sa justification par Poutine :

        « Les ports de Crimée sont vitaux pour la sécurité de la Russie, il est absolument prévisible que les Russes ne se laisseront pas faire, ils sont en train de prendre des mesures de protection contre un pouvoir putschiste aventurier, dans lequel les néonazis ont une influence tout à fait détestable »

        https://www.marianne.net/politique/jean-luc-melenchon-ce-qu-il-vraiment-dit-sur-la-russie-poutine-et-la-syrie

        1
        1. premiere phrase, il fallait lire, « ils n’ont pas nié le 24 février la guerre d’agression de la Russie en Ukraine …. »
          Concernant le mot dictateur Marine Le Pen ne l’emploie pas s’agissant de Poutine, ni avant ni après le 24 février.

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        2. @Pierre-Yves Dambrine
          « il est absolument prévisible que les Russes ne se laisseront pas faire, » n’est-ce pas le discours d’un lanceur d’alerte averti (bien informé ?) et indépendant qui ne suit pas les discours lénifiants majoritaires, comme les déclarations stratégiques de L’OTAN pendant une voire 2 dizaines d’années !

          Et il existe depuis 30 ans des tonnes de déclarations favorables à la Russie donc de Poutine, y compris le renoncement négocié au remboursement des emprunts russes pour permettre le développement des banques occidentales et qui s’il n’avait pas eu lieu nous vaudrait aujourd’hui des livraisons de gaz gratuites.

          Qu’en ont fait nos dirigeants (nationaux, U.E ou USA) ?
          (mis à part Kissinger)

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          1. Ruiz,
            Mélenchon qui reprend des éléments de langage de la rhétorique poutiienne selon laquelle les Ukrainiens sont des néo-nazis, je n’appelle pas ça un lanceur d’alerte, mais un supplétif poutinien. S’il avait été un lanceur d’alerte crédible il aurait condamné l’annexion de la Crimée, ce qu’il n’a pas fait.
            Je vous rappelle en passant que jusqu’au 24 février Mélenchon assénait que jamais Poutine ne ferait la guerre à l’Ukraine.
            Il y a eu quelques lanceurs d’alertes, peu nombreux mais certainement pas Mélenchon.

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